‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 56 sur 134 · LXVIIL A M. LE DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

LXVIIL A M. LE DUC DE RICHELIEU

à qui le sénat de Gênes avait érigé une statue.

Lunéville , novembre 174S.

J E la verrai cette statue

Que Gène élevé justement

Au héros qui l'a défendue.

Votre grand-oncle, moins brillant,

Vit sa gloire moins étendue ;

II serait jaloux à la vue

De cet unique monument.

Dans l'âge frivole et charma i>t Où le plaisir seul est d'usage , Où vous reçûtes en partage l^'art de tromper si tendrement.

Pour modeler ce beau visage Qui de Ténus ornait la cour , On eût prit celui de l'Amour, Et sur-tout de l'Amour volage; Et quelques traits moins enfantins Auraient été la vive image Du dieu qui préside aux jardins.

Ce double et charmant avantage Peut diminuer à la fin ;

EPURES. ir?

Mais la gloire augmente avec l'âge.

Du sculpteur la modeste main Vous fera l'air moins libertin; C'est de quoi mon héros enrage.

On v^ peut filer tous ses jours Sur le trône heureux des amours ; Tous les plaisirs sont de passage; Mais vous saurez régner toujours Par l'esprit et par le courage.

Les traits du Richelieu coquet.

De cette aimable créature.

Se trouveront en miniature Dans mille boîtes à portrait Où Macé mit votre figure; Mais ceux dn Richelieu vainqueur.

Du héros soutien de nos armes , Ceux du père, du défenseur D'une république en alarmes ,

Ceux de Richelieu son vengeur

Ont pour moi cent fois plus de charmes.

Pardon ; je sens tous les travers De la morale où je m'engage :

Pardon; vous n'êtes pas si sage

Que je le prétends dans ces vers.

.Te ne veux pas que l'univers

Vous croie un grave personnage.

Après ce jour de V'ontenoi

Où couvert de sang et de poudr#

On vous vit ramener la foudre

Et la victoire à votre roi ,

Lorsque, prodiguant votre vie.

Vous eûtes fait pâlir d'effroi.

Les Anglais , l'Autriche , et l'Envie,

Vous revîntes vite à Paris

Mêler les myrtes de Cypris

A tant de palmes immortelles.

Pour TOUS seul , à ce que je vois.

Le Temps et l'Amonr n'ont point d'ailes; Et vous servez encor les belles , Comme la France et les Génois.

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