L'ÉPUISEMENT NERVEUX GÉNITAL
Jésuites et ancien élève de Técole Centrale, demande avis sur sa situation le 17 juillet 1889. 11 a éprouvé, enfant, des goûts pédérastiques en s'amusant avec ses camarades. Il s'est senti attiré et excité ensuite par eux à l'École et pendant son volontariat, sans s'être jamais laissé aller à manifester ce sentiment.
Au contraire, il n'a jamais rien éprouvé pour les femmes. Musicien, il est attiré par les concerts, le théâtre et admire souvent les hommes qui s'y trouvent, sans que les femmes, ni leurs charmes, leurs galanteries même, produisent le moindre effet sur son imagination ni ses organes. Il reste absolument indifférent et s'exonère tout simplement par la compression du pénis entre ses cuisses? comme les petits garçons et, en pensant à l'homme, l'éjaculation se produit sans l'aide de la main, ni érection dure, mais simple turgescence et avec un spasme très voluptueux. Ce procédé unique et inexplicable montre que le cerveau en faisait tous les frais au besoin. De là un allongement mécanique du prépuce à l'examen et la rétraction considérable du pénis dans la flaccidité.
Jeune, il avait résolu d'entrer dans les ordres et il eût fait très volontiers le sacrifice de son corps par la prêtrise ; malheureusement un devoir impérieux, l'honneur de son père et de son nom, le força de renoncer à cette vocation. A la tête d'une grande minoterie, le père allait tomber en déconfiture si ses enfants ne le remplaçaient immédiatement. Il se dévoua, en se mettant à la tête de l'entreprise, et sauva son nom du déshonneur en rétablissant l'affaire.
Bien souvent, il fut pressé par son père ae se marier. Il remit sans cesse, pour sauver les apparences, et son unique bonheur consistait à aller, chaque année, faire une retraite de quelques jours au milieu de ses maîtres les Jésuites, où il se retrouvait avec d'anciens condisciples.
Son père mort, le mariage était sa seule ressource. Il céda encore par devoir, devant les offres fia 'uses qui lui étaient faites, malgré ses trente-six ans et les plus
vives inquiétudes sur sa virilité. Il vint m'en faire part pour avoir les détails les plus intimes et positifs sur sa nouvelle fonction. Tout en le félicitant de sa décision, un échec était d'autant plus à craindre qu'il tremblait de ne pouvoir réussir.
Cette crainte même le retint et le mariage n'eut pas lieu, comme il vint me l'apprendre un an après environ. Mais à défaut du père, son frère et associé ne lui laissait pas de trêve à ce sujet, et il venait toujours craintif demander un supplément d'informations. Sans compter sur leur utilité pratique, je fus surpris de sa visite en 1893, le lendemain de son mariage. Venu à Paris passer sa nuit de noces, il m'annonçait qu'il avait réussi à demi seulement. L'érection avait eu lieu, tant il aimait sa jeune femme de vingt-quatre ans, mais ne sachant pas se diriger sûrement et n'ayant pas osé se frayer la route, l'intromission avait été imparfaite. Il accusa la fatigue du jour. Je le renseignai minutieusement et, après avoir passé sa soirée au théâtre, il réussit complètement, car je ne le revis pas le lendemain, comme c'était convenu s'il restait en échec.
Ce succès est un exemple rare en pareil cas. Les pédérastes novices ne réussissent guère dans un premier essai, surtout à un âge aussi avancé et après l'emploi prolongé d'un onanisme si particulier. Ce n'est pas à dire cependant que l'absence d'action manuelle en soit la cause ; l'observation 220 des Ano^ malies sexuelles montre le contraire puisque, malgré une masturbation prolongée, Térection s'était produite, spontanément entre deux fiancés, dans un entretien intime, sous l'intluence des baisers et des caresses réciproques.
59. — Un autre exemple s'en est rencontré cnez un employé de commerce de dix-neuf ans, ayant toute l'apparence d'une jeune fille, moins le costume, et venant timide et craintif, les yeux baissés, me confier son angoisse d'être pédéraste pour avoir inspiré à d'autres employés plus âgés que lui de l'embrasser à la dérobée derrière les comptoirs, de le toucher cyniquement devant et derrière et lui proposer de venir coucher avec eux. Cela durait depuis plusieurs années. Il n'avait d'abord prêté aucune attention à ces embrassades; au contraire, il en éprouvait du plaisir, les rendait même et se prêtait avec complaisance à ces caresses; mais les propositions obscènes l'éclairèrent. De là ses craintes et son chagrin, car il allait quitter sa famille et partir à l'étranger où il avait une place pour apprendre la langue.
