Un juif de 21 ans, brun, né pendant le siège de
244 EPUISEiMENT NERVEUX GÉNITAL
Paris, se présente comme impuissant, après de nombreux échecs successifs jusque-là, car il s'était essayé de bonne heure, sans avoir jamais eu recours à la masturbation ni au frottement. Privé absolument de prépuce par une cir- <;oncision mal faite, il ne pouvait entrer en érection: il tremblait en s'essayant, malgré ses désirs, et s'était constamment retiré bredouille. Cette prétendue impuissance était évidemment anaphroditique par défaut du sentiment amoureux. Rassuré par la prescription de ne plus se joindre avec la première venue, mais celle de son choix, et de ne s'essayer absolument qu'impressionné par celle-là, il réussit si bien qu'il venait, comme je lui avais demandé, m'annoncer son succès, bien confirmé, environ dix-huit mois après.
La neurasthénie est souvent la cause de cette prétendue impuissance des jeunes garçons ayant abusé de la masturbation et souvent sans désir ni connaissance de ce qu'ils veulent faire. Quand, en dehors de ces causes apparentes, l'impuissance existe chez des garçons jeunes^ forts et bien portants, c'est de l'anaphrodisie essentielle.
En présence d'un fait semblable, Roubaud, l'auteur de l'Impuissance physique il y a plus d'un demi-siècle, n'admettant pas l'anaphrodisie comme cause, ima gina de l'attribuer à l'apathie. N'est-ce donc pas là une cause exclusivement morale? L'apathie, c'est-àdire insensibilité, indolence des organes, ne saurait résister à l'excitation directe des attouchements et des caresses, si l'imagination n'était enchaînée par la timidité et la honte. Voici ce fait, formant l'observation 164 des Anomalies sexuelles, afin d'en mieux faire juger.
65. — Garçon de vingt-cinq ans, beau, bien fait, d'une bonne constitution, avec des organes génitaux bien proportionnés et doté d'une fortune considérable. Sa froideur sexuelle est telle qu'il n'a jamais pu obtenir la moindre érection au contact des femmes les plus séduisantes. Seul, au contraire, il ressent les plus violents désirs, au souvenir des beautés qui le i^laçaient auparavant et de violentes érections persistantes ont lieu. Accourt-il dans les bras <ie sa fausse maîtresse pour lui témoigner son ardeur que, malgré les raffinements lascifs et toute sa complaisance, il n'obtient plus la moindre érection.
De même lorsque, dévoré de désirs fougueux que son âge et sa constitution rendent presque intolérables, il veut porter la main sur lui pour obtenir un soulagement artiliciel, l'érection cesse immédiatement, le souvenir, la pensée de la femme qu'il aime étant insuffisants à l'exciter. Ce n'est que par le frottement mécanique sur les draps que Tinfortuné obtient l'émission d'un sperme abondant, contenant de nombreux spermatozoaires.
N'est-ce pas là le tableau fidèle de Tanaphrodisie essentielle et absolument semblable aux faits qui le précèdent et le suivent? Si elle n'est parfois qu'apparente, passagère, par les préoccupations de l'esprit ou sa contention, elle constitue alors une simple faiblesse ou perturbation nerveuse du sens génésique. C'est pourquoi il est rationnel d'admettre qu'il fait absolument défaut, quand l'absence du sentiment de l'amour est durable, persistante, indéfinie, comme dans les cas suivants.
66. — Un Canadien, âgé de trente ans, fils aîné de parents américains, a eu une enfance maladive, une puberté lente et tardive. De taille moyenne, châtain, aux traits fins, il est mince, délicat et très nerveux, avec batte-
ments de cœur, palpitations à la moindre e'motion. Sa profession de journaliste a encore accru cette impressionnabilite' excessive. Adonné à la masturbation solitaire de treize à quatorze ans, il n'en a jamais éprouvé le besoin qu'à des intervalles de plusieurs semaines et même des mois jusqu'à vingt ans, en la remplaçant depuis par le frottement sur ses draps, qu'il appelle pittoresquement danse du ventre depuis sa visite à l'Exposition de 1889.
Fiancé depuis trois ans, il doute de son aptitude au mariage au moment de le réaliser. L'exiguité du pénis avec phimosis et la présence d'un seul testicule apparent sont les motifs qu'il invoque. Son ignorance du fonctionnement régulier de ces organes incomplets et la crainte de rester en affront, l'ont toujours tenu éloigné des femmes, malgré le plaisir qu'il trouve dans leur compagnie. Introduit avec des amis dans la société des cocottes à Paris, il en a vu plusieurs qui lui plaisaient beaucoup et le faisaient entrer spontanément en érection ; mais au lieu d'y donner suite, comme ses camarades, l'idée fixe de son incapacité, par l'insuffisance de ses organes, et la crainte des maladies vénériennes, l'ont toujours fait fuir, malgré ses désirs. Sa volonté est si ferme à cet égard qu'ayant eu à subir, par ses beaux yeux et son joli minois de Cupidon, plusieurs assauts galants de femmes mariées, lui déclarant leur amour et venant lui faire violence chez lui étant couché,
I a pu résister victorieusement en se levant et les chassant.
II déclare être absolument vierge, quoiqu'il éprouve des érections spontanées, avec éjaculation voluptueuse, et des pertes séminales actives le réveillant dans la nuit, quand il a été surexcité.
A l'examen, pénis normal, plutôt volumineux et mou avec un léger allongement du prépuce, résultant sans doute de la masturbation. Il recouvre le gland dans la flaccidité, mais se relève très facilement au-dessus. Un testicule unique existe, il est vrai, à droite, sans trace de bourse à gauche ni raphé apparent. L'exploration de l'aine gauche ne décèle ni grosseur, ni dureté, ni sensibilité appréciable.
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Il y a donc monorchidie confirmée par le volume augmenté d'un gros œuf de poule du testicule présent.
Une semi-érection s'étant produite sous l'influence de ces explorations minutieuses, je puis convaincre ce jeune homme de son erreur. Comment avait-il pu résister, dans ses aventures amoureuses, sans être entraîné, forcé par Térection à s'essayer au moins une fois?
— Mon insuffisance était une idée fixe, préconçue, et je n'eusse jamais pu m'exposer à un échec, un affront avec des femmes de mes amis sans risquer d'être bafoué.
— Des érections vives et pressantes ne vous poussaientelles pas au coït?
— Nullement, ma volonté étant de résister, je restais froid.
— Vous vous trompez, monsieur, la volonté est aussi impuissante, dans l'état normal, à empêcher l'érection, quand elle est favorablement provoquée, qu'à la favoriser quand elle man(|ue. Vous aimez les femmes, mais elles ne vous excitent guère, puisque vous pouvez résister à leurs demandes et leurs provocations. C'est là de l'anaphrodisie constitutionnelle, engendrée et entretenue par votre habitude de vous satisfaire et vous exonérer vous-même. Vous avez pu rester ainsi fiancé depuis trois ans, en résistant aux sollicitations, aux prières, aux caresses d'une femme qui vous aime et que vous aimez. Je vous conseille donc de vous marier, mais en essayant préalablement votre virilité.
Ce fut dès lors une autre objection : à savoir s'il pourrait avoir des enfants, sa fiancée en faisant l'objet principal. Le sperme était très abondant, d'après lui. L'épreuve le montra assez rare, au contraire, jaunâtre, épais, sans grumeaux et peu odorant. Il tombait en masse au fond d'un verre d'eau, mais son examen au microscope ne décela que des cellules rares sans spermatozoaires. De là sa fin de nonrecevoir.
— Mais vous n'êtes pas ici dans les conditions normales. Votre sperme s'améliorera par l'usage même de la fonc-
tion et, à votre âge, il y a tout espoir qu'il deviendra fécondant.
Convaincu seulement à demi^ ce malheureux anaphrodite, avec son imagination exaltée, ses idées fixes, a bien pu se forger encore de nouveaux obstacles à ■son mariage. Ces pervertis restent si froids au contact de la femme, à défaut du sens erotique, qu'ils doutent toujours d'eux-mêmes, sans en avoir fait J'épreuve. Il suffit qu'ils soient atteints de la moindre anomalie ou difformité sexuelle ou par leurs habitudes vicieuses prolongées, surtout à l'âge de la puberté, pour que leurs organes restent mous et flasques, au contact de la femme. Ils ne s'érigent qu'à l'usage de leurs habitudes perverses. D'où leur célibat indéfini.
67. — En présence aussi d'un brillant mariage s'offrant avec une cousine de vingt-quatre ans, un employé de trente ans, vivant en famille dans les Bouches-du-Rhône, demandait en 1890, dans une longue épitre de huit pages grand in-folio, s'il peut se marier, avec les renseignements suivants. Bel enfant de trois à quatre ans, il devint malingre, chétif, petit, jusqu'à treize ans avec une voix flûtée. Triste, taciturne, indifférent et ne jouant guère avec ses camarades, il fut appris néanmoins par l'un d'eux à l'onanisme manuel. Mais ayant le prépuce un peu serré et n'y trouvant aucun plaisir, il n'y persista guère.
Puberté lente et tardive de quinze à dix-huit ans, opérant une transformation complète. De faible et maladif, il devint grand, fort et vigoureux comme ^un homme de trente ; ayant taille et corpulence au-dessus de la moyenne lors du recrutement avec voix mâle. Seuls, les organes génitaux n'avaient pas changé, en restant petits, faibles, ^ans ressort et sans dilatation du Dréouce. Par curiosité
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plutôt que besoin, il se masturbait rarement, avec pollutions nocturnes rares le réveillant.
Arrivé à la caserne, sans connaître la femme ni avoir jamais éprouvé le besoin d'essayer sa virilité, il se convainquit bientôt, dans Tintimité de la chambrée, de la faiblesse native de son appareil génital. Afin d'éviter les quolibets dont un pauvre diable, atteint comme lui d'un phimosis, était l'objet, il résolut de subir l'examen médical; ce qui lui permit, avec des bains locaux prolongés et des tractions répétées du prépuce, de mettre le gland à nu. Enhardi par ce succès et excité par l'exemple, il tenta de s'essayer dans une maison publique, mais, soit répugnance ou crainte, l'érection imparfaite ne lui permit pas l'intromission complète. Et il en fut de même à trois nouvelles tentatives, faites de quinze à vingt jours d'intervalle, avec des femmes différentes. Complètement découragé, il partit du régiment comme il y était entré.
Il en fut de même dans la vie civile, où il essaya à plusieurs reprises, et toujours sans succès, de coïter normalement avec diverses pensionnaires de maisons publiques. Et chose lui paraissant fort bizarre, il obtenait 1res facilement par la masturbation, ou la succion ensuite, une érection complète et le spasme cynique avec éjaculation abondante. Triste et découragé profondément par cette anomalie constitutionnelle, il se rassura en s'avouant qu'il n'était pas impuissant, puisqu'il obtenait artificiellement tout le plaisir et les sensations du coït, at-tribuant l'insuccès de celui-ci à sa timidité et son manque d'assurance. Et il attendit ainsi paisiblement que ses organes se développassent, pendant quatre à cinq ans, sans rien tenter de nouveau, se masturbant par intermittences, à la suite d'une lecture légère ou d'un spectacle, pour se démontrer qu'il n'était pas impuissant.
A la vue d'une belle fille, pendant tout ce temps, il l'admirait comme un beau tableau, un beau cheval ou une belle Heur, sans aucun désir sexuel. Il feignait môme de ne remarquer ni de comprendre les avances presque
directes faites par certaines femmes. Il vécut ainsi sans fréquenter personne, dans un isolement volontaire complet. Entré dans une grande administration, il consacrait toute son activité et son temps au travail et réussit ainsi à se faire noter comme un excellent agent, un fonctionnaire zélé. De là son avancement au choix.
Il reçut des propositions de mariage. Mais ne ressentant rien auprès de sa cousine, il comprit, après lecture des cas semblables déjà cités aiux Anomalies sexuelles, que c'était de Tanaphrodisie pure. Jamais pourtant l'idée ne lui est venue de s'adresser à un homme. La pensée seule de ces rapports ignobles lui remplit le cœur de dégoût.
