‹ Épreuve du bleu de méthylène et perméabilité rénaleChapitre 19 sur 46 · NS ONE · texte numérisé non relu

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pas l'hypothèse que, du moment que le sang ne contient pas du bleu en nature et que l'urine en contient, c’est qu'il s’est fait des modifications au niveau de lépithélium rénal et que, par conséquent, les formes différentes selon lesquelles le bleu est éliminé, donneront des indications sur les fonctions du rein. Au contraire, leur seule conclusion est que « la question du chromogène reste encore obscure; il est probable, ajoutent-ils, que ies influences qui en commandent l’apparition, ne relèvent pas seulement de l’état du filtre rénal, mais de phénomènes plus complexes, d’ordre chimique, dont le siège et la nature nous sont totalement inconnus ».

‘étude de l'élimination du bleu au niveau du rein est également loin d’être précisée. Lépine semble penser que le bleu est éliminé en nature au niveau des glomérules et qu’il peut être résorbé en partie par l’épithélinm des tubes contournés : on sait, dit-il, depuis les derniers travaux des physiologistes et notamment de Sobieranski, que les cellules des tubes contournés ont comme fonction principale, la résorption de certaines substances non excrémentitielles qui ont pénétré dans la cavité tubulaire par la voie du glomérule. Or, le bleu n’est pas une substance excrémentitielle et ce qui rend plausible l'hypothèse de sa réduction partielle, c’est que l’on ne retrouve pas, dans l’urine des sujets sains, toute la quantité injectée.

Bard (de Lyon) pense que « il est vraisemblable que le bleu de méthylène, corps complexe, à élimination compliquée commele montre l’existence de ses dérivés, suit la même voie que Pindigo, c'est-à-dire les canalicules. L'existence fréquente doscillations dans Pélimination du bleu, s'explique très bien avec l’intervention active, glandulaire, des tubuli; elle serait peu compréhensible avec une filtration pure et simple. »

Albarran et Bernard, quoique s’appuyant sur l’expéri-

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mentation, ne croient pas pouvoir tirer une conclusion formelle des faits qu’ils ont observés. Ils pensent que toutes les parties constituantes du rein jouent un rôle dans l’élimination du bleu de méthylène, sans qu’on puisse préciser ce rôle. Il paraît bien probable cependant, ajoutent-ils, que le bleu de méthylène arrive au rein à l’état de bleu; que l’épithélium cortical joue un rôle dans son élimination ; qu’il se forme ou qu’il existe du chromogène au sein du parenchyme rénal.

En somme, les opinions émises sur la zone d'élimination du bleu au niveau du rein, sont toutes contradictoires : un seul point semble indiscutable, d'après les auteurs qui ont étudié la question jusqu’à présent, à savoir que le bleu arrive en nature au niveau du rein. Cela nous semble bien étonnant, a priori, étant donné le rôle réducteur du sang, mais il y a tant de contradictions dans les différentes recherches qui ont été entreprises, qu'il était nécessaire de les reprendre entièrement, pour arriver à élucider les trois questions suivantes, quinous semblent dominer la physiologie normale et pathologique de l'élimination rénale du bleu de méthylène.

— Que devient le bleu injecté dans le tissu cellulaire souscutané ?

— Dans quels organes a lieu la transformation en bleu du dérivé incolore qui circule dans le sang ?

— Que devient ce dérivé incolore, au niveau des reins sains ou altérés ?

1° Que devient le bleu de méthylène injecté dans le tissu cellu-

laire sous-cutané? — L'action réductrice qu'a le sang 2n vitro sur le bleu, se passe également dans l'organisme. La substance colorante est réduite dès son absorption et c'est sous forme de leuco-dérivé qu’il circule dans tout le système circulatoire, du moins s’il a été injecté à doses faibles. De ce

fait, les preuves abondent : chez l’homme auquel on a fait une injection de 1 ou £ c. c. d’une solution à 1/20, le sang retiré par ventouses ou par saignée, ne contient pas de bleu. On peut, il est vrai, objecter que la quantité de bleu est bien faible puisqu'il s’agit de 0 gr. 1 disséminé dans tout l’organisme. Mais, que l’on fasse, chez un chien de taille moyenne, une injection de 4, 5 ou 6 c. c. de la soiution de bleu, et qu’on saigne ensuite animal, on constatera que le sérum n’est nullement coloré il est même impossible de déceler le bleu, en nature, dans le sang, par les procédés usuels.

