‹ Epuisement nerveux génital, causes et remèdesChapitre 9 sur 21 · Un effet rare et singulier de la continence rela · texte numérisé non relu

Un effet rare et singulier de la continence rela

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tive s'est révélé récemment à mon observation, chez un grand, fort et très vigoureux garçon de trente ans, commerçant actif, exempt d'excès et menant une vie normale et régulière en famille. Depuis plusieurs années, un écoulement sperinatique a lieu passivement, sans douleur ni volupté, à chaque selle, en l'absence de constipation, d'efiTort ni d'aucune cause appréciable. Son corps est réglé comme sa nourriture sobre et sa vie régulière. Pas d'abus d'onanisme ni excès sexuels, ayant seulement une exonération bi-mensuelle avec éjaculation rapide. Aucune maladie locale, sauf un varicocèle gauche constaté à la révision. Rien n'expliquant cette perte insolite et journalière qui l'inquiète sans être abondante, je lui demande s'il n'a jamais eu de maîtresse attitrée.

— Si, étant étudiant à vingt-deux ans, j'ai eu pendant huit mois une jeune femme veuve, fille de mon logeur, qui venait à peu près chaque jour dans ma chambre passer la nuit avec moi.

— Aviez-vous alors les mêmes pertes?

— Nullement, elles n'ont apparu qu'ensuite.

— Depuis, vous n'avez jamais repris cette vie conjugale?

— Jamais.

— Dès lors, mariez- vous sans crainte; votre célibat est a cause de ces pertes qui cesseront avec cet état.

Un autre effet du célibat continent, au delà de l'âge normal du mariage, est d'attirer et de fixer l'attention sur les organes génitaux par les divers phénomènes fonctionnels ou irréguliers dont ils sont le siège, en raison même de leur non-activité et de leur affaiblissement. Ces célibataires les examinent sans cesse, les mesurent, en interrogent les moindres sensations et les manifestations qu'ils interprètent à leur gré. Cette préoccupation constante, en activant encore la faiblesse génitale, ne tarde pas à retentir sur le cer-

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veau, à fausser les idées, les sentiments. De là des idées préconçues, tristes, qui engendrent la mélancolie, l'hypocondrie et des aberrations dont les exem pies figurent plus loin à ce mot.

Une preuve palpable de la dépression exercée par la continence sur le système nerveux génital, sens et centre, doit être invoquée en terminant : C'est l'exemple des plus fidèles observateurs de leurs vœux de chasteté, prêtres et religieux de tout grade et de oui ordre, et surtout ceux livrés aux travaux du corps et de l'esprit, vivant en dehors de la société. Après les orages de la jeunesse, communs à tous les hommes, ceux-ci n'éprouvent bientôt plus aucun tourment de leurs organes sexuels. Leur défaut de fonctionnement subit la loi physiologique de la fiaiblesse et de la déchéance nerveuses, surtout pour tout ce qui n'agit pas et manque de remplir son rôle naturel. La fonction crée l'organe et dès qu'elle ne s'exerce pas, celuici ne peut manquer de s'affaiblir. Il ne s'entretient et augmente que par son fonctionnement normal et régulier.

Syphilis. — L'action directe de l'infection syphilitique sur le système nerveux entraîne la dépression physique et morale de la plupart de ceux qui en sont atteints : célibataires et mariés. Le trouble qu'elle jette dans l'esprit de certains nerveux les rend impuissants. Les observations 127 à 131 des Anomalies sexuelles en sont la démonstration. En s'éloignant des femmes par dépit ou nécessité, leur continence prolongée produit, chez les plus impressionnables,

une sorte d'anaphrodisie et d'hypocondrie mélancolique qui leur est souvent plus préjudiciable que la vérole même.

Beard n'admet pas que cette infection, par son caractère actuellement bénin, soit une cause fréquente de neurasthénie. Il l'a cependant constatée dans les antécédents de plusieurs neurasthéniques, mais toujours avec d'autres causes plus actives et. directes. C'est seulement lorsqu'elle est très grave, chez un sujet peu vigoureux, qu'elle peut la déterminer. Mais elle ne contribue pas davantage à la prévenir ni à l'atténuer. (Page 7 8.)

Il est pourtant démontré par l'observation que l'action toxique du virus syphilitique affaiblit et trouble l'organisme, au point de le transformer, surtout en agissant sur le système nerveux central et périphérique, qu'il atteint et altère dès le début et plus tard. La vérole, dit Ricord, est le branle-bas du système nerveux. D'où son action sur V Impuissance 'physique et morale. (Nouvelle édition, page 2S0.)

D'autre part, la syphilis entraîne, d'après Ricord et ses élèves, une chlorose spéciale ou pâles couleurs; l'usage du mercure pour la combattre produit souvent l'anémie par la déglobulisation du sang. Chlorose et anémie d'autant plus fréquentes et marquées qu'elles peuvent exister en puissance, avant la syphilis, par les excès vénériens antérieurs, les pollutions et les pertes séminales en résultant et que Ton n'avoue pas. Causes essentielles de l'épuisement nerveux.

Aussi, les ferrugineux doivent-ils être en général associés au mercure et à un régime tonique pour

devenir efficaces sans être dangereux. Primitive ou secondaire, la syphilis est toujours aggravée par ces complications ; de là l'épuisement nerveux en résultant.

Cette réaction nerveuse de la syphilis est si commune et fréquente que le maître officiel le plus autorisé dans la connaissance des formes multiples et variées de cette maladie, le professeur Fournier, chargé de son enseignement, a proclamé et décrit récemment lai neurasthénie syphilitique^ depuis que ce mot est universellement adopté. On savait depuis ongtemps que, dans ses formes les plus graves, elle atteint particulièrement les centres nerveux, cerveau et moelle épinière, et produit ainsi une foule de signes et d'accidents, névralgies et névroses, paralysies, etc., provenant directement du système nerveux. Us sont décrits dans le Mal d'Amour, sous les noms de syphilis cérébrale, nerveuse^ avec des faits à l'appui. C'est donc un nouveau chapitre à y ajouter.

Ce sont ces signes ou symptômes nerveux spéciaux qui, après les accidents primitifs, se manifestent dans la période secondaire, comme un orage ou tempête nerveuse marquée par la céphalée, douleurs, troubles de la vue, de l'ouïe, bouffées de chaleur avec accès de fièvre, faiblesses, courbatures, désespoir, éreintement. D'où l'amaigrissement, la chute des cheveux et la perte des forces.

i La femme et les hommes jeunes et efféminés sont particulièrement exposés à ces accidents nerveux. L'insomnie, les cauchemars, les vertiges, le refroidissement des extrémités, des syncopes y succèdent. Le moral est si vivement frappé que des malades en

sont terrifiés, désespérés. Des idées sombres hantent leur esprit avec propension au suicide.

« Je suis terrorisé, peut-être sottement, écrivait l'un de mes malades âgé de trente-six ans, parce que aujourd'hui, après deux mois et demi de traitement sérieux, sans autre accident secondaire que quarante syphilides sèches dans le dos, sur les jambes et les bras, je me vois une plaque sw la joue et trois petits bubons au cou. »

Ce nervosisme secondaire, succédant à l'infection syphilitique, est donc évident et réel. Que la débilitation en résultant soit produite par l'intensité ou la persistance du mal, l'inquiétude et le chagrin ou l'effet déprimant des remèdes spécifiques: mercure et iodures, elle se manifeste le plus souvent. Son action, sans être directe, puisque des véroles échappent à cet épuisement nerveux, n'est donc pas moins nocive sur le sens génital. )

C'est faute d'avoir vu un nombre suffisant de ces exemples communs , tels qu'ils sont relatés aux Anomalies sexuelles, que l'auteur de la neurasthénie les a systématiquement rattachés à celle-ci. D'autant que ces accidents nerveux s'observent d'ordinaire au début avec des signes évidents de vérole comme témoins ; ils persistent même souvent plusieurs années après que ceux-ci ont disparu. La céphalée, par exemple^ analogue à la migraine ou douleur sourde de la tête, en arrière ou sur les côtés, persiste de deux à cinq ans et parfois jusqu'à dix après le début. Il n'est pas étonnant dès lors que des méprises aient eu lieu avec la syphilis cérébrale, toute différente et infiniment plus grave.

En infectant tout l'organisme, altérant le sang et le diminuant, la syphilis exerce donc une influence prédominante sur le moral et le système nerveux. Sur 3,429 syphilitiques observés par M. Fournier, 787 seulement présentaient des accidents externes de lapeau^ tandis que 1,085 en avaient du côté du système nerveux. Elle est donc spécialement et fatalement destinée à amener l'épuisement nerveux génital dont voici quelques exemples nouvellement observés.

43. — Un Chilien de cinquante ans, très nerveux et impressionnable, voyageur de commerce en Espagne, écrit de Cadix, en janvier 1890, avoir contracté la syphilis douze ans auparavant, sans aucun abus ni excès vénériens antérieurs. Il en perdit bientôt le testicule droit. Après deux ans de traitement suivi, mercure et iodure de potassium et une continence absolue, il se crut en état d'essayer sa virilité, quoique des excoriations de la bouche survenaient encore, dès qu'il restait cinq jours sans prendre un à deux iirammes d'iodure de potassium. Ne s'étant jamais trouvé en affront auparavant, il fut surpris d'être absolument impuissant. C'est un an après qu'il parvint enfin à s'exonérer en prenant la position de sa compagne. A quarantequatre ans seulement, le changement de climat et la résistance d'une femme aimée lui permirent d'accomplir un coït normal, même en le renouvelant.

