‹ Épreuve du bleu de méthylène et perméabilité rénaleChapitre 33 sur 46 · A) INTOXICATION CHRONIQUE · texte numérisé non relu

A) INTOXICATION CHRONIQUE

1° Le saturnisme. — 22 observations (271 à 293) de saturnins ne présentant aucune autre tare ayant pu se localiser sur le rein, abstraction faite par conséquent des 18 observations dans lesquelles le saturnisme se compliquait de tuberculose.

Ceux d’entre eux (12) qui rentraient à l'hôpital ponr une crise douloureuse de coliques, présentaient tous, au moment de leur entrée, des troubles de la perméabilité rénale, peut-être dus à une insuffisance fonctionnelle réflexe sous l'influence de la colique.

Tous furent examinés alors qu'ils ne présentaient aucun phénomène douloureux, mais exclusivement les symptômes de l’intoxication chronique.

5 seulement présentaient une perméabilité absolument normale.

4 éliminèrent leur matière colorante sous forme presque exclusive de chromogéne mais sans aucun retard.

13 eurent, toutes les fois que l’on tenta chez eux l'épreuve, une élimination retardée et prolongée comme s'ils avaient une néphrite atrophique lente. La recherche des autres symptômes de la néphrite interstitielle permit d'affirmer son existence dans 8 cas, mais dans les 5 autres l'élimination défectueuse du bleu était le seul signe : L'évolution ultérieure d’un de ces cinq malades que nous avons pu suivre, nous a montré que l'épreuve du bleu nous avait permis de prévoir la néphrite, avant que les signes cliniques soient apparus.

20 L'Afcoolisme chronique. — 12 observations de malades ayant pour la plupart des troubles gastriques, mais sans trace de cirrhose (293 à 305).

La perméabilité fut trouvée absolument normale dans 5 cas.

Dans 4 observations, il y eut une élimination très nettement intermittente, en rapport, sans doute, avec des lésions hépatiques qu'aucun autre signe ne permettait de prévoir.

Dans 3 cas l'élimination se fit, sous forme presque exclusivement de chromogène, sans aucun retard de son apparition dans l'urine.

3° Le Morphinisme. — 6 observations (305-311). Dans un seul cas il ÿ eut des troubles de la perméabilité rénale se traduisant par un retard dans l’apparition du bleu et une prolongation de son élimination.

40 L'intorication par le sulfure de carbone. — 6 cas (311 à 317). — # de ces malades présentaient des signes de perméabilité rénale très diminuée : élimination du bleu et du chromogène vers la 4 ou la 5e heure, teinte à peine bleue des urines qui en revanche restent colorées pendant cinq ou six jours. Il y avait donc tout lieu de supposer que les malades étaient atteints de néphrite interstitielle et d’ailleurs l'examen clinique permettait d'affirmer absolument ce diagnostic dans 3 cas. Dans le 4e, les troubles de l'élimination du bleu constituaient le seul signe.

Les 2 autres malades eurent une élimination normale du bleu.

50 Les goutfeur que nous avons pu examiner sont au nombre de quatre seulement (317 à 323). Tous eurent une élimination retardée et prolongée du bleu; tous, d’ailleurs, présentaient quelque autre signe de néphrite interstitielle.

60 Les diabétiques que nous avons examinés, au nombre de 12 (323 à 335), se comportaient bien différemment vis-à-vis de l'épreuve du bleu.

4 éliminèrent le bleu comme s'ils avaient une néphrite interstitielle : élimination retardée et prolongée sous forme de bleu, presque exclusivement. L’un d'eux mourut et l’autopsie permit de s’assurer qu'il avait bien une néphrite atrophique lente, qu'aucun autre signe n'avait permis de déceler.

3 autres éliminèrent leur bleu selon le type exagéré décrit par Bard : ils avaient d’ailleurs de l’albumine dans les urines, et l’autopsie confirma dans deux de ces cas qu’il existait des lésions analogues à celles qu'ont décrites Armani et Ebrlich.

Les 5 autres diabétiques (dont deux étaient albuminuriques) éliminèrent normalement leur bleu.

