Un homme brun de trente-trois ans, grand et
306 ÉPUISEMENT iNERYEUX GENITAL
fort, robuste même d'apparence, marié avec enfants,, éprouve une telle faiblesse ge'ne'rale, une fatigue, un accablement si profonds, avec malaise dans le bas des reins et la colonne vertébrale, lourdeur, pesanteur des membres inférieurs, qu'averti par ses études médicales, il craint et redoule une maladie de la moelle épinière. 11 se fonde à ce sujet sur tous les excès sexuels imaginables qu'il a commis dès sa prime jeunesse, en étudiant le droit et jusqu'à son mariage. Doué d'une virilité herculéenne, il en a abusé ; tandis qu'il n'a plus guère maintenant de désirs ni d'érections avec sa jeune femme, quoique parfaitement en ménage.
Préoccupé de cette crainte d'ataxie, quoique n'en éprouvant aucun signe, il est accablé et chagriné. Livré constamment à l'étude, il en est vite fatigué avec maux de tête, troubles de la vue par des bluettes. Rien à l'examen ophthalmoscopique d'un maître. Sommeil imparfait, lourd, réveil pénible. Diminution de l'appétit, perte de poids.
En le dissuadant de ses craintes, je lui montrai que les accidents étaient purement neurasthéniques, nés de ses anciens excès et donnant lieu à sa frigidité par le malaise, l'affaiblissement éprouvé à la suite du coït, si rare soit-il. Le repos à la campagne, des bains froids, des douches, des distractions, des stimulants nervins, des toniques furent indiqués avec diète sexuelle autant que possible.
L'analogie de ces accidents neurasthéniques avec les maladies de la moelle épinière frappe et inquiète surtout ces malades. Sans en connaître ni en faire la difTérence, le pressentiment de l'ataxie et la paralysie, qui suivent ces maladies, les tourmente sans cesse. Cet'e crainte poursuit surtout ceux qui ont abusé de la masturbation jusqu'à un âge avancé et, à la moindre douleur de reins ou de faiblesse des jambes, ils se désespèrent, sans considérer les symptômes les plus
rassurants : pâleur, anémie, faiblesse générale, amaigrissement, gastrite ou dyspepsie, palpitations et autres signes de neurasthénie.
94. — Tel était Tétat pL y si que d'un valet de chambre de trente ans, petit et brun, marié depuis deux ans il ne pouvait avoir des rapports sexuels que tous les huit à dix jours avec éjuculation tardive et peu voluptueuse. Néanmoins, il en était si débilité que son travail, possible la veille, devenait difficile, impossible même le lendemain. Consultant son médecin ordinaire à ce sujet, sans autres détails ni sans que celui-ci s'en inquiétât, une neurasthénie fut diagnostiquée et traitée en conséquence avec toniques, douches, phosphure de zinc, régime fortifiant et repos, sans diète sexuelle. Mais cette prescription, suivie plusieurs mois, ne donna pas de résultat, la dyspepsie rendant l'alimentation, la digestion et Tassimilation incomplètes et, malgré un repos de trois mois à la campagne, ce malade ne se trouvait ni plus fort, ni plus viril à son retour quau départ.
Inquiet de cet état et soupçonnant qu'une cause secrète contribuait à sa faiblesse génitale et celle des jambes, il vint me confier que de huit à dix ans jusqu'à vingt-cinq, il s'était masturbé, debout et couché, environ cinq à six lois par jour à certaines périodes. Affaibli pur ces pratiques et en étant rebutp, il fit une jeune conquête qu'il ne pouvait satisfaire tout en ne se rencontrant qu'une Wk par semaine, sans peites séminales dans l'intervalle. Ses parties molles, pendantes et lelàchées, montraient que la cause principale et primitive de la neurasthénie ét.nt surtout ge^iitale, ignorée du médecin, faute d'information. Il suflit en effet d' ijoutcr à la prescription un iiaitement tonique local et une grande réserve dans les rapports sexuels pour amener une prompte amélioration.
95. — Un noble Italien, à peu près du même âge et livré aussi isolément pendant de longues années à l'ona-
nisme manuel, se plaignait surtout du défaut d'érection empêchant l'intromission. Né d'une mère alie'née et atteint d'un tic de la face et de mouvements choréiques de tout le corps, son extrême impressionnabilité nerveuse expliquait en partie ses nombreux échecs dans la prostitution. Vivant bien et ne travaillant pas, il n'était pas neurasthénique; c'était un simple affaiblissement génital. Un célèbre professeur de son pays lui avait surtout prescrit des moyens généraux, internes et externes, qui n'avaient guère produit d'effet. Comme il était pressé, j'y ajoutai des injections stimulantes anales à garder la nuit et des excitants topiques avec une maîtresse attitrée exclusivement. Il alla à Londres et en revint satisfait, après quelques semaines de ce traitement.
L'affaiblissement nerveux génital se distingue manifestement de l'impuissance , dans ces deux faits , comme d'ordinaire par des signes évidents de virilité : érection plus soutenue ici, mais moins fréquente que là; coït encore possible et imparfait à de rares intervalles chez l'un, à cause de la neurasthénie générale, tandis qu'il est impossible pour d'autres, malgré son action toute locale. Mais sans tenir compte de ces signes rassurants, ceux qui ont abusé de la masturbation pensent invariablement à une maladie de la moelle et ses redoutables conséquences, dés qu'ils éprouvent des accidents de ce côté. C'est une idée flxe qui les rend souvent hypocondriaques, rêveurs, tristes, et les empêche de se marier.
96. — Un jeune professeur de la Haute-Vienne, absorbé par ses études, s'est adonné à Ja masturbation au collège en s'y livrant de plus en plus avec rage jusqu'à vingt ans passés. Des troubles de l'estomac avec pertes séminales le
font maigrir, pâlir avec faiblesse générale. Inquiet et troublé sur son état, il s'éclaire par la lecture de VOnanisme et demande ce qu'il y a à faire, bien résolu à abandonner sa fatale habitude. Il guérit si bien qu'un an après, il obtenait sa licence avec emploi correspondant et pouvait se livrer régulièrement à des rapports sexuels sans aucun inconvénient.
Cet état persiste jusqu'à vingt-sept à vingt-huit ans ; mais le célibat se prolongeant, il se relâche graduellement de remplir ses fonctions sexuelles, dont il éprouve de moins en moins le besoin. Il s'isole, devient triste et rêveur et se demande bientôt s'il est apte au mariage par la paresse de ses désirs, malgré de rares pollutions nocturnes le réveillant. L'appétit diminue, des palpitations surviennent, quand il s'est fatigué, énervé, et enfin il découvre, en se tâtant, des douleurs dans la colonne vertébrale paraissant être plutôt de simples douleurs de reins. C'est ainsi qu'il arrive à la fin de juillet dernier, âgé de trente-et-un ans, pour savoir s'il n'est pas menacé d'ataxie, de paralysie, résultant de son ancienne habitude.
Examen fait, je le rassure et lui démontre que son état moral vient surtout de son isolement, sa solitude. Allez vous distraire pendant vos vacances dans une station thermale, nourrissez-vous bien pour vous marier à votre retour.
La masturbation ne produit pas seule ces déplorables résultats; tout onanisme local, la succion même, les détermine, d'après l'exemple 110, aussi récent, d'un marié novice de 30 ans ne se doutant pas, par sa belle santé, d'une aussi triste mésaventure que l'impossibilité d'intromission, pouvant résulter de l'onanisme buccal, seul ou réciproque.
Les excès sexuels normaux conduisent aux mêmes desiderata du mariage, dont on ne comprend pas les
effets quand on ne les ressent pas d'avance. D'où l'urgence d'en pré vf» air ceux qui s'y exposent.
L'abus de la masturbation, par sesetîets directs sur le cerveau, détermine parfois une altération ou perversion du sens génésique qui en change ou modifie le mode. Le troll ement, plus ou moins violent du pénis, se change en un simple frôlement, en le roulant et le pressant sur la cuisse. Habitude machinale, exécutée sans désir ni vnlupté et amenant l'éjaculalion, comme l'ont raconté les sujets des observations 118 et 136 des Anomalies sexuelles pour se défendre de la masturbation.
Ce fait n'est pas isolé. L'observation 58 précédente montre un continent pédéraste s'oxonérant d'une manière analogue jusqu'à 40 ans environ. Sans action mécanique active et locale, ce procédé e>t l'indice de l'absence ou l'altération du sensgénésique. L'éjaculation, en pareil cas, doit avoir lieu sous l'influence exclusive d'une ima*?ination troublée, pervertie et surexcitée dont le cerveau fait tous les fi*ais, comme dans le rcve. Klle s'opère ainsi passivement, sans érection notable, la turgescence suffit comme dans les pollutions nocturnes involontaires.
97. — Ce fr«^lf*ment, très rare et peu soupçonné, m'était iruliqué de nouveau tout récemincut, par un grand ;«'arron blond, mai^'re et élance', portant lunelles, ingénieni- sans emploi, âtré «le »rtMile-deux ans, se plaignant de troubles gastriques douloureux, avec diarrhée et constipation alternatives rapportées aux habitudes onanisLiques suivantes.
Exempt de désirs et de besoins vénériens de dix-sept à dix-huit ans. il pratiqua la manuélisation en frolt nt et roulant sa veri^o sur la cuisse droite. Il la compr ime aint^i Dlulôt sur le rorps que sur le j^Mand, privé de prépn.-e cl iont la sensibilité est nulle. L'érection s'obtient alors avcr éjaculation assez rapide, spasme voluptueux et sperme assez abondant, d'après les traces laissées sur le linire.
Né d'une mère très nerveuse, ce f^arçon est névropathe, triste et hypocondriaque. Deux de ses frères se snnf déjà suicidés par dégoût de la vie et lui-même n'est pas éloi^'né de suivre leur exemple par le chagrin résultant de sa situation actuelle. Amené à s'adresser à la prostitution de vin^t- €t-un à vin;,'t-deux ans, pour se guérir de sa mauvaise habitude, il n'a jamais pu obtenir un coït normal complet. Le premier acte en est régulier, mais le second n'a jamais pu s'accomplir; à force de prolonger le frottement, sans aucune issue, l'érection tombe sans péroraison. Chose plus étonnante, il ne s'ensuit aucune perte séminale consécutive, à moins de recourir à son procédé spécial de manuélisation.
Surexcité par cet échec de l'éjaculation, il ne tarda pas à renouveler son essai en prolongeant le coït avec toutes les excitations féminines pour le couronner de succès. Vains efforts, il n'obtint à la seconde fois qu'une blennorrhajiie ai;:ûe dès le lendemain.
— Dites plutôt uréthrite simple ou échauffement résultant de vos efforts par l'irritation directe du canal de l'urèthre.
— Nullement, l'écoulement était verdâtre, purulent, constaté par le médecin; il dura plusieurs semaines et ne tarit, après la période inflammatoire, qu'avec l'emploi des balsamiques et des astringents.
— C'était dès lors une contamination par la femme.