Fort et bien découplé, à la poitrine large et bombée, buste très long, cheveux et barbe très fournis, poils assez abondants, ce garçon remarque qu'ils n'ont ni la frisure, ni le brillant observés chez ses camarades de chambrée. Ses chairs sont très blanches, très froides, sans muscles saillants, et les filles, à l'aspect de son corps, lui ont dit que ses cuisses et ses bras ressemblaient à ceux de la femme. Seins anormalement développés, et les mamelons, au contact du plastron de la chemise, entrent en érection quand le temps est froid, au point d'être douloureux.
Les organes génitaux, restés infantiles jusqu'à vingt-etun ans, sont peu développés, flasques et très pendants, froids même au lit. Ils ne se contractent que par la main et acquièrent un volume normal et une rigidité complète. Mais cette érection n'est jamais naturelle, spontanée, et n"a lieu, même au contact de la femme, que par des attouchements prolongés. Les manœuvres onanistiques produisent toujours facilement le spasme cynique, surtout en imitant le mouvement cadencé du coït par le frottement du pénis sur les draps ou un traversin. La crise voluptueuse est si forte, par une succion raffinée de la femme, qu'il y a grincement de dents et cris. Mais en voulant s'essayer dans le vagin, l'érection tombe avant l'intromission complète.
L'incertitude causée par cet état sur son aptitude au mariage, depuis qu'il en est question, lui a troublé le cer-
veau. Il ne peut plus étudier; tous ses livres sont abandonnés, la mémoire a disparu et ses facultés sont atteintes. Il est devenu très impressionnable et excessivement nerveux. Crampes presque constantes, maux de tête insupportables; récriture même est difficile certains jours. Il est devenu défiant, méchant, insociable, voyant tout en noir et ne se trouvant bien que seul, ayant continuellement l'esprit troublé par sa situation indécise. Le sommeil est bon, sans rêves, mais lourd, au point d'être dix à douze heures assoupi sans éprouver le besoin d'uriner, causé sans doute par le défaut de ressort des organes.
Après l'esquisse faite au début de l'anaphrodisie essentielle, cette analyse exacte d'une longue observation type était nécessaire pour en montrer et en faire bien comprendre tous les détails. Elle en achève et complète le tableau d'après nature. Tous les traits ne peuvent en être mieux fixés et réunis pour affirmer explicitement cette singulière névrose cérébrale. Féminisme marqué, désirs naturels bien accentués, essais répétés pour les satisfaire, insuccès complets, évidents, tandis que le fonctionnement normal des organes sexuels par excitation directe et artificielle est parfait, sans trace ni soupçon possible de pédérastie. Celte réunion de signes, et notamment l'essai répété d'un coït normal, sont absolument indispensables pour diagnostiquer cette anaphrodisie. Ce jugement si grave a été réservé ainsi , faute de cette épreuve concluante dans l'observation 66, en en faisant un devoir absolu et la condition sine qua non du mariage. Il faut même suspendre ce jugement, malgré cette épreuve signalée par correspondance, si l'on ne peut voir l'individu et l'interroger à loisir.
68. — Un garçon de 30 ans, sans profession, écrit de Toulon s'être livré à la masturbation solitaire de seize à vingt-trois ans avec plus ou moins d'excès. Des pertes séminales survenant, il se ralentit sans cesser. Ces pertes surviennent alors par la défécation avec envies fréquentes d'uriner, urines tantôt blanches, tantôt troubles avec dépôt rouge. Ces accidents disparaissent bientôt par l'usage des injections anales à la noix vomique, mais en revenante ses pratiques jusqu'à vingt-huit ans, les érections sont moins fortes et les éjaculations baveuses. Il s'en effraie et cesse complètement de se masturber.
Sa continence devient aussitôt insupportable et il fait venir chez lui une jeune fille galante la nuit. « Habillé, il avait de fortes érections et de grands désirs, mais une fois au lit, tout cessait et, malgré les caresses, il n'a pu accomplir le coït pendant six mois qu'ont duré ces essais nocturnes. Plus j'y pensais, dit-il, et le voulais, moins j'avais d'érections, sans doute à cause de la tension d'esprit, la crainte et le dépit de ne pas arriver. Après plusieurs heures d'excitations, sans érection, j'ai trouvé parfois des taches de sperme sanguinolent sur mon linge. »
<^cii.c épreuve fruste, malgré sa prolongation, attribuée à la masturbation, y fait renoncer complètement. De très forte constitution, arthritique et nei'veux, ce garçon, très impressionnable, se livre alors à des exercices physiques: gymnastique, boxe, équitation, chasse à courre, marches forcées de 30 kilomètres, maniements de poids de 40 kilos sans fatigue, conversations, lectures , rencontres et vues excitantes étant évitées. A l'analyse de l'urine demandée, aucune trace d'albumine ni de sucre, mais elle est très ammoniacale sans pus, non plus que le sperme montrant des spermatozoaires vivants très nombreux.
En position de se marier et trouvant une occasion favorable, ce consultant demandait s'il le pouvait dans son état physique très satisfaisant. Il hésitait
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devant Tinsuccés précédent, tout en se reconnaissant viril et nullement impuissant. A quoi attribuer dès lors son échec, sinon à Tanaphrodisie? D'autant plus qu'il ne présentait pas trace de neurasthénie, quoique très craintif, impressionnable et timide. Sans prononcer le mot, j'ai mis comme condition absolue un nouvel essai dans de meilleures conditions et après un complet succès, en prescrivant ergotine et élixir de Garus cantharidé pour le réaliser plus sûrement. Pas de réponse depuis trois mois.
Devant un insuccès constant, répété, à de longs intervalles et en différentes conditions, alors que l'érection et l'éjaculation s'exécutent autrement, il n'y a pas d'hésitation possible : c'est de l'anaphrodisie essentielle. En voici un exemple concluant.
69. — Un Belge de quarante-trois ans, employé d'agent de change, lymphatico- nerveux, grand et intelligent, fort désireux de se marier, demande un moyen de se convaincre de sa virilité restée jusque-là constamment en défaut dans les divers essais qu'il en a fait. Élevé dans un pensionnat jusqu'àdix-neuf ans, il y a contracté, avec les camarades et les pions, la pratique de lu masturbation seul et à deux sans en éprouver grand plaisir. Aussi n'en fit-il jamais abus; tous les huit à quinze jours seulement quand, après une perte séminale spontanée l'ayant réveille' la nuit ])récédente, il désirait en renouveler la sensation voluptueuse, quoiqu'elle ne fût pas très vive.
Très timide, il ne se sentit jamais attiré vers la femme quoique fréquentant les bals, réunions et sociétés, dansant ■et causant, sans e'prouver le moindre désir sexuel ni éreclion. Lors du tirage au sort, il suivit ses camarades au bordel. Ce fut un premier échec par honte et dégoût, ce que la fille attribua habilement à son ébriété. Une nou-
velle tentative quinze jours après, dans de meilleures conditions, resta aussi infructueuse. Il reprit dès lors son ancienne habitude au besoin.
A vingt-cinq ans, il rencontre dans la société une jeune fille ayant une belle position qui le tenta pour s'en créer une. 11 lui fit la cour. Elle était très lascive et quand il l'embrassait sur la bouche le soir en la quittant, elle déterminait l'érection en le touchant, ce qui le rassura. Mais après six mois de cour, le mariage n'eut pas lieu. Il se promit dès lors d'y renoncer et n'éprouvant plus de désirs dans l'onanisme, ses pertes devinrent de plus en plus rares. Trois co-associés, aussi indifterents et froids que lui pour la femme, se réunirent pour se promener et jouer ensemble, aller au théâtre et employer ainsi leurs loisirs, sans qu'il fût plus question entre eux de femmes que d'hommes.
Arrivé ainsi à trente-deux ans, il fit un nouvel essai avec une prostituée, aussi infructueux que les autres; toutes connaissances et amourettes privées le laissant indifférent et sans désirs. A trente-quatre ans, nouveaux désirs de mariage et essais d'amourettes avec deux ou trois femmes privées, sans éveiller le moindre désir erotique. Les peintures et les lectures n'ayant pas plus d'effet, il tenta d'essayer les agaceries et les taquineries directes en entrant boire dans les maisons publiques, sans plus de succès.
De trente-cinq à quarante ans, il travaillait chez un parent qui se maria et eut bientôt un petit garçon qui devint son idole et lui fit oublier toute autre distraction. Vivant dans cet intérieur si heureux, il ne pensait plus à autre chose, dans l'idée que cela durerait toujours. Le besoin de l'onanisme se manifestait seulement quatre à cinq fois par an. Malheureusement, l'enfant mourut et une banqueroute d'État lui fit perdre son avoir. Réagissant contre cette double perte, il fit une maîtresse, afin de pouvoir essayer le coït lorsque les érections spontanées du matin paraîtraient. Il vécut maritalement pendant six mois avec cette femme qui, dans la misère, endurait sa
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frigidité, ayant « qUc et manger. » Elle pouvait se déshabiller devant lui, essayer toutes les excitations possibles dans le jour comme la nuit, sans produire aucun effet ; au contraire, les érections devinrent d'une rareté désespérante. Honteux de lui-même, après cette expérience, il rompit.
Résolu à tout essayer, il consulta successivement trois médecins dont l'examen local fut unanime à constater qu'il était bien conformé sans rien d'anormal. On lui ordonna des douches froides avec fortes frictions. Sous la main du frotteur, il éprouva des érections de plus en plus fortes et désirs si violents que Téjaculation se produisait spontanément. Averti de cet effet, le médecin fit immédiatement cesser les frictions, mais il les fit continuer par une femme en prétextant un lumbago. Aucune érection. Il alla dans un autre établissement et réclama la main du garçon; il n'en résulta aucun effet. L'attouchement de l'homme et de la femme restant insensible, il cessa les douches et fut soumis successivement au quinquina, la coca et à la strychnine, sans aucun résultat.
Découragé par ces insuccès et de plus en plus attristé, il m'écrivit : « la vie que je mène me devient tellement à charge que je dois faire un effort surhumain pour ne pas me laisser aller à mon sombre désespoir. En voyant le soir les amoureux bras dessus bras dessous, je suis pris d'une telle rage folle de mon état que je rentre chez m.oi en pleurs comme un enfant. » Les faits étant brièvement résumés, des détails explicites, avec les points sur les i, étaient indispensables pour savoir s'il ne s'agissait pas d'un érotomane déséquilibré, comme il s'en trouve. Un cas en est cité dans VOnanisme page 139. La réponse de quatre pages grand infolio était au contraire des plus correctes et précises comme on le voit ci-dessus. Il n'y avait plus qu'à diagnostiquer une anaphrodisie dont le nom n'avait pas encore été prononcé. Il demandait en outre les moyens de réussir dans un prochain essai possible avec une nouvelle conquête qu'il avait en vue. Quelques dragées d'ergotiue
«t des suppositoires à la noix vomique furent indique's n conséquence.
Deux mois après, un grand homme maigre, sec même, se pre'sentait un matin. C'e'tait le correspondant en question qui me confirma, par un interrogatoire précis, mon diagnostic et son inaptitude au mariage. Il voulait encore néanmoins essayer avec sa Dulcinée. Je lui prescrivis à cet effet Félixir de Garus cantharidé. Il m'annonçait, cinq jours après, plus découragé que jamais, avoir encore •échoué, tout en s'assurant ensuite manuellement de l'abondance et de la valeur de son sperme.
Ces deux faits précis, relatés en détail à dessein, •sont la démonstration évidente et indéniable que €ette impuissance est toute morale, sans difformité ni lésion physique appréciable de l'appareil sexuel. Elles ne sont même ni possibles ni présumables, devant le fonctionnement artificiel de ces organes. La masturbation et le féminisme, constatés chez ces sujets, n'en peuvent être la cause en existant dans des cas innombrables sans produire cet effet. Si elles y contribuent, c'est en affaiblissant et perturbant le système nerveux cérébral, en pervertissant et troublant le sentiment erotique ou génésique, comme des exemples s'en trouvent cités eiws. Anomalies sexuelles^ page 340. Un fait à l'appui, c'est de s'adresser presque exclusivement à des prostituées pour s'essayer, marquant par là que l'aiguillon de l'amour leur manque pour faire la cour à d'autres.