Une récidive d'accidents tertiaires mit fin à ces douces relations. Après huit mois de traitement et leur disparition, il se retrouva Gros-Jean comme devant, sans avoir pu retrouver sa virilité depuis. Rentré dans son pays, riche et désirant se marier pour finir ses jours, il demandait s'il le pouvait.

La réponse,, en pareil cas, est très difficile et doit être réservée, comme les deux exemples suivants le démontrent :

44. — Un Normand de trente-huit ans, négociant en alcools et vins, de très belle apparence avec un peu d'embonpoint et de lymphatisme héréditaire — accusé par un écoulement de l'oreille droite dans l'enfance — ayant fait des excès de jeunesse avec blennorrhagies et chancres, a eu une vérole passagère dans ses trois périodes avec psoriasis palmaire. Marié à vingt-sept ans avec une demoiselle de vingt, d'après l'avis d'un jeune médecin, ami d'enfance, le considérant parfaitement guéri, il commence à s'amuser en fraudant comme avec une maîtresse pour ne pas avoir d'enfant ; puis, lorsqu'ils font ensuite tout pour en avoir, il n'en vient pas davantage et bientôt cet homme ne peut plus satisfaire aux désirs de sa femme par la paresse et la mollesse des érections. Celles-ci s'améliorent rapidement par l'usage anal de la teinture de noix vomique et seigle ergoté en petits lavements pour retomber en deux mois à leur premier état. La dose est doublée avec douches et frictions locales aphrodisiaques inutilement, malgré un coït réglé sur le désir et l'érection. Celle-ci manque durant un mois entier.

Chez un homme jeune et bien portant, nullement affaibli, sinon un peu blasé, ne faut-il pas attribuer cette faiblesse des érections à l'influence syphilitique ? D'où l'indication spécifique de la tisane de Zittmann ou plus simplement du sirop de Gibert.

Quand des abus et des excès vénériens de toutes sortes se joignent à la syphilis, comme dans l'observation précédente, il n'est pas permis de lui attribuer seule la faiblesse croissante signalée ; mais ne participe-t-elle pas aussi à la produire et l'entretenir, malgré tous les excitants ?...

45. — Une faiblesse génitale croissante était également accusée, le 13 février 4892, par un homme de quarante ans,

brun, de très belle apparence, distingué et assez grand. Marié depuis quatre ans à une femme de dix ans plus jeune, ce voyageur de commerce, revenant tous les huit jours au foyer conjugal, est reste' sans enfant. Depuis deux ans, ses érections sont de plus en plus lentes et molles, sans autre cause appréciable qu'une syphilis contractée à vingt ans. Un petit chancre induré à gauche de la rainure du gland en fut le signe initial, sans bubon, ni maux de gorge, ni chute consécutive des cheveux. Des boutons sur les jambes, marqués par des taches brunes persistantes, en ont été Tunique suite. Une maîtresse, conservée de vingt-six à trente-trois ans, n'a jamais éprouvé le moindre accident. Il a pris néanmoins de l'iodure, sur le conseil du professeur Fournier, pendant cinq à six semaines au [printemps, durant plusieurs années, et s'est marié sur son avis à trente-six ans.

Cette longue attente, par crainte d'infecter sa progéniture, montre l'impression profonde ressentie de cet accident. Son aspect timoré, trembkmt, pâle et craintif en en parlant, témoigne qu'il en est terrorisé, énervé. Les testicules, d'un volume moyen, un peu mous, ont un fonctionnement si inappréciable que, malgré une continence forcée de six à huit mois, il n'y a aucune perte séminale après ses tentatives. Un ou deux essais, avec des étrangères, ont été aussi frustes. Un léger écoulement uréthral de mucus filant et transparent s'ensuit, malgré son bon régime de la table d'hôte, sans alcoolisme ni tabac; ce qui rend probable l'action fondante de l'usage prolongé des iodures.

Un traitement, dirigé depuis six mois par son médecin ordinaire, de lotions excitantes, pilules, aphrodisiaques n'a rien produit, sauf un coït normal en novembre dernier, après l'emploi de la belladone, sans qu'il se soit reproduit depuis malgré sa continuation. Cet insuccès, en lui faisant perdre l'espoir d'avoir des enfants, le désespère. Je prescris l'essai des lavements à la noix vomique et strychnine avec dragées d'ergotine, à prendre lors de son retour au foyer et à s'essayer après un bon dîner ; rien ne pou-

vant expliquer cette impuissance que l'affaissement nerveux de ce désespéré.

Ce n'est pas que l'impuissance soit à redouter pour le mariage; la syphilis ne la produit pas d'ordinaire. Elle ne se manifeste au début que parla dépression, la sidération du système nerveux, chez les plus effrayés et impressionnés par les premiers accidents de cette infection et les craintes souvent exagérées de ses suites. Épouvantés, terrorisés à la vue de ces signes,, surtout lorsqu'ils siègent à la face, leur esprit en est assiégé jour et nuit; c'est un cauchemar, un fantôme dont ils ne peuvent se débarrasser. Ils en perdent l'appétit et le sommeil^ toutes les fonctions s'altèrent bientôt, ils pâlissent, maigrissent, leurs forces diminuent, et des douleurs nerveuses, vagues, apparaissent ici et là. C'est la manifestation de la neurasthénie dont la faiblesse génitale ou impuissance est la conséquence directe et immédiate.

La preuve en est chez les plus calmes et impassibles devant cet appareil vérolique. En leur prescrivant une continence rigoureuse : « Ne craignez rien, répondent-ils, les femmes ne me font plus d'impression, » montrant par là l'action débilitante sur le sens erotique du cerveau et le centre génital endormis. Cette interprétation ne tarde guère à se confirmer en général si, par l'amélioration graduelle des accidents, les malades peuvent se rassurer sur leur issue. Avec le calme de l'esprit et le rétablissement de la santé générale, le syphilitique, à la troisième période, ne tarde pas à être de nouveau tourmenté par les érections, sauf les cas de syphilis malignes et persistantes.

46. — Un jeune officier de trente-deux ans, très nerveux et intelligent, fort et résistant à la fatigue, est marie' depuis quatre ans passés sans enfant. Son régime, absolument exempt d'alcool, est très bon et sa femme est bien portante. Mais après une chaude-pisse, il a contracté la syphilis à vingt-cinq ans environ et c'est après un traitement de trois années consécutives, et en prenant ensuite des dépuratifs en automne et au printemps, qu'il s'est marié sur l'autorisation du médecin de son régiment et l'avis d'un spécialiste célèbre de Paris.

A l'examen, le testicule gauche est remplacé par un varicocèle volumineux et le droit assez gros est mou. Virilité atténuée relativement à l'âge, la taille et la force, un seul rapport lui suffit sans pouvoir le doubler par l'abondance de l'émission. Le sperme, examiné par un médecin peu de temps auparavant, ne présentait que de très rares spermatozoaires.

Soumis aux douches journalières pour calmer son inquiétude et son système nerveux, avec un régime tonique et des rapports sexuels très espacés pour la réfection spermatique, il vient, dix mois après, se soumettre à un nouvel examen. Malgré l'amélioration très notable de la santé générale, l'épreuve du sperme ne montre sous la lunette du microscope qu'un seul spermatozoaire déformé et sans mouvement. Il était donc stérile.

Les perturbations et les troubles nerveux signalés dans ces cas pourraient être attribués exclusivement à la faiblesse génitale, l'impuissance, la stérilité ou les autres complications accusées par ces syphilitiques, sans en faire des signes de neurasthénie. Ils étaient uniformément rapportés autrefois à la débauche, aux excès ou au tempérament de ces malades, plutôt qu'à leur maladie. Ces exemples ne seraient donc pas concluants, décisifs, pour les faire inter-

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prêter justement par quiconque n'en a pas observés de plus caractéristiques quant à la signification de ces accidents. De là les deux suivants

47. — Un Roumain distingué, trente-et-un ans, très grand, grêle et maigre, teint jaune, caractère sombre, demande, le 13 avril 1892, s'il peut se marier dans les conditions suivantes. Jeune, il s'est masturbé. Plus tard, vivant isolé dans ses terres, entouré de vieux domestiques, il ne pouvait s'exonérer qu'en allant très rarement à la ville voir des femmes publiques ou galantes. Alors, il abusait du coït et commettait des excès. 11 eut ainsi deux échauffements. A vingt ans, son frère aîné, atteint de la syphilis après avoir commis tous les excès, en éprouve successivement les divers accidents et meurt du tabès.

En fumant les cigares de ce frère, il contracte des chancres des lèvres avec pléiade ganglionnaire sous-maxillaire et angine récidivante pendant deux années consécutives. L'effrayant spectacle qu'il avait eu de son frère et le traitement mercuriel à haute dose qu'il subit rejoignent des femmes et les fonctions digestives se troublent et s'altèrent. Il devient triste, hypocondriaque, anémique et dyspeptique en vivant isolé au fond des bois, sans amis ni connaissances. L'absence de plaques muqueuses et de gommes apparentes ne peut le rassurer contre la vérole. Le médecin découvre alors un engorgement du foie.