Il est à remarquer qu'aucun de ces malades ne présenta une élimination sous forme exclusive de chromogène. Or, si l’on admettait, avec certains auteurs, que l'élimination du chromogène est en rapport avec le degré de l’activité de réduction que présente l'organisme, c’est dans le diabète en raison du pouvoir réducteur du glucose pour le bleu, que les urines devraient surtout contenir du chromogène.

B) INTOXIGATIONS AIGUES N'AYANT PAS OGCASIONNÉ DE NÉPHRITES AIGUES (Troubles fonctionnels).

19 Empoisonnement par l'oxyde de carbone. 4 observations (335 à 339). — Tous éliminèrent leur bleu d’une façon absolument normale, que l'injection ait été faite le jour même de l’intoxication ou dans les jours qui suivirent.

20 Alcoolisme aigu. 18 observations (339 à 357). — Dans tous les cas où nous avons pu faire l'épreuve du bleu le jour même où le malade s'était intoxiqué, nous avons pu constater des troubles marqués de la perméabilité rénale, se traduisant le plus souvent, par un retard dans le début de l'élimination pour le

bleu et le chromogène, et une élimination se faisant presque entièrement sous forme de chromogène.

Quand l'épreuve fnt faite 3 ou 4 jours après la fin de la crise aiguë, la perméabilité fut trouvée normale, sauf dans deux cas où l'élimination était retardée et prolongée. Mais alors, il existait une néphrite interstitielle que les autres symptômes permettaient d'affirmer.

3° Embarras gastrique sans fièvre, indigestion, etc. 14 observations (357 à 376). — Il s’agit, dans ces observations, d'embarras gastrique ayant duré 4 à 5 jours seulement. Si l'épreuve du bleu est faite à la période aiguë de l’indigestion, on constate toujours une élimination légèrement défectueuse du bleu qui se traduit par une élimination se faisant presque exclusivement sous forme de chromogène, mais absolument sans retard ni prolongation de l'élimination.

40 Fatiques exagérées. — 3 observations de malades venant de fournir de très longues-courses à pied ou à bicyclettes (376 à 379).

L’élimination du bleu dans les premiers jours qui suivent la grande fatigue, est absolument irrégulière, se faisant sous forme presque exclusive de chromogène et avec retard assez marqué de l'élimination. Quelques jours plus tard, tout rentre dans l’ordre.

50 Coup de froid. — 4 malades ayant, en plein hiver, passé la nuit dehors et transportés à l'hôpital absolument gelés (379 à 383). Pendant 2 ou 3 jours après le coup de froid ils éliminent mal le bleu. Retard très accentué dans le début, pour le bleu et le chromogène, prolongation de l'élimination.

Au bout d'nne semaine tout est rentré dans l’ordre.

6° Brülures. — 12 observations de brûlures très étendues (383 à 395).

Dans un cas, le malade resta urémique pendant un jour, puis l'élimination de l'urine recommencça très défectueuse et le bleu fait à ce moment fut éliminé avec un retard de 6 heures et ne passa qu'en très petite quantité et pendant 18 heures seulement, sous forme de bleu et de chromogène. 8 jours après les brûlures étaient en bonne voie de guérison, une nouvelle épreuve pratiquée montra une élimination parfaite du bleu.

Dans 6 cas on constata, si l'épreuve était faite pendant les premiers jours qui suivirent la brûlure, une élimination imparfaite du bleu (retardé et prolongé); puis au bout de 4 ou 5 jours, une nouvelle épreuve pratiquée, montrait une élimination normale.

VII. — Perméabilité rénale dans les maladies nerveuses (Troubles fonctionnels).

Nous n'avons pu réunir que 13 cas de crises d'épilepsie ou d'hystérie (395 à 408).

Dans tous ces cas, l'épreuve était faite aussi près que possible de la fin de la crise, et quelquefois même, pendant l'élimination du bleu, apparaissait une

nouvelle crise qui faisait alors sentir, le plus souvent, son influence sur l’élimination du bleu.

Dans # cas seulement la crise n'eut absolument aucune influence sur l’élimination du bleu qui fut émis par les urines dans les délais normaux.