Si le sang ne contient pas de bleu, en nature, il est certain, cependant, qu’il renferme une substance dérivée du bleu et capable de le régénérer. Il est facile de s’en rendre compte, car il suffit d’injecter quelques centimètres cubes de ce sérum qui ne contient pas de bleu, à un animal sain, pour voir que ce dernier émet par l'urine, une matière colorante bleue ou verte. Mais il est bien évident que ce bleu n’est pas le même que celui qui a été injecté, puisqu'il s’est d’abord transformé en dérivé incolore, pour redevenir ensuite bleu par une action oxydante de l’organisme. La matière colorante émise n’a pas les mêmes propriétés que le bleu de méthylène injecté sous la peau : nous avons remarqué, en effet, maintes fois, que le bleu de méthylène pur dont nous nous servons ne se dissout pas dans le chloroforme, tandis qu’au contraire, l’urine abandonne très facilement au chloroforme après agitation, la matière colorante bleue ou verte qu’elle tient en suspens.

En somme, il ressort de ces constatations un premier point très important à mettre en relief, et qu’il ne faut pas perdre de vue dans létude qui va suivre : le bleu circule dans l’organisme à l’état de dérivé incolore; la nature chi-

mique de ce dérivé est difficile à déterminer, mais il nous suffit de savoir, car c’est le point capital, qu’il est capable de se transformer, par action bio-chimique, en une nouvelle matière colorante bleue.

2° Dans quels organes à lieu la transformation en bleu du dérivé incolore qui circule dans le sang? — Nos expérimentations nous ont permis de vérifier les données essentielles du travail d’Erhlich. Si l’on injecte à un chien de moyenne taille, 10 c. e. dela solution de bleu à 1/20 et qu’on examine ensuite ses organes lorsque l’animal respire encore, on constate très facilement que certains viscères, notamment le cœur et les reins, sont fortement colorés en bleu, tandis que d’autres, le poumon et le foie, par exemple, restent incolores. Il semble donc que, sous l’influence d’une action bio-chimique de certains organes, la substance incolore contenue dans le sang, régénère du bleu. La preuve en est encore donnée simplement, en injectant dans l’artère rénale du sérum incolore provenant d’un animal qui a reçu une injection de bleu, on voit presque instantanément le rein correspondant se colorer en bleu. Qu’on injecte, au contraire, dans la veine porte du même animal, une quantité égale du même serum, ou bien encore 2 c. c. d’une solution de bleu à 1/500, le foie ne se colore pas.

La matière colorante se régénère donc au niveau de certains organes bien spécifiés, mais comme d’eux tous, le rein est à peu près le seul organe excréteur, il arrive que, au niveau du cœur, des muscles, du cerveau, etc., la substance bleue régénérée est de nouveau absorbée par les vaisseaux et remise en circulation, tandis qu’elle est éliminée au niveau du rein.

Rien ne prouve d’ailleurs que leleuco-dérivé contenu dans le sang, ne soit pas excrété en partie sans être régénéré, au

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niveau des autres glandes de l’organisme, avec la salive, la sueur, ete. Pour le foie, cela semble bien probable, car certains malades auxquels avait été pratiqué Pabouchement de la vésicule biliaire à la peau, éliminaient du bleu en nature ou sous forme de chromogène par leur fistule, après une injection de 2 c. ec. de la solution à 1/20 que nous leur avions faite. Mais, à l’état normal, si la bile charrie ainsi du bleu, il doit être résorbé en grande partie dans l’intestin et passer de nouveau dans la circulation. De telle sorte, qu’en résumé, c’est par le rein surtout que se fait l'élimination du bleu injecté dans l’organisme.