— Je ne sais; mais il est certain qu'en prenant mes précautions avec des femmes non suspectes, des maîtresses, les mêmes accidents se sont reproduits, deux fois avec priapisme intense, chaude-pisse cordée, dès que je me.
forçais pour obtenir l'éjaculation, sans qu'elle se soil jamais produite. Je compte ainsi six blennorrhagies successives depuis dix ans, sans avoir exercé plus de quinze à seize fois un coït fruste.
— N'étaient-ce pas des récidives?
— Non, ne l'ayant jamais recommencé qu'après plusieurs mois de guérison parfaite, en m'exonérant avec la main par mon procédé spécial dans l'intervalle.
C'était à n'y rien comprendre, à moins d'admettre le fait connu depuis et consigné dans le Mal d'Amour^ page 79, d'une uréthrite pap4llomateuse déterminant un écoulement après chaque coït. Mais aucune anomalie apparente n'existait, sauf un peu de rougeur du méat, sans douleur à la pression ni en urinant. Dans l'impossibilité d'expliquer l'absence d'éjaculation et l'écoulement consécutif chez ce nerveux, je m'informai minutieusement comment s'exerçait la copulation. Voici sa réponse :
« Je connais depuis quelque temps une jeune ouvrière qui me plaît et veut bien m'accepter comme amant. Elle m'a paru si amoureuse dans ses paroles et ses caresses que j'ai remis et hésité à me livrer à des rapports intimes. Pour la première fois, je l'ai suivie, il y a trois jours, dans sa chambre où je suis resté deux à trois heures seulement dans une parfaite sécurité. Un seul coït a eu lieu, sans aucune issue comme d'habitude, et à la cuisson du canal et la rougeur du méat, je crains de voir un écoulement apparaître. Jugez-en. »
En rassurant ce malheureux, je lui prescrivis de continuer ses rapports normaux en toute assurance et sécurité, sans exonération artificielle. Une contracture spasmodique dos canaux éjaculateurs peut seule expliquer cette copulation fruste pendant dix années consécutives et suivies de six urélhrites probables, résultant de l'irritation et la prolongntion des frottements pour arriver à la conclusion. L'urination
absolument normale et indolore dans Tintervalle excluant toute lésion locale subjective, il n'y a, pour rendre compte de ces phénomènes morbides, qu'à invoquer un cerveau surexcité, une imagination pervertie, troublée et des idées fixes^ délirantes, suicides.
La masturbation produit des effets presque identiques et invariables chez la femme, selon Beard qui en donne comme preuve les deux observations suivantes.
98. — Une dame de trente à quarante ans, d'un tempérament nerveux très marqué, anémique, présentait les symptômes neurasthéniques suivants, dont la cause était hautement reconnue : Pupilles dilatées, regard fixe, mictions fréquentes, vertiges surtout en lisant, avec asthénopie comme la cause probable, mal de tête comme chez l'homme. Accès de dépression mentale, crainte de l'isolement combinée avec celle de la mort. Douleur à l'occiput, sensibilité ovarienne et faible menstruation. {Observation XLI, p. 201.)
99. — Une demoiselle de quarante ans passés, très nerveuse comme toute sa famille, ayant présenté diverses affections de ce genre, s'était adonnée dès l'enfance a la manuélisation, surtout avec passion avant la puberté. Elle cessa ensuite passagèrement; mais restée célibataire, elle reprit cette habitude à divers intervalles jusqu'à présent.
Elle présenta ainsi successivement une grande sensibilité des yeux avec sentiment de plénitude de la tète, des craintes morbides, notamment d'être seule, avec mélancolie, illusions, anémie, insomnie. {Observation XLII.)
Effet de la différence d'âge, du climat, de la constitution ou du tempérament, quatre cas analogues, souviisà mon observation, ne présentaient rien de semis
blable, quoique la cause fût identique ; l'hystéricisme, la îiymphom.inie se manifestaient plutôt que la neurasthénie ou Tépuisement nerveux génital.
100. — Une très 'jolie fille de vingt-quatre ans, aux yeux papillotants, se présente, le 45 mai 1893, pour savoir si elle i^eut se mûrier. Née de parents très nerveux, le père s'<'taMi. suicidé, elle est restée orpheline très jeune. Recueillie par une vieille amie de sa famille, elle s'est livrée de bonne heure à la manuélisation solitaire sur le méat, continuée jusqu^ici sans en éprouver aucun accident. Mens! ruai ion normale et régulière, sans douleur; seins minuscules, dissimulés par un corsa^^e bouffant.
Nerveuse et isolée par la mort de sa bienfaitrice qui lui a laissé de l'aisance en mourant, elle est devenue fantasque dnns sa liberté. Instruite et très recherchée, elle ne sait que faire en n'éprouvant aucune attraction, ni pour Thomme ni pour la femme. A deux reprises, elle a tenté de suivre l'exemple de son père, et craint que son habitude ne l'ait rendue indigne du mariage par la déformation de ses origan es.
Je subordonnai ma réponse à un examen qu'elle refusa obstinément.
On mois après, elle se plaignait d'envies fréquentes et douloureuses d'uriner, résultat d'une cystite provoquée par ses attouchements, sans autre accident neurasthénique que ses actes et -«gi! apparence hystériques. Mariée ensuite à un vieux m»Merin, elle ne pouvait supporter le coït.
101. — Un*^ «lame de trente-deux ans, grande et forte, éblouissante de beauté et de santé, par l'éclat des joues et ses yeux etincelaufs, gorge opulente, se présente d'une allure «l.-^jntîée et le sourire aux lèvres, le 18 septembre 1891, pour s'«^«lairer sur la stérilité d'un second mariage contrarie' <!• puis deux ans. Mariée à seize ans avec un homme beau. ..up plu«i Au'é. elle en eut bient<M un fils unique dont la <aniê. ehdueel.iMie ju-^qu'ici, est toute sa préoccupation. Le père, faible et délicat, tomba malade aussitôt après et
mourut la cinquième année. Elle ne connut ainsi, dan cette première union, que l'aurore des voluptés et des plaisirs qu'elle en avait conçus, imaginés, rêvés, et pour lesquels elle l'avait conclue si jeune.
Douée d'un tempérament très aident et lubrique, qui se rencontre é^^alement chez les deux sexes, elle s'était livrée tout enfant à la manuélisation. Placée dans un ^raiid couvent religieux de Paris, elle ne tarda pas à entrer en intimité avec une amie ayant les mêmes goûts. La préparation à la première communion, en l'obligeant à se confesser de cette mauvaise habitude, l'y fît renoncer pendant deux ans. Mais le contact persistant avec son amie, leurs tendrez baisers et leurs confidences réciproques, les firent retomber dans leur péché mignon, à l'époque de la puberté, par l'accroissement de l'excitation erotique en résultant. A la^ fréquence et la violence même de leurs caresses, elle comprit que leur manège ne pouvait continuer sans être découvert et devenir l'occasion d'un scandale. <« Si foi te que fût ma passion, dit-elle, je n'en perdais pas la raison. » Elle eut ainsi le courage de solliciter de sa mère, en lui en faisant habilement comprendre l'urgence, sa sortie de pension à quinze ans pour échapper à ce danger. De là son mariage un an après.
Cet épisode authentique fera peut-être rougir plus d'une de mes lectrices en se reconnaissant; qu'ellcben prennent du moins enseignement pour ne pas interner leurs (llles, en les conservant près délies pour mieux les surveiller et les préserver de cette contagion erotique des gynécées.
Avec la résolution ferme et observée jusqu'ici de ne pas trahir la foi jurée, ni de déshonorer son nom et celui de son enfant, cette jeune et jolie veuve, qui, même pendant son mariage, avait dû réprimer secrètement la violence de ses sens, par l'emploi isolé de ses anciennes habitudes^
dut encore les combattre de même, durant sa longue viduité. Elle eut cependant le courage de résister à tout autre moyen, ne voulant se remarier, d'après son expérience, qu'à un homme jeune et aimé. Elle le trouva dans Tun des commis de sa maison de commerce, avec tout le bonheur sensuel qu'elle avait rêvé. Dans toute l'acuité de son érotomanie, cette nymphomane dut plus d'une fois s'avouer vaincue et demander grâce. Tous les artifices susceptibles de provoquer l'érotisme ont été successive- ^ ment essayés pour en jouir : seins, aisselles, et... bien d'autres !
Mais voilà I... les affaires sont les affaires ; elles exigent que le mari s'absente trois semaines par mois pour les réaliser. Que de souffrances encore pendant ces longues absences I Au lieu de les calmer, la correspondance les excite. Elle a recours ainsi à ses anciennes habitudes dans l'intervalle, sans pouvoir y échapper. Extrêmement jalouse de son mari, elle n'a jamais conçu l'idée de le trahir. Victime honnête de l'ardeur de son tempérament, cette dame ne peut le calmer que par des bromures à petite dose, les bains tièdes exaltant sa nymphomanie. C'était là évidemment tout le secret de sa stérilité : de telles folies défont tout ce qu'amour peut faire.
102. — A la fin de 1891, une Anglaise de trente-huit ans, fiancée à un homme beaucoup plus jeune, dont elle était fort éprise, désirait savoir si, par l'âge, le rétrécissement ou l'endurcissement des parties génitales ne pouvaient être un obstacle à la consommation du mariage. La raison secrète de cette demande singulière était dans un catarrhe chronique de la gorge, du nez et des oreilles, dont elle souffrait l'hiver surtout, et même en été depuis de longues années, comme dans l'observation de la page 58 des Anomalies sexuelles qu'elle indiquait. « Considérez que tout chez moi se rapporte à ce cas, » disaitelle en post-scriptum. C'était avouer, sans le dire, que cette affection des muqueuses coïncidait avec l'habitude de la manuélisation fréquente depuis son enfance jus-
qu'alors. La menstruation était normale et régulière, mais des pertes blanches et un tympanisme douloureux suivait souvent ses pratiques onanistiques, manuelles et mécaniques. Nouvelle preuve éclatante du retentissement nerveux de la masturbation sur les sens de la voix, Fouïe et Todorat, confirmée par le succès, même en hiver, des fumigations de goudron et térébenthine avec inhalations d'eaux sulfureuses des Pyrénées, qui, avec le repos, amenèrent une amélioration très marquée en trois mois.
103. — Tourmentée de petits vers blancs à Tanus, s'étendant jusqu'aux parties génitales, une fillette de onze à douze ans fut conduite inconsciemment à y porter la main par la démangeaison qu'elle y éprouvait. Ces frottements locaux, en lui révélant des sensations erotiques, l'ont entraînée à la masturbation avec une telle intensité que la main ni le doigt ne suffisant plus à la satisfaire lors de la menstruation, elle se servit de son petit chien pour savourer ses lèchements. Elle avoua même avoir enfoncé son doigt dans le vagin assez profondément, peutêtre pour dissimuler d'autres pratiques de la petite bête.