L'angoisse de ce garçon était rassurante. Il ne s'était guère masturbé jusque-là. Il s'amusait avec ses camarades en jouant et dansant comme eux. II n'avait encore éprouvé aucune sensation amoureuse avec les filles, même en valsant, tandis que d'autres de son âge lui racontaient leurs amourettes; au contraire, il n'en avait aucune idée.
Imitez-les, lui dis-je; attachez-vous à celle qui vous plaira davantage et qui recevra le mieux vos compliments et vos rendez-vous. Six semaines après, il venait, gai et joyeux, m'annoncer qu'il avait fait une conquête. Dans un rendez-vous nocturne, occupé à l'embrasser et la caresser, une érection très vive s'était produite qui lui eût permis tout ce qu'il désirait, si un passant ne les eût dérangés et fait fuir sa compagne. Il était rassuré et m'annonça qu'il venait me remercier et partait le lendemain à l'étranger.
Voici un autre exemple de pédérastie native et restée passive :
60. — Je suis Anglais, âgé de vingt-neuf ans, dit en se présentant à la fin de 1889, d'un air dégagé et avec assu-
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rance, un consultant de taille moyenne, assez mince, vêtu coquettement, très brun, même de peau, n'ayant qu'une légère moustache noire et un collier de duvet naissant sous le menton. Avec sa mine fme et souriante, son regard fixe, on lui eût donné plutôt dix-huit à vingt ans, sans aucune apparence du type anglo-saxon. i
Il demande s'il peut se marier, à cause de sa froideur pour les femmes, dont il est resté éloigné jusqu'ici. Les hommes jeunes lui font au contraire une grande impression, sans avoir jamais laissé percer cette disposition secrète à aucun, ni à ses camarades au collège, ni depuis à ses amis. Pubère vers quatorze ans, il s'est masturbé rarement jusqu'à vingt et depuis, en en reconnaissant le danger, il s'exonère tous les huit à dix jours en se retournant sur son lit et en se frottant la verge.
— N'avez-vous pas des pollutions nocturnes dans l'intervalle ?
— Assez fréquemment.
— Sous quelles influences? — L'idée ou le souvenir d'hommes que j'ai remarqués ou d'amis que je désire.
— Désir de quoi faire ? ne vous étant livré à aucun.
— Je sais néanmoins tout ce que les hommes font entre eux.
— Avec la liberté existant chez vous entre les deux sexes, dans leurs jeux, leurs réunions, leurs promenades, une jeune fille n'a-t-elle jamais attiré, fixé vos regards par ses charmes et provoqué le désir vénérien, l'érection ?
— Jamais aucune n'a produit cet effet; je reste absolument froid avec elles.
L'examen décèle la turgescence de la verge très développée. L'exploration produit une érection complète suivi* d'une éjaculation abondante. 11 n'existe d'autre anomalie qu'un prépuce absolument détaché du gland, sans frein apparent; ce qui communiquait une courbure inférieure très marquée de la verge en érection.
— Physiquement, monsieur, vous êtes très capable de vous marier, sans aucun doute possible ; mais il reste à
savoir si l'érection se produira de même au contact de la femme. 11 faut donc vous en assurer pour compléter l'expérience. Ne vous mariez qu'après le succès de cette épreuve indispensable, ne l'ayant jamais acquise.
11 partit très satisfait et certain du succès au premier essai. Le doute est cependant permis chez ces pédérastes, surtout ceux que leurs pareils seuls impressionnent. Une femme très lascive est parfois nécessaire, indispensable même, pour triompher de leur timidité et leur froideur.