3° Que devient le leuco-dérivé au niveau du rein? — Il ressort de nos constatations, que le bleu de méthylène arrive dans le rein sous la forme réduite, et que c’est le rein qui opère lui-même la transformation du leuco-dérivé en substance colorante.

La preuve que le sang artériel qui arrive aux reins ne contient pas de bleu en nature, est facile à faire : il suffit de saigner par l'artère rénale, un animal dont l’urine est fortement colorée en bleu, et l’on est tout étonné de voir le sérum incolore.

Il est non moins facile de montrer que c’est au niveau du rein que se fait Poxydation du leuco-dérivé; il suffit d’injecter dans l’artère rénale d’un chien dont les reins ne sont pas altérés, 10 c. c. du sérum incolore d’un animal de même espèce, qui à reçu sous la peau 5 ou 10 c. c. d’une solution de bleu à 1/20, et l’on voit, aussitôt après l’injection du sérum dans l'artère, les urines se colorer en vert foncé.

Albarran et Léon Bernard, en étudiant histologiquement des reins d'animaux qui pissent bleu, ont vu que les vasa recta contenaient de la matière colorante : nous ne nions pas ce fait, mais nous pensons qu’on peut l’interpréter autrement

que l'ont fait ces auteurs : nous pensons que le bleu qui colore certains vaisseaux droits est dù peut-être à la résorption active qui s'opère au niveau des {fubuli contorti, ou à Pimbibition post mortem.

Si donc, le bleu est amené au rein, comme nous croyons lavoir prouvé, sous forme de leuco-dérivé, reste à savoir maintenant, comment la substance incolore se transforme en bleu et par quelle partie du rein elle est éliminée.

Nous avons, pour résoudre cette question, cherché à répéter expérience d’Heidenhain en remplaçant le bleu d’indigo par le bleu de méthylène. Si une injection de 5 c. c. de la solution à 1/20 est faite à un chien après une abondante saignée qui permet d’abaisser fortement la tension artérielle, on constate, en faisant la néphrectomie une demi-heure ou une heure après, que la substance corticale a dans son ensemble un aspect verdâtre, mais en coupant le rein après congélation, on s’aperçoit que les glomérules vides de sang, ne sont nullement colorés en bleu, tandis que la plus grande partie des tubes contournés, présentent une coloration bleue uniforme.

Cette expérience, que nous avons répétée plusieurs fois, nous a toujours donné les mêmes résultats, analogues d’ailleurs à ceux qu’avaient constatés avant nous MM. Albarran et Léon Bernard. Mais, ces auteurs n'avaient pas cru pouvoir tirer de ces seules constatations, des conclusions fermes au sujet du mode d'élimination rénale du bleu de méthylène.

Pour notre part, étant donné ce que nous savons maintenant de la transformation du bleu en leuco-dérivé dans l'organisme, nous croyons que l’on peut interpréter de deux facons les expériences concordantes faites par Albarran et Bernard et par nous-mêmes. On peut supposer que, ou bien le bleu est sécrété au niveau des cellules épithéliales des tubes

contournés, aux dépens du sang qui leur apporte les éléments de sa production sous forme de leuco-dérivé, ou bien, le sang laisse filtrer, au niveau des glomérules, le dérivé incolore qu’il contient, en même temps que l’eau et le chlorure de sédium, puis ce leuco-dérivé est ensuite transformé en bleu par une action oxydante des cellules épithéliales.

La première hypothèse nous avait tout d’abord séduit par sa simplicité, et quand nous avons entrepris toute une série d'expériences de contrôle, nous pensions arriver à la conclusion ferme que le bleu est éliminé par les tubuli contortr, tandis qu’en réalité l'examen impartial des faits nous a conduit à soupconner la seconde hypothèse,

Nous avons tout d’abord pensé, que si le bleu est sécrété par les cellules épithéliales, on pourrait, en produisant des lésions destructives de ces cellules, s'opposer à l'élimination rénale de cette substance. Que si, au contraire, c’est le glomérule qui est chargé de l’excrétion, on pourrait diminuer élimination du bleu par des iésions rénales portant sur les glomérules.