Toujours est-il qu'à dix-neuf ans, un mariage se présentant, elle s'aperçut avec effroi de déformations locales qui l'empêchèrent d'accepter, d'après ses lectures de l'Onanisme. Les petites lèvres étaient pendantes, flasques, noirâtres, ridées et l'hymen déchiré, quoiqu'elle eût cessé toute pratique depuis deux ans. Son anxiété fut extrême de se trouver ainsi. Et dans son désir de devenir épouse et mère, elle demandait avis sur ce qu'il convenait de faire. État moral calme et excellent, santé parfaite; l'unique crainte était de ne pouvoir se marier. Un traitement topique, en lui rendant cet espoir, a diminué sa souffrance morale et rétabli le cours de ses idées d'avenir.
Ces faits n'autorisent donc pas à admettre, comme exclusivement neurasthéniques, les troubles nerveux locaux, relatés par Beard chez la femme. L'hystérie
y joue certainement le principal rôle. Charcot Ta démontré en France par des faits concluants. L'alliance de ces deux névroses se rencontre surtout à la suite de blessure ou traumatisme quelconqu(\ même chez rhomme. De là leur similitude avec ceux constatés souvent chez les masturbateurs du côté de la prostate et du varicocèle. « Pathologiquement, dit-il, l'urèthre prostatique est l'analogue de l'utérus. Il est presque impossible à l'homme, atteint de neurasthénie généralisée, de ne pas éprouvera une époque quelconque des troubles du côté de la prostate, comme il s'en développe tôt ou tard, dune manière primitive ou secondaire, du côté de la matrice ou des ovaires. » Il y a donc accord tacite en admettant l'élément hystérique, d'autant plus probable avec la masturbation qu'il peut y avoir lésion traumatique latente de part et d'autre.
Cette sensation de malaise, chaleur, souffrance, douleur, élancements ou écoulements chez l'homme, peut être sans gravité et même sans diagnostic possible, malgré le toucher anal. Il n'y a ni gonflement appréciable, ni douleur locale; souvent c'est une simple irritabilité, mais assez grave pour faire de rhomme un invalide, sinon un hypocondriaque, en s'en exagérant l'importance. C'est pourquoi tant d'hommes, ayant eu des affections vénériennes : écoulements chroniques, pertes séminales ou rétrécissements, vont se plaindre aux charlatans pour en être débarrassés, guéris. C'est une idée fixe chez eux qu'il y a là quelque chose de grave ; ce qui les pousse à se soumettre à de dangereuses opérations, la cautérisa-
lion au nitrate d'argent du fond du canal de l'urèthre, en particulier, d'autant plus redoutable qu'elle s'.ippli-
[ue surtout contre la spermatorrhée chronique. Or, il est démontré qu'elle dépend exclusivement parfois de l'irritation des vésicules séminales, ne pouvant être atteintes que par la voie opposée de l'anus, comme des guérisons le prouvent à Syermatorrhée.
De même chez la femme, le mal de la matrice ou des ovaires n'a souvent pas plus d'importance, sans grande congestion, ni déplacement, ni inllamination positive; mais assez d'hyperesthésie pour être une source constante d'irritation. La masturbation, dans les deux cas, étend également ainsi ses mauvais ellets locaux ou généraux chez les deux sexes.
Frottement. — Cette forme particulière d'onanisme,, chez l'adulte surtout, est encore peu connue et presque inédite. Instruit par les exemples observés depuis la publication de VOnanisme, seul et à deux, nous en avons décrit et étudié les divers procédés dans la nouvelle et récente édition de cet ouvrage, augmentée d'un nouveau chapitre sur ce sujet avec sept observations à l'appui.
Le frottement, il est vrai, est le mécanisme ordinaire de l'acte de la génération et de la plupart desprocédés d'onanisme manuel, buccal, mécanique ou autres, c'est toujours du frottement, sinon parfois un simple frôlement, signalé page 310 avec les exemples à l'appui. Il n'en saurait être autrement. Mais la distinction de ses divers modes artificiels est justifiée par les dangers spéciaux qu'ils entraînent,
comme je l'ai montré pour chacun en particulier. La succion, par exemple, paraissant la moins nuisible et malfaisante, est, au contraire, si dangereuse que, pratiquée exclusivement avant le mariage, elle a rendu le coït normal absolument impossible ensuite dans le mariage, comme l'observation 110 en est la démonstration. Il en est de même du frottement vulvaire, d'après l'observation 109. La sensibilité locale du gland peut être si émoussée par ces pratiques que le trouble du cerveau et du sentiment erotique aidant, l'érection ne peut se soutenir et tombe avant la conclusion de l'acte, comme dans robservation 67 précitée, tandis qu'elle a lieu artificiellement.
Ce frottement réagit donc sur le système nerveux comme la masturbation, et peut ainsi en produire de même l'épuisement, surtout quand il y succède. De jeunes pubères, timides et craintifs, sinon casernes dans la plus étroite claustration par leur famille, y recourent par un procédé spécial. Couchés, ils se retournent à plat ventre sur leur drap ou leur chemise et se frottent le pénis, par un mouvement simulant l'acte naturel , jusqu'à provoquer l'émission du sperme. C'est un coït fruste et isolé. Honteux d'eux-mêmes, des masturbateurs, connaissant le procédé naturel, s'en corrigent ainsi en donnant la préférence à ce stratagème comme plus naturel et moins malfaisant jque la main. Il est aussi adopté par les adolescents (OU les adultes, comme une imitation du procédé normal, en ne voulant ou ne pouvant s'y livrer. Il en est même qui s'y tiennent jusqu'à leur mariage, comme le moyen le plus sûr d'éviter des maladies
vénériennes etla prostitution. C'est aussi pour quelques religieux un moyen de garder la continence,
en se jetant sur le plancher ou la terre de leur cellule lorsqu'ils n'y peuvent plus tenir. Ressource suprême pour les anaphrodites incapables d'exercer le coït et ayant abusé de la masturbation.
Ce procédé d'onanisme, plus fréquent qu'il ne semble, d'après les nombreux cas observés depuis une douzaine d'années, s'il a l'avantage, en exigeant la position couchée sur le ventre, de ne pouvoir être aussi facilement employé qu'avec la main, debout ou assis, est-il réellement moins préjudiciable ? Cette idée, plausible en apparence, est contredite par les faits, quand cette habitude, au lieu d'être un moyen d'exonération chaste, devant un besoin gênant, pressant, pratiqué à intervalles éloignés — comme dans le cas de ce religieux, relaté page 320 du Célibat et Célibataires — détermine une sorte de priapisme obligeant d'y recourir tous les jours, sinon soir et matin. Il a alors tous les dangers de la masturbation, sauf de rares exceptions, dont les exemples 130, 131 et suivants témoignent, en étant resté sans effets appréciables sur la constitution ni la santé, mais avec un retentissement très marqué sur le sens erotique et les désirs vénériens. Il éloigne ainsi de la femme et rend indifférent, sinon impropre au mariage, d'après ees observations. Le sujet de l'observation 130 l'employait alternativement avec le coït, sans plus ni moins de choix. Un Champenois de vingt-neuf ans, fort et trapu, vient ainsi me demander, en écrivant ces lignes, s'il est apte au mariage où ses parents le pous- '
sent. Il s'est essayé avec succès au coït dans son village avant son service militaire; mais, dégoûté par les sales prostituées qui s'offraient alors, il préféra le frottement et s'y adonna exclusivement, sans masturbation antérieure, jusqu'à vingt-huit ans. Devenu voyageur de commerce, les femmes ne l'ont pas attiré davantage, quoiqu'il les aime, et tout en ayant délaissé le frottement parles malaises qu'il en éprouvait depuis un an, il n'a que de très rares érections spontanées et encore moins de pollutions, les femmes ne lui faisant aucun ellet. Il n'en est nullement influencé et ne les recherche pas, quoique normalement conformé, malgré une érection presque constante.
D'où l'analogie existant entre cesfrotteursetles anaphrodites, en ne se sentant guère non plus portés vers l'autre sexe, sinon platoniquement ; soit qu'ils aient éprouvé des échecs répétés, soit qu'ils sentent qu'ils ne peuvent y recourir, au besoin, avec succès. Incapables de se livrer à la copulation, qu'ils le sachent ou non, ils n'en ont pas moins des besoins génitaux à satisfaire. Dégoûtés de la masturbation, faisant horreur à un certain âge, ils sont conduits à ce moyen d'exonération hygiénique, comme le confirment les observations relatées à VAnaphrodisle. Aussi ce procédé était-il désigné en riant par le Canadien sous le nom pittoresque de danse du ventre qu'il venait de voir à l'Exposition universelle.
Ce frottement passif, relativement à celui de la main, n'a donc pas l'immunité qu'on lui attribue et qui y fait recourir de préférence par les adolescents et les pubères. En les obligeant à provoquer dans
leur cerveau toute TexciLation indispensable à la conclusion par des idées lubriques, des visions ou des images erotiques, ils surexcitent la pensée et TimaginaLion. De là sa prolongation et ses effets directs et immédiats sur Tencéphale et tout le système nerveux. Il entraine ainsi, à la longue, la plupart des accidents de la masturbation. Leur seule différence est d'être plus tardifs, éloignés, après la puberté. D'où l'urgence de convaincre de sa nocuité par des faits montrant la nature et la source de ces accidents. En voici un exemple type :
104. — « -le suis un masturbateur passionné, et depuis i'âpe de quinze ans, je n'ai cessé de ra'exciter. A dix-sept ans, je compris toute la honte de cette habitude et, après bien des efforts, je parvins à cesser; mais en revanche, je me flotte sur les draps. Le soir, avant de m'endormir, j'ai des visions obscènes, ma trop grande imagination me représente tout ce que je veux, puis je commence à me frotter, mouvement tout naturel chez moi, tant je l'ai pratiqué.
« Néanmoins, pendant son service militaire, en entrant avec ses camarades dans des maisons publiques, il | ut à trois reprises coïter naturellement. Il reprit son habitude ensuite, d'autant plus que, devenu domestique, il ne peu! sortir de six heures du matin à dix heures du soir toute la semaine et n'est libre le dimanche que de deux à six heures après midi. Telle est sa consifine rijU'ouieuse à vingt- trois ans et demi. Il se livre si souvent à ce frottement, écrit-il, qu'il en est éreinté et complètement démoralisé. « Je ressens sur la nuque une douleur comme une pierre lourde et froide^ surtout après le frottement. Moi, autrefois si gai et insouciant, si heureux de vivre, j'ai des id«'es noires et suis dégoûté de moi-même. Je ne suis qu'un cadavre vivant, je ne vis pas et cependant je n'ai pas la force de moufir ! »
L'action sur le cerveau est ici manifeste par la douleur fixe de la nuque, ressemblant à la céphalée neurasthénique, avec idées noires, désespoir, perte de résistance, de volonté et d'énergie. Grâce à une bonne nourriture, Tétat physique était assez satisfaisant, mais le moral était si profondément atteint, affaibli et épuisé, qu'il ne pouvait réagir contre son entraînement passif à se frotter. Il éprouvait et raisonnait bien le mal qu'il se faisait, aucune hérédité psychique n'existant dans sa famille ; mais il prétendait ne pouvoir s'y soustraire une fois couché, sans un remède à cet effet.