D'où la démonstration péremptoire par ces faits que des garçons, esclaves d'aberrations génésiques, de dépravations sexuelles, pédérastes avérés, se déclarant tels ou craignant de l'être, ne le sont pas en réalité. Dès qu'en présence de la femme, à son contact par un serrement de main ou un baiser, une caresse quelconque, l'érection se produit spontanément, le mariage peut avoir lieu avec succès, conformément à l'observation 220 des Anomalies sexuelles. L'observation 58 ci-dessus en est la preuve décisive et irréfutable. Des garçons n'ayant pas abusé de l'onanisme pendant de longues années ou qui ont résisté à leurs désirs, leurs instincts contre nature, par un sentiment prédominant de pudeur ou de respect d'euxmêmes, jusqu'à un certain âge, sont surtout aptes à les vaincre et s'en débarrasser par le mariage. Y renoncer pour s'être laissé aller à quelques peccadilles avec des camarades, quelques désirs platoniques ou avoir cédé à des attaques avec d'autres jeunes gens, serait de l'enfantillage ou de la niaiserie. Exemple ;
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61. — Un jeune Polonais de vingt-cinq ans, très beau, fort et vigoureux gaillard distingué, en voyage de fiançailles, a des scrupules sur son prochain mariage avec une de ses compatriotes. II a éprouvé, après la puberté, des désirs pédérastiques qui l'ont conduit à de telles accointances qu'à vingt ans il fut surpris en flagrant délit d'onanisme avec un acolyte dans un jardin public. Cet esclandre a fort refroidi sa passion sans l'éteindre. Il l'a combattue en s'attachant à une jeune couturière, travaillant dans sa maison, et son succès a été complet. Mais elle a bientôt disparu et aucune autre femme ne l'a jamais impressionné. Au contraire, il ne voit pas un bel homme sans l'admirer et le désirer. Il a eu ainsi plusieurs amants et Tun d'eux lui ayant demandé de le sodomiser, il y a consenti... une seule fois. Sans aucun doute sur sa virilité, il craint que son mariage n'annihile pas cette fatale passion, dont il n'est pas maître quand elle se manifeste. Il en est subjugué et comme hypnotisé.
Votre profession, S. V. P.? — Directeur de l'exploitation de mes biens à la campagne.
Aimez-vous votre fiancée? — Beaucoup, je l'ai choisie pour sa ressemblance avec celle que j'ai connue.
Éprouvez-vous des désirs dans sa société, à son contact?
— La rigueur excessive de la mère, ne nous laissant jamais seuls, ne me permet pas d'en juger. Mais sa fille ayant manifesté le besoin de prendre l'air un soir sur le boulevard avec sa bonne, elle m'en informa et à sa rencontre , en la remerciant de cette preuve d'amour , l'érection s'est produite spontanément.
Toutes ces conditions sont favorables à votre union, rendue indispensable comme l'unique moyen de guérison.
— J'hésite cependant. Étant allé au bain, il y a peu de jours, j'ai demandé au garçon de me masser et la sensation de sa main et de sa vue m'a encore fait éjaculer.
Effet de votre excitation actuelle et de votre continence forcée, surtout dans un établissement parisien où le masseur a sans doute deviné vos désirs et agi en consé-
quence. Ne vous inquiétez pas de cette mésaventure. Ce n'est pas en allant vous retirer dans vos terres, le soir même de votre mariage que vous pourrez rencontrer tentation semblable. C'est le seul et le meilleur voyage de noce dans votre situation. Une lune de miel passée ainsi dans l'isolement doit être un remède infaillible contre vos sentiments pédérastiques.
Cette réponse ne convient pas également sans doute à tous les pédérastes. L'abus de l'onanisme manuel incite beaucoup de jeunes gens à le partager et de là à la pédérastie et toutes ses conséquences, il n'y a qu'un pas. Dès qu'un jouvenceau ne résiste pas à se laisser glisser dans ce précipice, à cet âge propice à l'amour de l'autre sexe, il est bien près d'y tomber et de s'y engloutir. L'observation 16 des Anomalies sexuelles est un exemple à consulter. Adonné spontanément à la masturbation dès l'enfance, un garçon de vingt-trois ans ne peut la quitter pour la belle fille qu'il connaît et s'offre à lui ; il est beaucoup plus attiré vers l'homme qu'il ne connaît pas. Cet artiste distingué s'est ainsi accolé à l'un de ses anciens professeurs. Ceux-là sont indignes du mariage, comme ceux qui délaissent leurs maîtresses pour cause de trahison, de dépit, jalousie ou maladie pour se jeter dans la pédérastie soi-disant par dégoût ou vengeance.