Une consultation de trois célébrités médicales de Vienne le déclare absolument indemne de syphilis et constate l'engorgement hépatique avec catarrhe des voies nasopharyngiennes. Une saison à Vichy en 1891 améliore son état physique et moral. Mais le spleen et l'hypocondrie reprennent leur empire, après son retour dans ses propriétés. Des douleurs fugaces apparaissent ici et là, la maigreur augmente, il se croit atteint de la poitrine à «ause de son catarrhe, et l'induration d'un ganglion à droite du cou et des douleurs dans le dos le confirment

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qu'il est toujours en proie à Finfection syphilitique et destiné aune mort prochaine.

Il arrive à Paris très déprimé et triste, en vue de consulter des spécialistes pour son foie, sa poitrine et sa vérole, et disposé à retourner à Vichy en souvenir de Tamélioration qu'il y a éprouvé. Son apparence, au premier coup d'oeil, est très défavorable, mais je m'aperçois bientôt, à son récit, que c'est un neurasthénique. Sa poitrine, à l'examen, est en effet en parfait état, peu d'appétit, constipation, aucune trace apparente de vérole, organes génitaux flasques et pendants avec écoulement latent du canal de l'urèthre et varicocèle des deux côtés surtout à droite. Le coït a cependant été pratiqué avec succès il y a peu de jours. Il peut donc se marier, suivant l'avis des médecins viennois, quand son écoulement sera tari, son appétit rétabli en allant à Vichy, ses digestions et sa nutrition améliorées par une cure en se distrayant et s'amusant sans fatigue et surtout après avoir constaté une augmentation croissante et progressive de son poids, pendant cinq à six mois successifs, avec rétablissement de ses forces. Nul renseignement sur l'effet de cette prescription ne m'est parvenu.

Les perturbations de tout le système nerveux, produites par la syphilis, sont telles que toutes les principales fonctions peuvent en être troublées et altérées, sans qu'aucun organe soit lésé d'une manière appréciable. Le chagrin, les craintes et l'inquiétude, la tristesse que le vérole conçoit de ce mal, dés qu'il s*en voit atteint, lui font perdre l'appétit et le sommeil. Il s'affaiblit ainsi rapidement, alors qu'il faudrait conserver ses forces pour mieux résister contre l'infection et en triompher. Le traitement y contribue encore, s'il n'est soutenu par une alimentation fortifiante et tonique. Maître absolu de la place, le virus

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produit ainsi d'autant plus de ravages sur le système nerveux que l'organisme est moins résistant.

48. — Un employé de trente- six ans, célibataire rangé et très impressionnable, découvre un petit chancre induré du filet le 6 octobre. Effrayé et honteux, il s'adresse à un charlatan, au lieu de son médecin ordinaire, afin de se soigner secrètement. Un stock de drogues soi-disant végétales et sans mercure : pommades, élixir, sirop, lui sont remis contre argent comptant pour se soigner seul. Deux mois et demi après, la face, le dos et les membres se couvrent de syphilides « avec plaque circinée sur la joue et trois petits bubons au cou. » Des plaques circinées écailleuses existent dans la paume des mains.

Terrorisé, il lit le Mal cV amour pour s'éclairer et voit que le mercure est l'unique spécifique de la vérole. Il se croit dès lors perdu en ne pouvant plus déguiser ce mal honteux. La crainte de ses suites le terrifie; il n'en a plus d'appétit ni de sommeil et sollicite une audience, afin de ne pas agir en désespéré. Sa présence ratifiait ses paroles : pâle, anémié et tremblant, il ne raisonnait plus, pleurait comme un enfant, et son exaspération, jointe à sa tristesse, pouvaient en effet le conduire au suicide, si la présence de sa vieille mère, dont il est l'unique soutien, ne l'eut fait réfléchir.

Soumis immédiatement au traitement spécifique interne avec ferrugineux, aidé d'un bon régime sans excitants, d'exercice et de distractions, ce malade fut bientôt rassuré, surtout en atténuant et effaçant presque les stigmates apparents de la face par l'application du collodion mercuriel. Trois mois après, toutes les taches de la peau avaient presque disparu ainsi que les ganglions du cou et les érosions chancreuses des lèvres. Il ne restait que de petites croûtes sur le cuir chevelu, sans chute des cheveux, et une légère rougeur spécifique du bord libre du voile du palais qui doit disparaître par la continuation du traitement.

Leçon pour s'adresser de confiance en pareil cas à son médecin ordinaire, de préférence à ces soi-disant spécialistes, qui ne sont au contraire que de vulgaires charlatans. La syphilis et son traitement sont bien connus aujourd'hui de tous les médecins et c'est à eux qu'il faut demander de recourir, en cas de besoin ou de doute, aux syphiliographes accrédités.

Quant aux accidents nerveux ou neurasthéniques éclatant plus ou moins tardivement chez d'anciens syphilitiques, il est logique de les rattacher toujours à cette maladie et de les traiter en conséquence. Non par les remèdes spécifiques, mercure et iode, toujours administrés d'avance contre les accidents primitifs et secondaires; mais par une hygiène sévère, dirigée contre les désordres et les troubles fonctionnels du système nerveux cérébro-spinal. Exclure du genre de vie toutes les stimulations morbides du cerveau : travaux intellectuels exagérés, études, veilles, excès de table, passions de toutes sortes, abus sexuels, exercices physiques violents, blessures, pouvant retentir sur la moelle épinière et la surmener. L'hydrothérapie fortifie et régularise toujours utilement ce fonctionnement défectueux avec la gymnastique, les eaux sulfureuses , constamment favorables prises sans abus, ainsi que les autres calmants et sédatifs à employer par le médecin selon les cas.

Le moral n'a sans doute qu'une faible influence sur ces causes toutes physiques et les tristes efl'ets qu'elles entraînent. Néanmoins, c'est en s'isolant et en y pensant sans cesse qu'ils persistent et s'aggravent le plus fatalement. Il faut donc éviter de fixer son

attention, sa pensée et le souvenir sur les souffrances, les maux en résultant, et s'en distraire par tous les moyens à sa portée. Occupations ou travaux fixant la pensée et le regard: chasse, jeux, lectures, bals, soirées, théâtre, musique, sont les plus efficaces et utiles. C'est en recherchant la société, sans se préoccuper des inconvénients dont on souffre secrètement, et en agissant comme s'ils n'existaient pas, que l'on a le plus de chances de les voir diminuer sinon disparaître.

Toutes ces prescriptions se résument dans la maxime suivante d'un grand moraliste : « Quand « vous avez enseveli une mauvaise habitude, n'allez « pas trop souvent visiter la tombe. » Elle est surtout à mettre en pratique par les victimes des causes suivantes dont elle servira utilement d'ôxorde.

Entre les catlses générales précédentes et celles toutes locales qui suivent, il convient de placer cer tames aberrations, anomalies, dépravations et perversions sexuelles qui, émanant exclusivement du cerveau, ne sont absolument ni l'une ni l'autre, en les partageant à la fois. De là la place intermédiaire qui leur est assignée. Mais elles sont d'autant plus graves et dangereuses qu'elles participent de l'une ou de l'autre, ce qui est souvent le cas, et même des deux à la fois. Ces complications, en atteignant le physique, aggravent ainsi l'état moral.

Tous les actes anormaux de la fonction génésique compris sous ce titre, comme les idées, les inclinations et les sentiments anormaux qui les provoquent, émanent directement du sens erotique, siégeant dans le cerveau, comme les désirs naturels. On ne saurait y contredire. Ils se distinguent ainsi des anomalies sexuelles ayantpour caractère un défaut ou vice apparent de conformation ou d'organisation, sinon une altération, une lésion des organes génitaux cachés,

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OU du centre génital de la moelle lombaire. Toutes les expériences et les recherches pour en découvrir le siège précis, la lésion matérielle ou une cause locale, sont restées infructueuses, comme pour la localisation de la mémoire automatique, placée arbitrairement au sommet des circonvolutions cérébrales. Un fonctionnement anormal, perverti, le trouble de l'esprit, l'imagination, la pensée sont seuls appréciables. On admet bien, pour les expliquer suivant les doctrines positives actuelles, des altérations correspondantes des liquides ou des solides des centres nerveux, d'où ces troubles émanent. On a même invoqué une invei^sion sexuelle pour expliquer ces dépravations. Mais cette supposition est contredite par les faits relatés plus loin.

Certaines anomalies de la copulation en offrent une preuve évidente. Telle l'impuissance absolue du soir alternant avec une virilité normale du matin. De même du défaut absolu d'érection dans toute première réunion avec une nouvelle femme, chez certains individus qui à la seconde entrevue sont des plus virils. Les exemples en sont relatés aux Anomalies sexuelles^ n**' 105 à 109. Ces cas s'observent toujours chez des nerveux, parfois de la plus brillante santé, mais souvent entachés d'abus ou d'excès vénériens antérieurs . et même des deux à la fois. Ce n'est donc pas de l'impuissance, mais une névrose intermittente du centre génital, dont voici un exemple tout récent.