Parmi toutes les substances toxiques pour le rein, nous avons choisi le sublime qui produit surtout des lésions des épithéliums et d'autre part les sels de.plomb, qui, lorsqu'on les donne à petite dose, localisent leur action principalement sur les glomérules.

Lorsque nous pensions avoir produit des lésions suffisamment accentuées, nous injections à l’animal 1 €. c. d’une solution à 1/20 de bleu de méthylène, et nous recueillons soigneusement toutes les urines émises dans les 24 heures qui suivaient l’injection, pour doser la quantité de bleu et de chromogène éliminés. Puis, lPanimal était sacrifié et l’on s’assurait de la nature et de l’étendue de ses lésions rénales. Nous avons pu étudier ainsi, les modifications dans l’élimi-

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nation du bleu, lorsque les lésions portaient presque exclusivement sur les glomérules ou sur les tubuli contorti.

Chien À. — Jeune chien pesant 145,200. On lui fait une injection de 1 c. c. de la solution de bleu à 4/20, sans avoir produit chez lui de lésions rénales : on le met ensuite dans une cage à double fond, qui permet de recueillir intégralement ses urines des 24 heures. La veille, on avait eu soin de recueillir de même toutes ses urines, si bien qu'en possession de ces deux échantillons, on peut doser la quantité de bleu par laméthode dont se servent Achard et Clerc, chez l’homme.

Ce dosage fut fait naturellement, après l’ébullition des deux échantillons en présence d'acide acétique qui présente une double utilité : clarifier les deux urines et transformer en bleu le chromogène de la seconde. Le dosage nous permit de constater que le chien avait éliminé en 24 heures 05,029 de bleu et de chromogène réunis.

Le chien fut sacrifié le lendemain, et l’on püt constater que les reins étaient normaux.

Chien B. — Jeune chien pesant 12 kilos. On le soumet pendant trois jours à des injections de à ce. c. d’une solution de sublimé à 41/1000. Le quatrième jour, les urines des 24 heures sont totalisées, parce qu’on a constaté que, la veille déjà, elles étaient diminuées de quantité et contenaient beaucoup d’albumine. Le cinquième jour, on fait une injection de 1 c. c. de la solution de bleu à 1/20 et on totalise encore les urines des 24 heures.

Le dosage du bleu montre qu'il y a eu une élimination de 0*,035de bleu et de chromogène réunis, donc beaucoup plus que chez un chien normal, et cependant l’autopsie pratiquée juste 24 heures après l'in jection du bleu montra des lésions dégénératives profondes dans les cellules épithéliales des {ubuli contorli dont le protoplasma se colore fortement en masse par tous les réactifs, sans qu’il soit possible d’y distinguer de noyaux en aucun point des préparations. Les systèmes glomérulaires, en revanche, étaient intacts.

Chien C. — Jeune chien de 48 kilos. On lui fait une seule injection de 20 c. c. d'une solution de sublimé à 41/1000 et aussitôt on le met en observation afin de recueillir ses urines des 24 heures. Le lende-

main on fait l'épreuve du bleu et l’on sacrifie l'animal deux jours après qu'on a produit chez lui l’intoxication hydrargirique.

Les lésions épithéliales sont encore plus marquées. Les cellules des tubuli contorti prennent très mal les réactifs colorants, leur protoplosma est transformé en grosses granulations qui seules se colorent tandis que la substance intermédiaire reste très claire; on ne peut pas déceler de noyaux. Les systèmes glomérulaires sont intacts.

Dans ce cas, le dosage du bleu éliminé dans les 24 heures a donné 0,027, c’est-à-dire autant que chez un chien normal.

