VIII. AU ROI DE PRUSSE
Berlin, ce 2 novembre 1740.
A-D I E u , grand homme ; adieu coquette, Esprit ssblime et séducteur , Fait pour l'éclat, pour la grandeur.
Pour les Muses , pour la retraite.
Adieu , vainqueur ou protecteur Du reste de la Ger-.ianie, De moi , très cbétif raisonneur, Et de la noble poésie.
Adieu , trente âmes dans un corps Que les dieux comblèrent de grâce, Qui réunissez les trésors Qu'on voit divisés au Parnasse.
Adien , vous dont l'auguste main, Toujours au travail occupée, Tient pour l'honneur du genre humala La plume, la lyre, et i'épée ;
Vous qui prenez tous les cbemins De la gloire la plus durable , Avec nous autres si traitable, Si grand avec les souverains !
Vous qui n'avez point de faiblesse, ' Pas même celle de blâmer Ceux qu'on voit un peu trop aimer Ou leurs erreurs ou leur maîtresse !
Adieu: puis-je me consoler Par votre amitié noble et pure ?
Le roi me fait nn peu trembler, Mais le grand homme me rassure.