Pharmacien de vingt-sept ans, fort et robuste, mais très nerveux et considéré comme hystérique, sujet à des crisfis

nerveuses pendant l'éjaculation qui lui font perdre connaissance et paralysent sa volonté. Sur le point de se marier, il voudrait éviter l'inconvénient qui lui est habituel, d'être privé d'érection dans toute première rencontre galante, tandis qu'il remplit ensuite normalement son rôle. (!«'• décembre 1894.)

Démonstration péremptoire et irréfutable que l'impuissance peut être toute morale et de plus ou moinslongue durée, sans cause physique ni lésion appréciable.

Les perversions sexuelles désignent spécialement diverses conditions mentales anormales, se rapportant à l'appareil génital.G'est la variété psychopathique des médecins s'occupant de la neurasthénie. D'après Beard, il n'y a pas d'utilité pratique à décrire ces cas, quoique beaucoup plus fréquents qu'on ne suppose, dit-il, les médecins ne s'en occupant guère, parce que ceux qui en sont atteints ne les consultent qu'exceptionnellement. Satisfaits de leur état, comme les alcooliques morphinomanes, ou mangeurs d'opium, ils jouissent de leur vie anormale ou n'en sont pas ennuyés ni honteux pour y chercher remède. Il savait même tout récemment qu'un grand nombre de ces pervertis se trouvait à New-York, comme dans toutes les grandes capitales, dont il signale un seul exemple relaté page 147.

C'est là une méprise évidente du célèbre médecin américain, comme nos ouvrages sur ce sujet en témoignent, notamment par les 230 observations des Anomalies sexuelles et celles qui; sont réunies ici. Si ces simples perturbés d'ordinaire, ces vicieux plutôt

que pervertis, ne s'adressent pas plus souvent aux médecins, c'est que ceux-ci ne comprennent rien aux aberrations de leurs goûts, leurs idées, leurs passions, leurs plaintes ni leurs plaisirs, comme beaucoup sont venus nous en rendre compte. Ils ne voient chez la plupart que des cérébraux, des déséquilibrés vicieux, des hypocondriaques, maniaques ou fous. C'est du moins ainsi que les traitent les aliénistes auxquels ils s'adressent, en se plaignant des obsessions de leurs pensées et de leurs goûts masculins, des perversions de leurs désirs, leurs sentiments, dont plusieurs se trouvent très malheureux sans pouvoir y résister.

« Les anomalies et les perversions sexuelles, dit en effet le célèbre aliéniste Magnan, médecin de l'asile Sainte-Anne , se montrent exclusivement dans cette catégorie d'aliénés, désignée sous le nom de dégénérés, chez lesquels l'hérédité exerce l'influence la plus puissante à tous les degrés de la débilité mentale. »

Et localisant le siège particulier de ces diverses aberrations sexuelles, il fixe ainsi « l'onanisme manuel habituel au centre génital de la partie inférieure de la moelle épinière, 4^ vertèbre lombaire. D'où le nom de Spinaux. ))

« L'acte du coït instinctif, la passion brutale, partirait de l'écorce postérieure du cerveau, au lieu du cervelet où Gall l'avait placé, pour aboutir à la môme place de la moelle. Ce seraient les Spinaux-cérébraux postérieurs. »

« Enfin les Spinaux-cérébraux antérieurs, c'est=k-dir@ le réflexe partant de l'écorce antérieure du aerveaù

sur le centre génital inférieur de la moelle comme à l'état normal, seraient les pervertis par l'idée, le sentiment ou le penchant pour une personne ou un objet anormal. Il y a aussi les extatiques et les érotomanes ou psychiques qui ne rêvent que d'étoiles ou de divi nités. »

Telle est la théorie aussi simple que séduisante, mais la pratique est loin d'y répondre et sur les 17 exemples choisis, cités à l'appui, aucun ne prouve la lésion du siège répondant à la perversion décrite. Aucune autopsie n'a confirmé ce siège. C'est donc une théorie à priori, basée sur la physiologie de l'acte de la Génération, sans que l'on puisse dire si ces aberrations y correspondent exactement.

Partagées par Moreau (de Tours) et beaucoup d'aliénistes français, ces idées ne sont pas celles des médecins s'occupant des maladies nerveuses à un autre point de vue : en les étudiant surtout pour les calmer, les atténuer ou les guérir. Des fous se rencontrent sans doute parmi ces pervertis sexuellement, et c'est probablement ceux-là seuls qui tombent sous l'observation des aliénistes. Au contraire, s'il m'est permis d'invoquer ma pratique spéciale, j'en ai constaté 8 ou 10 sur environ 1,000 à 1,200 consultants, depuis l'efféminé, masturbateur ou frotteur endurcis, malades, jusqu'au pédéraste et au sodomiste passionnés, exclusifs, l'érotomane exalté, le priapique et le satyre par continence, abus ou excès vénériens, en y comprenant les impuissants et les nerveux. Si la plupart délirent sur l'objet spécial de leur passion dominante, très peu de ces pervertis sont véritablement

200 ÉPUISEMENT iNERVEUX GÉNITAL

aliénés. Ils se reconnaissent facilement à leurs divagations, leurs actes et leurs idées insensés, contradictoires, les illusions de leurs sens et leur défaut de raisonnement sur tout autre sujet. Mais on ne saurait taxer de folie un acte répréhensible commis en obéissant;! une simple aberration, toujours la même, de l'instinct sexuel, comme de rechercher une couleur blanche ou rouge, un jeune ou vieux pour en Atre excités. La généralité de ceux-ci conservent tout leur bon sens et leur sang-froid pour travailler, diriger et gérer leurs affaires. Le secret qui règne sur les victimes de ces perversions sexuelles peut seul empêcher de rendre ce fait public ; autrement, il sauterait aux yeux de tous pour confondre publiquement les aliénistes. Il est curieux de recueillir à ce sujet l'opinion de l'auteur même de la Neurasthénie sexuelle. « Toutes les personnes nerveuses désignées sous les noms d'hypocondriaques , maniaques , neurasthéniques ou névropathes, hystériques, épileptiques, alcooliques, qu'elles le soient séparément ou participent de ces divers caractères à la fois, sont des ■candidats à la folie. Beard les appelle border-liiiers pour indiquer qu'elles y sont prédisposées et au bord de ce précipice; elles peuvent même avoir été déjà aliénées ou l'être passagèrement, mais il en est aussi ,qui ne le deviennent jamais. Leur responsabilité morale est plus ou moins affaiblie, diminuée par la maladie, sans jamais disparaître au point de justifier le diagnostic de folie. Elles sont capables ordinaire- ;ment, sinon toujours, de conserver un certain degré de respect et de bon sens dans leurs relations socia-

les et nullement susceptibles de commettre un acte criminel, tout en étant une cause fréquente et permanente de désagréments pour leurs familles, parents ou amis. Elles frisent de si près la lolie que la question s'élève souvent de savoir si elle n'existe pas réellement, soit pour les enfermer, les isoler de leur famille , soit pour restreindre leur responsabilité. Comme règle cependant, les pires cas observés ne franchissent guère la folie, qui ne s'est montrée que dans de très rares exemples. L'irritabilité, la pétulance, le déraisonnement, l'impatience, l'incertitude de conduite sont ainsi suivies d'une grande dépression mélancolique très fréquente, si profonde et pénible, qu'elle suggère l'aliénation, sans en présenter les signes usuels. Ces nerveux parlent de suicide et de meurtre sans jamais en commettre, à moins d'être nés assassins. Au contraire, ils ont assez de raison pour faire des contrats, avec un coup d'œil assez sûr pour se livrer aux affaires; malgré leur maladie, ils répriment leurs impulsions, sans pouvoir résister le plus souvent à leurs craintes morbides. Ils repondent ainsi moins aux signes de la folie qu'à ceux de la raison. Leur instinct de préservation persiste, quoique pouvant être plus ou moins altéré. Ils ont encore un pouvoir raisonnable de s'adapter à leur entourage ; leur nature morale, quoique troublée, n'indique pas le retour à l'animalité ni la sauvagerie de l'aliéné et leur mémoire, quoique incertaine et capricieuse, ne montre pas les énormes défauts de celui-ci. »

o Devant le petit nombre de pervertis devenant

aliénés, la question se pose donc : à savoir si ces perversions sont cause ou effet de la folie. Il est acquis que les sujets nerveux dès l'enfance sont les plus enclins à contracter de mauvaises habitudes. N'est-ce pas cette prédisposition à la folie, par hérédité ou constitution, qui les conduit à ces anomalies avant l'âge et qui, en surexcitant et pervertissant leur système nerveux, fait éclater l'aliénation qui sans cela eût pu être évitée? Puisque ces aberrations restent le plus souvent sans effet sur le cerveau, il est au moins logique, sinon assuré d'admettre qu'elles ne mènent guère à la folie sans une prédisposition originelle. Pourquoi des jeunes gens sont-ils si enclins à s'inquiéter, se tourmenter jusqu'à l'hypocondrie sur de prétendus désordres imaginaires de leurs organes génitaux? Pourquoi la plus légère maladie, un soupçon même, sinon une simple anomalie, produisent-ils un trouble, une dépression mentale et des chagrins si absurdes et inutiles? Beard les explique par la mise en jeu du nerf grand sympathique dont les filets se distribuent à Testomac et aux organes génitaux, en correspondance directe avec le cerveau. Cette communication télégraphique étant constante entre eux, toute lésion de Tun est aussitôt ressentie par les autres. Les désordres ou troubles génitaux déterminent souvent ainsi le nervosisme et l'épuisement nerveux. De même de l'influence des troubles dyspeptiques de l'estomac sur ceux de l'esprit. » (Page 125.)