Dans ces conditions, l'anaphrodisie essentielle ou relative peut être cachéC;, obscurcie, voilée parfois, quand la masturbation est persistante, en y rapportant exclusivement les échecs et les faiJMtes II est alors
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très difficile d'apprécier justement si le défaut d'érection, en recherchant les femmes, est Teflet de leur habitude ou de l'anaphrodisie. Un seul mot peut éclairer la cause réelle, quand ils vous disent : « Même au lit avec une femme, je suis sans désirs. » C'est là un signe positif d'anaphrodisie en se répétant; la masturbation est entretenue par son influence, d'après les deux exemples suivants.
70. — En septembre 1891, un très grand et timide novice anirlais, de vingt-trois ans, se pre'sente comme impuissant, d'après les vains essais qu'il vient de tenter à Paris à plusieurs reprises. Le danger et le dégoût des filles publiques anglaises l'ont toujours retenu et sa pudeur exagérée l'a livré ainsi à la masturbation durant plusieurs années; d'où la cause de son impuissance. Prescription : Gouttes d'alcoolat de noix vomique en petits lavements froids à garder; douches et excitants locaux sur les organes flasques. Essais chaque semaine dans des conditions normales.
A la fin de Tannée, il annonçait avoir des érections plus fortes le matin, sans avoir pu mieux coïter qu'auparavant, les attouchements étant toujours indispensables et l'émission trop rapide. « Il est si timide, dit-il, que même au lit avec une femme, il n'a aucun désir. » D'où le diagnostic d'anaphrodisie.
71. — J'ai vingt-cinq ans et ne connais pas la femme, écrit un Polonais, et je me suis masturbé de dix-sept à vingt-el-uii ans presque chaque jour, moins depuis. Une nervosité maladive m'en est restée, avec indifférence pour la femme ou plutôt le coït que j'ai en aversion, après avoir vu quelques prostituées dont la sensation m'a élé désaijrcaijle, (juniid j'ni pu y parvenir. Ksl-ce parce qu'elle est impure, la puanteur et l'immondice ?,.. Je me sentirais plutôt attiré vers Thomme,
Pendant un an, j'ai eu une femme charmante à ma disposition, sans être arrivé à une e'rection sultisante pour la posséder. Et actuellement encore j'aime et j'admire une charmante enfant qui m'aime également et dont le mariage m'assurerait non-seulement le bonheur, mais une belle position. Sans pouvoir me rassasier de contempler son frais visage et sa taille fine, je ne la désire pas ! Passer ma vie à côté d'elle, lui baiser les yeux et les lèvres serait pour moi le paradis.
Est-ce donc là de rimpuissance? Je n'ai pas répondu; plusieurs médecins ayant déjà essayé cantharides et autres aphrodisiaques, douches, massages et le reste sans résultat. C'est évidemment un état mental mixte d'érotomanie avec anaphrodisie relevant plus de Taliéniste que du médecin.
Un dernier fait achèvera, par ses amples renseignements, de mettre en lumière les nombreux rapports de l'anaphrodisie latente avec la masturbation persistante qui lui sert en quelque sorte de paravent pour mieux la dissimuler au malade et au médecin ; d'autant mieux que ne la connaissant pas et se compliquant de neurasthénie, ils ne peuvent y penser ni la soupçonner. Elle est susceptible ainsi de passer inaperçue. D'où l'utilité de placer ce fait en sentinelle comme avertissement avant la masturbation.
72. — Un enfant des Basses- Alpes a eu une enfance si (Cnétive et maladive que l'adolescence passe inaperçue. De treize à quatorze ans, il était aussi petit, sans aucun (Caractère de masculinité'. Jusqu'à dix-huit ans, la peau ^tait restée absolument glabre, lorsqu'un jeune homme lui enseigna la masturbation. Il s'y livra dès lors deux à 'trois fois par semaine avec un grand plaisir. En six mois,
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sa taille s'élança au-dessus de la moyenne et la peau se couvrit de poils. C'était un grand gaillard efféminé, lymphatique et très impressionnable, lorsqu'il tira au sort sans nulle préoccupation de l'autre sexe.
Il fit les campagnes du Sud-Oranais de 1881 à 83 dans le corps des zouaves, puis au Tonkin de 1885 à 86, et quoique miné, épuisé par les fatigues et les privations parfois extrêmes, l'anémie, la fièvre, la dysenterie, son système nerveux résista, tout en continuant à s'exonérer par la masturbation. Revenu à la maison paternelle, libre de soucis et de préoccupations, il vécut dans l'attente d'une place dans les posles ou les chemins de fer avec le mariage en perspective. Sa santé s'affermit, malgré des besoins sexuels pressants et tourmentants, tant il était vigoureux sur ce point. Néanmoins, il ne chercha ni ne tenta aucune occasion de se soulager naturellement.
Au lieu de ces brillantes espérances, récompensant ses bons services, il est nommé facteur rural dans un trou de montagnes qu'il fallait péniblement gravir chaque jour pour son travail, aux appointements de 40 francs par mois ! Sans autres ressources, il fut soumis à toutes les misères et les privations pour subsister. Il s'affaiblit bientôt, le système nerveux se détraque en voyant tout son espoir déçu. Triste et déprimé, il n'a plus d'espérance ni désirs. L idée, la perspective de l'impuissance l'accable ; il ne peut faire son service. Sa demande de changement est repoussée. Il oppose l'impossibilité de faire son service par faiblesse. Un congé de dix jours lui est accordé pour se rétablir dans sa famille à 75 kilomètres de distance. Obligé de faire la route à pied, cette visite l'accable et, de retour à son poste, il est plus énervé, faible et perturbé qu'en le quittant.
La neurasthénie éclate dès le lendemain par la faiblesse et l'épuisement génital inusité. Effrayé de ne pouvoir obtenir l'érection, il est assiégé de craintes, d'idées tristes, troublant et empêchant le sommeil, perte de l'appétit, maigreur, constipation, maux de reins, douleurs nerveuses
des jambes, refroidissement des extre'mités avec engourdissement, voix éteinte, yeux tixes, trouble de la mémoire, transformation de l'existence, etc. A tout cela, on répond que ce n'est rien, sinon de Thypocondrie. Il est purgé à outrance et on lui dit de se marier.
Après dix-huit mois de privations et de souffrances, il est enfin changé de son misérable poste pour un meilleur; mais le mal était fait. Exténué et sans forces, il mange sans faim et maigrit jusqu'à perdre 4 kilogrammes. Il se plaint de palpitations, d'oppressions et s'adresse à différents médecins pour ces accidents nerveux. L'estomac, h foie, le cœur, les poumons sont examinés tour à tour et ne trouvant pas de lésion appréciable, on lui prescrit le repos en le rassurant et quelques calmants contre ses insomnies, ses rêves, ses cauchemars. L'atonie génitale augmente et l'impuissance le préoccupe surtout. Il lit alors YOnanisme qui était son mal secret et qu'il n'avouait à personne. Il avait alors trente-trois ans et n'avait jamaisessayé de rapports sexuels qu'une année auparavant pour juger de sa virilité. Or, l'érection était constamment restée incomplète et l'éjaculation hâtive sans intromission. De là son désespoir, attribuant son impuissance à la masturbation solitaire qu'il avait pratiquée depuis la puberté. « Je mettrais, écrivait-il, autant d'empressement à tirer un homme de l'onanisme que s'il tombait à l'eau, tant vos récits là-dessus m'ont impressionné. Voilà ma vie et mon existence empoisonnées par cette stupide, bêle et imbécile habitude. » (29 décembre 1893.)
Aucun organe n'étant atteint, d'après l'observation répétée des médecins consultés, tous les accidents étaient évidemment d'essence nerveuse. C'était une neurasthénie résultant des privations et des chagrins, des fatigues et des inquiétudes endurées pendant de longs mois de souffrances physiques et morales. Toutes les fonctions en étaient troublées, dérangées,,
CAUSES PSYGHOPATHIQUES , 261
celles de la génération en particulier, par Tabus qui en avait été fait et Tébranlement général du système nerveux. Ce malade m'écrivait ainsi spécialement pour son impuissance.
L'absence de désirs, de rapports sexuels chez cet ancien zouave, adonné à la masturbation active , solitaire, avant, pendant et après son service pour y suppléer, ne doit-elle pas éveiller des doutes sur la nature de ses sentiments erotiques? Ce n'était pas de la pédérastie dont les anaphrodites se défendent aussi haut et ferme que les pédérastes s'en accusent bassement. Ses échecs constants dans ses relations avec une femme, pendant une année, ne sont-ils pas un indice d'anaphrodisie constitutionnelle, d'après le précédent exemple du Belge, page 253. Ne pouvant l'en convaincre par correspondance, je le rassurai sur son avenir, en lui prescrivant un régime tonique et calmant, le repos avec distractions, surtout dans la société des femmes, afin d'abandonner plus sûrement sa fatale habitude, l'excitation des organes génitaux avec des douches et irrigations, en proscrivant l'électricité qu'il recherchait, d'après l'annonce d'un vulgaire charlatan parisien.
Trois mois après, il annonçait un mieux sensible : meilleur appétit et sommeil calme, organes moins flasques et insensibles. Deux érections complètes et durables s'étaient produites spontanément pour la première fois depuis trois ans. L'espoir avait ainsi fait place au découragement ; mais rien de tout cela n'excluait l'anaphrodisie soupçonnée.
Les jeune sanaphrodites confondent souvent le
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désir de la femme avec leur appétit vénérien. Elle lem" plaît et ils l'admirent... platoniquement, en parlent avec ardeur et enthousiasme, y pensent, en révent même, sans que leurs organes en soient impressionnés. Froids, torpides, inanimés, ce sont des érotomanes par imagination, sans que le désir vénérien les pousse dans leurs recherches. D'où leur impuissance absolue en entrant dans les maisons publiques. C'est en restant calmes et tranquilles, en attendant l'âge et les occasions favorables à Téclosion de leurs désirs, que réussiront ceux qui n'en sont pas entièrement privés.
Tout autre est l'anaphrodite natif. Le sentiment normal de l'amour lui manque et probablement aussi le sens erotique qui le fait naître, guide et provoque l'homme à le chercher et le trouver partout où il se trouve. Il le rencontre ainsi, tandis que l'anaphrodite n'en a ni l'idée ni le sentiment. Il passe à côté sans l'apercevoir ; il s'en éloigne même à certaines avances. Il feint de ne pas les voir et quand elles sont trop directes, il les repousse, son cœur et ses sens étant insensibles à leur aspect. Les caresses directes peuvent seules émouvoir ses organes, il est honteux de les recevoir sans les avoir provoquées, d'autant plus qu'il ne peut y donner suite. Il ne s'avoue pas qu'il n'aime pas la ^^,mme et n'a pas de véritable amour pour elle. Il peut même en avoir comme amies, fiancées et maîtresses, pendant des mois et des années, sans les aimer véritablement. D'où la frigidité de ses sens.
Au contraire, il se dirige presque invariablement
OÙ Tamour n'existe pas : la prostitution, en invoquant faussement sa timidité, son dégoût, sa honte, la crainte des maladies vénériennes, pour justifier ses échecs. Il s'habitue ainsi à ces lieux infects, ces contacts impurs qui, au lieu d'allumer l'amour, en sont Téteignoir. Et c'est en se soumettant passivement à toutes les pratiques immondes de ces infâmes lupanars, pour se convaincre qu'il n'est pas impuissant, qu'il achève tranquillement sa perte définitive.