105. — De même du licencié en droit de vingt-quatre ans, adonné depuis l'âge de treize à ce frottement et s'y livrant avec excès après la puberté, au point d'en porter le stigmate local sur le pénis, relaté page 383 de VOnanisme par frottement, nouvelle édition. Ses études en furent très affaiblies et difficiles, n'ayant jamais quitté sa mère aussi nerveuse. Sa myopie en avait été graduellement aggravée par une conjonctivite intense avec spasme de la paupière droite surtout. La vue en est altérée et gravement troublée. Migraines et maux de tête fréquents l'empêchant de jouir du théâtre et des réunions de société. Insensible à la vue des femmes, il n'en a jamais essayé. C'est donc là une sorte d'anaphrodisie nerveuse, à ajouter au compte de ce frottement spécial. D'où l'isolement et l'état nerveux dont souffrait ce garçon en lui rendant la vie insupportable*
Cette anaphrodisie n'était pas aussi probable chez le sujet de l'observation 104, esclave de son habitude. Connaissant le coït, il n'avait qu'à s'y livrer pour s'en débarrasser et guérir de ses souffrances, comme
je lui avais verbalement indiqué. Et c'est huit jours après qu'il demandait un remède pour s'y soustraire !
106. — Une anaphrodisie analogue semblait exister aussi chez un grand et bel étudiant arménien, de vingtdeux ans. En proie à des troubles nerveux de Testomac l'obligeant à un régime lacté et sévère, depuis plusieurs mois, avec paresse de l'intelligence et du travail, il venait demander si la continence qu'il observait n'en était pas la cause. Étonné et surpris de cette déclaration par ce garçon brun, déluré et venant d'Orient surtout, je demande comment il pourvoit aux besoins impérieux qu'il doit éprouver.
— Parle frottement sur mon lit, quand ils m'empêchent de travailler ou de dormir.
— Depuis quel âge employez-vous ce procédé ?
— Dès mon enfance, avec excès à la puberté, et seulementquand j'en éprouve unpressant besoin depuis quelques années. Je croyais m'exonérer ainsi jusqu'à mon mariage, afin d'éviter sûrement les maladies vénériennes.
— Vos accidents nerveux sont certainement dus à votre exonération artificielle qui ne saurait jamais remplacer les rapports naturels. Pour éviter les accidents vénériens, vous vous exposez à en faire naître de bien plus graves et je vous conseille de suivre l'exemple de vos camarades, en vous nourrissant plus toniquement et en partageant leurs amusements, leurs plaisirs et leurs jeux. Vous travaillerez ainsi avec plus d'eflicacité et vous dormjrez mieux.
107. — Tel était encore un Suisse de trente-trois ans, n'ayant jamais dansé et resté continent jusqu'à cet âge, quoique aimant les femmes... platoniquement sans doute. Après l'onanisme par frottement des cuisses à l'école, il a continué en se renversant sur son lit avec un oreiller ou un traversin entre les jambes. Employé très modérément,
[ deux à trois fois par mois, ce procédé n'a jamais produit I d'autres accidents que de rares pertes séminales nocturnes dans l'intervalle. Testicules gros et durs, le gauche pendant très bas et tirant sur le cordon avec douleur.
L'aptitude au mariage, en pareil cas, est toujours douteuse. Aussi ai-je prescrit à ce frotteur, avant de s'y engager, Tusage d'un suspensoir, des douches et l'apprentissage de la femme. Il parait en effet, d'après les exemples précédents, que ce procédé, par son influence directe sur le cerveau, agit parfois localement sur le sens erotique en particulier en le paralysant. L'anaphrodisie, rendue probable dans les cas précédents, est confirmée par l'impuissance conjugale dans celui-ci.
108- — Un jeune avocat, durant une enfance maladive, contracta de bonne heure l'habitude de se frotter le pénis sur ses draps. L'éjaculation étant survenue de douze à treize ans, il s'y livrait avec excès et jusqu'à deux à trois fois par nuit, sans jamais se servir de la main.
Il fit ne'anmoins ses études avec succès, passa son baccalauréat et devint étudiant en droit à Paris. Son service militaire eut lieu ensuite dans la cavalerie, sans cesser son habitude enfantine ni voir de femmes, dont il n'avait guère ridée ni le goût, à défaut du besoin.
De retour à la maison paternelle, il passe sa licence et devient aussitôt orphelin. Cet événement amène une cousine à la maison qui y rend de grands services. Elle a deux ans de plus que lui. Ils sont comme frère et sœur. Il s'y atlache par reconnaissance, et son héritage lui donnant de l'aisance, il se marie avec elle à vingt-deux ans.
La défloration est impossible durant plusieurs mois, et quand elle a lieu, ne trouvant pas dans le vagin une sensation aussi vive que sur ses draps, il ne peut éjaculer et rérection tombant, il se retire après trois minutes environ. Trois coïts frustes ont ainsi lieu la première année, sans que la jeune femme s'en blesse ni s'en étonne, à cause de la faiblesse maladive de son mari. Blond, mince, pâle et «lancé avec l'air efféminé, il se porte bien néanmoins. U
CAUSES LOCALEb 327
n'obtient réjaciilation qu'en rêve ou en se frottant sur ses draps. Ses rap ;ochements n'ont lieu que le matin par la turi^escenne sprititanée du pe'nis, tandis qu'il s'endort en se cou^^haiit, quoi lie sans fatigue. Aucun vice de conformation Il existaii! sur les organes génitaax, sauf une coloration bleuâtre Ik^s marquée du gland, on ne peut donc attribuer la sensibilité' émoussée de cet organe et sa torpidité qu'à l'hal)itude de son frottement artificiel et mécanique. Cause d'impuissance nouvelle et non signalée jusqu'ici, augmentée par l'anaphrodisie manifeste de ce jeune homme.
109. — Le frottement vulvaire prolongé, sans iiitr omission,. a produit échecs et faillites répétés chez un grand garçon, fort et vigoureux, de vingt-neuf ans, constructeur de bâtiments. Livré de bonne heure à la prostitution, il contracta la syphilis à vingt-deux ans. Traité par le médecin de sa famille pendant deux ans en gardant la continence, il fut déclaré guéri et reprit bientôt ses anciennes habitudes, en allant tous les huit jours voir les filles, sans aucun accident, lorsqu'un mariage à sa convenance lui fut proposé. Ne pouvant rester continent pendant les pourparlers, il fut étonné d'une première faiblesse d'érection et surtout d'une seconde plus marquée. Effrayé de ce contretemps, il vint demander s'il pouvait se marier sans crainte. Réponse affirmative, ne trouvant d'autre cause pour expliquer ces échecs que sa crainte continuelle d'une récidive de sa syphilis, encore augmentée à la veille de son mariage.
Quinze jours après, il m'annonçait que, marié depuis deux jours, il n'avait pu consommer son union et sollicitail un aphrodisiaque sûr pour la troisième nuit. Aux détails demandés, il répondit n'avoir pu pénétrer faute d'ér»'<-lion suffi'-ante et qu'il avait éjaculé, selon son habitudr, en se froll mt sur la vulve. De plus en plus surpris, j'ajii" i^ que di puis sa syphilis, soit sept ans environ, il n'a\ Mt jamais procédé autrement par précaution, pour n'en pus conlra-terune nouvelle. Je lui reprochai, à mon
328 ÉPUISEMENr NERVEUX GÉNITAL
tour, de ne pas m'avoir révélé plus tôt cette stupide précaution, cause certaine de ses échecs, en lui indiquant de procéder au grand j Dur et à découvert au besoin pour réussir.
Ces échecs plus ou moins prolongés ne doivent pas être considérés comme de l'impuissance, puisqu'il y a simultanément érection et éjaculation spontanée. C'est plutôt une névrose par émotivilé et faiblesse nerveuse et le défaut d'érotisme par la mauvaise habi- •tude contractée. Les anaphrodisiaques ne conviennent donc pas, en pareil cas, et les toniques stimulants, les dragées d'ergotine, les douches et même quelques bains de vapeur sont mieux indiqués.
110. — Un cas analogue s'est présenté, en écrivant ces lignes, chez un châtelain de trente ans, sans profession, bi u.., Jiiie, placide, et d'une santé parfaite. Marié depuis dix nuis à une jeune femme de vingt-et-un ans, il se liou\e impuissant, malgré des érections rapides immédiHies dans leurs caresses am<mreuses nuit et jour. Mais elles tumbent dès Teb^di d'inlr<)mi5-->ii.n, par la rétraction du pénis, et réjaculation presque insensible aconstamment lieu extra vas. Sa femme lui en a fait l'observation et depuis, au lieu de renouveler ses appioches deux à trois lois par semaine, elles n'ont plus lieu (jue tous les quinze jours par l'atonie, la confusion el la honte en résultant.
A délaut de masturbation, d'alcoolisme, de tabagisme, quelle pouvait être la cause de cette singulière impuissance? La crainte des maladies vénériennes avait entraîné ce Jeune homme, depuis dix-huit ans, à s'en tenir exclusivement, avec les liUes publiques, à l'onanisme manuel et la succion réciproque. Jamais d'autre rapport ni maîtresse; le coït lui était inconnu en se mariant. C'était donc de l'onanisme à deux, analogue au précédent de Tabus ;ntersexuel. Cette histoire récente est relatée en détail à
'l'Onanisme buccal, page 474 de la nouvelle édition de ÏOnanisme, seul et à deux, sous toutes ses formes.
Tout onanisme , quelle qu'en soit la forme, dès qu'il se prolonge, est susceptible d'amener un effet analogue. Il suffit que l'organe copulateur soit détourné, dévié de son rôle actif, son fonctionnement normal et régulier, pour ne plus être impressionné physiologiquement. Sa texture délicate n'en reçoit jamais un influx nerveux aussi vif et profond; la sensibilité exquise du gland en est affaiblie, atténuée, émoussée graduellement par l'acte artificiel et ne réagit plus dès lors sur le sens erotique du cerveau. Mis en contact naturel et immédiat avec la femme, l'organe en est à peine impressionné, surtout chez les ignorants, ne sachant guère comment s'y prendre. De là une chute rapide de l'érection sous cette influence purement vitale, le pénis étant habitué à une action mécanique, volontaire, violente même. D'où le défaut, l'impossibilité de l'intromission et une éjaculation passive, à peine sensible^, sans jouissance ni volupté.
Un mode de frottement ma été révélé par un employé, adonné très jeune à la masturbation solitaire, quoique amputé de la main droite à cinq ans. Il en éprouvait de si graves accidents nerveux de dix-sept à dix-huit ans, que las, fatigué, énervé, il imagina de se renverser sur le ventre et, en fermant la main gauche à demi, d'y introduire le pénis. Il lui suffit alors d'imiter le coït par un mouvement de va-et-vient du
330 ÉPUISEMENT NERVEUX GÉxNITAL
bassin pour provoquer l'érectioa et réjaculation. Ce procédé lui sembla plus naturel et moins malfaisant.