Voici, d'ailleurs, la psychologie de ces perversions sexuelles, d'après le même auteur : « Il y a d'abord les aliénés ou ceux qui en ont les illusions, sans pouvoir

CAUSES PSYCHOPATHIQUES 20a

les corriger par Févidence directe des sens. Exemple : ceux qui se croyant femmes en imitent les manières, les vêtements, les occupations autant qu'il leur est possible. C'est là une monomanie réelle, une folie positive, très sérieuse et parfois incurable.

Les autres, au contraire, semblables aux anciens Scythes, aux mujerados ou efféminés d'aujourd'hui, ayant leurs instincts sexuels pervertis, le comprennent parfaitement, sans être sous l'influence d'aucune illusion. Ils ne sont nullement aliénés et cette perversion leur vient comme une maladie, une habitude ou un vice, sans aucun trouble de l'esprit, ni de la volonté. Les uns ont hérité cette tendance ou en ont contracté l'idée, le goût, dés la puberté, c'est-à-dire avec l'apparition de la sexualité et même avant parfois. D'autres l'acquièrent par une sorte de faiblesse ou débilité sexuelle. Mais chez tous s'observent des troubles nerveux qui sont ordinairement les symptômes de leur perversion sexuelle. (Voir Féminisme, page 104.)

« Il est même possible que, dans quelques cas sans illusion, où l'homme sait qu'il l'est réellement quoique s'habillant en femme et en partageant les occupations par choix, H puisse y avoir un tel affaiblissement du pouvoir de la volonté que l'aliénation semble possible, comme dans les pires cas d'alcoolisme, de morphinisme et tant d'autres. Le plus souvent néanmoins, le défaut de la volonté étant limité spécialement à ce vice, il ne peut y avoir doute sur la persistance de la raison pour tout le reste. Chaque cas doit donc être étudié séparément et quand il arrive de ces perversions devant les tribunaux, elles doivent être étudiées

â04 ÉPUISEMENT NERVEUX GÉNITAL

avec soin, sans idée préconçue et en dehors de tout €Sprit de parti pris.

« La psychologie de ces perversions sexuelles se démontre par tout ce qui se passe dans la nature. Quand le conducteur principal d'une machine électrique est chargé d'électricité positive, il tend à se décharger proportionnellement à sa tension avec l'électricité négative. Une vague de la mer, soulevée par le vent, tend à retomber d'autant plus bas qu'elle s'est élevée plus haut, en obéissant à la loi de gravité et en laissant un vide proportionné à sa place.

« Ces faits physiques, en montrant la loi de toute la nature, suggèrent que le monde animé y obéit également. La réaction suit l'action comme son résultat nécessaire, inéluctable. L'exercice violent, excessif de toute fonction, trouve son soulagement dans la condition opposée. La dyspepsie, née d'un excès d'alimentation, est parfois suivie d'un goût dépravé pour les choses les plus grossières et désagréables, comme dans la chlorose et l'hystérie.

« L'excès dans les rapports sexuels tend de même à faire naître la haine entre les conjoints. Les mariages suivis des plus grands abus sont les moins heureux; l'irritabilité, l'aversion, la haine et le dégoût suivent les débauches prolongées envers l'objet du premier amour. Après avoir passé de l'indifférence à la crainte, les auteurs de ces excès complètent le cercle : le sexe est perverti, ils haïssent le sexe opposé pour aimer le leur ; les hommes deviennent femmes et les femmes hommes dans leurs goûts, leur con duite, leur caractère, leurs sentiments et leur conte-

nance. 11 en est de même des masturbateurs, d'après les faits signalés à la masturbation.

« Partout et toujours, sous quelque forme que se rencontrent les perversions sexuelles, la psychologie en est identique pour Beard. Quand la faiblesse sexuelle s'établit dans les familles, les enfants peuvent naître avec cette tendance. D'où ces perversions de naissance, héréditaires. Ces cas sont plus communs que l'on ne pense et ceux qui sont à mi-chemin, à la période d'indifférence, de crainte ou d'effroi du sexe opposé, sont beaucoup plus nombreux, d'après ce que l'on constate tous les jours. »

La neurasthénie sexuelle doit donc être considérée, d'après son auteur, comme une anomalie de cet appareil, pouvant conduire à toutes les dépravations vénériennes. Les dix exemples relatés aux Anomalies sexuelles, page 2^3, le prouvent. Une apparence efféminée avec impressionnabilité extrême, physique et morale, surtout en ce qui se rapporte à l'appareil génital, en fait le plus communément des fauteurs de Tonanisme sous une forme quelconque et toutes les aberrations qui s'ensuivent. De même que celles de la vue et du goût enchaînent et paralysent la volonté, ils ne sont plus libres ni maîtres de leurs actes ; ils les commettent passivement et sans réflexion, dans les accès passionnels intermittents qui les distinguent. Quelles que soient ces pratiques, le fait seul de s'y livrer passivement, avec excès et passion, sans résistance possible, les rend bien plus graves et dangereuses par lébranlement du système nerveux cérébrospinal et son épuisement.

L'ébriété et la syphilis coïncident assez fréquemment avec ces aberrations génitales dont les excès sont souvent consécutifs à une continence relative. La pathophobie ou crainte des maladies accusées successivement au foie, au cœur, au cerveau, à la moelle épinière inférieure ou à la prostate, en est un signe commun par le retentissement de ces excès sur ces divers organes. Semblables en apparence, ces deux ordres de faits ne sont donc pas similaires par la cause différente qui les produit. Il faut distinguer ces douleurs fonctionnelles des maladies organiques dans leurs effets et leurs conséquences. Ces aberrations suivent ainsi les causes générales avec les dépravations, les perversions et même l'anaphrodisie, comme de simples névroses des centres nerveux.

Aberrations génitales. — Abominables en apparence^ ces aberrations, dont on fait autant de monstruosités, ne sont le plus souvent, il faut bien le remarquer, que des imitations de ce qui se fait et se constate dans les rapports^naturels des deux sexes. Il s'agit d'abord de préférences inexplicables, très marquées et souvent indispensables à leur succès. Une femme brune ou blonde, parfois rouge et même blanche, la négresse, indienne ou mulâtresse est même préférée par d'aucuns. Pour d'autres, il la faut jeune ou vieille, grasse ou maigre, grande ou petite. Des yeux bleus ou noirs, une gorge opulente, la bouche intacte, une suave haleine, des vêtements blancs, une étoffe spéciale, la soie en particulier, sont séparément et exclusivement nécessaires à certains excentriques pour les

exciter, tandis que ce sont pour d'autres les attouchements lubriques, la succion ou des entretiens libidineux, etc., etc. La vue, l'examen, la contemplation des organes sont particuliers parfois, comme l'observation 180 des Anomalies sexuelles en est la preuve. Sans ces excitants anormaux, beaucoup d'hommes restent impuissants et des femmes insensibles. Ne sont-ce pas là autant de perversions spéciales du sens erotique, de l'imagination, du sentiment ?

Toutes ces bizarreries ou excentricités sont exclusivement particulières à certains hommes et réciproquement. Les femmes ont même encore des exi* gences préméditées plus intimes et cachées. Et c'est lorsque ces conditions se rencontrent que des bacchanales inimaginables ont lieu entre les deux sexes, avec préférence marquée pour tel ou tel jeu immonde où les organes naturels n'ont pas toujours le principal rôle, ils sont remplacés par d'autres et des voies adéquates.

Cette prétendue folie de l'amour, qui préside à ces abus et ces excès sexuels, n'est qu'une manifestation de l'affaiblissement et le trouble du système nerveux. Ces énervés, ayant épuisé avant l'âge, par leurs excès, la coupe des plaisirs et des jouissances naturelles, les recherchent ensuite avec autant de charme et de volupté par des procédés artificiels. Ils les emploient et en usent ainsi successivement, jusqu'à ce que l'épuisement nerveux les rende impuissants avec tous ses maux consécutifs.

Toutes les fraudes entre les deux sexes et les divers

procédés d'onanismesont justiciables de cet affaiblissement nerveux génital, sinon l'épuisement complet. L'état d'esprit et l'imagination de ceux qui s'y livrent méritent bien le nom d'aberration. C'est une folie, dit-on, et si les mauvais effets ne s'en font pas plus souvent et cruellement sentir, c'est que le dégoût, ta fatigue ou la satiété, sinon la maladie, y mettent rapidement un terme. Les mal équilibrés, pervertis ou malades, y persistent seuls jusqu'à extinction.

