‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 74 sur 134 · XCIII. A M. DE SAINT-LAMBERT · texte numérisé non relu

XCIII. A M. DE SAINT-LAMBERT

V^HANTRE des vrais plaisirs, harmonienx émule

Du pasteur de Mantoue et du tendre Tibulle,

Qui peignez la nat-ure et qui l'embellissez,

Que vos Saisons m'ont plu ! que mes sens émoussés

A votre aimable voix se sentirent renaître!

Que j'aime, en vous lisant, ma retraite champêtre!

Je fais depuis quinze ans tout ce que vous chantez:

Dans ces champs malheureux , si loug-temps désertés,

Sur les pas du travail j'ai conduit l'abondance ;

J'ai fait fleurir la paix, et régner l'innocence.

Ces vignobles, ces bois , ma main les a plantés ;

Ces granges ,ces hameaux désormais habités,

Ces landes , ces marais changés en pâturages.

Ces colons rassemblés, ce sont là mes ouvi-ages ;

Ouvrages fortunés , dont le succès constant

De la mode et du goût n'est jamais dépendant ;

Ouvrages plus chéris que Mérope et Zaïre,

Et que n'atteindront point les traits de la satire.

Heureux qui peut chanter les jardins et les bois , Les charmes de l'amour , l'honneur des grands

exploits, Et, parcourant des arts la flatteuse carrière. Aux mortels aveuglés rendre un peu de lumière ! Mais encor plus heureux qui peut!, loin de la cour^ Embellir sagement un champêtre séjour, ■!

Entendre autour de lui cent voix qui le bénissent! De ses heureux succès quelques frippons gémissent : Un vil cagot mitre , tyran des gens de bien ,

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Va l'accuser en cour de n'être pas chrétien:' Le sage ministère écoute avec surprise; Il reconnaît Tartuffe , et rit de sa sottise.

Cependant le vieillard ache\ e ses moissons : Le pauvre en est nourri; ses chanvres, ses toisons Habillent décemment le berger, lu beri^ere ; II nuit par Thyinen Mœr'> avec Glycere ; Il donue une chasuble au bon curé du lieu . Qui, buvant avec lui, voit bien qu'il croit en Dieu. Ainsi dans l'alégresse^il achevé sa vie.

Ce n est qu'au successeur du chantre d'Ansonie De peindre ces tableaux ignorés dans Pari», D'en ranimer les traits par sou beau coloris. D'inspirer aux humains le goût di; la retraite. Mais de uos chers Français la noblesse inquiète, Pou\ant régner chez soi, va ramper dans les cours: Les folles \anités consument ses beaux jours; Le vrai séjour de l'homme est un exil pour elle.

Pliitus est dans Paris , et c'est ià qu'il appelle Les voisinside i'Adour, et du Rhône, et du Var: Tons viennent à genoux environner son char; Les uns montent dessus, les autres dans la boue Baisent, eu soupirant, les rayons de sa roue. Le hls de mon manœuvre, en ma ferme élevé, A d'utiles travaux à quinze ans enlevé, Des laquais de Paris s'en ^ a gros.nr l'armée : Il sert d'un vieux traitant la- mai tresse affamée ; De sergent des impôts il obtient un emploi; 11 vient dans sou hameau . tout lier, de par le roi l'ait des procès-verbaux, tyrannise, emprisonne, R;iV!t aux citoyens le pain que je leur donne. Et traîne en des cachots le père et les enfants. M Vous le savez, grand Dieu! j'ai vu des innocents. Sur le faux exposé de ces loups juercenaires, Pour cinq sous de tabac envoyés aux galères.

Chers enfaats de Cérès, ô chers agriculteurs.

EPURES. i57

TertueUx nourriciers de vos persécuteurs, Jusqu'à quand serez-vous vers ces tristes frontières îcrasés saus pitié sous ces mains meurtrières? ]Ne vous ai-je assemblés que pour vous voir périr En maudissant les champs que vos mains font fleurir! Un temps viendra , sans doute , où des lois plus humaines De vos bras opprimés relâcheront ?es chaînes : Dans BU moude nouveau vous aurez un soutien ; Car pour ce monde-ci je n'en espère rien. ExtT'einiim ejiiod te allocjuor, lioc est.

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