LA RETRAITE
Samory était-il sincère en provoquant ces pourpnrlers? Il est probable qu'il voulait gagner du temps.
Nous apprenons, en effet, le i4 au matin, que ses femmes, ses enfants, ses captifs, sont partis à Dabakhala, sous 1 escorte de son fils Sarantiéni Mori, qui a la mission d'atteindre au plus vite le Gomoé. L'Almamy a certainement utilisé cetts suspension d'hostilités pour disposer ses bandes autour de nous. La partie d'échecs va reprendre, mais lun des joueurs a fait avancer toutes ses pièces.
Ordre est donné de préparer le départ; nous brûlerons tout ce que nous n'emporterons pas.
La répartition des vivres est terminée ; il reste a organiser, dans le convoi, la marche du troupeau que nous ne voulons pas abandonner. Il est impossible d'approcher des bœufs, ils sont absolument sauvages ; ceux qu'on a tués jusqu'ici on été abattus à coups de fusil dans le parc otî ils étaient enfermés. Les emmener me semble irréali-
sable. Le colonel me regarde avec commisération : — Prenez un Peuhl', me dit-il simplement. Comment n ai-je pas songé à utiliser ce pouvoir extraordinaire des Peuhls, dont j'ai bien entendu parler, mais que je n'ai pas encore eu Foccasion de' vérifier ? Malgré tout, je doute qu un Peuhl réussisse avec des animaux pareils et auxquels il est complètement étranger. Je demande un Peuhl à une compagnie ; dès qu'il est arrivé, je lui explique les fonctions qui lui incombent : grouper ces bœufs, les faire marcher à leur place dans la colonne. Sa figure s'illumine. Je 1 accompagne au parc. Il y entre en sifflant doucement à bouche close, et les bœufs, qui ont d'abord baissé la tête, prêts à charger, se remettent à brouter. Lui, s'approche, circule au milieu deux, les caresse, les pousse, les fait avancer, tourner à son gré, les conduit hors de l'enclos, et le fusil à la bretelle, appuyé sur un des animaux domptés, me regarde, victorieux : « Y a paré, mon lieutenant. » Si je ne l'avais vu, je ne l'aurais pas cru.
Le moment est venu de quitter Sokola. Nous sentons que nous sommes cernés et que le seul parti à prendre est de faire un trou ; sans quoi le cercle ne tardera pas à se resserrer. Dans quelle