S'il avait l'amour au cœur, il obéirait à ses désirs pour les faire partager à l'autre sexe en fréquentant les réunions publiques : bals, concerts, spectacles où il se rencontre et lui faire la cour. A moins d'être amateur ou mélomane, il s'isole, au contraire, n'y prenant aucun plaisir; s'il le fait, c'est par imitation et comme simple passe-temps ou divertissement, sans que son cœur en éprouve la moindre sensation. Il n'a ordinairement ni amis, ni confidents pour les imiter, les questionner et apprendre ce qu'il ignore ou, s'il en a, ce sont des neutres comme lui, ne parlant jamais de femmes ni d'amour; ce sujet leur étant indifférent, inconnu. Ils jouent, dansent, valsent, s'ils en ont la passion, et peuvent même embrasser leur compagne et lui faire de tendres déclarations ; mais c'est machinal, passif, sans penser à ce qu'ils font, même dans le contact le plus intime avec elle. C'est l'impression reçue de ces anaphrodites dans mes entretiens et interrogations avec eux.
A défaut de ces ressources mondaines, il suffit, en suivant son chemin droit, de faire attention aux rencontres, pour fixer, remarquer celle qui plaît davan-
tage, lier conversation et tenter une amourette. Il faut être privé absolument du sentiment de Tamour à. vingt ans, ou livré passionnellement k l'onanisme, pour ne pas céder spontanément à ces incitations naturelles. L'anaphrodite ne le fait pas à défaut de les ressentir et persiste ainsi isolément dans ses mauvaises habitudes. De là le chagrin, l'ennui, la tristesse, le remords et jusqu'au désespoir qui, en le minant et l'affaiblissant, amènent tous les accidents de la neurasthénie sexuelle, comme dans le dernier cas. D après les six cas observés, cette anaphrodisie absolue ne semble pas curable, le climat ne paraissant y jouer aucun rôle. Deux habitaient le Midi,, c'est-à-dire les Bouches-du-Rhùne, trois le Nord : Belgique, Canada et Suède, l'autre Paris. Il faut donc chercher à la prévenir, l'atténuer ou la corriger par une éducation spéciale. Le féminisme et le nervosisme étant le cachet ordinaire des plus menacés de cette névrose, les prédisposant de bonne heure à l'onanisme, ils doivent être élevés, nourris et instruits de manière à les rendre forts et rustiques dès l'enfance, afin de les prémunir contre la masturbation. Ces mesures ne réussissent pas toujours, mais il n'est pas moins indiqué d'y recourir. Leur mariage n'est permis qu'à la condition de savoir positivement s'ils sont capables d'en remplir les devoirs et s'ils en ont fait la preuve. Leur incapacité persistant au delà de vingt-cinq à quarante ans en est une contreindication formelle, sous peine d'encourir toutes les conséquences légales et sociales de cette impuissance... morale.
Les organes génitaux, par l'abus et le mauvais usage qui en sont faits, deviennent le siège exclusif de ces causes. Elles sont ainsi les plus apparentes et appréciables aux malades et au médecin. Mais elles existent rarement seules, isolées; le plus souvent, elles sont accompagnées de Tune ou l'autre des précédentes, physiques et morales , qu'elles aient été déterminées, provoquées par celles-ci, ou qu'elles en soient la conséquence. Elles se confondent ainsi intimement. Au contraire, les altérations, lésions ou maladies de ces organes y sont presque absolument étrangères. D'où l'extrême différence entre l'impuissance et l'épuisement nerveux génital dont il s'agit.
La masturbation est la principale et la plus directe de ces causes par son extrême fréquence et les graves dangers qu'elle entraîne pour le système nerveux. Elle figure ainsi en vedette, comme l'initiatrice de tous les abus et les excès vénériens, immédiats et
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consécutifs, et de tous les accidents nerveux s'y rapportant aux divers âges chez les deux sexes. Quoique signalée déjà dans tous nos précédents ouvrages sur l'hygiène de la Génération, dont elle est le plus redoutable fauteur, et formant le principal sujet de V Onanisme seul et à deux, il faut encore y revenir pour montrer son action spéciale sur l'épuisement génital.
D'autant plus que les enfants faibles et nerveux sont les plus disposés et entraînés à s'y livrer en découvrant spontanément, les premiers d'ordinaire, le centre vénérien en grimpant à l'arbre dans les campagnes, en faisant de la gymnastique dans les villes par l'usage de la corde raide et partout en se frottant les cuisses chez les deux sexes. Le défaut de propreté des organes, par la négligence que les parents y apportent, en est souvent cause. Quand elle ne persiste pas après l'enfance et l'adolescence, elle se retrouve à l'origine de tous les excès génitaux prématurés, aussi bien que les fraudes inter-sexuelles, les aberrations, anomalies et dépravations, perversions génitales. Ce fléau de l'espèce humaine est partout la source de la neurasthénie sexuelle, dans le Nouveau- Monde comme dans l'Ancien.
Les garçons efféminés y sont spécialement enclins comme au frottement. Leur constitution physique et morale les entraine presque fatalement à s'y livrer partout, dans tous les pays et sous toutes les latitudes. Reconnaissables à leurs traits extérieurs, décrits au Féminisme, on doit les surveiller tout spécialement, car ils ^ont les plus exposés îi en éprouver des acci-
dents. La cause locale, s'ajoutant à la cause générale, rend l'épuisement nerveux presque inévitable.
Ses effets généraux les plus immédiats et fréquents, disions-nous à l'Onanisme manuel, page 221 \ sont presque tous apparents et en forment les meilleurs signes, chez les enfants et surtout les adolescents, quand les pertes séminales s'ensuivent. L'appauvrissement du sang entraîne directement la perte de l'énergie corporelle et morale. De là des vertiges, des tintements d'oreilles, l'essoufflement, la débilité musculaire. La mémoire s'affaiblit, l'intelligence baisse; ils pâlissent, maigrissent, malgré leur appétit dévorant; l'aptitude au travail physique ou intellectuel diminue, d'après le résultat des études ou des travaux, avec palpitations et tristesse. Sauf une affection ou maladie constitutionnelle évidente, expliquant ces divers symptômes, il est toujours permis de soupçonner un vice caché produisant cet ensemble de signes graves de l'épuisement nerveux ou neurasthénie sexuelle. Livrées à cette passion, ses victimes ne sont plus des hommes, ce sont des esclaves, car ils n'ont plus ni intelligence, ni courage, ni volonté pour s'en délivrer.
La raison en est que cet acte artificiel, provoqué par le système nerveux, s'exerce essentiellement à ses dépens. Qu'il soit déterminé par l'excitation du cerveau ou de la moelle, le spasme cynique qui a toujours lieu, en s'opérant sans éjaculation chez l'enfant et chez la femme pour y mettre fin, atteint et
* Nouvelle édition.
congestionne d autant plus, en se prolongeant, ces organes et tout le système nerveux à la suite. « La masturbation est une maladie des nerfs, » adit Tissot, d'accord avec Hippocrate et tous les grands médecins de l'antiquité. En en fixant les effets les plus marqués dans la moelle épinière, ils ont mis évidemment le doigt sur la plaie. D'où les accès nerveux et les grandes névroses convulsives en résultant. L'opinion des anciens s'est ainsi confirmée par l'observation des modernes.
Tel l'exemple d'Esquirol, déjà cité dans V Onanisme^ page 271, d'un garçon fort et robuste de douze à treize ans, devenu d'une excessive susceptibilité en se livrant à la masturbation et pris subitement d'accès épouvantables d'épilepsie à quinze ans. Son extrême impressionnabilité le rendait, au moindre prétexte, chagrin et méchant. Un traitement approprié et la cessation de l'onanisme diminuèrent ces accès en six mois. Il n'en eut qu'un autre deux ans plus tard, en revoyant sa mère dont il était séparé depuis deux ans. Il voyagea en se livrant au commerce jusqu'à vingt-sept ans sans nouvel accès, se maria et jouit ensuite d'une parfaite santé.
Ce fait d'ailleurs n'est pas unique et n'est relaté ici que comme témoin à l'appui. L'illustre Zimmermann en a observé un semblable, et la guérison obtenue par l'aliéniste Morel dans un asile sont des faits irrécusables que ces épouvantables accès du haut mal |)euvent être produits par la masturbation et cesser en l'empêchant. (Voy. Onanisme manuel chez Vhomme, page 304, nouvelle édition 1893.)
Ces faits authentiques, appuyés sur beaucoup d'autres analogues, sont la réfutation complète de Tinnocuité de la masturbation, soutenue par M. Christian, admettant qu'elle ne dégénère jamais en habitude sans qu'il y ait en jeu des causes individuelles: état nerveux, maladie nerveuse ou morale. Invétérée, elle serait toujours l'effet d'un état spécial, préexistant, du cerveau. D'où le nom de cérébraux héréditaires ou de fous raisonnants, imposé par Lasègue à ces onanistes forcenés.
Des cas s'observent sans doute à l'appui de ces assertions. Mais en faire une loi générale, c'est conclure d'après les malades des hôpitaux et non ceux de la ville en bien plus grand nombre. Des masturbateurs ou frotteurs, arrivés par tous les accidents neurasthéniques en résultant — les pertes séminales en particulier — au dernier degré d'épuisement nerveux génital, guérissent parfaiternent en quittant leurs mauvaises habitudes. « Loin de prédisposer à la folie, dit Beard, la neurasthénie sexuelle en sauvegarde plutôt ses victimes comme de l'alcoolisme et l'épilepsie. Ce qu'elle détermine, en entretenant la masturbation, c'est souvent, chez les fortes constitutions, une forme mélancolique qui se rencontre à la ville comme dans les asiles d'aliénés et se confond avec la folie. Dans un cas où la circoncision fut employée avec divers autres traitements, le malade continua son habitude jusqu'à devenir presque fou. Il semblait devoir succomber avant, mais il a été perdu de vue, sans qu'aucune de ces tristes perspectives se soit réalisée. De là la divergence extrême des opinions
à ce sujet. Il n'est pas plus vrai qu'elle se produit toujours que jamais.
« Ces remarques ne sont pas applicables aux mal équilibrés ou vicieux, d'après ce qui s'observe dans les asiles où la masturbation est à la fois cause et effet de la folie. La tendance à la folie consiste essentiellement dans l'absence ou la perte du sens moral et du respect de soi-même, qui fait de ses victimes un simple animal ; l'une des manifestations les plus marquées de la liberté de l'animalisme étant de se livrer sans contrainte ni mesure à cette forme onanistique. D'où l'extrême difficulté de différencier et décider au juste, dans les cas d'excitation furieuse de cette passion chez l'aliéné, si elle est un effet de i'exaltation ou sa cause ; souvent même, elle n'a pas cette double relation avec la folie, car dans la neurasthénie extrême, la folie mélancolique se développe souvent. Tous les efforts ont été vains pour en sauver quelques-uns de ces malades.
« Une certaine proportion de mélancoliques des asiles américains sont ainsi d'anciens neurasthéniques. Il en est même qui, en recouvrant la raison, ne peuvent obtenir la force nerveuse nécessaire à la santé. Ils persistent dans leur premier état jusqu'à ce que, sous l'action de nouvelles influences déprimantes, ils ne retombent dans les régions obscures de la folie. Chez d'autres, un traitement convenable a sauvé des neurasthéniques de la folie. En maintenant le physique dans de bonnes conditions, les troubles de l'esprit ont été arrêtés.
<c Des masturbateurs neurasthéniques sont pour-
suivis par la crainte de devenir fous, aliénés, ou d'être atteints d'autres maux analogues : impuissance, stérilité, paralysie, ataxie, syphilis, etc. Ces illusions résultent évidemment de la dépression, du trouble ou la faiblesse de leur système nerveux, et c'est en le restaurant par les nervins, dontla kola est un des meilleurs, que la raison a pu être rétablie chez quelques uns. »
Ces malades se reconnaissent à des signes déjK décrits aux Anomalies sexuelles, page 485, dont [l'observation 48 ci-dessus est le type. Célibat prolongé, préoccupation constante de leurs organes génitaux et leurs fonctions, en tenant compte des moindres détails, qu'ils énumèrent avec complaisance, idées fixes et hypocondriaques, craintes enfantines. Tel était le cas du facteur rural, cité page 137 de V Onanisme , et celui dont l'observation 72 précédente est la confirmation.