Dans 3 cas, l'injection fut faite aussitôt après la crise, mais le malade n’en eut pas de nouvelle pendant l'élimination de son bleu : l'étude de ces courbes montre qu’il y à un retard notable pour le bleu, à peine marqué pour le chromogène qui est éliminé seul pendant des heures et quelquefois des jours. L'élimination bleue apparaît alors légèrement, puis disparaît au bout de 16 à 20 heures, en même temps que le chromogène.

Dans 8 observations, le malade eut, pendant l'élimination du bleu, une nouvelle crise convulsive et alors on put constater tout d’abord un retard marqué pour le bleu et le chromogène mais surtout pour le bleu, comme dans les observations précédentes; puis, la crise arrivant au moment où il y a du bleu d’éliminé par les urines, il se produit une intermittence pour le bleu seul quelquefois, et d’autres fois pour le bleu etle chromogène; puis l'élimination reprend son cours. L’intermittence est, semble-t-il, en rapport avec la crise, et dû à une insuffisance fonctionnelle et tout à fait passagère des fonctions rénales.

VIII. — Perméabilité rénale dans les maladies du foie (Intermittence des éliminations).

Observation 409. — P... Maria, 30 ans. — Pneumonie droite avec ictère. — Grande quantité de pigments biliaires ; l'épreuve de la glycosurie alimentaire n’a pas été recherchée en raison de l’état de la malade. Deux intermittences très nettes dans l'élimination du bleu et du chromogène, l’une de la 16° à la 20e heure, l’autre de la 24e à la 28e heure.

L’autopsie a montré une dégénérescence graisseuse très prononcée des cellules hépatiques siégeant autour des espaces portes.

Observation 410. — B... Louise, 29 ans. — Péhisie pulmonaire chez une éthylique avec foie gros, ascite et œdème des membres inférieurs. — Urobilinurie et glycosurie alimentaire positives. — Deux intermittences dans l’éli-

mination du bleu et du chromogène, de la 6 à la 9° heur?, et de la 14° heure à la 20° heure.

À l'examen histologique du foie, on a trouvé une ordination trabéculaire conservée, mais beaucoup de cellules avaient une tendance marquée à la nécrose, les noyaux ayant perdu leur affinité pour les matières colorantes et le protoplasma étant vésiculeux.

Observation 411. — D... Régis, 49 ans. — Pneumonie droite. — Urobilinurie et glycosurie alimentaire positives. — Deux intermittences dans l’élimi-

nation du bleu et du chromogène de la 9e à la 12e heure et de la 19e à la 23e heure.

L'examen microscopique du foie a montré des lésions de stase avec atrophie trabéculaire très nettes dans les zones sushépatiques, tandis que les cellules entourant les espaces porto-biliaires étaient conservées.

Observation 412. — Henri F..., 52 ans. — Diagnostic hésitant entre cirrhose et péritonite tuberculeuse. La glycosurie alimentaire est positive, il y a de l’urobiline et de l’indican dans l’urine, le taux de l’urée par vingt-quatre heures oscille entre 10 et 15 grammes. — L'épreuve du bleu montre trois intermittences très nettes : la première entre la 4e et la 7e heure; la deuxième entre la 18° et la 23° heure; la troisième entre la 28e et la 30e heure. — Disparition complète du bleu après 48 heures.

L'autopsie pratiquée peu de temps après qu'avait été faite l'épreuve du bleu montre qu'il n'y avait pas de péritonite tuberculeuse et que le foie est cirrhotique histologiquement. — Cirrhose tuberculeuse, porto-bibaire avec quelques cellules géantes dans les travées conjonctives; nombreuses cellules atteintes de dégénérescence granulo-graisseuse.

Observation 413. — Eugène C..., 61 ans. — Cirrhose atrophique typique avec phlébite de la veine porte et dégénérescence très étendue des cellules hépatiques; glycosurie positive; urobilinurie, hypo-azoturie (le taux de l’urée variant de 10 à 12 grammes par jour). — L'épreuve du bleu pratiquée trois semaines environ avant la mort permit alors de constater quatre intermittences : de la 4e à la 6° heure; de la 12€ à la 15° heure; de la 22e à la 25° heure; de la 33° à la 35° heure.