Chien D. — Jeune chien de 42 kilos. On lui fait comme chez le précédent une seule injection de 20 c. c. d’une solution de sublimé à 14/1000, mais on met l'animal en observation pendant plusieurs jours avant de lui faire l'épreuve du bleu. On voit les urines diminuer de jour en jour, l'animal est très abattu, présente des selles sanguinolentes, et quand, le cinquième jour, on lui fait l'injection de 4 c. c. de bleu à 1/20, on constate qu’il urine très peu d'urine et peu ou pas de bleu. A l'examen anatomo-pathologique, on constate que les épithéliums dégénérés sont desquamés, oblitérant les tubes, et que les glomérules sont volumineux, présentant à leur intérieur un tout petit bouquet glomérulaire, comme si le liquide filtrant par le bouquet artériel ne pouvait pas s’écouler, en raison de l’oblitération des tubes et restait dans les glomérules qui sont distendus, tandis que leur paquet vasculaire comprimé el aplati devient ainsi incapable de jouer son rôle habituel.

Chien E.— Vieux chien de 17 kilos. Au début de l'expérience, nourri exclusivement pendant deux mois avec du lait auquel on ajoute tous les jours 1 ou 2 c. c. d'extrait de saturne. Au bout de deux mois, l'animal s'est amaigri considérablement, ne pèse plus que 12 kilos, et ses urines contiennent un peu d’albumine.

Le 15 mai, on totalise toutes les urines des 24 heures, et le 16 mai on fait l'épreuve du bleu, on réunit les urines pendant un jour et on sacrifie l'animal. Il présente des lésions glomérulaires étendues à presque toute la substance corticale des deux reins, les glomérules sont épaissis, fibreux, présentant même de la symphise en certains points. Les artères sont également très épaissies et leur calibre est

notablement diminué. Les cellules épithéliales des tubuli contorti sont presque intactes.

Le dosage du bleu des 24 heures donne 05,015 pour le bleu et le chromogène réunis, c’est-à-dire moins qu’à l’élat normal.

Chien F. — Très vieux chien de 15 kilos. On le met pendant quatre mois au même régime que le précédent, on produit des lésions glomérulaires très marquées, avec absence presque complète de lésions épithéliales.

La dose de bleu et de chromogène nur en 24 heures est de 0,012.

Ces expériences, toutes concordantes, peuvent être ainsi résumées :

: élimine 05,029 de bleu et de chromogène Chien normal. e Nr après une injection de 0,05 de bleu.

éliminant 0,035 et 0,027 de bleu et de

presque exclusivement !

chromogène.

épithéliales.

2 chiens ayant des lésions presque exclusivement glomérulaires.

éliminant 0,015 et 0,012 de bleu et de

ta 2 chiens ayant des lésions | | chromogène.

4 chien ayant des lésions épithéliales et glomé- { éliminant peu ou pas de bleu. rulaires,

La seule conclusion que lon peut tirer de ces expériences, c'est que l’activité des cellules épithéliales ne semble pas intervenir dans l'élimination du bleu, puisque, lorsque ces cellules sont nécrosées, le bleu est éliminé en plus grande quantité. Comme, d'autre part, les lésions glomérulaires entraînent une diminution dans la quantité de Pélimination du bleu, on peut supposer que c’est peut-être par le glomérule que passe le bleu. Mais, comme nous savons que le

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sang contient le bleu non pas en nature, mais à l’état de leuco-dérivé, il semble bien probable, « priori que c’est sous forme de substance incolore que se fait l’élimination glomérulaire. Cette hypothèse concorde bien avec la constatation expérimentale que nous avons faite après Albarran et Bernard, à savoir que sur un rein d'animal qui pisse du bleu, les glomérules ne sont pas colorés.

Nous avons, d'autre part, cherché à savoir comment dialyse le leuco-dérivé contenu dans le sérum d’un chien auquel on a fait une injection de bleu. Nous savons que 20 c. ce. de ce sérum injecté à un chien normal provoque la coloration bleue des urines; si l’on soumet d'autre part 20 c. ec. du même sérum à la dialyse, on constate que le liquide dialysé injecté à un autre chien, régénère également du bleu, et l’on peut ainsi montrer, que le leuco-dérivé contenu dans le sérum dialyse facilement et avec une grande activité : rien d’étonnant, par conséquent, à ce qu’il s’élimine par les glomérules. D'ailleurs, l'élimination glomérulaire est bien d’accord avec les faits cliniques qui montrent que c’est dans la néphrite interstitielle, qui porte ses lésions principalement sur les vaisseaux et les glomérules, que le bleu s’élimine avec le plus de difficulté.