La préoccupation constante des organes génitaux et de leurs divers phénomènes fonctionnels est particulière aux contments par crainte, faiblesse ou timidité.* Cette aberration maniaque, en troublant leur esprit et leurs sensations, contribue surtout à l'épuisement génital par les rêves erotiques, les visions lubriques et les pertes ou écoulements en résultant. Ils les examinent, les observent et les mesurent sans cesse, ainsi que leurs sécrétions et leurs déjections. Sont-ils chauds ou froids, mous ou turgescents, contractés ou relâchés, et aussitôt ils en conçoivent des craintes ou des espérances insensées. Deux célibataires de 34 et de 36 ans, dont le pénis se rétractait considérablement dans la flaccidité, avaient ainsi é\ité de se marier sous cet unique prétexte. [Observations 119 et 120 des Anomalies sexuelles.) L'attention est spécialement fixée chez d'autres sur leur sperme, leur urine et tout ce qui s'échappe du canal de l'urèthre, par la crainte ou peur d'une récidive blennorrhagique. A la moindre humidité constatée en se levant, après les érections matinales, sinon une goût-

• telette blanche concrète, épaissie, ils viennent consternés se disant atteints d'une goutte militaire, eux qui allaient se marier! Leur continence prolongée, leurs entretiens libidineux ou lubriques, en provoquant la sécrétion muqueuse des glandes du canal, suffit à les alarmer. De là leurs craintes, le trouble de leur esprit déterminant à la longue celui du sommeil, de Tappétit, de la digestion et de l'assimilation. Une simple cowpérite ou irritation des glandes de l'urèthre était donc l'unique cause de la perversion du moral et de la faiblesse génitale en résultant, chez deux jeunes gens se croyant atteints de goutte militaire et gardant ainsi une continence forcée qui augmentait chaque jour leur mal. [Observations 123 et 126 des Anomalies sexuelles.)

Il n'est pas jusqu'à la découverte de la matière blanchâtre du smegma sous le prépuce qui n'effraie ceux qui, ayant une certaine étroitesse préputiale, n'ont jamais essayé de découvrir le gland. Ce résultat de la négligence et de la malpropreté, provoquant une certaine irritation locale, suffit à épouvanter les esprits simples, timides et naïfs. Se croyant inaptes au coït, ils se masturbent, ou se font masturber sans décalotter, et contractent ainsi de véritables balanites. Plusieurs jeunes gens de 20 à 30 ans, profondément ' attristés, chagrins, démoralisés et continents, dont un ' officier suisse de 25 ans, se sont ainsi présentés pour y se faire opérer de leur prétendu phimosis. Il a suffi de relever lentement le prépuce pour les tirer de leur inquiétude et leur désespoir de se croire impuissants. (Vov. h' aux phimosis, page 70 de l'Impuissance.)

2î0 ÉPUISEMEiNT NERVEUX GÉNITAL

C'est en effet Timportance capitale de cette légère anomalie locale qui perturbe l'esprit de ses victimes et leur sens erotique. En arrêtant le développement du pénis, la sensibilité normale du gland et son effilement, elle conduit parfois ceux qui en sont affligés de l'onanisme à la pédérastie et jusqu'à la sodomie passive, dont l'observation 215 des Anomalies sexuelles est l'exemple frappant.

Cette préoccupation maniaque était si extrême, dans le cas suivant, que j'en copie tous les détails, exacts et minutieux, comme le type de cette triste aberration avec sa cause et ses effets.

48 '"'. — Un célibataire de trente -cinq ans révolus, habitant le Midi, d'un tempérament arthritique, n'a jamais osé s'approcher d'une femme et demande s'il est atteint d-anaphrodisie absolue ou d'impuissance incurable, quoique constitué normalement. Testicules volumineux au-dessus de la moyenne, les bourses se contractent sous l'influence du froid ou de la main. Mais la verge est petite : 8 centimètres de long au repos et autant de circonfe'rence à la base ; elle peut rentrer presque entièrement en la poussant. Prépuce long recouvrant entièrement le gland et le dépassant sans phimosis. Le gland, facilement découvert, est peu coloré, un peu ridé, avec légère saillie du méat, légèrement plus foncé.

« Au premier abord, l'organe semble donc frappé d'atonie et manquer de virilité, d'érectilité. Il entre cependant facilement et fréquemment en érection. Sa longueur atteint douze centimètres avec la même circonférence en bas. Il est alors raide, dur, vertical, conique, triangulaire. Le gland coloré reste couvert du prépuce, mais se découvre sans difficulté, tout en produisant un peu de constriction sous le gland, légèrement douloureuse mais supportable. Tiré d'un seul côté, le prépuce produit la même dou-

leur, ce qui lui fait, peut-être à tort, redouter le coït.

« L'érection se produit au réveil, sans cause, dans le joui par l'imagination, la vue d'une jeune femme, de certains objets, comme la soie. Les femmes maigres, pâles, surtout boiteuses, agissent particulièrement sur ses sens. C'est une aberration dont je suis le premier à sourire, mais qu'il confesse. Presque toujours, après ces érections, il s'écoule un liquide transparent et filant en petite quantité, proportionnée à leur force et leur durée. En restant dans le canal, il en sort en urinant comme une mousse transparente plus épaisse ; mais la quantité en est si petite ordinairement, qu'elle mouille simplement l'extrémité du gland et reste au bout du prépuce. Cela a lieu même souvent sans érection, par une simple pensée, une conversation avec une jeune femme, un serrement de main, et sans cause même parfois, après avoir uriné. Le passage de ce liquide, après érection, produit un léger chatouillement; le plus souvent, c'est une simple illusion, en trouvant le gland bien sec.

« Tous ces symptômes de faiblesse génitale ont existé de tout temps sans aucun excès. Il a commencé à se masturber de vingt à vingt-cinq ans seulement; d'abord de loin en loin et graduellement plus souvent, en le renouvelant tous les jours, à vingt-cinq ans, avant de s'endormir. Bientôt, il le réduisit à une ou deux fois par semaine, de crainte de porter préjudice à sa santé, sans pouvoir se passer absolument de cette habitude, ayant acquis la certitude que la continence lui est absolument contraire.

« Avec le secours de l'imagination, l'éjaculation est rapide, beaucoup plus lente sans elle ; il faut alors secouer vigoureusement et encore n'arrive-t-elle qu'au déclin de l'érection. Les sensations du coït seraient-elles suffisantes pour la provoquer ?

« Le premier jet du sperme est projeté très loin, ensuite à quelques centimètres et tombe sur place à la fin. Il est assez abondant, tache et empèse le linge. En me mariant, il y a dix ans, j'aurais peut-être fait un mari comme un autre.

Je voulais avant me faire circoncire. Le médecin consulté le trouva inutile et se borna à couper le frein dans l'étendue d'un centimètre environ. Le gland découvert n'est plus tiré en bas et malgré cela je redoute toujours le coït; ce qui m'a déterminé à ne pas me marier. Un sentiment contrarié étant jeune me faisait bien moins regretter le mariage. Cette union si longtemps rêvée s'offre maintenant. Puis-je la contracter? Et il prévoit d'avance les inconvénients et les dangers pouvant en résulter, d'après son âge, sa conformation et ses habitudes. »

On ne peut analyser ni décrire plus exactement ce qui se passe à l'état normal chez l'homme. C'est comme le récit d'une expérience. D'où vient donc cette appréhension du mariage et du coït? De l'aberration de l'esprit, du célibat et des mauvaises habitudes en résultant et qui le troublent toujours plus ou moins en persistant. Tout en conseillant absolument l'union désirée et quelques stimulants pour assurer la prise de possession, je ne puis en annoncer la réalisation, à défaut d'en avoir reçu la nouvelle depuis plus de trois ans ! ! 1

Cette autobiographie pourrait être suivie de beaucoup de cas semblables s'ils avaient été recueillis. Mais pour les enregistrer avec cette prolixité, un volume n'y suffirait pas. J'en signalerai seulement les trois suivants.

49. — Un Çiollandais de trente-deux ans, dirigeant une exploitation à la Guyane, se présente, le 22 avril 4890, comme impuissant. Grand, élancé, d'un jaune pâle, il s'est adonné à la prostitution solitaire jusqu'à vinj^t-nouf ans, par dégoût de la masturbation et TimpossibilHé d>»voir une maîtresse dans son isolement. Trcib essais atî t>jït

depuis sont restés incomplets ; mais ses pollutions actives la nuit sont rassurantes et, avec un léger aphrodisiaque, je conseille d'aller s'essayer dans les meilleures conditions.

Trois jours après, il revient m'annoncer son succès complet de la veille ; tellement qu'il s'est écorché légèrement à la rainure balano-préputiale. Il en est inquiet, mais, en le rassurant, il insiste pour savoir s'il ne pourrait recommencer avant son départ.

Revenu en 1892, il m'annonça qu'ayant une bonne fille à tout faire, ses fonctions étaient parfaitement rétablies et qu'il pouvait se proclamer le père du nouveau-né de sa domestique.

50. — Un célibataire de trente-trois ans, d'une bonne santé générale, mais très nerveux et impressionnable, accusait un « relâchement de l'appareil génital. Son imagination vive coïncidant avec une grande timidité près des femmes et une répugnance invincible de la prostitution,il en était résulté une surexcitation continuelle qui l'obli-' geait à se masturber ; mais en empêchant l'issue du spermff, pour ne pas s'affaiblir. )>

51. — Hier, 9 août, un homme brun, grand et sec, au) regard perçant, la parole brève, officier d'état-major, âgé! de trente-sept ans, demandait s'il pouvait se marier. Sansi fortune, il n'a jamais fréquenté que les prostituées, faute de maîtresse, quoique ayant commencé dès le collège, mais toujours devant un pressant besoin et très rarement. Dans l'intervalle, il s'est constamment masturbé, d'autant plus que conservant une gouttelette d'un écoulement aigu spontané, elle augmentait à chaque coït, que le plus souvent il s'écorchait et que deux rétrécissements en sont résultés. Très impressionnable et nerveux, il accuse des hémorrhoïdes, des varices, des douleurs articulaires ; ce qui est très exagéré à l'examen, de même que l'écorchure produite par le dernier coït, il y a un mois, cautérisée et iodoformisée, n'est rien du tout. Un urèthre irritable était le mal principal à surveiller, bien que la prostate fût intacte.