« La main n'agit plus, dit-il, c'est tout le corps; c'est le coït figuré et non plus la masturbation; j'éprouve ainsi plus de jouissance et cela me fait moins de mal. » Une détente heureuse s'ensuivit bientôt, et, devenant plus hardi et résolu, il alla s'essayer avec l'autre sexe et réussit. « Depuis ma dernière lettre, écrivait-il le 27 juillet 1890, j'ai ^'oûté les douceurs du coït, ce qui m'a donné un réel dôgoût de la masturbation. J'en suis totalement guéri et ne crains plus de rechutes. Je vous en remercie infiniment. »
Ce n'est là évidemment que l'un des nombreux moyens suggérés par l'érotisme en délire. Qui ne connaît les divers procédés de frottement artificiel employés entre les deux sexes pour prolonger leurs plaisirs. L'onanisme mammaire en est le plus connu jusqu'à celui de l'aisselle qui l'est beaucoup moins. Il y a même celui de l'oreille ! Le clitorisme n'est qu'un frottement des parties génitales chez les femmes, de même que les pédérastes entre eux se frottent à nu, à poil, comme ils le disent, pour en ressentir toute l'action aphrodisiaque. Le bonheur suprême de certains sodomistes passifs, après avoir éprouvé la jouissance de leur acolyte, est de se frotter ensuite le pénis à nu sur son ventre. Ils obtiennent rapidement ainsi une éjaculation très voluptueuse, tant ce contact des poils allume l'érotisme, d'après ces frôleurs et frotteurs. Un intendant de maison et surtout l'artiste coiffeur de dames, dont il sera question plus loin, m'ont renseigné sur ce pro-
cédé spécial. C'est d'après ces faits authentiques, et d'autres analogues, que la pédérastie se trouve positivement séparée de la sodomie dans les Anomalies sexué lies f page 440.
Tous ces procédés artificiels, dérivés du coït, ont pour effet commun, par leur durée, leur prolongation pour la conclusion de l'acte, de surexciter le système nerveux et de l'affaiblir surtout localement. Leur action débilitante parait plutôt locale que générale par le trouble et la perversion du mécanisme naturel des organes génitaux. D'où l'impuissance qui s'en est suivie. Mais ils n'ont pas encore l'influence mécanique si redoutable de la main à tout ce qu'elle touche, comme on l'a vu.
A en juger cependant par l'allongement du prépuce et sa déformation, constatés chez l'enfant qui se frotte le pénis entre les cuisses en se croisant les jambes, pour ne pas éveiller l'attention, on se demande si le frottement sur un lit dur et garni de grosse toile rude n'agit pas aussi à la longue à le découvrir plus en avant qu'en arrière. Cette malformation existait chez le garçon de l'observation 105 cidessus, se croyant ainsi atteint de phimosis. A l'examen, le gland, quoique découvert sur un diamètre d'uncentimètre, ne montraitaucune ouverture; le méat urinaire restait caché par la partie postérieure. Il fallait tirer sur le frein pour le découvrir. Aucune autre anomalie n'expliquait celle-ci que l'auteur disait simplement congénitale.
C'est ordinairement de dix-huit à vingt ans que, sous i mnuence déprimante de son vice, l'onaniste
invétéré, même seul et sans excès, honteux de luimême, timide et froid, insensible devant Fautre sexe, devient triste en s'apercevant du gouffre béant qui s'ouvre devant lui. Il demande alors, avec découragement et naïveté, le remède pouvant le débarrasser de son habitude. (Voir les observations qui suivent.) Ne devrait-il pas comprendre, à cet âge, que la femme seule, dont le besoin est si exigeant, en est le spécifique ? Il n'a donc qu'à la chercher et s'y attacher. Agir autrement, c'est reconnaître son indifférence pour elle et confesser le peu d'attrait qu'elle a pour lui, le défaut d'impression de sa compagnie et sa vue sur ses sens.
La paresse morale est encore son plus grand ennemi, ce qu'il ignore généralement. Un Bordelais de vingt-sept ans, fort et robuste, njais simple et indécis, écrivait ainsi le 29mars 1890: «Mapensée dominante est toujours d'attendre encore quelques jours pour être plus fort et sûr de moi. Puis, je retombe de nouveau et il n'est guère de semaine que je ne me laisse entraîner par cette fatale habitude. »
De même des frotteurs. Que leur habitude soit primitive ou secondaire, ils y reviennent dès que leurs autres modes d'exonération à deux leur font défaut. La pensée fixe de ce beau gentleman anglais était de se frotter le pénis sur le ventre d'un homme obèse à l'aspect sensuel. « Obèse sensual looking man. » Il n'en pouvait apercevoir un, sans le poursuivre du regard. (Observation 228 des Anomalies sexuelles.) Cette aberration étrange et rare des hommes gros, obèses, au ventre proéminent, pour satisfaire leurs passions bes-
tiales, n'est pas spéciale aux pédérastes. Elle équivaut à celle des hommes exclusivement impressionnés par les femmes potelées, grasses, aux formes opulentes, et est l'analogue du frottement des femmes entre elles ou saphisme.
Le goût exclusif de ce frottement sur le ventre de leur acolyte est assez commun parmi les pédérastes. Un jeune coiffeur de dames en ville, dans une grande maison, m'a révélé que, comme l'Anglais, il n'aimait l'homme que pour cela. Il ne souffrait toute autre caresse ou manœuvre qu'à cette condition. D'épouvantables aventures de chantage lui en étaient arrivées. Un autre ayant découvert le plaisir du frottement dans son enfance, en montant à l'arbre, avait conservé ce goût spécial pour l'homme. Sodomiste passif, il n'était actif que de cette manière et ne pouvait l'être autrement. Et, fait remarquable, ces jeunes gens, loin d'être mal équilibrés ni fous, s'étaient distingués chacun dans sa profession par une grande habileté. C'était chez eux une étrangeté exclusive du sens erotique ou une perversion du centre génital.
Le mécanisme volontaire de ces deux formes d'onanisme, manuel et par frottement, peut n'être qu'un simple effet physique et tout local, lorsqu'il est provoqué par l'âge et le besoin erotique. S'il est seulement passager, il n'influe guère sur le système nerveux local et son retentissement sur le cerveau est plutôt calmant qu'excitant. Il est alors sans danger ni gravité, en ne se prolongeant pas. Ce n'est vraiment rien alors et il n'y a pas à en tenir compte.
Mais c'est tout le contraire en débutant dans l'en-
fance et l'adolescence. Déterminé exclusivement alors par l'exemple, le vice ou l'imagination, des idées lubriques précoces, le cerveau en est principalement impressionné, perturbé, troublé, et tout le système nerveux affaibli, localement surtout, et secondairement tous les autres organes. De là des fièvres cérébrales, par la congestion sans cesse renouvelée du cerveau, des méningites, la chorée, l'épilepsie et autres maladies nerveuses. Des sentiments spéciaux surviennent chez les adolescents qui les astreignent et les soumettent impérieusement, malgré eux, à des actes auxquels ils ne sont pas libres de résister. De simples masturbateurs ou frotteurs dans l'enfance et l'adolescence sont ainsi entraînés, par le trouble de l'esprit résultant de leur fatale habitude et la surexcitation du centre génital, à se laisser aller consécutivement à toutes les perversions qui leur sont enseignées par de plus corrompus. A la masturbation simple, succède la réciproque, puis les baisers. Ce que l'un ne connaît pas, l'autre l'enseigne ou le demande. La succion et jusqu'à la sodomie parfois en résultent, sans que ces aberrations sexuelles soient innées. Elles sont subies passivement. La preuve en est dans l'observation de ces jeunes gens revenant, aussitôt qu'ils le peuvent, aux rapports normaux, désabusés, énervés et surtout dégoûtés des autres. Ils ne les avouent souvent qu'aux mauvais effets qu'ils en éprouvent, et si le médecin insiste sur les détails écrits; autrement, ils se bornent à cette formule générale: « Docteur, j'ai fait tout ce qu'il est possible. » Et cela dit, souvent même accepté faute de
temps et afin de ne pas prolonger la consultation, le médecin ne sait rien au juste de ce qui détermine l'impuissance invoquée : ce sont des excès et tout est dit, en ignorant leur nature précise, comme dans l'exemple suivant.
111. — Un ingénieur français de la marine, âgé de trente ans, écrit de Constantinople, le 26 juillet 1890, que sans avoir eu jamais rien que des fièvres intermittentes contractées au Sénégal, il éprouvait de la faiblesse génitale avec sa maîtresse. Séparé d'elle pendant un mois de voyage sur la Méditerranée, sans pollutions nocturnes, malgré des rêves lascifs, il n'a plus, six à huit jours après son retour, que des érections molles, sans éjaculation, alors que durant son voyage, aller et retour, ses érections spontanées sont très fortes, malgré une ou deux relâches, très viriles, durant sa traversée.
A la demande de détails et de renseignements précis, voici l'analyse de la réponse en six pages, grand in-folio :
Bonne constitution, force musculaire au-dessus de la moyenne, tempérament lymphatique, très impressionnable, enclin à la jalousie, corps et organes génitaux bien développés. Nature très précoce. De douze à treize ans, masturbation inconsciente, provoquée par la société des petites filles, et l'année suivante entre camarades à Técole avec grands excès. Apprenti à l'Arsenal à quinze ans, le frôlement de l'étau provoquait l'érection et la masturbation solitaire plusieurs fois la semaine. Le dimanche, de seize à dix-sept ans, le contact des robes de soie des filles déterminait aussi l'érection, sans pollution ni coït, malgré l'occasion, par ij^^norance et timidité. Etudiant ses examens, il continue à se masturber jusqu'à en perdre la mémoire. Rencontrant un sodomiste qui l'excita dans
l'atelier, il le sodomisait deux à trois fois par semaine durant trois mois. Prenant ensuite des croquis à bord de navires désarme's, le gardien Finvita à le suivre pour le sucer et le payer. Il se soumit ainsi passivement à la succion, une fois par semaine pendant deux mois, avec une telle jouissance, dit-il, qu'il en maigrit avec douleurs de poitrine; ce qui le fk renoncer à toutes ces pratiques dégoûtantes.
Engagé à dix-huit ans, il entra dans une maison publique avec succès. Mais n'ayant pas d'argent, il continua à se masturber pendant ses cinq ans, lorsquil en trouvait l'occasion, sans voir beaucoup de femmes. Néanmoins, il contractait une blennorrhagie à Gonstantinople en 1879 et un chancre en .1880, suivi de plaques muqueuses dans la bouche. Des cautérisations avec traitement mercuriel et ioduré mirent bientôt fin aux accidents.
Parti au Sénégal à vingt-cinq ans, il faillit y mourir et, après neuf mois de séjour, il fut rapatrié dans sa famille à la campagne, où il resta neuf mois au milieu des villageoises sans le moindre désir erotique, soit par faiblesse, crainte ou influence de la syphilis; mais, suivant son habitude, il se masturbait au besoin.
