‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 53 sur 134 · LXV. A M. LE COMTE ALGAROTTL · texte numérisé non relu

LXV. A M. LE COMTE ALGAROTTL

vJ détestable Westphalie,

.Tous n'avez chez vous ni via frais ,

Ni lits , ni servante jolie ; De couvents vous êtes remplie, Et vous manquez de cabarets.

Quiconque veut vivre sans boije , Et sans dormir , et sans manger, Fera très bien de voyager Dans votre chien de territoire.

Monsieur l'évèque de Munster , Vous tondez donc votre province?

Pour le peuple est l'âge de fer.

Et l'âge d'or est pour le prince.

Je vois bien maintenant pourquoi Dans cette maudite contrée On donna la paix et la loi A l'Allemagne déclùrée :

Du très saint empire romain Les sages plénipotentiaires, Dégoûtés de tant de misères, "Voulurent en partir soudain, Et se hâtèrent de conclure Un traité fait à l'aventure. Dans la peur de mourir de faim.

Ce n'est pas de même à Berlin ; Les beaux arts, la magnificence, La bonne chère, l'abondance, "ï font oublier le destin De l'Italie et de la V'rance.

De l'Italie ! Algarotti, Comment trouvez-vous ce langage ?

Je vous vois, frappé de l'outrage, Me regarder en ennemi.

Modérez ce bouillant courage, j Et répondez-nous en ami.

"Vos pantalons à robe large.

Un palais sans cour et sans parc, Où végète uu doge inutile ;

EPITRES, t'n vieux manuscrit d'évangile^ Griffonné, dit-on, par saint Marc ; Vos nobles avec prud'horumie Allant du sénat au marché Chercher pour deux sous d'ean-de-vie :

Un peuple mou , faible , entiché D'ignorance et de fourberie.

Au fessier souvent ébréché.

Grâce aux efforts du vieux péché Que l'on appelle sodomie:

"Voilà le portrait ébauché De la très noble seigneurie.

Or cela vaut-il , je vous prie, ÎNotre adorable Frédéric, Ses vertus , ses goûts , sa patrie ?

J'en fais juge tout le pubUc.

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