C'est parfois le contraire chez de jeunes efféminés. Faibles, craintifs et timides, ils se tiennent éloignés de la femme par leur fatale habitude, tandis que leurs pensées et leurs désirs les rapprochent de leur semblable. La femme est sans attrait pour eux et il suffit qu'ils se rencontrent avec un jeune homme plus
âgé qu'eux, ayant les mêmes habitudes, pour qu'ils s'y attachent et l'aiment d'un amour aussi profond et sincère qu'une fille, tant leur sexualité est peu prononcée. Ils n'ont aucune avance à faire ; au contraire, on les flatte et ils se livrent avec confiance. J'ai reçu la confidence de plusieurs cas de ce genre, après en avoir été dupes et victimes. Le délaissement, les escroqueries, les mauvais traitements, les violences, sinon les maladies, peuvent seuls les éclairer. L'épuisement nerveux en est souvent la conséquence par les excès commis. Les plus simples et honnêtes viennent ainsi, honteux et timides, après avis, une lecture, un livre qui les éclaire sur les dangers de la pente suivie, pour réclamer les moyens de s'en détourner.
Exemple : les observations précitées 22 et 23, également propres à éclairer par cette confession littérale sur les dangers de l'onanisme manuel chez les adolescents, par les troubles de l'esprit en résultant et les maladies qui en sont la conséquence. Elles sont aussi un modèle à suivre de bonne heure par ceux qui sont engagés dans cette voie détestable ; autrement, elle aboutit fatalement, par la perversion croissante de l'esprit et le trouble de la raison, à des actes, des aventures, des fautes et des folies qui compromettent non seulement l'avenir moral, mais la santé même. En voici un exemple frappant :
62. — Un grand Parisien de vingt-neuf ans, très brun, se présente un soir, confus et osant parler à peine, comme s'il avait un crime à réve'ler, demandant s'il était possible
à son âge de le faire renoncer à des sentiments péde'rastiques. Tout jeune, il se masturba seul, puis avec ses camarades à recelé, et, dès la puberté, il rechercha les hommes à cet effet. Le désir de voir leurs organes génitaux Fentraîna à de grandes imprudences qui lui valurent les plus graves et sévères leçons des chanteurs.
Employé de commerce à dix-huit ans, il essaya de se guérir en suivant une vulgaire prostituée, au lieu de chercher une amourette. Il en fut si dégoûté qu'il resta en affront. Sa perte fut dès lors consommée. Afin d'éviter les compromissions dangereuses auxquelles l'exposaient ses goûts, il prit pour amant un frotteur plus âgé que lui pour lui servir de Mentor, afin de ne plus se compromettre. Quoique ne pouvant le visiter qu'à intervalles éloignés, il resta tranquille pendant deux ans, sans se livrer à d'autres. Exemple frappant de ces ménages de pédérastes, comme des saphistes entre elles, et qui se prolongent très lon^'temps parfois chez les plus réservés.
La sodomie l'a toujours profondément dégoûté, malgré les tentatives qu'il en a faites dans ses orgies masculines; active ou passive, il n'a jamais pu l'exercer. Masturbation et succion réciproques sont ses seules ressources, car il n'aime pas l'homme; ses organes seuls le captivent et c'est en s"en excitant par la vue qu'il est revenu à se masturber seul, comme dans son enfance.
Faisant le commerce international entre l'Europe et l'Amérique depuis plusieurs années, Paris et New- York en particulier, il passe la moitié du temps à l'étranger^ où il rencontre de rares occasions de satisfaire sa passion. De retour chez lui, la vue de ses parents et amis des deux sexes, jouissant du bonheur de la famille, l'a fait réfléchir. Son succès dans les affaires lui montre le néant de la vie sans cet idéal dont il se trouve indigne en ne connaissant pas la femme et en restant insensible à ses charmes. Ses remords le placent souvent en face du suicide en traversant l'Océan; si ce n'était sa mère qu'il aime tendrement, il a pensé parfois à y faire un plongeon.
Désespéré d'avoir croupi si longtemps dans ces goûts auxquels il est enchaîne', il demande en pleurs, confus et repentant, s'il n'est pas trop tard pour essayer de le? bannir.
