L XXI IL A M. DESMAHIS
Vos jeunes mains cueillent des fleurs Dont je n'ai plus que les épines ; Vous dormez dessous les courtines Et des Grâces et des neuf Soeurs :
Je leur fais encor quelques mines.
Mais vous possédez leurs faveurs.
Tout s'éteint, tout s'use, tout passe; Je m'affaihlis , et vous croissez ; Mais je descendrai du Parnasse Content , si vous m'y remplacez.
E P I T R E S: Je joais pen , mais j'aime encore; Je verrai dn moins vos ainours; Le crépuscule de mes jours S'embellira de votre aurore. ' Je dirai : .le fus comme vous:
C'est ))ie'aticonp mé vanter peut-être Mais je ne serSi point jaloux :
Le plaisir pérlnet-il de l'être?
LXXÎV. A -M. LE CA.RDIXAI. QUIRINL
Berlùïj'-iySi.
I Jcoi î vous voulez donc que je cLante Ce temple orné par vos bienfaits.
Dont aujdurd'bui Berlin se vante!
Je vous admire, et je me tais.
Comment sur les bords de la Sprée , Dans cette infidèle contrée Où de Piome on brave les lois, Pourrai-je élever une voix A des cardinaux consacrée?
Eloigné des murs de Sion , Je gémis en bon catholique.
Hélas ! mon prince est hérétique , Et n'a point de dévotion.
Je vois avec componction Que dans l'infernale séquelle
II sera près de Cicéron , Et d'Aristide et de Platon, Ou vis-à-vis de Marc-Aurele.
t)u sait que ces esprits fameux Sont punis dans la nuit profonde ; Il faut qu'il soit damné comme eux ,
Puisqu'il vit comme eux dans ce monde.
IVI^is sur-tout que je suis fâché D« le voir toujours entiché De rénorme et cruel péché Que l'on nomme la tolérance!
Pour moi, je frémis quand je pense ^ Que le musulman , le païen , Le quakre , et le luthérien , L'enfant de Genève , et de Rpme, Chez lui tout est reçu si bien , Pourvu que l'on soit honnête homme.
Pour comble de méchanceté , 11 a su rendre ridicule Cette sainte inhumanité , Cette haine dont sans scrupule S'arme le dévot entêté , Et dont se raille l'incrédule.
Que ferai-je , grand cardinal , Moi chambellan très inutile D'un prince endurci dans le mal , Et proscrit dans notre évangile.' "Vous dont le front prédestiné A nos yeux doublement éclate; "Vous dont le chapeau d'écarlate Des lauriers du Piade est crue ; Qui , marchant sur les pas d'Hor.ice, Et sur ceux de saint Augustin, Suivez le raboteux chemin Du Paradis et du Parnasse , Convertissez ce rare esprit ; C'est à vous d'instruire et de plaire ; Et la grâce de .lésus-Christ Chez vous brille en plus d'un écrit Avec les trois Grâces d'Homère.