C. Au ROI de: j© A*fe:tt'A'H<:jK., CHRISTIAN Vil
sur la liberté de la presse acéordéfe dans tousses états.
(i7Hii.)
IVJL ON A ROUE vertueux ; /{tiAîvyiie ïré tiiespotique, Crois-tu régner sur moi de ton golfe baltiqueî' Suis-je un de tes sujets poui'me traiter comme eux, Pour consoler ma vie , et po'ur me rendre heureux ? Peu de rois, comme toi , transgressi^iit les limites Qu'à leur pouvoir sacré la nflture a prescrites. L'empereur de la Chine, à qui j'écris souvent. Ne m'a pas jusqu'ici fait un seul compliment. Je suis phis satisfait de l'auguste amazone Qui du gros Moustapha vient d'ébranler le trône;
Et Stanislas le sage , et Frédéric le grand
( Avec qui j'eus jadis un petit différent ) ,
Font passer quelquefois dans mes humbles retraites
Des bontés dont la Suisse embellit ses gazettes.
Avec Ganganeîli je ne suis pas si bien ; Sur mon voyage eu Prusse il m'a cru peu chrétien. Ce pape s'est trompé, bien qu'il soit infaiUible.
Mais , sans examiner ce qu'on doit à la bible, S'il vaut mieux dans ce monde être pape que roi. S'il est encor plus doux d'être obscur comme moi, Des déserts du Jura ma tranquille vieillesse Ose se faire entendre à ta sage jeunesse ; Et libre avec respect , hardi sans être vain, .Te me jette à tes pieds au nom du genre hum;iin: Il parle par ma voix, ilbénit ta clémence ; Tu rends ses droits à l'homme , et tu permets qu'on
pense.
Sermons , romans , physique , ode , histoire , opéra , Chacun peut tout écrice ; et siffle qui voudra.
Ailleurs on a coupé les ailes à Pégase. Dans Paris quelquefois un commis à la phrase Me dit : <c A mon bureau ■* enez vous adresser ; « Sans l'agrément du roi vous ne pouvez penser ; « Pour avoir de iVsprit allez à la police ; " Les filles y vont bien sans qu'aucune en rougisse ; ■' Leur métier vaut le vôtre, il estcent fois plus doux; « Ei-le public sensé leur doit bien plus qu'à vous. »
C'est donc ainsi, grand roi, qu'on traite le Parhasse, Et les suivants honnis de Plutarque et d'Horace ! Eélisaire à Paris ne peut rien publier S'il n'est pas de l'avis de monsieur Ribalier.
Hélas ! dans un Etat l'art de l'imprimerie jNe fut en aucun temps fatal à la patrie. Les pointes de Voiture , et l'orgueil des grands mots, Que prodigua Balzac assez mal-à-propos , Les romans de Scarron n'ont point troublé le monde;
EPURES. 17S
Chapelain ne fit point la guerre de la Froddê. Chez le Sarmate altier la discordé en i'ureur Sous un roi sage et doux semaQt par-tout l'Iiorrelir, De reinpire ottoman la splendeur éclipsée , Sous l'aigle de Moscow sa force terrassée , Tous ces grands mouvements seraient-ils donc l'effet D'un obscur conimenlaire ou d'un méchant sonnet? Non; lorsqu'aux factions uu peuple entier se livre , Quand nous nous égorgeons , ce n'est pas pour uh livre.
Hé , quel mal après tout peut faire un pauvre auteur .>' Ruiner son libraire, excéder son lecteur, Faire siffler par-tout sa charlatanerie, Ses creuSes visions , sa folle théorie. Un livre est-il mauvais, rien ne peut l'excuser ; Est-il bon , tous les rois ne peuvent l'écraser. On le supprime à Rome, et dans Londre on l'admire -, Le pape le proscrit , l'Europe le veut lire.
Un certain charlatan , qui s'est mis en crédit. Prétend qu'à son exemple on n'ait jamais desprit. Tu n'y parviendras pas , apostat d'Hippocrate ; Tu guérirais plutôt les vapeurs de ma rate : Va , cesse de vexer les vivants et les morts ; Tyran de ma pensée , assassin de mon corps. Tu peux bien empêcher tes malades de vivre , Tu peux les tuer tous , mais non pas un bon livre. Tu les brûles , .lérôme; et de ces condamnés La flamme , en m'éclairant, noircit ton vilain nez.
Mais voilà, me dis-tu, des phrases mal-sonnantes , Sentant son philosophe, au vrai même tendantes; Hé bien , réfute-les ; n'est-ce pas ton métier ? Ne peux-tu comme moi barbouiller du papier? Le public à profit met toutes nos querelles; De ijos cailloux frottés il .sort des étincelles, La lumière en peut naître; et rios'gcandsérudits
Ne nous ont éclairés qu'en étant contredits.
Sifflez-moi librement, je vous le rends, nies frères.
Sans le droit d'examen et sans les adversaires
Tout languit , comme à Rome, où depuis huit cents ans
Le tranquille esclavage écrasa les talents.