Avec une ferme volonté de réagir contre ces goûts et en employant avec courage et énergie les moyens d'y résister, il n'est jamais trop tard. Évitez de voir et de regarder les hommes qui vous attirent, fuyez les lieux où ils se trouvent, leur contact et leur compagnie comme des pestiférés; recherchez exclusivement la société des autres et fréquentez surtout ceux qui regardent les femmes, s'en occupent et en parlent avec chaleur, désir et amour. Vous vous identifierez ainsi avec eux, en les accompagnant au bal, au concert, au théâtre et dans tous les lieux où elles se montrent avec tous leurs attraits. Forcez-vous à leur parler, à être aimable avec elles, à en faire votre société, puisque vous ne les haïssez pas comme certains pédérastes qui en ont horreur, parce qu'elles les condamnent tacitement dans leurs habitudes vicieuses, leurs goûts contre nature. Dès que vous serez excité, impressionné sexuellement par leur beauté, leurs charmes, leur galanterie, sollicitez leurs faveurs; enfermez-vous au besoin avec l'une d'elles. Cet isolement est souvent un excitant très favorable. Si quelque embarras, refus ou obstacle se présente, référez-en à un ami expérimenté, il vous guidera pour les surmonter. Faites-en votre camarade et vous trouverez dans sa compagnie, ses entretiens et son exemple, de puissants auxiliaires pour vous encourager, vous enhardir et arriver au succès. Tel est le spécifique pour votre guérison à redevenir un homme digne du mariage.
Après les succès obtenus dans les cas précédents, n est-il pas permis d'essayer la guérison de tous ceux qui se présentent avec conscience et regret, pour exposer leur état d'ignominie et d'immoralité ? Ceux
qui ne souffrent pas de ces plaies morales : aberrations, perversions ou dépravations, les cachent au contraire avec soin, sans se plaindre, comme l'alcoolique de sa passion. Plutôt que de chercher à se guérir, ils en jouissent, et s'y plaisent î II faut donc bien distinguer ceux qui en souffrent réellement et que le désespoir amène à consulter. C'est une garantie qu'ils feront au moins des efforts pour améliorer leur position. Seuls, ils sont si faibles, indécis, irrésolus, qu'ils doutent d'eux-mêmes, après un si long escla vage, pour résister à leurs idées fixes, perverses, délaisser leurs mauvaises habitudes et en triompher. Ils ont ainsi besoin de conseils et d'encouragements, même de médicaments, pour les aider à vaincre dans ce difficile et rude combat moral.
Il ne s'agit plus, en effet, de voir un obstacle à ces guérisons par l'inversion cérébrale du sens génésique. Les faits ci-dessus témoignent du contraire, puisque des hommes livrés depuis de longues années à des aberrations et des dépravations génésiqucs ont pu tardivement, en réagissant énergiquement contre leurs idées et leurs habitudes perverses, les abandonner et se livrer avec succès à des rapports naturels.
Il a déjà été prouvé d'ailleurs, par cinq observations de garçons de vingt à trente-deux ans, relatées aux Anomalies sexuelles de l'instinct génésique, sous les n°' 217 à 221, victimes de cette perversion pédérastique innée, qu'elle pouvait être réfrénée par Texonération manuelle. Les trois faits suivants montrent au contraire que deux jeunes efféminés, de vingt-
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deux à vingt-quatre ans, ont contracté, après avoir eu des maîtresses attitrées durant plusieurs années, des habitudes pédérastiques par haine, par vengeance ei non par intérêt.