Mais combien plus nombreux sont ceux qui offrent des singularités aussi frappantes, avec un raisonnement parfait, sans tare héréditaire, et remplissant des fonctions publiques, même officielles, justifiant de leur capacité intellectuelle. Ils ne déraisonnent que sur l'objet spécial de leur attention. La règle posée par M. Christian est donc trop absolue et ne saurait H3 justifier que par des aliénistes, voyant comme lui des fous partout.
L'épilepsie, dit Guislain, est souvent la conséquence d'émissions spermatiques fréquentes et répétées, même par l'acte naturel. Une femme fut ainsi frappée la première fois d'épilepsie, trois jours après son mariage, par le retentissement de l'acte vénériea
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répété sur la moelle épinière. Une jeune fille livrée à l'onanisme manuel sur le clitoris avait des attaques d'épilepsie. Le docteur White ayant excisé Torgane, aucun accès n'avait reparu trois ans après. Preuve qu'ellesétaientcauséesparcette habitude. (0/z., p. 351.)
Les excès sexuels des satyres, comme leurs abus^ sont souvent suivis d'attaques épileptiformes, de même que dans les orgies de l'onanisme vulvo-vaginal. Un garçon de vingt-huit ans, ne pouvant avoir de rapports avec sa maîtresse que debout et en fraudant, sentait ensuite un grand vide dans le cerveau et fut pris ainsi de sa première attaque. Un ouvrier tonnelier de trente-deux ans, voulant mettre un terme à sa famille de six enfants, fraudait depuis six mois à peine qu'il était maigri, avec tremblement du corps étant debout. « Je sens que je perds la tête, disait-il souvent; au milieu de la rue, je vois les maisons tourner autour de moi. » Il suffit de supprimer la cause pour mettre fin à ces accidents.
Les jeunes gens très nerveux, atteints de chorée ou danse de Saint-Guy dans leur enfance, en sont aussi repris chaque fois qu'ils se livrent à la masturbation. On peut les en accuser ouvertement à ce signe. L'hystérie peut même en résulter chez les enfants. Un exemple en a été observé et relaté par Jacobi en 1876.
Coutumière ou habituelle , la masturbation pratiquée par des adolescents est souvent une névrose comme les précédentes. Beaucoup s'y laissent aller presque malgré eux. Ils se font un fantôme, une difficulté impossible à vaincre d'agir plus naturellement, pour mieux s'y autoriser et en faire, au besoin,
une nécessité de leur continence. Par ces excès, aussi bien que ceux du coït, quand ils y succèdent dans la jeunesse, la moelle épinière peut en être atteinte et détermfner ainsi plus tard un priapisme persistant, sous forme de névrose, comme des exemples cités dans V Impuissance le montrent, page 223 ; d'autres le confirmeront à la fm de cet ouvrage.
Il y a pis encore. Elle entraîne aux perversions de i'instinct sexuel et y prédispose manifestement, en en étant parfois une variété. Elle est souvent l'avantcoureur de la pédérastie et parait conduire, dans la plupart des cas, aux autres aberrations génésiques, en existant le plus souvent à l'origine. Les exemples précédents et ceux rapportés aux Anomalies sexuelles le démontrent. Elle contient ainsi en germe une foule de maux, dont on ne s'occupe guère, en n'y faisant pas attention. On confond souvent l'effet avec la cause, en attribuant la persistance de cette habitude à un cerveau mal équilibré ou malade, alors que son dérangement est le résultat seul de cette névrose.
Ces faits divers confirment ce que l'on sait de positif sur les effets généraux de la masturbation. C'est qu'en agissant directement et spécialement sur le système nerveux local et général, elle est surtout préjudiciable à ceux qui l'ont très impressionnable et développé. Et ce sont précisément ceux-là, chez les deux sexes, qui sont les plus enclins à s'y abandonner.
L'abus de l'onanisme manuel avant la puberté est
beaucoup plus dangereux et malfaisant qu'en s'y livrant après. Plus il commence jeune et pires en sont les effets ; au contraire, ils semblent diminuer avec l'âge en proportion arithmétique. Les personnes qui en prennent l'habitude avec une constitution faite, soit de vingt à trente ans, sont très rares et n'ont que peu de dangers à courir, en ne s'y laissant aller qu'au besoin. Cette douce est plutôt hygiénique chez les célibataires et les veufs, en prévenant des pertes séminales nocturnes très affaiblissantes. Dans la plupart des cas nécessitant le secours du médecin, l'habitude a commencé avant la puberté ou pendant son évolution.
Les effets apparents n'en sont pas toujours immédiats, quoique l'affaiblissement et le trouble du système nerveux en soient une conséquence inévitable ; mais ils restent souvent imperceptibles, latents, surtout si elle a été pratiquée avec modération. Ce n'est que par les excès consécutifs, naturels ou artificiels, que ces effets éclatent tardivement, sans que l'on pense à les rattacher à la masturbation primitive. Le médecin seul, en l'apprenant, doit toujours en tenir compte. Exemple :
73. — Un garçon de vingt-quatre ans, s'étant masturbé sans grand excès, fut alors pris de pertes se'minaies nocturnes, se répétant parfois la même nuit. Elles duraient depuis deux ans, lorsqu'il devint amoureux. 11 consulta dès lors plusieurs médecins pour guérir de sa fatale habitude et des accidents qui en étaient la conséquence, mais chacun le renvoyait comme hypocondriaque, sans tenir compte de ses insomnies persistantes, ses rêves fatigants, ses in-
digestions, son extrême nervosité presque hystérique et son regard de fou.
Ces symptômes fçraves et positifs, indiquant un état maladif réel, frappèrent le dernier médecin consulté, comme réclamant une médication éneri^ique et suivie. A cet effet, il s'adressa à Beard, qui, reconnaissant une neurasthénie sexuelle, lui indiqua le traitement à suivre.
Cette opinion était si généralement partagée alors, que le docteur Bumstead, dans un chapitre écrit avant sa mort sur Thypocondrie sexuelle, relate la plupart de ces symptômes de la neurasthénie comme étant imaginaires, sans rien de positif. Heureusement, on a reconnu depuis celte erreur en traitant activement tous ces cas comme ils le méritent.
L'hypocondrie, étant la crainte fausse d'une maladio qui n'existe pas, doit se rencontrer fréquemment surtout avecles troubles, les perversions et les affections génitales purement nerveuses, comme les diverses formes d'onanisme et toutes les névroses qu'elles enentraînent. Au contraire, Beard prétend qu'elle n'existe guère sans une base, un fondement réel, surtout dans les affections nerveuses fonctionnelles, et qu'ainsi elle n'est pas réelle. Des signes inappréciables aux sens, ne pouvant être vus, entendus, touchés par le médecin, ni exactement décrits par les malades, sont ainsi faussement rapportés à l'hypocondrie, alors qu'il suffirait parfois d'un examen de l'urèthre ou do l'urine pour révéler le mal, comme dans le fait suivant :
74. — Un garçon de vingt-trois ans est adonné, depuis l'âge de dix-sept ans, à une masturbation modérée. Il accuse des palpitations, une grande peur d'être malade et
2'i& ÉPUISEMENT NERVEUX GÉNITAL
l'aversion de la société. L'examen découvre un prépuce allongé, ouverture rouge et gonflée du canal, avec douleurs fréquentes au fond. Tout allait bien autrement. Fort et musculeux, ce garçon accomplissait un travail pénible et prolongé, dans son état de graveur. Digestion et sommeil normaux.
L'ignorance de ce masturbateur, ajoutée aux troubles de son esprit et ses craintes d'être gravement malade par suite de son habitude, constituait donc toute sa maladie. Il la craignait, la redoutait, bien plus qu'il n'en souffrait. C'est donc bien là de l'hypocondrie dans toute sa réalité. Les exemples n'en sont pas rares •en pareil cas, surtout lorsqu'il s'y joint des pertes séminales.
C'est l'hypocondrie sexuelle décrite, enseignée par sir J. Paget dans ses Leçons et signalée par nous dans VOnanismey il y a plus de dix ans. Cette forme particulière du 5/? /gen, très fréquente en Angleterre, se rattache exclusivement aux organes et aux fonctions de la génération. L'objet des préoccupations délirantes est pour les uns la présence du sperme dansl'urine, l'existence du varicocèle, pour d'autres; celui-ci ne parle que des pertes séminales et celui-là de la masturbation dans ses rapports avec l'impuissance. Elle est si commune que le célèbre professeur a cru devoir prémunir ses élèves contre ces idées délirantes, en leur en montrant l'étrangeté et la folie. Des cas analogues s'observent parmi les onanistes qui refusent de se marier et de quitter leurs habitudes, sous prétexte .d'impuissance, comme le gentleman de l'observation 153 des Anomalies sexuelles. Les regrets, les remords.
les inquiétudes de ces individus les prédisposent à cette forme.
Beard n'en ayant pas eu connaissance, sans doute, est d'un avis diamétralement opposé. Voici ses raisons : « L'hypocondrie vraie, réelle, ou pathophobie, ne disparaît pas en instruisant le malade de son état. Il sait bien que sa crainte est sans fondement; il désire s'en défaire, mais il ne le peut, tant que son système nerveux déprimé, dont la crainte morbide est le signe et l'effet, soit calmé et fortifié. Celle-là n'est jamais guérie par de simples renseignements démonstratifs de son erreur. L'expérience séculaire en a été faite par les plus célèbres médecins du monde entier. Un hypocondriaque peut traverser les continents et les océans pour consulter quelque fameux médecin, tant il a confiance en lui; si, en obtenant cette entrevue, on lui dit que la maladie dont il se croit victime n'existe pas, sa crainte morbide ne changera pas: il restera pathophobique et persistera à consulter médecin après médecin. L'hypocondrie dans ce cas est tout à fait semblable aux illusions de l'aliéné ; elle ne peut être corrigée par l'évidence directe des sens, ni par aucun procédé de raisonnement; rien ne peut la changer que la modification de la maladie dont ces illusions dépendent. »
A ce degré, ce n'est plus de l'hypocondrie, mais du délire à idée fixe. Aussi l'auteur admet-il deux phases distinctes dans cette fausse crainte de la ma- ^•^.die: intellectuelle et émotionnelle, pouvant coexister. 11 -s'agit de les différencier. Il n'admet pas l'idée d'hypocondrie dans le cas précité, parce qu'une irri-
tation locale du fond de l'urèthre, résultant de la masturbation, fut révélée par Texamenet indiquée parles symptômes .
La masturbation plus ou moins prolongée et violente détermine sans doute l'irritation du canal de l'urèthre en le congestionnant. La preuve en a été faite par le célèbre S. Gross, de Philadelphie, comme nous l'avons signalé aux Anomalies sexuelles, page 306. En examinant l'intérieur avec l'endoscope chez 331 masturbateurs, sans écoulements ni lésions du périnée, il a constaté une grande sensibilité au passage de rinstrument, avec irritation locale et gonflement interne étendu en diminuant le calibre ; 88 pour 100 des cas examinés étaient dans cet état. Ce qui rend compte de la rougeur et la turgescence de l'ouverture du canal à l'extérieur, constatées par nous chez bon nombre de masturbateurs.
Dès qu'il y a lésion locale, il n'y a pas hypocondrie sans doute. Mais lors même qu'elle est fixée au siège de la prostate chez d'anciens opérés de la cautérisation répétée du fond de l'urèthre, et caractérisée par du malaise, de l'impuissance ou une sensation douloureuse indéfinissable, sans que l'on puisse rien découvrir, ni névralgie ni névrose, comment ne pas les convaincre d'hypocondrie? Une grande attention est sans doute nécessaire avant de se prononcer ; mais dès que ce diagnostic est bien établi, mieux vaut le déclarer aux malades, toujours craintifs et nerveux, et les en convaincre, que de les entretenir dans des médications diverses sans fin ni résultat. C'est en agissant ainsi que plusieurs de ces hypocondriaques m'ont
déclaré un, deux, trois ans après avoir cessé tout traitement, qu'ils avaient repris leurs rapports sexuels, sans ressentir aucune souffrance locale. « J'ai suivi vos conseils de point en point, écrivait l'un d'eux, le 4 décembre 1893, et je m'en trouve mieux que de me droguer. » Mais c'était pour se plaindre encore d'une douleur au nombril remontée du côté gauche, très forte par moment, surtout le matin à 9 heures, disparaissant après déjeûner jusqu'au dîner. Deux médecins de Blois consultés l'ont attribuée, le premier, à un varicocèle, existant depuis vingt ans à la suite de la masturbation ; aussi le suspensoir prescrit n'a-t-il rien fait; le second l'a rapportée à une dyspepsie, dont le traitement n'a pas eu plus de résultat. Confirmation éclatante de l'hypocondrie, diagnostiquée trois ans avant chez ce nerveux, ancien enfant trouvé.
