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LA MORT DU LIEUTENANT MARITZ

La lune resplendit, sa clarté inonde la brousse et fleurit de blanc l'extrémité des branches. Sur le sentier qui se détache comme une traînée d'un gris clair entre les herbes plus sombres, les tirailleurs vont silencieux, la fraîcheur de la nuit les rend légers, et surtout la pensée du combat vers lequel leur officier les conduit.

Le lieutenant Maritz marche en tête ; il s'est mis en route, le soleil couché, pour surprendre à l'aurore un rassemblement de sofas signalé près de la frontière de Sierra-Leone, au village de Wyma. Ces sofas cherchent sans doute à rallier Samory dont ils ont été séparés. Hypothèse vraisemblable, car le colonel Combes '■ vient d'opérer simultanément dans la vallée du Milo et dans celle du Haut- Psiger. Le colonel a refoulé Samory vers l'Est, du Milo sur le Bani, et les colonnes volantes des capitaines Briquelot et Dargelos ont rejeté Kémoko

I. Le colonel Combes dirigeait la colonne de iSgj, qui suivit la première colonne contre Samory commandée par le colonel Humbcrl eu i8ç)'j.

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Bilali, un des lieutenants deFAlmamy, des sources du Niger vers le territoire britannique de Sierra- Leone. Les bandes dispersées se sont reformées dans ce dernier pays, non sans y exercer de nombreux pillages, et les Anglais s'efforcent de les repousser chez nous. Pris entre les deux lignes de postes anglais et français, Kémoko Bilali essaye sans doute de fuir vers le Bani.

Le lieutenant Maritz a résolu de lui couper la retraite. Il n'a que trente tirailleurs, mais il sait ce qu'ils valent, et il escompte l'effet assuré dune surprise, au lever du jour, sur des sofas mal gardés. Un fort contingent d'indigènes malinkés l'accompagne, toutefois il ne compte pas sur eux ; ils serviront peut-être dans la poursuite, ils se tiendront sûrement à distance au moment de l'attaque. Cette foule qui, instruite, encadrée, serait brave, manque de chefs, en a conscience et comprend sa faiblesse; elle envisage moins le combat que son résultat, le pillage.

La lune peu à peu a disparu, sa lueur blanche agonise dans l'ombre, le sentier est à peine visible, es arbres sont maintenant des taches noires, l'enveloppement de la nuit est plus mystérieux, le calme plus recueilli. Cette paix n'est troublée que par le glissement des pieds sur le sol, parfois un pas plus relevé fait claquer une sandale. Au pas-

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sage d'un ruisseau, le clapotis de l'eau piétinée met dans Tair un bruit de pluie, qui grandit et devient un roulement de torrent, lorsque derrière les tirailleurs, les Malinkés traversent pressés, en désordre.

Maritz, paisible, résolu, l'esprit tendu vers le but, prêt à commander, est agité seulement par cette passion qui, aux heures d'action, n'est ni Tambition, ni Tamour de la gloire, mais l'amour de la lutte, l'amour du danger. Le nombre d ennemis qu il va rencontrer ne Tinquiète pas, il est suivi par trente hommes, avides eux aussi de danger, et qui se reposent sur leur chef, décidés à obéir, à n'être que l'arme au service de celui qui pense pour eux, une arme terrible dont la force est décuplée par l'ardeur et la confiance.

Vers 5 heures les premières lueurs éclaircissent la nuit ; le guide s'arrête ; Wyma est là.

Maritz s'avance pour examiner la position. Une ligne d'arbres, encore indistincte dans l'obscurité, barre l'espace comme un rempart d'ombre ; derrière, il distingue le point brillant d'un feu près de s éteindre. Le campement des sofas est invisible, mais son emplacement est indiqué par la brousse abattue sur une surface de trente mètres ; les branches coupées ont été utilisées pour former des abatis. Cette précaution n'a rien d'étonnant, toutes les

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fois q-j'ils en ont le temps, les sofas se retranchent.

Le bivouac est endormi, il faut attaquer. D un bond, sur un signe du lieutenant, les tirailleurs franchissent lespace débroussé. Une sentinelle ennemie se dresse devant eux, terrifiée ; d'un coup de revolver Maritz Tétend raide morte.

L'alarme est donnée. L'ennemi court aux armes ; en même temps lélan de l'assaut est brisé par les abatis ; la surprise n'est plus possible. Maritz commande le feu, un feu rapide, terrible, à cinquante mètres.

Les sofas ripostent ; des détonations claquent, dispersées d'abord, puis le feu s'étend sur le front. Une double ligne d'éclairs illumine le brouillard bleuâtre que le soleil dissipera dans quelques minutes.

Maritz est étonné de la rapidité avec laquelle i ennemi s est ressaisi et lui a fait face, manœuvrant comme une troupe réellement commandée. L'affaire sera dure, mais il peut demander tous les efforts à ses hommes.

Une balle l'atteint. Il reste à son poste, il n'a pas d'officier pour le remplacer.

Cependant l'action traîne en longueur. De ses trente braves, plusieurs sont déjà hors de combat; il faut en finir et arriver à l'assaut. Les tirailleurs

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