Ces faits irréfragables sont absolument concluants contre l'inversion sexuelle organique, même cellulaire. Elle réside simplement dans le goût et les idées, sinon le chantage et le vice, n'ayant d'autre siège fixe que le cerveau en général. Une timidité extrême près des femmes suffit chez beaucoup de masturbateurs pour se croire pédérastes sans l'être réellement. Leur hésitation fait leur impuissance; qu'une occasion favorable s'offre à eux pour exciter le sens erotique et leur virilité se manifestera. Ce n'est donc pas un mal incurable. Loin de là, la dépravation pédérastique n'est souvent qu'un défaut de volonté pour agir autrement. Ceux qui veulent fermement s'en libérer le peuvent, s'ils ne sont malades ou insensés, c'està-dire du corps ou de l'esprit. Nul doute que les neurasthéniques, affaiblis, anémiques, énervés, hystériques, détraqués ou mal équilibrés, ne soient plus nombreux dans cette triste phalange que les vigoureux et bien portants. Exemple :
63. — Un garçon charcutier, âgé de vingt-cinq ans, novice et se croyant incapable de rapports sexuels, sollicite, en janvier 1893, un examen pour savoir s'il peut se marier. Physiquement, il est très peu de'veloppé, lymphatique et très nerveux, la figure pâle et glabre, d'une timidité excessive, baissant les yeux et osant à peine parler. Aucun stigmate des organes génitaux sauf leur faible développement. A deux reprises, il s'est approché de
filles publiques, sans en éprouver ni désirs ni érection. Les jeunes garçons lui font plus d'impression; il se croit pédéraste. D'où les renseignements suivants :
Ayant perdu son père dès lage de douze à treize ans, il fut mis en domesticité par sa mère, comme valet de chambre, chez uae vieille dame pour sa nourriture et son habillement. Maltraité et mal nourri, il y reste deux ans. Une éjaculation, presque spontanée, lui révéla alors le plaisir vénérien et il commence bientôt à se masturber, tandis qu'une nièce de sa maîtresse, se faisant embrasser et tutoyer par lui, n'éveille ni désir ni idée erotique. Il s'en éloigne au contraire et se place ailleurs, en continuant de plus en plus sa funeste habitude, au point d'en imprimer les traces sur sa figure pâle et son air triste, honteux et embarrassé.
A dix-huit ans, il était chez un médecin de province sans enfants, dont la mauvaise conduite faisait souvent fuir sa femme. Pendant une de ces absences, soupçonnant sans doute l'habitude de son valet de chambre, il lui demanda, sous prétexte de douleurs, de le friclionner de la poitrine au ventre et jusqu'au pénis en pleine érection. Dès lors, il le pose sur le lit et le sodomise d'emblée dans la position du coït, en lui faisant relever les jambes. Il tenta le même viol ensuite à deux reprises debout, sans réussir. Ce garçon se laissait luire passivement, sans en ressentir ni plaisir ni douleur. Mais il quittait bientôt la maison après six mois de séjour.
Revenu à Paris, il entra dans la charcuterie, poursuivi d'idées pédérastiques, cherchant des acolytes sans avoir jamais la hardiesse d'en trouver malgré ses désirs. C'est dans l'intention de s'établir — une femme étant indispensable à cet effet — qu'ayant fait la connaissance d'une jeune orpheline, il venait demander avis.
— Faites une cour assidue à cette fille pour apprendre à la connaître et à Taimer et, en vous excitant par des mets de votre façon, bien épicés surtout de truffes, vous pourrez peut-être changer de goûts et d'idées. Dès que
l'érection se manifestera dans sa compagnie, par vos caresses et vos baisers réciproques, mariez-vous sans ::rainte. Vous serez en état de remplir votre devoir.
Cet avis eut un effet favorable. En continuant sa correspondance et ses entrevues, l'amour se développa et, quoique refusé six mois après, toute idée de pédérastie avait disparu. Une fille de brasserie, mieux disposée, lui permit de s'assurer de sa virilité. En venant me l'annoncer vingt mois plus tard, sa tête avait changé. De timide et triste, il était devenu gai, sa figure et son regard étaient illuminés en se sachant digne du mariage. Cet exemple est donc propre à en encourager d'autres.
Devant ce changement, ou plutôt cette transformation de sensations et de sentiments, toute inversion organique étant inadmissible, comment qualifier ces perversions génésiques ? Ne sont-ce pas des névroses cérébrales du sens erotique, comme le priapisme, le satyriasis chez l'homme et la nymphomanie chez la femme sont des névroses du centre génital? Il est difficile de les expliquer autrement, surtout devant les manifestations diverses et variées, offertes par leurs victimes. Ceux qui sont inconscients de leur abjection, et en jouissent sans préoccupation ni résistance, ne sauraient être confondus avec ceux qui en gémissent, ayant horreur de leurs désirs immondes, tout en y cédant devant le besoin d'exonération qui les y pousse. Il en est même qui ont la force morale d'y résister, tout en avouant leurs sentiments avec honte pour en être débarrassés. Ce sont ordinairement des masturbateurs ou frotteurs.