^ Ma réponse fut qu'il pouvait se marier pour sa iranquiljlité et son bien-être, avec une femme de son âge ; non dans les conditions diamétralement opposées qu'on lui proposait, avec une jeune fille de 18 ans.

Tous les maux, imaginaires ou réels, de ces vieux garçons, localisés de préférence dans l'appareil génital, proviennent de leur situation anormale, isolée. Et c'est souvent en cherchant à l'améliorer par le mariage qu'ils se la rendent insupportable.

Voici l'autobiographie curieuse d'une autre aberration analogue sans traces de neurasthénie. Une extrême nervosité et des malformations des oreilles et du voile du palais permettent seules d'en supposer aussi dans le sens erotique du cerveau pour se l'expliquer.

52. — Un Russe de vingt-sept ans, employé dans l'administration de l'Empire, écrit sans date de Florence, où il est en vacances, l'étrange histoire de ses impressions sexuelles qu'il n'aurait ni le courage, ni la force, d'exposer verbalement dans le rendez-vous qu'il demande. Il ne peut se décider à une entrevue si pénible , qu'en mettant d'avance au courant de sa position, afin de n'avoir rien à demander ; d'autant qu'il est né avec un défaut du voile du palais, 4ui le rend un peu sourd et la parole difficile. Son écriture, longue et tremblée, est d'un français très correct. La réponse doit se faire à ses initiales, à la grande poste restante de Paris.

Malgré des organes normaux et ses nombreux essais pour s'en servir, jamais l'érection ne s'est produite. Elle est fréquente en dormant, sans rêves, et il s'éveille parfois en éjaculant. Dès l'enfance, la vue du linge blanc, des manchettes spécialement, provoquait l'érection, suivie de spasme et d'éjaculation sans masturbation. Il lui suffit, ppur s'exonérer, de mettre un habit à manches courtes.

CAUSES PSYCHOPAÏHIQUES 2t5

la chemise dépassant, et de regarder dans une glace, chez lui comme dans tout endroit public. Il a vainement essayé d'invoquer cette image, par la pensée, étant couché avec une femme pour obtenir le même effet, ni quoiqu'elle fît de toute autre façon. Sans dégoût pour elle et malgré le désir moral d'avoir des rapports sexuels, ils sont rendu» absolument impossibles.

De quinze à vingt ans, il se livrait souvent à son aberration avec résultat complet et rapide ; depuis, le plaisir a diminué graduellement par le ralentissement de l'érection et du spasme, le sperme s'écoulant par gouttes. Il s'adonne ainsi de moins en moins à sa fascination. Jamais il ne s'est masturbé, ni livré à aucun autre moyen de produire l'érection, ni essayé de coït contre nature.

Sa visite montre un garçon brun, distingué, de taille audessus de la moyenne et jouissant d'une santé parfaite. Voix nazonnée et oreille un peu dure ; aucune anomalie apparente des organes génitaux. Mouvements continus et saccadés comme la parole, en changeant sans cesse de position pour allumer sa cigarette, la fumer à demi, la jeter et en rallumer immédiatement une autre. C'est un nerveux^ sans autre maladie que son aberration d'idée erotique fixe, à la vue des manchettes blanches, simulant celles de l'autre sexe à l'état normal.

Il n'aspire qu'au mariage ; mais comment le réaliser par le défaut d'érection, après les épreuves faites ? Aucun aphrodisiaque ni excitant n'est applicable avec son idée fixe. L'hypnotisme, l'ivresse ou la fascination, peuvent seuls être essayés pour la modifier, la changer. Ce moyen a réussi dans le cas suivant.

53. — Un masturbateur, mince et élancé, mais robuste, de seize à dix-sept ans, sous l'impulsion d'érections gênar^ tes, entre dans une maison publique et reste en échec. Plus tard, il est arrêté un soir par une vieille femme à cheveux

216 EPUISEMENT iNERVEUX GENITAL

blancs; Férection se produit immédiatement et il réalise son premier coït debout. Les cheveux blancs seuls l'avaient impressionné. Mis ensuite en rapport avec un vieillard à barbe et cheveux blancs, il s'y attache et lui confie cette impression contre nature. Selon son habitude, ce vieillard le conduit dans la compagnie des femmes galantes, sans qu'il puisse, d'après son conseil et son exemple, réussir à défaut de têtes blanches, qu'il avait sans cesse dans ses idées et ses désirs erotiques. Il n'eut de succès qu'une ou deux fois avec des jeunes filles libres lui faisant des agaceries... directes.

Économe et travailleur, ce jeune homme dans le commerce, n'étant nullement impressionné par les filles, se masturbait au besoin, toujours avec la vision de sa tête blanche et le plus souvent quand il en rencontrait une autre. Il finit ainsi par s'établir, ce qui l'obligea à se marier, ayant près de trente ans. Mais sa jeune femme ne l'impressionna pas plus que les autres et c'est en fermant les yeux entre ses bras et se figurant une tête blanche, qu'il réussit et eut un enfant. Jamais il n'eut de rapports avec sa femme que par ce stratagème.

Cette aberration, aidée de la masturbation, eut pourtant son épilogue. A quarante ans environ, la faiblesse génitale commença à se manifester, malgré toutes les ressources de sa fertile imagination en têtes blanches. 11 avait beau se les représenter, leur fascination n'agissait plus que de loin en loin et de moins en moins, lorsqu'il se trouva tout à fait incapable à quarante-cinq ans, malgré une santé llorissante, une vie aisée et tranquille.

L'idée fixe, la lubie de ces individus est donc toute leur maladie, car pour tout le reste ils se conduisent en gens avisés et souvent habiles. Leur conversation n'a rien qui révèle l'état anormal de leur cerveau. Et si on leur dit de se défaire de leur idée fixe, en oubliant et repoussant de leur pensée le corps ou l'ob-

jet de leur fascination, comme le seul moyen de guérison, ils répondent invariablement ne pas le pouvoir et être comme enchaînés à cette idée. Elle les domine et les poursuit partout. L'érection ne se produit d'ailleurs subitement qu'à l'aspect de cet objet sans quoi ils restent impuissants. Que répondre à cela? Qu'ils sont privés de leur libre arbitre et de la volonté, quant au sens génital exclusivement.

Tous les abus en général et les excès intellectuels en particulier, le surmenage cérébral par excès d'activité du cerveau, étant des causes de neurasthénie, les idées fixes des pervertis ne déterminent-elles pas un surmenage intellectuel analogue? Préoccupés sans cesse de l'objet de leurs désirs, avec l'appréhension continue ou la crainte du danger qui les menace en se laissant aller à leurs aberrations, leur esprit, l'imagination et la pensée, ne sont-ils pas soumis à un véritable surmenage ? La neurasthénie cérébrale en résulte ainsi par l'insomnie, les maux de tête, les rêves, l'obsession croissante de leurs idées fixes. Il suffît alors que les organes génitaux soient affaiblis, surmenés, pour qu'une neurasthénie sexuelle en résulte, c'est-à-dire l'épuisement nerveux génital.

Si l'action est incompatible avec une trop grande mobilité desprit, on peut opposer ici à cet aphorisme que l'idée fixe paralyse le pouvoir et la volonté de s'y soustraire. Les masturbateurs et les frotteurs ou frôleurs ne peuvent ainsi se défaire de l'habitude enracinée dans leur cerveau, à défaut de volonté pour y résister. Ils ne savent pas ce qu'ils veulent, comme nous l'avons si souvent répété. Autrement,

ils ne consulteraient pas. Ils montrent ainsi le trouble de leur esprit, en sollicitant un remède pour enlever leur idée fixe ou faire cesser leur habitude.

54. — Un très beau garçon brun, de vingt-quatre ans, étudiant, à Taspect distingué et intelligent, n'a jamais éprouvé la moindre incitation sexuelle pour les femmes. Il a été impressionné de bonne heure, au contraire, à la vue d'une barbe blanche. Depuis quatre à cinq ans, à cette vue, l'érection est soudaine, spontanée, et il éprouve un désir si ardent de sodomiser le porteur qu'il est invinciblement incité à savoir s'il partage ses goûts. A cet effet, il le suit instinctivement, fait toutes les démarches, les signes et les gestes possibles pour s'en assurer, tandis que les jeunes gens qui le provoquent, dans ce but, lui restent absolument indifférents.

55. — Un jeune précepteur étranger, ayant les mêmes goûts, a été forcé de quitter sa patrie à vingt ans, à cause des menaces qu'il s'était ainsi attirées et des scandales provoqués inconsciemment par ses avances et ses poursuites. Il n'a pu s'en défendre depuis, qu'en choisissant un ouvrier, ayant ainsi une barbe blanche, et en vivant avec lui.