Quant à la transformation du leuco-dérivé en bleu par l’action oxydante des épithéliums, elle nous semble démontrée par une expérience que nous avons pu répéter à plusieurs reprises : il suffit de prendre du sérum d’un chien qui a reçu sous la peau, 5 €. c. d’une solution à 1/20 et d’injecter ce sérum sous forte pression dans l’uretère d’un rein sain. L’uretére est ensuite lié et on laisse le tout en place pendant une heure environ; alors, en enlevant la ligature urétérale, on constate que lurine qui sort est colorée en bleu : c’est au niveau des epithéliums du rein que s’est faite dans ce cas

la transformation, et nous croyons qu’il en est de même après une injection sous-cutanée de bleu de méthyléne ; le leucodérivé formé dans le sang s’élimine en nature par les glomérules et est oxydé au moment de son passage dans les différents tubes.

Dans nos diverses expérimentations, nous avons pu encore constater uneautre propriété des épithéliumsrénaux, absorption, et nous avons noté que, dans les cas de lésions épithéliales, les deux fonctions d’oxydation et d'absorption ne disparaissent pas simultanément. Nous ne pouvons rappeler, à ce sujet, toutes les constatations que nous avons faites, ce qui nous entraînerait trop loin de notre sujet, et nous voulons rapporter exclusivement ce qui concerne l’élimination rénale du bleu de méthylène.

Nous avons pu constater après une injection de bleu de méthylène dans un uretère, que bientôt l’urine qui était éliminée par l’autre rein était colorée en bleu.

Nous avons noté que certains reins, dont les épithéliums étaient dégénérés, n’avaient pas cependant perdu leur action oxydante sur le leuco-dérivé du bleu contenu dans le sang, ce dont il est facile de s’assurer en injectant sous pression du sérum contenant du leuco-dérivé, eten voyant si au bout d’une heure le bleu a été régénéré.

Nous avons vu ainsi que, malgré des lésions très intenses et très étendues des épithéliums, l'oxydation avait lieu, ee qui concorde bien avec les recherches de Horsley, qui a montré que l’action oxydante était plus forte au niveau d’un muscle dégénéré (dans les premiers temps de la dégénérescence tout au moins). En revanche, l'absorption semble être une fonction de la vitalité des épithéliums et dans les dégénérescences épithéliales étendues (comme chez les chiens B et C), alors que les fonctions d’oxydation sont conservées, l'absorption se fait

mal ou pas du tout, et une injection bleue faite dans un uretére ne produit pas l’élimination d’urines bleues par le rein du côté opposé.

De toutes les données expérimentales et cliniques que nous venons d’accumuler dans ce chapitre, il est surtout une notion qui se dégage et dont l'importance est capitale au point de vue de l'interprétation de l’épreuve du bleu, c’est que le bleu qu'élimine le rein après l'épreuve est formé tout entier au niveau du rein, par conséquent les variations dans lélimination de la substance colorante dépendent exclusivement de l'organe qui la forme, c’est-à-dire du rein. Toutefois, on pourrait dire encore, comme on a une tendance assez générale à l’admettre, que l’élimination sous forme de chromogène dépend d’une réduction plus active du sang. Cette théorie est impossible à soutenir à l’heure actuelle, puisque nous avons montré que, normalement, le bleu était réduit par le sang sous forme de leuco-dérivé. Il est vrai qu’on peut soutenir que, dans certains cas, la réduction est encore plus active et que, pour cette raison, le rein devient incapable de produire l’oxydation. Nous croyons que cette hypothèse ne correspond pas à la réalité, ce qui est facile à démontrer de la facon suivante : sur une série de malades éliminant le bleu presque entièrement sous forme de chromogène, nous avons prélevé du sang par saignées ou par ventouses scarifiées. Nous nous faisions le raisonnement suivant : si le bleu est tellement réduit dans le sang de ces malades qu’un rein normal est incapable de régénérer la substance colorante, linjection du sérum à un animal sain ne donnera pas lieu à des mictions colorées en bleu : or, dans tous les cas où le sérum injecté à des animaux était en quantité suffisante, leur urine fut bleue. Mais on pouvait nous objecter que le rein des animaux ne peut pas être comparé à celui de l’homme ; heureusement