Reprenant de vingt-sept à trente ans ses voyages mensuels, des excès de coït sont commis durant ses escales, ne passant ordinairement qu'une nuit dehors. Un léger écoulement avec fortes douleurs à l'éjaculation apparut ainsi en 1889 venant de la prostate, d'après le docteur. Des injections le firent disparaître bientôt.
Actuellement, tout en entrant facilement en érection à ;son arrivée, il reste bientôt bredouille. Des caresses projlongées réciproques sont indispensables, mais sans éjacullation au premier coït. 11 accuse des maux de tête au 'front presque continus avec défaut de mémoire et souvent des douleurs de reins. Le travail intellectuel est pénible, impossible même parfois, malgré un régime tonique et stimulant : quinquina avant le repas, poisson et œufs tous les jours, [coquillages, viandes saignantes, beefsteaks ou
côtelettes, thon, ail, oignon, anchois, olives, piments, vin coupe' d'eau ferrugineuse, pas d'alcool ni tabac. Et malgré cela, et une continence d'un mois, la virilité diminue au
retour!
Tel est ce qu'on appelle tacitement tout le possible. Comment l'imaginer, sans une description exacte des excès commis? L'impuissance anticipée, par épuisement nerveux du centre génital, est ainsi manifeste dans ce fait, comme l'effet direct des divers abus et excès et les symptômes neurasthéniques signalés. Un exercice très mesuré, régulier et normal de la fonction sexuelle est alors la condition expresse d'entretenir et conserver cette virilité très atténuée, malgré la jeunesse, sauf à la perdre complètement à bref délai si l'on enfreint l'ordonnance.
Sans ces rapports honteux entre hommes, qui ne s'avouent guère, beaucoup de jeunes gens sont dans le même cas. Pour avoir lieu entre les deux sexes, les mêmes abus n'en sont pas moins dangereux et malfaisants. Après les excès du coït normal, n'y a-t-il pas aussi ses abus, et des fraudes de tout genre et les mêmes pratiques n'ont-elles pas lieu entre eux? Coïts artificiels ici ou là, embûches et obstacles de tout genre contre la génération par restriction, réticences, suspension, succion réciproque dans le mariage comme dans le célibat, sont aussi susceptibles d'entraîner l'affaiblissement et l'épuisement nerveux chez l'homme. Toutes ces pratiques onanistiques troublent, épuisent et ruinent le système nerveux bien plus que l'acte naturel, préjudiciable seulement par ses excès relatifs aux forces et à l'excitation de
ceux qui les commettent. Il faut donc aussi en demander et exiger l'explication pour en connaître et distinguer les effets sur le cerveau ou la moelle, à moins de confondre l'impuissance physique avec Tanaphrodisie et traiter empiriquement les malades.
Il serait hors de propos de s'étendre ici sur les dangereux effets de ces fraudes intersexuelles, même dans le mariage. Les observations 135 et 166 des Anomalies sexuelles en sont le tableau vivant. Il suffil de les consulter pour que ceux qui s'y adonnent, hommes et femmes, sachent à quoi s'en tenir.
Pertes séminales, Pollutions^ Spermatorrhée. — L'émission du sperme étant plus ou moins excitée, irritée, provoquée artificiellement, cette fonction continue presque fatalement ensuite à se produire passivement à la moindre idée ou sentiment erotique. Les pertes séminales involontaires succèdent ainsi presque invariablement à la masturbation, comme les observations précédentes en déposent. De là aussi l'éjaculation hâtive et prématurée dans les rapports normaux, chez les anciens masturbateurs. Ces pertes doivent donc être signalées ici, comme cause et effet de l'affaiblissement nerveux génital et de la neurasthénie sexuelle coïncidente.
Il faut en exclure d'abord les pollutions actives, produites pendant le sommeil sous l'influence de la puberté, la nubilité, la sécrétion normale de ce fluide Tital et l'excitation erotique, le prurit sexuel en résultant. Elles sont plutôt un signe de santé que de maladie et, en se produisant normalement à de rares inter-
valles, il n'y a à s'en préoccuper que pour obéir à dame Nature et les remplacer par l'acte naturel pour en prévenir l'apparition.
Tout autres sont celles qui s'effectuent passivement sans grande sensation, la nuit comme le jour, sous l'influence de la moindre excitation par le désir, ridée ou la vue. L'onanisme ou les excès, les abus vénériens en sont les causes ordinaires, surtout chez les adolescents lymphatiques, faibles et nerveux. Les plus forts et robustes y sont moins exposés par leur résistance organique, sans en être absolument exempts. Sous Tinfluence de pensées, de rêves ou de cauchemars lubriques durant le sommeil, le sens erotique du cerveau, surexcité par les manœuvres précédentes, en retentissant sur les organes sexuels, affaiblis et surmenés, provoque spontanément cette émission, avec ou sans érection. On les voit alors pâlir, maigrir, et leur taille s'élancer subitement. C'est le signe révélateur et significatif de leur habitude cachée. Elle se constate sûrement à l'examen par leur scrotum relâché, pendant, au pénis mou, turgescent, très développé dans l'érection avec un gland proéminent.
Enclins à se masturber plus tard par l'éclosion de leurs désirs, leurs conversations et des érections spontanées, les adolescents, en s'y livrant avec plus de fréquence et de passion par le plaisir et le succès qu'ils en éprouvent, sont exposés aux mêmes accidents, encore plus graves et rapides. Ces pertes provoquées sont d'autant plus dangereuses et redoutables que, la masturbation cessée, il reste laconti
nence, incompatible avec la fonction génitale éveillée, ou en lui donnant carte blanche par des rapports sexuels excessifs. Tout contribue donc à aggraver et augmenter ces pertes, une fois déclarées. Les observations 115 et 194 des Anomalies sexuelles sont démonstratives à ce sujet. Celle-ci l'est spécialement quant à la neurasthénie sexuelle dont il s'agit ici. Ce garçon de 22 ans, d'une maigreur croissante, accusait des sutfocations fréquentes, un sommeil lourd, et, au réveil, mal de tète, idées confuses, facultés intellectuelles engourdies, tintements violents et constants des oreilles, sensibilité excessive à l'amour, pollutions très fréquentes suivies de crachats teintés de sang, constriction des testicules, rétraction de la verge et du prépuce sur le gland.
D'où la difficulté d'éviter ces pertes séminales d'une manière quelconque, chez ceux qui ont abusé de l'onanisme avant la puberté. Elles ont lieu presque fatalement ensuite, de diverses façons utiles à signaler. Elles passent même parfois inaperçues des intéressés, lorsque le sperme est altéré et très fluide. Ses réservoirs, les vésicules séminales, étant placées sous la vessie, il suffit que celle-ci soit malade ou l'urine altérée pour que les contractions en urinant en provoquent la sortie dans le canal de l'urèthre et qu'il soit ainsi expulsé avec l'urine. D'où la nécessité d'examiner celle-ci. Le moindre effort de défécation, par la constipation ou autrement, produit le même effet. Mêlées ainsi à l'urine ou aux matières fécales, ces pertes, imperceptibles au passage, restent souvent ignorées, si elles n'y sont recherchées avec soin.
L'éjaculation hâtive ou précoce, dans les rapports normaux, est absolument assimilable à ces pertes, en procédant ordinairement des mêmes causes : masturbation, frottement, rapports sexuels prématurés ayant déterminé l'affaiblissement ou l'atonie des organes génitaux, la débilité de la constitution, l'anémie, l'hystérie, la manie et le nervosisme. Les dix observations relatées aux Anomalies sexuelles de Véjaculation, du numéro 194 à 204, en témoignent. D'où la division de ces pertes en essentielles, par affaiblissement nerveux local, et par maladies des organes même. L'incontinence d'urine coïncide parfois avec celles-ci.
Impossible de doser, préciser mathématiquement le nombre et la fréquence de ces pertes compatibles avec la santé. Ce qui est une condition, un signe de force pour l'un, entraîne la débilité chez l'autre. Aucune règle n'est applicable à toutes les constitutions à cet égard, pas plus que la quantité d'aliments, de boisson ou d'exercice nécessaire et utile à chacun pour se bien porter. Mais il est certain qu'elles sont préjudiciables à tous, en les exposant à en ressentir tût ou tard les effets locaux sur les parties génitales et leur fonctionnement. Telle est la prédisposition aux écoulements du canal de l'urèthre, leur persistance et leur récidive par l'irritation même du fond de ce canal. Beard l'appelle urèthre irritable et y insiste comme la cause cachée et très fréquemment produite par l'abus de la masturbation, et la congestion locale en résultant. De même des lésions de la prostate et des voies séminales adjacentes, les canaux
jéaculateurs en particulier, donnant lieu à la spermatorrhée, la prostatorrhée qui entraînent parfois Timpuissance et la stérilité. Les observations pages il).'] et 194 de l'Impuissance en sont des preuves.
Ces pertes sont si fréquentes parfois, qu'elles paraissent dépendre plutôt d'un atfaissement général de la constitution, de son relâchement, que de lésions purement locales. Dans ces cas, moins rares que l'on ne pense, elles sont souvent l'effet de la maladie et non sa cause. Elles coïncident alors avec des symptômes nerveux fonctionnels : troubles de la vue, craintes morbides variées, sueurs des mains et des pieds^ douleurs de tête en avant et en arrière ainsi que de la moelle épiniére, dyspepsie et autres caractères de la neurasthénie. Au contraire, l'épuisement local se manifeste par l'impuissance à divers degrés, la congestion prostatique, le défaut de désirs et d'érection, des éjaculations hâtives, le refroidissement des organes, alors que la constitution est en parfait état et l'homme aussi fort et énergique que jamais dans son travail physique et moral.
Ces pertes séminales involontaires sont-elles la <îause de l'affaissement, l'épuisement nerveux, comme on l'admet aujourd'hui, ou bien n'en sont-elles au contraire que l'effet et un symptôme, selon la doctrine exclusive d'il y a un demi-siècle? Des médecins de cette génération le soutiennent encore, en montrant qu'ils n'ont rien appris ni oublié. L'affaiblissement nerveux, produit et entretenu par ces pertes, persisterait tant qu'elles durent et ne disparaîtrait que par leur suppression.
Raisonner aussi absolument, c'est ne voir que la spermatorrhée inflammatoire, douloureuse, dont un exemple type est relaté sous le N^ 115 des Anomalies sexuelles, après six jours consécutifs d'excès vénériens, chez un jeune masturbateur. C'est confondre avec elle toutes les autres variétés des pertes séminales, actives et passives, décrites in extenso dans V Impuis sance physique et morale, page 186, nouvelle édition. Il serait superflu d'insister ici et de discuter sur ces distinctions, devant les faits montrant que Taffaiblissement nerveux génital s'observe sans pertes sémi nales ni douleur locale. Elles n'en sont donc pas l'unique cause. Les névroses génitales, exemptes de toute inflammation et coïncidant avec l'épuisement, en sont d'autres preuves démonstratives et indubitables. Ces pertes séminales peuvent être ainsi cause et effet, selon les cas.