« Je suis persuadé, dit Beard, qu'une constitution nerveuse et d'une irritabilité excessive, allant jusqu'à la débilité chez un sujet faible, le prédispose à la masturbation et aux excès sexuels. Les individus forts et robustes, d'une constitution solide et vivant en bonne santé au grand air, travaillant plus du corps que de l'esprit, ne sont pas tourmentés d'idées erotiques, ni de désirs vénériens au même dei^^ré ni de la même manière que les hystériques, émotifs, nerveux vivant à l'intérieur et occupant pUïs leur esprit, leur intelligence que leurs muscles. Le docteur Boleler, qui a longtemps pratique parmi les Indiens dans l'Amérique du Nord, a constaté que les boys (gamins)
de ces tribus ne se masturbent pas et ne se livrent guère aux excès vénériens avant le mariage. D'où la conclusion que les jeunes gens délicats des grandes villes, élevés plus mollement et dans la plus haute civilisation, sont plus exposés aux abus et excès génitaux partout ce qu'ils savent, voient et entendent, que les enfants des nègres sauvages ou demi-sauvages, ainsi que les populations fortes et saines livrées à l'agriculture ou autres travaux au grand air. (page 102.) Il ajoute même (page 204) : la masturbation n'agit que sur les nerveux et n'a que peu d'effet chez les deux sexes, doués d'une forte et solide constitution, pouvant ainsi s'y livrer longtemps sans aucun mal local ni constitutionnel. Elle ne produit la neurasthénie sexuelle que chez les faibles, lymphatiques et nerveux. »
Mais il se contredit plus loin en ajoutant : « L'habitude d'abuser de soi-même par la masturbation est presque universelle et commune aux deux sexes. Elle n'est pas limitée aux nations civilisées ; les demibarbares et les sauvages s'y adonnent aussi. Elle n'est même pas spéciale à l'espèce humaine, certains grands animaux la partageant. » [Idem^ page 120.)
Le système nerveux formant la corde sensible de l'appareil génital, avons-nous dit dans VOnanisme, tous les artifices employés en amour l'altèrent et le perturbent si rapidement qu'il faut bientôt l'exciter sans cesse davantage pour en obtenir l'effet voulu. Signe évident de son affaiblissement graduel. Et nous ajoutions . {Nouvelle édition, 1894.)
« Les graves et dangereuses conséquences de Tona-
nisme manuel sont générales et locales. Les premières sont produites par son action élective sur le sys-' téme nerveux et les altérations secondaires, directes ou indirectes, sur les appareils de la digestion, la circulation, la respiration. Les secondes proviennenb exclusivement de son mécanisme et sont plus oui moins analogues ou semblables à celles des excès vénériens. » (page 150.) « Ces stigmates extérieurs de la masturbation ne sont que peu de chose, comparativement aux troubles moraux bien plus graves qu'elle amène presque fatalement chez les deux sexes, dés qu'elle persiste après la puberté, c'est-àdire de seize à dix-huit ans. » (page 152.) « Son action élective sur le cerveau, centre de l'intelligence et de toutes les facultés, l'atteint presque aussi directement que les organes génitaux. L'onanisme les alanguit, les affaiblit, les paralyse et les détruit même par l'idiotie, la démence, la folie en résultant, sans lésion apparente ni appréciable. » (page 156.) Justification de l'assertion précédente qu'au lieu d'être entretenu© par l'état maladif du cerveau, la masturbation le détermine souvent. Vérité démontrée par la neurasthénie consécutive.
On constate ainsi, parmi ses effets généraux, la plupart de ceux indiqués à cette maladie : Affaiblissement ' de toutes les facultés intellectuelles, perte de la mé- * moire, obscurcissement des idées, inquiétudes, angoisses, vertiges, troubles de la vue et de l'ouïe, sommeil agité de rêves, perte des forces corporelles^ fonctions digestives troublées, dérangées. » (page 160.)
Toutes les conditions présidant d'ordinaire à cette
manœuvre directe et isolée, affaiblissent donc spécia- • lement le système nerveux. La facilité pour l'enfant de s'y livrer seul, à volonté et à satiété, par le chatouillement qui en résulte, sans autre limite que la fatigue, l'épuisement, est de la renouveler dès qu'il se trouve seul, le jour et la nuit, debout, assis, couché. De même plus tard, chez l'adolescent, les frottements prolongés et violents nécessaires à l'émission, en l'absence de la volupté naturelle, de l'imagination, des souvenirs et des images psychiques propres à la provoquer, contribuent à déterminer mécaniquement des pertes séminales passives, cause si fréquente ensuite d'épuisement nerveux.
Toutes ces diverses habitudes onanistiques produisent, entretiennent et augmentent la timidité sexuelle, et éloignent les deux sexes l'un de l'autre en les refroidissant mutuellement. Après cette indifférence pour le sexe opposé, il y a la peur d'un coït normal; ils le redoutent plus qu'ils ne le désirent et en sont effrayés au moment de l'effectuer. De là leur persévérance dans leur vice, quel qu'il soit, malgré les souffrances physiques et morales qu'ils en éprouvent, par la difficulté de s'en débarrasser.
L'onanisme persistant après la puberté est le plus durable et malfaisant chez les nerveux. La métamorphose qui s'opère à cette époque le fait cesser chez les autres spontanément. S'il passe en habitude, au contraire, il expose fatalement à la pédérastie. Les plus réservés, en se confessant d'avoir conservé ce vice honteux plusieurs années après la puberté, avouent avoir éprouvé alors des idées, des sentiments
pédérastiques, soit en portant leur choix sur un camarade d'études au collège, école ou lycée, soit même à l'atelier. Ils surgissent même spontanément chez les plus âgés et ancrés dans ce vice. L'observation 16 des Anomalies sexuelles (page 89) et les efféminés suivants en sont des preuves. Ceux même que la honte ou la pudeur a retenus à avouer ce sentiment, sans y céder, se sont toujours aperçus, à un signe quelconque, qu'il était partagé plus vivement malgré leur réserve. Cette perversion sexuelle, que je n'ai vue signalée nulle part, m'a été révélée si souvent, que je la considère comme un grand danger de plus de la masturbation à ajouter aux suivants.
Sa récidive est toujours à craindre dans les diverses conditions de l'existence et à tout âge. En atténuant la virilité du jeune homme, elle le prédispose à toutes les perversions génésiques. Ceux qui la délaissent sont d'autant plus portés à des excès naturels avec les femmes. L'un succède à l'autre et est aussi malfaisant, dit Beard qui en donne les faits suivants à l'appui.
75. — Un Anglais, devenu masturbateur de quinze à dix-huit ans, sans arrêt, se livrait avec une telle fureur à cet acte, qu'il le renouvelait deux à trois fois dans l'espace d'une heure. Il avait ensuite commis des excès avec les femmes et en éprouva un grand affaiblissement de sa virilité, pendant deux années consécutives, avec pertes de liquide muqueux, par des caresses libidineuses. Il ne pouvait uriner, malgré un besoin pressant, par la coarctation du col de la vessie.
11 se maria ensuite et perdit bientôt sa femme ; puis se rendit en Amérique, et eut pour la première fois une
attaque intense de fièvre des foins, pendant l'été suivant.
Il avait alors trente ans et présentait les symptômes suivants : raideur des membres inférieurs, avec douleurs intenses dans le bas de la colonne vertébrale, derrière la tête et le cou, avec sensatiqn de serrement. Chaleur dans la colonne vertébrale, démangeaisons de la plante des pieds, avec sensation d'un nerf à nu aux talons. Gencives blanches et sensibles, pupilles dilatées, dyspepsie nerveuse, refroidissement intense des mains et des pieds, surtout en pensant ; difficulté de Tapplication mentale, bruits dans les oreilles, insomnie, vertiges gastriques et vomissements, aversion de la société.
Un voyage en Europe fut sans résultat, sinon que ses mains et la figure devinrent bouffies pendant la traversée. (Page 183.)
76. — Un garçon commence à se masturber à dix-sept ans, avec une fréquence de 75 fois par mois, jusqu'à vingt ans ; excès démontrant une nervosité maladive qui explique les accidents consécutifs. Une éruption d'acné apparut alors sur la face et le corps ; puis des pertes séminales nocturnes. Dès lors, il s'accoutuma à voir les femmes pour y mettre fin, mais ces pertes n'en furent pas arrêtées.
Étant assis avec un ami dans une maison, il fut pris subitement de la peur de la société, ou anthropophobie. Cela fut ausifi soudain qu'un accès de fièvre ou de névralgie, sans avoir jamais rien éprouvé de semblable à ce symptôme mental. 11 s'aggrava tellement, qu'à vingt-sept ans, cet homme restait le plus souvent enfermé chez lui, trouvant toujours difficile de sortir pour aller n'importe où et faire quoi que ce fût.
Il se plaignait aussi de maux de reins avec démangeaison des paupières, obscurité de la vue, prurit avec chaleur et douleur au sommet de la tête, surtout après le repas, sueurs des mains, sécheresse de la bouche, dépression mentale, insomnie. Il était ainsi anémié, neurasthénie, sans résolution ni volonté. Tel fut l'effet de ses excès. (Page 129.)
Ces accidents de neurasthénie sexuelle, consécutifs à la masturbation, sont d'autant plus à redouter que les mieux disposés à y renoncer se jettent aussitôt dans des abus sexuels, aussi dangereux et compromettants. Échapperaient-ils à ces défaillances immédiates qu'ils sont entraînés plus tard, dans leurs liaisons galantes et même leurs rapports normaux, à revenir à l'onanisme d'une manière quelconque, pour prolonger ou varier leurs plaisirs et augmenter leurs sensations erotiques. La manuélisation et la succion sont les procédés libidineux les plus usités, dès que leurs compagnes n'y font pas une résistance absolue. Les plus nerveux et entreprenants parcourent ainsi la gamme des foyers érogènes jusqu'à satiété. Les anciens masturbateurs sont les plus vicieux dans leurs rapports sexuels.
A l'appui de ces observations, publiées en 1891 dans la seconde édition de la Sexual neurasthenia, voici les extraits de quelques faits observés par nous auparavant et consignés, dès 1889, dans les Anomalies sexuelles, en montrant les mêmes accidents neurasthéniques chez de jeunes masturbateurs.
77. — Un enfant, s'étant livré dès neuf ans à la masturbation jusqu'à quinze ans, était atteint, à vingt ans, de pertes séminales hebdomadaires, avec sueurs des mains, acné du front, catarrhe de Testomac, pupilles dilatées, mobiles et parfois inéfzales, troublant la vue.
78. — Ayant commencé à se masturber à douze ans, un employé belpe, de vingt-quatre ans, était en proie à dr» idées tristes, mélancoliques, faisant place aune gaîté nerveuse avec idées hypocondriaques. En se masturbant après quelques libations de bière alcoolique, il éprouvait, depuis
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six mois, de rincontinence d'urine avec douleurs du basventre pendant la nuit. Fatigue dorsale et des membres infe'rieurs; plus d'érections spontanées. Elles se produisent 'par un bain froid et sont nulles ensuite. Pesanteurs de tête, troubles digestifs, affaiblissement de la vue et de Touïe, tandis que l'odorat est très développé. {Observation 118.)