Parmi ces aberrations du sens génésique, une des plus curieuses est certainement celle racontée par le Bulletin médical d'Algérie. Un déséquilibré ne pouvait se livrer aux mystères de Vénus que si la chevelure de sa belle était épaisse et bien fournie. S'étant marié à une jeune femme qui ne possédait qu'un maigre chignon naturel, il fut forcé de la coiffer d'une perruque, la troisième nuit de ses noces, pour arriver au résultat désiré. La cohabitation des deux époux dura cinq ans environ et amena la naissance de deux enfants, au prix de 72 perruques, chaque

perruque n ayant d'action efficace que pendant 15 à 20 jours.

Cette action du blanc sur le sens génésique des masturbateurs, des Trotteurs ou frôleurs et même des sodomistes, est mieux connue depuis que des cas semblables, renvoyés devant la justice, ont été examinés par les médecins légistes. « Ces perversions sexuelles, dit le docteur Paul Garnier, sont fréquentes chez les héréditaires et les dégénérés. La vue d'un bonnet de coton, mouchoir ou tablier de cette couleur, suffit à les mettre en érection, à l'exclusion de tout autre sti mulant génésique. Un journalier de quarante-trois ans, d'une famille d'aliénés, fut ainsi arrêté en flagrant délit de vol d'un mannequin recouvert d'une matinée blanche. Malgré plusieurs vols semblables antérieurs, il fut renvoyé comme irresponsable et dirigé sur ua asile d'aliénés. »

Il a suffi de cette communication à la Société de médecine légale pour que plusieurs autres faits analogues fussent cités à l'appui par les auditeurs. Le même auteur en a tout récemment signalé un second à la même Société dont voici le résumé.

56. — Ln homme de vingt-neuf ans, ancien séminariste et commis en librairie, fut arrêté comme se livrant en plein jour aux manœuvres habituelles des voleurs à la tire, en palpant la robe des dames richement vêtues comme pour en fouiller les poches. Il s'en défendit si e'nergiquement devant la justice, qu'il fut soumis à l'examen du médecin légiste.

Né d'un père alcoolique et d'une mère exaltée et mystique, il sentit de bonne heure une vive excitation génitale au contact de la soie. L'abord d'une femme vêtue de

soie le provoquait à la masturbation, tandis que celles qui en étaient privées lui restaient indifférentes, et toujours, en l'absence de la soie, il était impuissant. Il avait ainsi un jupon de soie dans sa chambre et le revêtait avant de se coucher pour exciter ses sens. Ce jupon, ditil, me fait plus d'effet que la plus jolie femme du monde. Action analogue aux manchettes blanches du Russe précité- (06s. o2.)

Devant la confession écrite de tous les détails de cettemanie erotique et tous les signes énergiques de désespoir,, manifestés à l'audience, contre l'accusation de tentative de vol, ce garçon fut jugé irresponsable et acquitté.

Ne sont-ce pas là autant de preuves éclatantes et irrécusables que ces aberrations du sens génésique naissent spontanément du cerveau et en émanent, directement provoquées par la vue seule? Rien d'organique, de matériel n'est appréciable chez ces sujets. Les considérer comme des dégénérés, c'est supposer des anomalies physiques qu'aucune autopsie n'a encore démontrées. Une hérédité fatale peut seule être invoquée, quand elle est manifeste, et souvent ces pervertis ne la connaissent pas. Elles peuvent donc exis-

er sans que le libertinage ni le vice y prennent part;

'inversion sexuelle — supposée par MM. Charcot et 'Magnan, sans nulle démonstration — est même contredite par les faits qui suivront. En tout cas, lie nom de folie , si souvent appliqué à ces pervertis, est impropre^ inexact, puisque les aliénistes, après examen, lorsqu'ils sont déférés à la justice, les déclarent aujourd'hui irresponsables. Celui d'émotifs, donné par Morel à ceux qui présentent ces perversions fonctionnelles ou psychiques par trouble du

cerveau, leur conviendrait mieux, comme nous l'avons montré aux Anomalies sexuelles^ page 479.

Une influence psychique, un trouble moral peuvent donc être seuls invoqués pour expliquer ces perversions genésiques. Les grandes émotions que le surmenage nerveux, résultant d'une vie inquiète et agitée, produit sur le moral, en sont probablement les principales causes. Elles agissent à l'égal des coups et blessures, secousses éprouvées parle crâne et qui, en retentissant profondément sur la masse cérébrale, déterminent des lésions ou des maladies mortelles.

Dépravations sexuelles. — L'amour exclusif pour ses semblables, chez les deux sexes, constitue essentiellement cette dépravation abominable. Elle s'explique dans certains cas d'hermaphrodisme ou d'autres vices apparents de conformation locale ou générale. Le féminisme, à l'aube de la puberté chez les garçons, comme l'apparence hommasse de certaines femmes hystériques, nymphomanes, pourrait en être la cause, surtout dans les pays où le costume et la liberté des mœurs, décrits explicitement zxus. Anomalies sexuelles ^ page 479, tendent à la produire et même la provoquer. Sans tenir compte de ces conditions naturelles, on a attribué ces dépravations à l'inversion du sens erotique ou génésique du cerveau, dont le siège précis est encore absolument inconnu.

En présence des cas divers, opposés, où ces dépravations s'observent, comment les rattacher tous à cette unique perversion sexuelle? Si parfois on les rencontre d'une manière innée, primitive et purement

fonctionnelle, choz des personnes parfaitement constituées, sans bf redite apparente ni tare organique pouvant bien an loriser cette supposition, ne sont-elles pas bien plus réquentes secondairement à la masturbation, au frottement, chez des nerveux, efféminés ou mal équilibrés, sinon par calcul, chantage, vice, comme les tribunaux en témoignent publiquement? Il serait donc plus logique et rationnel de s'en tenir à ces différentes causes positives que d'admettre l'unique inversion sexuelle cérébrale qui ne peut être démontrée.

Il s'agit de savoir si la neurasthénie n'y contribue même pas, d'après l'exemple suivant.

57. — Un ^MFçon de 29 ans, grand, blond, distingué, instruit et riche, habitant la Bourgogne, s'est adonné, aussi jeune que possible, enfant même, à la masturbation et n'a pas cessé de s'y livrer pendant ses études. Il ne s'est jamais senti attiré vers la femme et n'a cherché à pratiquer le coït à 22 ans que par curiosité, pour savoir ce que c'était. Échouant à deux reprises, et ses organes génitaux n'éprouvant pas la moindre turgescence au contact ni à la vue de la femme, malgré ses attraits, il se tourna vers l'homme, la vue d'un beau garçon le mettant en érection. Il les recherche ainsi en cachette pour s'embrasser et se livrer réciproquement à l'onanisme manuel. Jamais de sodomie. Sa mère, très nerveuse, l'a beaucoup gâté. A défaut de fille, elle l'a élevé et traité un peu comme telle en s'occupant exclusivement de lui. Son frère aîné, s'étant de bonne heure livré au libertinage, a contracté une syphilis forte laquelle, en se portant au cerveau, l'a rendu fou, d'après la déclaiation du médecin aliéniste très distingué aux soins duquel il est confié.

Lui-même est très nerveux. Sans profession, il n'a d'autre occupation que d'aider son père dans l'administration

de ses biens, ce qui lui laisse beaucoup de loisirs. Il est ainsi ennuyé et mélancolique. Son estomac malade digère mal, avec pesanteur et constipation opiniâtre. Il vint à Paris pour ce fait, et un médecin des hôpitaux Va déclaré atteint de dilatation de Testomac. Il en est rendu faible, pâle et sans vigueur. Obligé de se cacher pour dissimuler ses goûts et ses habitudes pédérastiques, il est inquiet, attristé de ne pas être comme ses camarades et ne pouvoir partager leurs jeux et leurs plaisirs qu'à contre-cœur; d'autant que ses parents voudraient le voir marié. Il analyse et étudie toutes ses fonctions et ses sensations en véritable hypocondriaque ; ses organes génitaux sont flasques, pendants, avec pollutions nocturnes, sans grand sommeil, rêves et cauchemars.

Un traitement réconfortant et stimulant avec le séjour dans une station thermale pour le dépayser lui a été prescrit. Avant de s'y rendre, il m'adressait les mots suivants qui peignent bienl'état de son esprit. « Je compte bien, s'il me rend un peu la force virile, qui paraît me faire complètement défaut, s'il dissipe en moi cette affreuse débilité, cette apathie, ce sentiment d'anéantissement qui font mon désespoir, pouvoir réussir avec le sexe vers lequel je voudrais si ardemment tourner mes goûts et les y fixer ! »

Vaines paroles et résolutions éphémères. Qu'un acolyte se rencontre et, au premier coup d'oeil, ils se sont compris. Tous autres projets sont dès lors oubliés et sacrifiés à la passion dominante. Puis la honte aidant, ils s'adressent à d'autres et vous n'en entendez plus parler. Tel fut ce cas, à moins que le médecin de la station, à qui je l'avais adressé, ne me l'ait... judaïquement soufQé.

58. — L'un de ses compatriotes, garçon de trente- deux ans, blond, la peau blanche et fine, barbe rare, yeux brillants, voix et manières très efféminées, élevé chez les

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