Aucune confusion n'est donc possible entre ces pertes maladives, qu'elles soient d'origine générale ou locale, et les pollutions spontanées, dites fausses couches, qui ont lieu naturellement lors de la puberté, chez les garçons forts et robustes, exempts de tout abus vénérien. Leur rareté est l'opposé de la fréquence des autres et leur effet est plutôt salutaire que nuisible, malfaisant. Elles sont le signe de la force, la vigueur;' les autres, de la faiblesse et presque toujours de la neurasthénie sexuelle. Il n'y a d'exception pour les premières qu'en se prolongeant indéfini-
ment comme dans la continence prolongée. ( V. ce mot, page 120.)
De là, deux sortes bien différentes et distinctes de ces pertes, opposées même quant à leurs causes. Les premières, étant produites par l'abus des organes génitaux et leur irritabilité, sont toutes locales et résultent de l'atonie, l'affaiblissement et la dilatation des conduits excréteurs du sperme. Spontanées, au contraire, par défaut de fonctionnement, les autres proviennent de causes toutes morales: entretiens, lectures ou représentations libidineuses, c'est-à-dire du cerveau. Elles ont lieu en effet pendant le sommeil, sous l'influence de désirs erotiques, rêves lubriques, visions lascives, provoquées par l'activité ou l'excès de sécrétion du sperme et sa rétention dans ses réservoirs, à moins que des névroses locales les déterminent.
Deux observations feront saisir la différence de ces pollutions actives, causées par l'âge et les pertes passives, résultant de la masturbation.
112. — Un garçon de seize ans, cultivateur dans l'Ain, fut instruit par un camarade de son habitude de la masturbation. Il s'y livrait depuis un an lorsque, surpris par un de ses voisins, qui lui en exposa les dangers, il y renonça immédiatement. Deux jours après, il eut une pol' lution spontanée dans la nuit avec une certaine volupté, durant le rêve de l'attouchement d'une fille; ce qui n'a cessé de se répéter au moins toutes les semaines en interrompant le sommeil. Cette éjaculation spontanée, lente à se produire en plusieurs coups, a lieu surtout en étant couché sur le dos ou en prenant des excitants dafts la journée. Des douleurs dans la tête et la poitrine s'en-
suivent avec maigreur et faiblesse. Néanmoins, il avait assez bonne mine, à dix-huit ans, pour que ses parents ni personne ne s'en aperçût.
113. — Un f^arçon de treize à quatorze ans, bien portant, intelligent et travailleur, est placé demi-pensionnaire dans un collège de la Drôme. Voyant ses camarades se livrer à la masturbation et instruit par Tun d'eux, il les imite en juillet 4892, tous les jours d'abord pour diminuer le second mois et cesser en janvier, n'y trouvant guère de plaisir. Au printemps, il y revient parfois, tout en piochan sa rhétorique pour passer son baccalauréat à la fin de l'année. Simultanément, sa croissance précoce est si rapide qu'en six mois sa taille atteint 1 m. 76 avec de larges épaules et une poitrine très bombée. Vers la fin de 1893, n'ayant pas quinze ans révolus, il paraissait en avoir vingt, sauf sa figure imberbe.
C'est alors, se trouvant tout mouillé en se réveillant une nuit à la suite d'une pollution spontanée, que, sans y rien comprendre, il en fut effrayé, abattu, fatigué, prostré en se levant, avec mal de tête et incapacité de travailler. Les pollutions se renouvelant, ces accidents nerveux augmentèrent rapidement, sans qu'il pût en avouer la cause à sa mère. Un médecin, parent de la famille, fut appelé et, attribuant ces accidents neurasthéniques très marqués, comme les pollutions, à l'excès de travail et à la croissance coïncidente, sans en connaître la cause antérieure secrète, fit cesser les études immédiatement en prescrivant l'hydrothérapie et un traitement interne approprié.
Eclarré en secret, par la lecture de YOnanisme, seul et à deux, sur la nature de son état et ne pouvant se confier à personne, il en perdit la tête en s'en aggravant les conséquences. Les pollutions n'arrivant que dans le lit, il imagina de ne plus se coucher et passait ses nuits sur un fauteuil ou un canapé, afin de les éviter, car il en était très fatigué, refusant de se lever ensuite et de manger. Il ple;irait, av3.it le? yeux terne?, hagards, le caractère irritable,
très triste, désespéré, de f^ai et facile qu'il était auparavant. Insupportable le lendemain de ces pollutions, il refusait absolument toute nourriture, remèdes, distractions, et ne parlait que de partir pour échapper à la maladie, afin de mourir seul. Il se sauva à deux reprises pour éviter la douche.
Informé de cet état grave, je rassurai directement ce jeune homme, en lui indiquant la cause de ses pertes et les moyens topiques de les arrêter, Tusage d'un lit dur, une bonne nourriture, quelques sédatifs, en se calmant surtout par l'exercice, des promenades et des distractions agréables, la gymnastique, etc., sauf l'équitation et la bicyclette.
Nier la masturbation comme cause déterminante de ces accidents neurasthéniques, surtout à cet âge critique de l'adolescence, c'est la négliger de parti pris, sans vouloir en tenir compte, parce que certains garçons robustes échappent à d'aussi graves conséquences. L'étude et la croissance n'eussent jamais déterminé des pollutions aussi fréquentes, si l'appareil génital n'eut été préalablement surexcité et affaibli. Elles sont de simples adjuvants en pareil cas. D'où l'indication de traiter directement ces pollutions par les topiques de l'anus et les douches sur la colonne vertébrale et lombaire en particulier.
Il y a donc un grave danger à négliger ces pertes et une erreur très dangereuse à les considérer comme insignifiantes, lorsqu'elles ont lieu deux ou trois fois par semaine. Beard blâme hautement les médecins qui ont émis cette opinion. (Page 199.) En survenant après l'onanisme sous une forme quelconque, elles sont un effet manifeste d'un affaiblissement local et
la plus directe et redoutable cause de répuisement nerveux génital. Sans un traitement préalable, le mariage est toujours dangereux en pareil cas .
Même actives et spontanées, des pollutions aussi fréquentes ne sont pas à négliger. En étant la manifestation évidente d'une excitation erotique maladive, elles méritent toujours d'être réprimées par des calmants physiques ou moraux, suivant la cause qui les provoque.
En persistant indéfiniment dans le célibat et la continence, ces deux causes distinctes des pertes séminales et des pollutions spontanées ont le danger de produire également la neurasthénie sexuelle. Elle est d'autant plus grave, marquée et rapide, que les patients sont soumis à des conditions plus débilitantes de l'organisme ou qu'ils ont commis plus d'abus ou d'excès vénériens ensuite. Les observations 115 et 146, relatées aux Anomalies sexuelles, sont des preuves éclatantes de cette dernière proposition; lors même que ces pertes sont toutes passives, en allant à la selle et sans constipation ni douleur. Mais cette neurasthénie n'est pas plus la conséquence habituelle de ces pertes qu'elle n'est fatalement produite par la dilatation de l'estomac. La femme en offre la preuve irréfutable, en étant plus exposée à cette névrose que l'homme, après ses débauches vénériennes. Privée de sperme, elle y est donc conduite par son système nerveux seul. La même cause la produit chez l'homme; les faibles et nerveux en sont ainsi les plus menacés
La spermatorrhée ou écoulement continu et passif du liquide spermatique altéré, diffluent, se produit ainsi le jour et la nuit. Il est provoqué par la moindre cause occasionnelle, morale ou physique : excitation erotique, compression du périnée, oscillation du corps en voiture, en chemin de fer, à cheval ou en bicyclette. L'observation 200 des Anomalies sexuelles en offre le type. « Cet accident, a dit Lasègue, devient un trouble immense, une véritable calamité qui empoisonne la vie; les malades deviennent sombres et mélancoliques, ils ont des étourdissements, des vertiges fréquents et déclarent qu'ils ne peuvent se livrer à aucun travail sérieux. » Signes évidents de neurasthénie.
De nombreux examens d'urine ont démontre à Beard que l'écoulement passif du sperme, en urinant et en allant à la selle, n'est pas la vraie spermatorrhée. Le défaut d'examen et d'enquête à ce sujet, près des malades, a répandu la croyance contraire, d'après l'enseignement médical, écrit et oral, que ce fait était très rare. On le traite d'illusion, tandis qu'il peut être démontré à quiconque sait examiner l'urine à cet égard et prend le temps de le faire. C'est un signe très fréquent de neurasthénie et d'autres maladies débilitantes. Les oxalates, les phosphates, les urates en excès y sont également découverts et observés. La composition de l'urine varie ainsi non seulement chaque jour, àcI:;i.TMe heure, mais à chaque instant même chez les nerveux, selon leurs impressions. C'est |o K^rn^Tiètre de la digestion et de tout le système. Faire de c-rjr 3hangements autant de maladies spéciales et
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distinctes, est aussi peu scientifique que d'appeler albuminurie ou diabète l'apparition de Talbumine et du sucre dans l'urine ; erreur démontrée actuellement par des milliers d'expériences. Il en sera de même de la présence fréquente du sperme dans l'urine, quand on voudra s'en convaincre, comme signe de neurasthénie sexuelle ou épuisement nerveux génital.
La justesse de ces remarques n'exclut pas la gravité ni le danger de cette variété de spermatorrhée par Turine et les selles ; les atténuations de Beard à cet égard ne doivent pas le faire méconnaître. Si cachée et obscure soit-elle, la réalité de ces pertes séminales les rend aussi préjudiciables que les plus apparentes. D'où l'urgence d'en rechercher et constater la présence dans ces excrétions. Cause ou effet de la neurasthénie sexuelle — car elles peuvent être l'une et l'autre — il est toujours nécessaire de les combattre, surtout lorsqu'elles sont continues et persistantes, par des moyens locaux et généraux, pour les faire cesser. Beard constate lui-même cette nécessité, en désignant ces pertes sous le nom de spermatorrhée latente à l'observation 136.
De grandes analogies existent entre les névroses, résultant de la continence chez l'homme, et celles produites par la spermatorrhée. D'après les observations des auteurs, la sécrétion du sperme est peu abondante dans celle-ci, et la plus grande partie de la matière expulsée provient des glandes accessoires et non des testicules. Tous les phénomènes grave:; resai-
tant des abus vénériens ne doivent pas être attribués, également à la déperdition du sperme, mais à la secousse nerveuse produite par l'éjaculation. Les névroses coïncidant avec la spermatorrhée ne dépendent donc pas logiquement de la perte du sperme» des affections identiques s'observant chez des malades atteints d'orchite et dont l'épididyme obstrué s'oppose au passage des spermatozoaires.