79. — Livré seul à Tonanisme manuel depuis Tâge de onze ans, en moyenne deux fois par jour, un garçon de dixhuit ans, d'une précocité morale très grande et menant surtout une vie solitaire depuis son enfance, en accuse les effets suivants : paresse insurmontable du corps et de l'esprit, idées noires, dégoût et pessimisme général, affaiblissement graduel de la mémoire et surtout décadence profonde, irrémédiable, dit-il, des facultés intellectuelles. [Observation 137.)
80. — Instruit dans un institut religieux de sept à dix-huit ans, un garçon contracte de bonne heure l'habitude delà masturbation jusqu'à dix-neuf ans. Entré comme employé dans un bureau du matin au soir, il cesse à peu près complètement, mais avec la continence qu'il s'impose, des pertes séminales involontaires surviennent , et à vingt-deux ans, voici quel était son état :
Maigreur croissante, suffocations fréquentes, sommeil lourd; au réveil, mal de tête, idées confuses, facultés intellectuelles engourdies ; tintements violents et constants dans les oreilles, ayant commencé à seize ans en devenant de plus en plus intenses. Sensibilité excessive à l'amour ; pollutions très fréquentes, suivies presque toujours de crachats teintés de sang ; constriction ou serrement des testicules, raccourcissement du pénis et du scrotum. Timidité excessive, malgré le contact du monde, et empêchement de tout rapprochement sexuel. [Observation J94.)
81. — \^n garçon de vinii^t ans, adonné depuis l'âge de huit à neuf ans à la masturbation, seul, assis ou couché, et sans pollutionjusqu'à treize ans, s'y livra ensuite jusqu'à extinction. Plus tard, ce fut par intermittences de un à
trois mois, pendant lesquels il s'y livrait de deux à cinq fois par jour; il restait tranquille ensuite par remords et idées religieuses.
L'inlluence de cette forme pernicieuse développa rapidement ses effets, dès Tâge de seize ans. Placé au collège, il cessa pendant sept mois, pour recommencer avec une sorte de frénésie furieuse jusqu'à huit fois par jour durant les vacances, en se plongeant dans des rêves lubriques qu'il prolongeait par le ralentissement de sa main pour retarder le spasme.
Une dyspepsie grave l'obligea de quitter le collège. Sous l'influence d'un traitement antispasmodique de quatre médecins, il s'abstint, d'octobre 1885 au mois d'août suivant. Mais toutes les facultés étaient affaiblies : plus de mémoire, démence, inquiétudes, perte des forces, tristesse et surtout manie erotique pour une Louise de seize ans, sa voisine, devant laquelle il restait en contemplation muette et impuissante. {Observation 143.)
Ces tableaux statistiques des débauches et des relâches des masturbateurs sont en général d'un mauvais augure, d'après les exemplaires qui nous ont été soumis. C'est d'abord leur prolongation indéfinie. L'un datait de 1874 à la fin de 1889. Tenus soi-disant pour servir de frein à leurs égarements, ils servent plutôt à rappeler leurs souvenirs de débauche, comme Tenregistrement par les vieux satyres de leurs conquêtes. Leurs relâches marquées coïncident plutôt avec un changement de lieu, de position ou de saison que de leur résolution. Sans volonté pour réprimer leurs incitations malsaines, corriger ou modifier leurs penchants, ils ne font que les changer en les aggravant après un certain âge. Ce sont des vicieux incorrigibles.
L'impuissance dont se plaignent ensuite ia plupart de ces jeunes masturbateurs, en s'essayant surtout avec les prostituées, n'est souvent ainsi qu'apparente. Ils peuvent s'en convaincre en obtenant l'érection autrement. Leurs échecs ou faillites dépendent bien plutôt du trouble de leurs pensées et l'absence de désirs, leur froideur, leur timidité et leur torpidité. Ils ne sont pas à ce qu'ils font et ne savent ce qu'ils veulent. Ils ne s'appartiennent pas par la faiblesse et l'instabilité de leur système nerveux, résultant des accidents anémiques et neurasthéniques qu'ils éprouvent souvent, sans les rapporter à leur fatale habitude.
Tels sont les saignements de nez ou épistaxis, si fréquents chez les adolescents qu'ils ont pris le titre spécial de cet âge. Attribués autrefois à la croissance seule, ils coïncident si souvent avec la masturbation qu'ils sont exclusivement rapportés aujourd'hui à cette cause. Le docteur Joal les caractérise ainsi d' épistaxis génitales. C'est une exagération. Mais il est si commun de rencontrer le catarrhe nasal, l'enchifrènement, chez les onanistes passionnés, avec ou sans saignements, que l'action directe de ce vice sur le nez, comme sur les yeux, est évidente. Ce saignement survient même pendant l'acte, comme je l'ai observé. (Anomalies sexuelles^ page 308.) Il faut donc toujours tenir compte de ce signe, quand il coïncide avec la maigreur, malgré l'appétit, la pâleur, le féminisme, l'isolement et la taciturnité. C'est une cause grave d'épuisement nerveux par Tanémie en résultant, quand elle s'ajoute à l'onanisme.
Les céphalées ou maux do tête persistants, locali-
ses au front, n'ont ordinairement pas d'autre cause en coïncidant avec la paresse cérébrale, l'inaptitude au travail intellectuel, une irritabilité nerveuse entraînant à la tristesse, la colère, la mélancolie, le chagrin. Des vertiges, des cauchemars, des faiblesses ou syncopes, un sommeil agité, s'y joignent souvent. Des troubles de la vue, de la mémoire, des bourdonnements ou tintements d'oreilles s'y mêlent aussi. Tous accidents neurasthéniques pouvant résulter directement de la masturbation et augmenter surtout par le surmenage du travail et une mauvaise nourriture. Si l'irritation des organes génitaux, lors de la puberté, suffit à les produire, ils sont toujours plus graves et intenses chez les onanistes, comme il a été signalé dès 1889 aux Anomalies sexuelles, notamment à la masturbation, page 303.
Ces faits anciens doivent-ils nous dispenser d'en citer de nouveaux, à l'appui de l'action directe de cette fatale passion sur l'épuisement nerveux génital, en y renvoyant les intéressés? L'impuissance se manifestant parfois à la suite, sans neurasthénie appréciable, une confusion pourrait s'ensuivre. C'est donc par des exemples spéciaux à ce sujet que la lumière pourra en résulter, comme dans les cas suivants.
82. — Un collégien parisien de dix-sept ans, en obser- \ vation, a contracté spontanément de mauvaises habitudes à neuf ans, rarement d'abord en augmentant graduellement jusqu'à trois fois par jour à quinze ans, avec l'usage abusif de la bicyclette. Voici les effets qu'il en relate d'une écriture vacillante, due aux tremblements nerveux de sa main.
Hématurie ou pissement de san^, avec un gramme d'albumine, déterminant un affaiblissement ]e retenant un mois au lit. Convalescent, il revient à la masturbation et l'urine redevient albumineuse. Douches froides, suspendues à défaut de réaction. Ralentissement de l'onanisme. Diminution de l'intelligence et de la mémoire allant en augmentant. Yeux enfoncés, vitreux, regard fixe. Figure hébétée. Dos voûté avec légère déviation de la colonne vertébrale entre les épaules. Maigreur extrême, dland volumineux, rueueux et violacé, complètement découvert en avant, avec méat déformé et saillant. Écoulements blanchâtres assez fréquents la nuit.
En troisième, ses professeurs le tenaient pour un esprit vif; actuellement la réflexion est lente, difticile, impossible même parfois. Deux à trois heures sont nécessaires pour comprendre un théorème ; incapacité de résoudre un problème, tant la réflexion est rebelle. Une dissertation lui est impossible par l'engourdissement de la pensée et de Tesprit. De là, un abattement complet et des idées de suicide. « Je ris et pleure sans raison. Pensées lascives continuelles dirigées sur des femmes. Elles m'engourdissent et occasionnent des écoulements muqueux. Des coliques néphrétiques sont survenues à deux reprises et il a sans cesse un poids dans le cerveau.
« Ne pouvant satisfaire mes idées, je me masturbe. La honte et les regrets viennent ensuite et j'essaie de m 'absorber dans le travail; mais la volonté me manque. Voir une femme nue et coucher avec elle est mon idée dominante. Elles sont ainsi dérédées et, las de cette lutte, je crains de succomber de nouveau à la masturbation en y résistant depuis quatre mois. » Malgré un appétit extraordinaire, il est insensible à la joie et au plaisir.
Dans cet état grave de corps et d'esprit, ce jeune homme était tenu en rhétorique pOpr se présenter deux mois après au baccalauréat. Telle est rincurie
coupable des parents, ne cherchant pas à pénétrer les causes secrètes de cet élat physique et moral apparent de leur Qls, réclamant îe repus d'esprit et la liberté, plutôt que le surmenage de l'étude pour son avenir
83 — « A 1 âge où les premières érections se font sentir, écrit du Midi un jeune mililaire de vmgt-deux ans, j'ai été un masLurbateur eCfréné jusqu'à cinq à six lois par jour. Je me sentais parfois des maux de tèie et comme un bandeau sur les yeux. Voyageur de commerce en liquides de dix-sept à dix-liuit ans et demi, je coiisoniniais beaucoup d'alcool, ce qui a pu contribuer à m'eutretenir dans ces excès.
V Engagé alors dans l'artillerie, je me trouvai sans désirs et sans érections en cessant ma fatale habitude. Malgré ma vie réglée et jouissant d'une santé parfaite et d'une force normale, malgré mes petits os et toujours yrassouillety je n'ai pu retrouver ma virilité artifiAnelle d'autrefois. Couché avec une femme, j'éprouve bien les désirs d'un jeune homme, mais l'érection reste imparfaite et le coit ne peut avoir heu. La verge est molle, llasque, ainsi que le gland, un peu en massue et toujours ridé comme un vieillard. Érections rares la nuit. »
Cette description naïve indique très clairement la faiblesse et Tatonie nerveuse du centre génital, malgré les désirs erotiques. Effet direct d'une masturbation furieuse et prolongée, d'autant plus malfaisante qu'elle était pratiquée probablement par un adolescent grassouillet, c'est-à-dire efféminé. Étant à la fin de son congé, ce jeune artilleur demandait instamment à récuDérer ses forces viriles, parce que sa fanille lui destinait une jeune lille pour le marier à
son retour, afin de le fixer plus sûrement au foyer. Moyen certain d'affaiblir encore plus sa virilité. En lui prescrivant un traitement local, propre à tonifier et stimuler le centre nerveux génital, je lui enjoignais de n'avoir de rapprochement sexuel que sous l'influence d'érections spontanées et à mesure qu'elles se produiraient.
Le Nouveau Monde produit les mêmes exemples que l'ancien, comme partout, d'après les faits suivants, observés parBeard.
84. — Un jeune étudiant, d'un tempérament nervososanguin, mais bien constitué et assez fort, ayant commencé à se masturber à seize ans, fut bientôt atteint de pertes séminales sept à huit fois par mois. Il se plaignait spécialement, en consultant Beard, d'une douleur dans le testicule gauche en se baissant et à l'extrémité inférieure de la colonne vertébrale ou coccyx. C'était une véritable coccydinie, fréquente chez la femme, mais très rare chez Thomme. L'examen avec la sonde provoqua un phénomène réflexe curieux : rougeur très vive entre les yeux, le nez et la lèvre supérieure, par l'irritation de la sonde. (Page 141.)
85. — Un garçon de vingt-neuf ans avait commencé isolément à se masturber à treize ans, en s'y livrant plusieurs fois par jour jusqu'à dix-neuf ans. Des pertes séminales survinrent alors et, trois ans après, il était devenu très nerveux.
En se présentant, il accusait une vive irritabilité du cœur avec de violents battements en montant et en marchant vite, arrêts de la respiration en causant, obscurcissements capricieux de la vue, défaut de mémoire, peur de la lumière et, contrairement à l'insomnie ordinaire, assoupissement entraînant à dormir dix à douze heures sans en être reposé. Sensation d'humidité et de froid des
organes génitaux, comme s'ils e'taient inondés; douleurs au bas des reins, faiblesse des genoux, urination incomplète; piqûre et brûlure de la plante des pieds, après le coït pratiqué assez fréquemment et n'amenant aucun soulagement du malaise général. Relâchement considérable des organes à l'examen; scrotum pendant, testicules petits et mous. (Page 141.)