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nous avons eu lPoccasion de faire sur nous-même l’expérimentation suivante : Un de nos bons amis, très bien portant et n’ayant jamais eu de maladies graves, fait une chute qui lui oceasionne un violent traumatisme de la région lombaire. Nous lui faisons le soir même une injection de bleu et nous constatons que les mictions des cinq premières heures ne contiennent que du chromogène. Nous lui prélevons alors par ventouses scarifiées une quantité de sang suffisante pour obtenir 15 à 20 c.c. de sérum et le lendemain nous nous injectons 15 c. c. du sérum au niveau de la paroi latérale de l’abdomen. Une heure après, nons éliminions du bleu en nature, alors que notre ami continuait à pisser exclusivement du chromogène. Le bleu n’était donc pas suffisamment réduit dans son sang, pour qu’un rein normal ne put pas l’oxyder, et de ces expériences découle pour nous cette conclusion formelle, que si le bleu est éliminé sous forme de chromogène c’est que l’épithélium du rein a perdu momentanément ses propriétés oxydantes normales. Ajoutons, d’ailleurs, que la clinique et expérimentation sont concordantes pour nous faire admettre que la perte du pouvoir oxydant des reins n’est pas lié à des lésions dégénératives de ces organes, mais à des troubles fonctionnels.

Si l’on admettait comme démontrées les différentes conclusions que nous venons de tirer de nos expérimentations, on pourrait arriver à la conception suivante, au sujet de Pélimination du bleu : à l’état normal, le bleu injecté est transformé dans le sang en un leuco-dérivé qui traverse en nature les glomérules et régénère ensuite du bleu grâce à l'oxydation des cellules épithéliales. Dans son passage au travers du rein, le bleu ainsi régénéré est en partie résorbé par les cellules.

Quand il existe des lésions glomérulaires, le leuco-dérivé filtre plus difficilement et le bleu s'élimine ainsi très lentement.

RTE.

S'il y a des lésions exclusivement épithéliales, le leuco-dérivé est éliminé normalement par le glomérule, mais, le plus souvent, les cellules épithéliales ont conservé leur fonction d'oxydation et perdu leurs propriétés d'absorption : le bleu est alors éliminé très vite et en très grande quantité. Dans d’autres cas, au contraire, les cellules épithéliales ont perdu leurs propriétés oxydantes et conservé leur pouvoir absorbant : alors le leuco-dérivé s’élimine en nature ou sous forme du chromogène de l'urine, c'està-dire à l’étàt de produits moins oxydés ; l'étude des faits nous a d’ailleurs appris que, lorsque les épithéliums ont perdu leurs fonctions d'oxydation, \ s’agit en général de troubles passagers sans dégénérescence cellulaire ; au contraire, la perte des fonctions d'absorption avec conservation du pouvoir oxydant, qui se traduit cliniquement par une élimination massive du bleu, correspond à des lésions très graves du rein.

S1 ces conclusions sont exactes, nous sommes maintenant en possession des éléments nécessaires pour interpréter les différents modes d'élimination du bleu, tels que nous les avons décrits dans le chapitre précédent.

Les variations dans le temps de l'élimination doivent être interprétées de la façon suivante : si le bleu s’élimine lentement, ayant un début tardif et une élimination prolongée, on en conclura qu’il existe des lésions des glomérules et des artères. Si, au contraire, le bleu apparaît très rapidement et s’élimine très vite, on en conclut que les épithéliums sont profondément lésés, ayant perdu leur pouvoir absorbant normal et peut-être exagéré leurs propriétés oxydantes.