Observation 414. — T... Lucie, 23 ans. — Æyste hydalique contenant 6 litres de liquide; glycosurie alimentaire négative, pas d’urobilinurie. — Début de l'élimination du bleu dès la 1re heure. Deux maxima : de la 3e à la 6° heure et de la 22e à la 29e heure. — Deux intermittences pour le bleu : de la 10e à la 13e heure et de la 18° à la 21e heure. — Pas d'intermittence pour le chromogène.

Observation 415. — M... Amélie, 39 ans. — Jctère avec gros foie déformé. — {re injection le 12 mars; pigments biliaires dans les urines ; glycosurie alimentaire positive. — Début de l'élimination dès la 1e heure. — Deux intermittences très marquées pour le bleu et le chromogène; entre la 12€ et la 18° heure et entre la 35e et la 42° heure. — 2° injection le 30 mars; plus de pigments biliaires ni dans l'urine, ni dans le sérum; glycosurie alimentaire négalive. — L'élimination n’est plus intermittente. — Elle est continue et légèrement polycyclique pour le bleu et le chromogène.

Observation 416. — Ler. Emilie, 39 ans. — Jctère litliasique. — 17° injection le 29 mars; pigments biliaires en grande quantité dans les urines; glyco-

surie alimentaire positive. — Deux intermittences très nettes pour le bleu et le chromogène : de la 6° à la 10° heure et de la 17° à la 22e heure. — 2° injection pratiquée le 18 avril alors que l'ictère cutané est à peu près disparu et qu'il n’y a plus de pigments dans les urines. — Trois intermittences très nettes, entre la 3e et la 6e heure, entre la 40€ et la 12€ heure, entre la 16e et la 19° heure.

Observation 417. — W... Albert, 39 ans. — Jcière catarrhal prolongé. — Lre injection le 9 mars; pigments biliaires dans l'urine; glycosurie positive. — Trois intermittences très nettes pour le bleu et le chromogène, de la 8° à la 9e heure, de la 22° à la 32e et de la 43° à la 54° heure. —2* injection le 3 avril ; pigments biliaires en grande quantité; glycosurie positive. — Trois intermittences pour le bleu et le chromogène; de la 10e à la 23e heure, de la 25° à la 29e, de la 31e à la 34e heure. — 3e injection le 16 avril; pigments biliaires encore en grande quantité : Trois intermittences encore très nettes de la 2° à la 4° heure, de la 6° à la 9e et dela 106 à la 16° heure.

Observation 418.— K... Louis, 57 ans. — Jctère lithiasique; pigments biliaires en grande quantité; glycosurie alimentaire positive. — Une intermittence très nette pour le bleu et le chromogène de la 8e à la 11° heure de l’élimination.

Observation 419. — D... Maria, 39 ans. — Jctère lithiasique; pigments biliaires dans l'urine; glycosurie alimentaire positive. — Deux intermittences très nettes dans l'élimination du bleu et du chromogène de la 8e à la 10€ heure et de la 21° à la 26° heure.

Observation 420. — Léopold G..…., 31 ans. — Jctère grave ayant évolué pendant trois semaines en deux phases : 4) Atrophie du loie, diminution de poids du malade, etc.; b) le foie reprend ses limites normales, le poids augmente. — L'épreuve da bleu fut pratiquée à trois reprises chez le malade. — Une première fois à la période d’atrophie du foie, la glycosurie alimentaire était positive, le taux de l’urée par 24 heures variait entre 7 et 8 grammes, la réaction de l'urobiline était très nette. — L'épreuve du bleu permit de constater quatre intermittences très marquées : la première entre la 3° et la 5e heure; la seconde entre la 10° et la 13e heure; la troisième entre la 18e et la 22e beure; la quatrième entre la 25e et la 30e heure. A partir de la 32e heure le bleu n'existe plus qu’à l'état de traces dans les urines. Une seconde épreuve fut faite trois semaines plus tard, alors que la glycosurie n’était plus positive, quatre jours après l'apparition d’une crise polyurique et azoturique. Il y eut encore trois intermittences : la première entre la 18° et la 22e heure; la deuxième entre la 25e et la 26° heure; la troisième entre la 40° et la 42e heure. Une troisième épreuve, faite quelques jours avant que le malade, tout à fait bien portant, sorte de l'hôpital, montra une élimination continue cyclique non prolongée.

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