A ce degré d'habitude, de passion ou de vice, la masturbation constitue une névrose génitale chez les deux sexes. L'ancien soldat de trente-trois ans, cité page 137 de Y Onanisme, en offre l'exemple frappant en se liant la verge jusqu'à l'ecchymose pour y résister. Les nerveux et impressionnables, faibles, lymphatiques, efféminés, choréiques, hystériques, maniaques, en sont spécialement atteints et en éprouvent les plus graves et dangereux effets sur le système nerveux génital.
86. — Un cocher de grande maison, âgé de trenteet-un ans, fort et vigoureux, s'est livré à la masturbation solitaire jusqu'à dix-huit ans. Il en porte comme effet la fonte à peu près complète du testicule droit, remplacé par un énorme paquet variqueux. 11 est ainsi resté en échec avec ses premières conquêtes ; pertes séminales ensuite. L'érection est lente depuis, l'éjaculation toujours précoce. De là, son célibat et sa conUnence avec pollutions hebdomadaires qui l'affaiblissent. Cet exemple tout récent est confirmé par de nombreux analogues, décrits aux Ano~ malies sexuelles de l'érection et l'éjaculation.
87. — « Voici l'origine de Taffaiblissement nerveux dont je souffre, » écrit un cultivateur de la Drôme, âgé de trentetrois ans. Très fort à treize et livré aux travaux de la ferme, il a contracté l'habitude de la masturbation jusqu'à vingt-deux, en s'arrêtant souvent pour éviter l'éjaculation. Gêne de l'urination avec douleur au fond du canal.
En fréquentant les filles, il a peine à obtenir l'érection, poitrine falMe, irritée surtout à gauche; fourmillements des Jambes, di^'estions irré^'ulières, douloureuses, ballonnement du ventie. Cessation absolue de la masturbation à viuLît-quatre ans. Érections fatiguantes et impuissance en essayant des lappoits sexuels. Malf^'ré Tarseniate de fer et le bromure de potassium, l'estomac reste ^êné, embarrassé, avec constipation et énervement croissant, fourmillements, intelligence obscurcie.
Une saison à Vais est prescrite à trente ans. Les eaux et la cui-^ine épicée Ténervent et l'irritent. Les douches froides fortifient les jambes, avec impression de raideur dans les reins. Au retour, il reprend ses travaux des champs avec modération, régime doux sans boissons alcooliques, amélioration sensible.
La connaissance d'une femme très amoureuse le replonge bientôt dans le même état par des caresses passionnées réciproques l'énervant. Des piqûres comme des épingles ou des orties se font sentir partout. Compression du cerveau troublant les idées. Toutes relations sexuelles sont cessées depuis et néanmoins il y a toujours brûlures, aigreurs et tiraillements de l'estomac avec selles irrégulières, constipation, douleurs du bas-ventre; organes génitaux mous et relâchés, envies continues d'uriner, peu à la fois, suivies de cuisson dans le canal. Continence absolue depuis trois ans environ. Érections nocturnes, faibles pollutions très rares avec rétraction de la verge et des testicules.
Et tout cela chez un homme de forte constitution, bien charpenté, ayant des transpirations abondantes et le moral détraqué au moindre dérangement de l'estomac. Prescription : Nouvelle saison à Vais avec douches. Régime sévère et cessation du célibat, aussitôt le rétablissement de la santé générale et... génitale.
88. — Un très grand et robuste enfant russe est élevé dans sa famille, vivant dans un domaine isolé Un frère aîné est resté simple et incapable. Livré tout jeune et
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inconscient à la masturbation solitaire la nuit et le jour, il s'aperçoit plus tard d'une étroitesse de rorifice du prépuce l'empêchant de découvrir le gland *ti de le nettoyer; ce qui a pu entretenir cette habitude jusqu'à son arrivée à Saint-Pétersbourg avec sa famille pour son instruction. Un médecin découvre alors une balanite, causée par un amas infect de matière sébacée, avec un tel développement de la couronne du gland qu'il était impossible de le laisser découvert sans danger de paraphimosis.
L'habitude prise persista ainsi jusqu'à vingt-deux ans, sans Jamais découvrir le gland par la gêne et la douleur en résultant, sinon pour le laver et le nettoyer à de rares intervalles. Il n'ose s'adresser aux femmes en pareil état, devient honteux de sa situation, timide et craintif qu'on ne la découvre. Il croit que tout le monde s'en aperçoit en le regardant. Il évite de sortir et se cloître. Des maux de tête surviennent avec insomnies, dii^^estions laborieuses, difficulté de travail, troubles de la vue, ennui et tristesse si profonds qu'il pleure spontanément. Il est acciblé d'idées sombres, pessimistes. Son afl'ection se porte alors sur un condisciple qu'il convoite vivement. 11 n'ose lui déclarer ses désirs, mais l'autre s'en aperçoit et lui montre qu'il l'a compris en le recherchant.
Heureusement, il quitte alors le gymnase pour se préparer, sous la direction d'un précepteur privé, à ses examens de licence qu'il passe avec succès à vin^it-quatre ans. Ce travail forcé le mit à bout de force et d'énergie. Il fut ainsi envoyé dans le Sud pour se remettre. Libre et seul, sans guide ni ami, il se jette à corps perdu dans tous les plaisirs publics. H gagne d'abord une blennorrliaLjie en Italie et, arrivé à Paris, visite et parcourt les bals et réunions galantes pour en connaître les habituées et choisir celles qui savent mieux le fasciner. Mais, effet de son ancienne habitude et de l'irritution chronique du gland, le coït lui est plus pénible que voluptueux, il ne peut le renouveler à volonté et le rempltice en se soumettant passivement à tout ce que ces Messalines peuvent ima-
giner pour mieux l'exploiter. De là, un éreintement et un dégoût précoces, qui Tobligent au repos, avant d'avoir goûté les joies et les plaisirs rêvés.
C'est surtout en se communiquant au cerveau et à tout le système nerveux que cette fatale habitude produit ses effets les plus redoutables et effrayants.
Voici, quant aux conséquences de ce faux phimosis, produit parfois par l'onanisme, un exemple montrant ses graves effets sur le système nerveux.
89. — Arrivé aux États-Unis à seize ans, un Scandinave, âgé de trente-sept ans, marié et père de trois enfants, se plaint de faiblesse des organes génitaux. La plus légère friction du gland produit une érection incomplète suivie d'éjaculation en quelques secondes. Elle est de même hâtive dans le coït avec turgescence molle persistante du pénis ensuite. Une matière blanchâtre, épaisse, puante, s'écoule aussi avec les dernières gouttes d'urine ; ce qui lui fait craindre d'avoir une maladie qu'il puisse communiquer à sa femme. Il en est ainsi très tourmenté, craintif et préoccupé depuis trois mois.
L'examen montre un long prépuce recouvrant entièrement le gland. Celui-ci se découvre difficilement par un amas de smegma derrière la couronne, donnant l'explication de tous les accidents relatés. Mais les bourses très relâchées et les testicules pendants très bas, avec les veines dilatées à gauche, semblaient accuser d'anciennes habitudes de masturbation. Il les nia formellement et jura être resté fidèle à sa femme.
La circoncision, pratiquée aussitôt, et l'usage du bromure de potassium avec quinquina, strychnine et fer suffirent à dissiper bientôt ses craintes, en ramenant sa virilitp première. Mais elles reparurent l'année suivante, au point de^ l'empêcher d'entrer dans des cabinets d'aisance e'tr an^ers. La moindre t.nlie sur sa chemise l'épouvanlait. Mal^jié le
succès du même traitement, il revint ainsi à plusieurs reprises consécutives, comme une preuve de son état nerveux hypocondriaque, le trouble de son imagination et la faiblesse de son raisonnement sur ce sujet spécial. (Beard, p. 154.)
11 n'est pas rare, sans doute, que ce simple vice de conformation d'un prépuce exubérant ou rétréci, à son ouverture ou plus loin, comme un exemple en est relaté à V Impuissance, sans constituer un phimosis complet, ne perturbe les idées et l'imagination de ses victimes, dès qu'il gêne la fonction de l'organe. C'est même là une incitation dangereuse du frottement ou de l'onanisme, par la crainte de ne pas réussir dans l'acte normal, la douleur ou le défaut de plaisir en résultant. L'irritation du gland ou balanite, par l'abondance du smegma empêchant bientôt de le découvrir et le nettoyer, détermine de fausses idées et des craintes folles sur les suites de cette légère difformité quant à la virilité.
Une douzaine de cas s'en sont offerts à mon observation, sans qu'aucune opération fût nécessaire. Il suffit alors de baigner la partie dans l'eau douce ou tiède, durant quelques minutes, pour relever lentement et progressivement le prépuce et découvrir entièrement le gland, en le nettoyant ensuite à l'aide de la crème Simon ou de vaseline boriquée. On obtient chaque jour le même résultat en nettoyant la partie et la graissant jusqu'à parfait glissement spontané.
Quand l'irritation et la douleur sont trop vives pour arriver à ce décalottement du gland, il faut remplacer Teau simple par une décoction de racine de gui-
mauve ou de graine de lin avec une tête de pavot. Il suffit de deux ou trois bains tièdes de l'extrémité de la verge pour dissiper l'irritation et atténuer la douleur. On relève alors graduellement et de plus en plus le prépuce jusqu'à franchir complètement la couronne. On nettoie les parties comme ci-dessus, on les graisse ensuite et l'on rabat aussitôt le prépuce, car il est dangereux de le laisser immédiatement relevé.
Après ces soins répétés durant deux à trois jours, matin et soir autant que possible, remplacer la décoction précédente par celle de plantes aromatiques, avec la précaution de graisser toujours le gland avant de le recouvrir, jusqu'à ce que le prépuce glisse facilement, sans gêne ni douleur pour l'abaisser et le relever.
Ces légères difformités génitales, avec ou sans étroitesse, rétrécissement du méat urinaire, ne produisent pas généralement l'épuisement nerveux, chez les hommes forts et bien constitués; mais les nerveux et impressionnables peuvent s'en préoccuper et en éprouver des accidents génitaux de faiblesse et d'émissions séminales. Des signes de neurasthénie sexuelle se développent même chez d'aucuns, sous rinfluence des causes déprimantes du climat, dutravail, du chagrin, du tabac, de l'alcool, de blessure ou d'autres excès. (Voy. observations i 35 et 136.)
Ces cas coïncident surtout avec d'autres affections nerveuses. Sur iQii observations de ce genre, Beard a constaté 60 cas de phimosis ou de prépuce exubérant avec ou sans smegma. 16 furent circoncis, non en vue
de combattre seulement TafTection nerveuse, mais comme traitement local et général. D'après les brillants résultats obtenus par la circoncision, chez des enfants atteints d'épilepsie <'t de paralysie, relatés aux Anomalies sexuelles, page 117, cette opération pourrait être faite également contre l'épuisement nerveux génital; mais sans en espérer une guérison immédiate, pas plus que dans les cas précités. Des semaines et des mois sont toujours nécessaires, Topération, en enlevant un obstacle ou un foyer d'irritation, n'agit qu'en facilitant l'action du traitement médirai ensuite. Deux observations en sont relatées en détail comme preuves.
L opération est ainsi praticable dans le même but contre l'élongation du prépuce avec balanite et smegma, surtout s'il est abondant et concret; cette cause d'irritation permanente chez les nerveux, même sans phimosis ni étranglement du gland, est toujours dangereuse, spécialement chez ceux qu'elle a conduits à la masturbation et y retient. D'autant plus qu'ils sont menacés du grave danger d'être atteints de cancroïde de Torgane même. Aux 10 exemples relatés on France par Demarquay, Martin (de Philadelphie) vient d'en ajouter 6 nouveaux (juin 1894). Cette épée deDamoclès, suspendue sur leur... tête, doit les décider immédiatement.
11 en est de même chez la femme, quand des maladies locales des organes génitaux coïncident avec la neurasthénie sexuelle.