Tu ne veux pas, grand roi, dans ta juste indulgence , Que cette liberté dégénère en licence , Et c'est aussi le vœu de tous les gens sensés; A conserver les moeurs ils sont intéressés ; D'uii écrivain pervers ils font toujours justice.
Tous ces libelles vains dictés par Tavarice , Enfants de l'impudence élevés cbez Marteau , y trouvent en naissant un éternel tombeau.
Quf dans TEurope entière on me montre un libelle Qui ne soit pas couvert d'une honte éternelle , Ou qu'un oubli profond ne retienne englouti Dans le fond du bourbier dont il était sorti !
On punit quelquefois et la plume et la langue, D'un ligueur turbulent la dévote haraugue. D'un Guignard, d'un Bourgoin les horribles sennons. Au nom de .lésus-Christ prêches par des démons.
Mais quoi ! si quelque main dans le sang s'est trempée , "Vous est-U défendu de porter une épée.'' En coupables propos si l'on peut s'exhaler, Doit-on faire une loi de ne jamais parler .■" l n cuistre en son taudis compose une satire ; En ai-je moins le droit de penser et d'écrire.^ Qu'on punisse l'abus, mais l'usage est permis.
De l'auguste raison les sombres ennemis Se plaignent quelquefois de l'inventeur utile Qui fondit en métal un alphabet mobile , L'arrangea sous la presse, et sut multiplier Tout ce que notre esprit peut transmettre au papier. Cet art , disait Boyer , a troublé des familles ;
Il a trop raffiné les garçons et les filles. Je le veux; mais aussi quels biens n'a-t-11 pas fails ? Tout peuple , excepté Piome, a senti ses bienfaits. Avant qu'un Allemand trouvât l'imprimerie, Dans quel cloaque affreux barbotait ma patrie .' Quel opprobre , grand Dieu , quand un j)euplc indigent Courait à Rome à pied porter son peu d'argent, Et revenait, content de la sainte Madone, Chantant sa litanie, et dejnandant l'auraône! Du temple au lit d'hymen un jeune époux condui* Payait au sacristain pour sa première nuit ; Un testateur mourant sans léguer à saint Pierre jVe pouvait obtenir l'honneur du cimetière ; Enfin tout un royaume interdit et damné Au premier occupant restait abandonné , Quand, du pape et de Dieu s'attirant la colère. Le roi, sans payer Rome, épousait sa commère.
Rois , qui brisa les fers dont vous étiez chargés.*' • Qui put vous affranchir de vos vieux préjugés? Quelle main favorable à vos grandeurs suprcmt-s A du triple bandeau vengé cent diadèmes .-' Qui , du fond de son puits tirant la vérité, A su donner une ame au public hébété .' Les livres ont tout fait ; et, quoi qu'on puisse dire. Rois , vous n'avez régné que lorsqu'on a su lire. Soyez reconnaiss^ts , aimez les bons auteurs ; Il ne faut pas du moins vexer vos bienfaiteurs. Et comptez-vous pour rien les plaisirs qu'ils vous
donnent , Plaisirs purs que jamais les remords n'empoisonnent.** Les pleurs de Melpomene et les ris de sa sœur I N'ont-ils jamais guéri votre mauvaise humeur? Souvent un roi s'ennuie ; il se fait lire à table De Charle ou de Louis l'histoire véritable: Si l'auteur fut gêné par un censeur bigot, Ne décidez-vous pas que l'auteur est un sot .*"
Il faut qu'il soit à l'aise ; il faut que l'aigle altiere
Des airs à son plaisir franchisse la carrière.
Je ne plains j)oinl un bœuf au joug accoutumé ,
C'est pour baisser son cou que le ciel l'a formé;
Au cheval qui vous porte un mors est nécessaire ;
Un moine est de ses fers esclave volontaire:
Mais au mortel qui pense on doit la liberté.
Des neuf savantes sœurs le Parnasse habité
Serait -il un couvent sous une mereabbesse.
Qu'un évèque bénit , et qu'un Grizel confesse ?
On ne leur dit jamais ; Gardez-vous bien , ma sœur, De vous mettre à penser sans votre directeur ; Et, quand vous écrirez sur l'almanach de Liège Ne parlez des saisons qu'avec un privilège. Que dirait llranie à ces plaisants propos .•* Le Parnasse ne veut ni tyrans ni bigots ; C'est une république éternelle et suprême Qui n'admet d'autre loi que la loi de Thélème; Elle est plus libre encor que le vaillant Bernois, Le noble de Venise, et l'esprit genevois; . D'un bout du monde à l'autre elle étend son emjiire; Parmi ses citoyens chacun voudrait s'inscrire. Chez nos sœurs , ô grand roi , le droit d'égalité, Ridicule à la cour , est toujours respecté : Mais leur gouvernement, à tant d'autres contraire'. Ressemble encore au tien, puisqu'Aous il sait plaire.