‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 99 sur 134 · IX. A M. DE CIDEYILLE · texte numérisé non relu

IX. A M. DE CIDEYILLE

A Bruxelles . 1 1 juillet 1741.

vous voulez que ] aime encore Rendez-moi l'âge des amours; Au crépuscule de mes jours Rejoignez, s'il se peut , l'aurore.

Des beaux lieux où le dieu du vin Avec l'Amour tient son emj)ire.

Le Temps, qui me prend par la main, M'avertit que je me retire.

De son iuflexible rigueur Tirons au moins quelque avantage: Qui n'a pas l'esprit de son âge De son âge a tout le malheur.

Laissons à la belle jeunesse Ses folâtres emportements :

Nous ne vivons que ileux moments , Qu'il en soit un pour la sagesse.

Quoi ! pour toujours vous me fuyez, Tendresse , ill usion , folie , Dons du ciel (jui me consoliez Des amertumes de la vie !

On meurt deux fois . je le vois bien : Cesser d';iimer et d'être aimable, C'est uue mort insupportable;^ Cesser de vivre , ce n'est rien.

Ainsi je déplorais la perte Di's erreurs de mes premiers ans; Et mon ame, aux désirs ouverte, I Regi-ettait ses égarements.

Du ci«'l alors daignant descendre, L'amitié vint à mon secours:

Elle était peul-ptre aussi tendre.

Mais moins vive que les amours.

Touché de sa beauté nouvelle.

Et de sa lumière éciairé, Je la suiv.s ; m.iis je pleurai De ne pouvoir plus suivre qu'elle.

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