XCIII. A M. DE SAINT-LAMBERT
V^HANTRE des vrais plaisirs, harmonienx émule
Du pasteur de Mantoue et du tendre Tibulle,
Qui peignez la nat-ure et qui l'embellissez,
Que vos Saisons m'ont plu ! que mes sens émoussés
A votre aimable voix se sentirent renaître!
Que j'aime, en vous lisant, ma retraite champêtre!
Je fais depuis quinze ans tout ce que vous chantez:
Dans ces champs malheureux , si loug-temps désertés,
Sur les pas du travail j'ai conduit l'abondance ;
J'ai fait fleurir la paix, et régner l'innocence.
Ces vignobles, ces bois , ma main les a plantés ;
Ces granges ,ces hameaux désormais habités,
Ces landes , ces marais changés en pâturages.
Ces colons rassemblés, ce sont là mes ouvi-ages ;
Ouvrages fortunés , dont le succès constant
De la mode et du goût n'est jamais dépendant ;
Ouvrages plus chéris que Mérope et Zaïre,
Et que n'atteindront point les traits de la satire.
Heureux qui peut chanter les jardins et les bois , Les charmes de l'amour , l'honneur des grands
exploits, Et, parcourant des arts la flatteuse carrière. Aux mortels aveuglés rendre un peu de lumière ! Mais encor plus heureux qui peut!, loin de la cour^ Embellir sagement un champêtre séjour, ■!
Entendre autour de lui cent voix qui le bénissent! De ses heureux succès quelques frippons gémissent : Un vil cagot mitre , tyran des gens de bien ,
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Va l'accuser en cour de n'être pas chrétien:' Le sage ministère écoute avec surprise; Il reconnaît Tartuffe , et rit de sa sottise.
Cependant le vieillard ache\ e ses moissons : Le pauvre en est nourri; ses chanvres, ses toisons Habillent décemment le berger, lu beri^ere ; II nuit par Thyinen Mœr'> avec Glycere ; Il donue une chasuble au bon curé du lieu . Qui, buvant avec lui, voit bien qu'il croit en Dieu. Ainsi dans l'alégresse^il achevé sa vie.
Ce n est qu'au successeur du chantre d'Ansonie De peindre ces tableaux ignorés dans Pari», D'en ranimer les traits par sou beau coloris. D'inspirer aux humains le goût di; la retraite. Mais de uos chers Français la noblesse inquiète, Pou\ant régner chez soi, va ramper dans les cours: Les folles \anités consument ses beaux jours; Le vrai séjour de l'homme est un exil pour elle.
Pliitus est dans Paris , et c'est ià qu'il appelle Les voisinside i'Adour, et du Rhône, et du Var: Tons viennent à genoux environner son char; Les uns montent dessus, les autres dans la boue Baisent, eu soupirant, les rayons de sa roue. Le hls de mon manœuvre, en ma ferme élevé, A d'utiles travaux à quinze ans enlevé, Des laquais de Paris s'en ^ a gros.nr l'armée : Il sert d'un vieux traitant la- mai tresse affamée ; De sergent des impôts il obtient un emploi; 11 vient dans sou hameau . tout lier, de par le roi l'ait des procès-verbaux, tyrannise, emprisonne, R;iV!t aux citoyens le pain que je leur donne. Et traîne en des cachots le père et les enfants. M Vous le savez, grand Dieu! j'ai vu des innocents. Sur le faux exposé de ces loups juercenaires, Pour cinq sous de tabac envoyés aux galères.
Chers enfaats de Cérès, ô chers agriculteurs.
EPURES. i57
TertueUx nourriciers de vos persécuteurs, Jusqu'à quand serez-vous vers ces tristes frontières îcrasés saus pitié sous ces mains meurtrières? ]Ne vous ai-je assemblés que pour vous voir périr En maudissant les champs que vos mains font fleurir! Un temps viendra , sans doute , où des lois plus humaines De vos bras opprimés relâcheront ?es chaînes : Dans BU moude nouveau vous aurez un soutien ; Car pour ce monde-ci je n'en espère rien. ExtT'einiim ejiiod te allocjuor, lioc est.