Les variations dans le rythme, lorsqu'elles engendrent l’élimination intermittente, montrent que, sous l'influence d’une action toxique ou nerveuse momentanée, le mécanisme physiologique de la sécrétion rénale est comme dissocié : les glomérules conservent leur activité propre et éliminent l’eau

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urinaire et le leuco-dérivé, alors que les épithéliums des tubuli entrent en état d'inertie fonctionnelle et perdent leurs propriétés d’oxydation en même temps qu’ils ne laissent plus passer qu’en proportions minimes leurs produits de sécrétion (urée, matières solubles, pigments biliaires). Cette explication que nous avions déjà adoptée, depuis longtemps, avec M. Chauffard, pour expliquer les intermittences de l’élimination du bleu chez les hépatiques, est très intéressante à rapprocher, dans le cas particulier, de cette notion bien connue en histologie pathologique, à savoir que les lésions rénales secondaires aux lésions du foie commencent et prédominent au niveau des épithéliums tubulaires.

Rapports entre le bleu et le chromogène éliminés. — Sile bleu est éliminé sous forme de trace et si le chromogène n'existe que peu ou pas, c’est qu'il y a des lésions très étendues de Pappareil glomérulaire et du rein tout entier.

Si le bleu est éliminé sous forme de chromogène et très peu sous forme de matière colorante: ou bien 1l y a un retard pour le bleu et le chromogène avec prolongation dans Pélimination, ce qui est l'indice d’une lésion glomérulaire accompagnée de troubles fonctionnels de Pépithélium des tubes uriniféres ; ou bien le chromogène est éliminé dans les délais normalement assignés au bleu; il s’agit alors de troubles fonctionnels exclusivement limités aux cellules épithéliales et ordinairement passagères et peu graves.

Dans d’autres cas, enfin, le rapport est inverse; il y a beaucoup de bleu et peu de chromogène éliminé, en même temps qu’une élimination très rapide; il s’agit en général de lésions graves des tubuli contorti.

Si, maintenant, nous cherchons à exprimer nos idées dans unordre inverse et à voir quels serontles modes d'élimination du bleu pour une lésion donnée, nous voyons que, dans une

lésion exclusivement glomérulaire, il y a retard égal dans l’ap- - parition du bleu et du chromogène, prolongation de lélimination, richesse en bleu bien moins considérable pour les premières 24 heures. Si les lésions sont considérables, la quantité de bleu et de chromogène éliminés peut être réduite à des quantités minimes. Une altération exclusivement épithéliale pourra donner lieu quelquefois à un passage exclusif du chromogène apparaissant au bout d’une demi-heure et disparaissant en 40 ou 50 heures. Il s’agit alors de troubles fonctionnels et passagers. Dans d’autres cas, au contraire, lorsqu'on a tous les signes d’une néphrite et que l’on constate une élimination massive du bleu, on est autorisé à admettre des lésions dégénératives très graves des épithéliums.

L'association d'une altération épithéliale et interstitielle se traduira, on le comprend, tantôt par un retard dissocié du bleu et du chromogène, avec élimination considérable de chromogène, tantôt par un retard pour le bleu seulement, qui estéliminé pendanttrèslongtempsavecuneintensitéassezmarquée cependant et sans qu’il y ait de chromogène dans l’urine.

Nous n’avons pas la prétention d’être arrivé à élucider complétement une question aussi complexe que la physiologie normale et pathologique de lélimination du bleu par le rein. Nous pensons cependant avoir montré d’une façon indiscutable que le bleu arrive au rein sous forme de leuco-dérivé, et que la facon dont la matière colorante est régénérée et éliminée par les urines dépend exclusivement de l’état anatomique ou fonctionnel du rein. Pour le reste, il nous suffit d’avoir attiré l'attention sur toute une série de points qui seront confirmés ou infirmés ultérieurement, mais qui, en tout cas, serviront, croyons-nous, à faire la lumière, non seulement sur l’élimination du bleu, mais aussi sur la physiologie de la sécrétion rénale,

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