Une irritabilité spéciale des yeux est signalée par Beard, page 177, comme un symptôme nerveux de cette spermatorrhée. Il en cite trois cas, sous les numéros 3, 33 et 38. Sans caractère déterminé, cette ophthalmie est très pénible, en incitant irrésistiblement les malades à y porter subitement la main pour les frotter et presser dessus. Un oculiste consulté par un gentleman atteint de cette affection n'a pu rien constater localement pour l'expliquer. Il l'a rattachée ainsi à une lésion profonde du fond de l'urèthre, déterminant l'écoulement spermatique, avec l'indication de le traiter localement pour mettre fin à l'irritabilité oculaire. Voici la principale de ces observations :
1 14. — Un gentleman distingué, de trente-six ans, d'une grande instruction scientifique et d'un parfait bon sens, était atteint d'une vraie spermatorrhée depuis plusieurs années, à la suite de la masturbation, contractée très jeune et cessée depuis onze ans. Chaque selle était presque accompagnée d'une perte plus ou moins abondante, vérifiée au microscope. Sans être hypocondriaque comme la plupart de ces malades, il était neurasthénique, comme dans la majorité des cas,et se plaignait surtout d'insomnie,
de dyspepsie nerveuse, d'asthénopie et de débilité mentale «t physique. Mais la faiblesse de ses yeux était sous la plus étroite et directe dépendance de l'excitation de sa fonction génitale. Assez intime avec une jeune dame pour badiner, folâtrer avec elle et l'embrasser, il arrivait, en prenant ces privautés, que l'orgasme se produisant, l'éjaculation ou plutôt la perte séminale avait lieu spontanément aussitôt. Il en éprouvait ensuite un sentiment de grand bien-être et de soulagement délicieux, mais faisant place le lendemain à une lassitude particulière de la tête et du corps, avec trépidation nerveuse dans la région hypogastrique, empêchant le repos la nuit, et exacerbalion de l'irritabilité oculaire ; ce que le malade exprimait en disant: Chaque heure d'excitation sexuelle se réverbère sur mes yeux.
Un célèbre médecin l'avait assuré qu'il guérirait en se mariant, et il demandait si un coït normal n'aurait pas les inconvénients produits par ses privautés galantes. Beard y mit pour condition préalable un traitement sédatif et fortifiant durant plusieurs mois, et une grande modération ensuite dans ses rapports conjugaux.
Le malade se maria bientôt, sans faire aucun traitement, en objectant qu'il avait déjà pris inutilement ces remèdes. Mais peu de semaines après, il revint en se plaignant d'avoir reçu un mauvais avis, puisque les rapports naturels lui avaient été plus nuisibles et préjudiciables que ses simples galanteries. Beard lui opposa que le mariage ne lui était malfaisant que faute d'avoir suivi le traitement prescrit auparavant. Il le soumit dès lors à l'usage interne de l'ergotine, la belladone, le bromure de camphre, le eathétérisme uréthral et rectal, avec la continence jusqu'à être plus fort. {Observation XXXIIl.)
Dans la spermatorrhée pathologique, Mandl, l'un des premiers, a constaté l'altération du sperme. Il a
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trouvé dans la dernière goutte d'urine transparente, expulsée après la défécation, des spermatozoaires atrophiés et diminués de volume dans leur tête surtout. Au contraire, ils sont plus rares et plus petits dans la goutte opaque et blanchâtre, à la suite d'une pollution, par l'abondance même du sperme. Les malades expriment ce fait en constatant la diminution de l'opacité et la consistance de leur sperme.
Voici les faits observés à la suite de ces différentes causes :
115. — Un étudiant de vingt ans, ayant contracté en pension la vieille et funeste habitude de la masturbation, éprouve, tous les quatre à cinq jours, des pertes séminales ayant lieu sous l'influence de rêves, plutôt pénibles et douloureux qu'agréables et lascifs. Elles surviennent même dans le jour, quand il a peur d'être en retard à ses leçons. Elles ont été combattues tour à tour par la cocaïne, la morphine et le café. Il a pris aussi la strychnine en potion et des douches, sans grand succès. Les digestions sont pénibles, et le moindre excitant, comme le café, suffît à déterminer ces pertes avec insomnie. Leur intensité est telle que, depuis quatre mois, elles ne laissent plus de traces sur le linge. En contact avec une femme, le sperme s'échappe avant que l'érection rende l'intromission possible. Il constate aussi qu'en agissant sur le moral, cette maladie affaiblit son caractère et produit une tristesse extrême.
Combien de garçons, victimes de ces mauvaises habitudes, ne pouvant terminer leurs études près de leur famille, sont envoyés à Paris, par des parents imprévoyants, et enfermés dans des boites pour passer plus sûrement leurs examens ! En redoutant le mal
caché, à cet âge critique, ils devraient au moins essayer de le faire avouer, sinon éclaircir par le médecin. N'y verrait-il que la neurasthénie, comme dans l'observation 113, c'en serait assez pour les retenir près d'eux ; tandis qu'en s'en séparant, ils mettent en péril leur santé à venir, et même la vie chez d'aucuns. Dans ces conditions, ces jeunes étudiants ne peuvent travailler efficacement et leur état physique et moral ne fait que s'aggraver, comme dans les cas suivants :
116. — Garçon de vingt ans, adonné à la masturbation depuis rage de treize ans. Malgré un très fort appétit, il ne profite pas. Atteint de myopie à quatorze ans, l'obligeant à porter un binocle, il conserve un teint très pâle et les yeux entourés d'un cercle bleuâtre.
Quoique arrêté sur ce mauvais penchant, par la lecture de VOnanisme^ il se réveille à chaque moment de la nuit, en érection constante, suivie de pertes séminales, sans aucun attouchement volontaire. La marche, la gymnastique, le vélocipède, essayés tour à tour pour mettre fin à ces troubles du sommeil, ont complètement échoué. Que faire?
117. — Un garçon de vingt-deux ans se déclare impuissant, quoique musculairement fort, après essai durant son service militaire. Sa timidité l'a conduit à se livrer à un
ivice solitaire, inutile à nommer, pendant quatre ans. Parvenu à en triompher en six mois, il a été atteint ensuite
'de pertes séminales, trois à quatre fois par semaine, sans avoir jamais depuis que des demi-érections, malgré un régime fortifiant et beaucoup d'exercice. Il éprouve une grande tristesse, sans accuser d'autres accidents.
Un examen, quand il est possible, dans ces cas embarrassants, mal dessinés, est toujours nécessaire
pour instituer un traitement judicieux, hygiénique et moral surtout. C'est en évitant de s'y soumettre que ces timides et irrésolus accroissent et aggravent leur état par l'emploi de moyens contraires, comme la bicyclette ou l'équitation, essentiellement contrindiquées en pareil cas. En refusant de se faire connaître et en gardant leur secret, ils s'exposent à des effets consécutifs plus sérieux.
118. — Le fils d'un médecin de la Mayenne, âgé de vingt-huit ans, grand et fort, venu à Paris pour s'amuser avec la succession de sa mère, ne peut y réussir à son gré, par une érection molle et une éjaculation hâtive, avant même que l'intromission soit complète. Elle n'est dure que par la masturbation avec éjaculation rapide et abondante.
A l'aspect simple et hébété de ce garçon, atteint d'un strabisme très converirent de l'œil gauche, qui l'a fait réformer, je demande des détails plus précis. Sa faible intelligence, dit-il, l'a empêché de faire ses études et d'apprendre aucune profession. A douze ans, il a commencé la masturbation solitaire, en s'y livrant souvent jusqu'à trois fois la nuit. Il a continué ainsi jusqu'à vingt-six ans, soit isolément, soit avec des acolytes. Il voit alors une prostituée et, presque sans y toucher, il contracte une blennorrhagie.Mal soign.e, elle met dix-huit mois à guérir. Une éruption acnéiforme existe sur tout le dos, depuis six ans. Testicules pendants très bas et provoquant des douleurs par la marche.
L'abus prolongé de la masturbation ou du frottement et l'irritation du canal de l'urèthre en résultant fréquemment, d'après Beard, sont évidemment les causes principales des accidents génitaux signalés. L'écoulement succédant aux premiers rapports en est surtout
justiciable, plutôt qu'à la contagion, dans beaucoup de cas. Son défaut d'acuité et de douleur au début le fait ressembler plutôt à un catarrhe uréthral, dû à l'irritation profonde du canal, qu'à une blennorrhagie aiguë. Sa résistance aux remèdes spécifiques et sa durée indéfinie, constatées souvent, notamment chez deux masturbateurs suisses, en sont d'autres probabilités. D'où l'indication de ne le considérer et le traiter comme blennorrhagie que sur la présence positive du gonocoque ou sa contagiosité. Chez ce garçon fort et robuste, exempt de toute trace neurasthénique, quoique nerveux, il faut attribuer son affaiblissement génital très marqué à ses abus d'onanisme antérieurs, quoique sa constitution en fût restée par. faitement indemne ? Démonstration que la neurasthénie dépend plus d'un tempérament faible, lymphatique et strumeux que des excès vénériens. Voici un nouvel exemple à l'appui :
119. — Un percepteur de trente-six ans, sur le point de se marier, craint de ne pouvoir remplir ses devoirs conjugaux, à cause de pollutions nocturnes, sans volupté, d'érections peu durables etd'éjaculations anticipées depuis longtemps. Abus de la masturbation solitaire de quinze à dix-huit ans, par besoin, mais jamais du coït ensuite, en raison même des accidents précités. Militaire pendant seize ans en Tunisie, il y contracte successivement deux blennorrhagies et un chancre, suivis de pustules muqueuses et de syphilides traitées activement, mais récidivées au point de n'avoir cessé le traitement spécifique que depuis quelques mois.
Néanmoins, la santé générale est restée satisfaisante, sans aucun trouble nerveux. Deux à trois rapports sexuels par mois n'empêchent pas deux pollutions involontaires
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par semaine. Érections plus soutenues en faisant sa cour, par l'excitation erotique en résultant, et suivies de poilulions quatre à cinq nuits consécutives et se répétant même parfois.
Soumis aux douches et à la médication topique anale des lavements et suppositoires à la noix vomique et à la strychnine pendant la nuit, avec bromure de camphre à l'intérieur, ce malade accusait une grande amélioration dans ses pertes séminales passives; alors que les frictions, pilules et bains, longtemps employés auparavant, n'avaient donné aucun résultat. Preuve qu'il s'agissait d'une atonie locale avec relâchement des canaux éjaculateurs. Ce n'est donc pas des toniques ni des reconstituants généraux, administrés d'ordinaire, qui peuvent agir efficacement sur un affaiblissement génital localisé et sans aucun signe neurasthénique.
Le contraire se montra dans le cas suivant, malgré l'analogie des causes et de la constitution, le climat et le tempérament expliquant ces différences.
120. — Un jeune Américain, après avoir abusé de luimême, cessa subitement d'une manière complète et absolue. 11 eut d'abord des pertes séminales très fréquentes qui diminuèrent graduellement à quatre à cinq par mois. Elles se manifestaient exclusivement le jour, en allant à la selle, n'en étant incommodé que par intervalles.
Il se présente à trente ans, doué d'une grande force physique, capable de parcourir à pied de grandes distances. Et cependant il accuse depuis sept à huit ans des tintements d'oreilles avec pesanteur de la tête, dépression mentale et crainte de la société; sueurs des mains, douleurs derrière la tête, entre les épaules et la colonne lombaire, au niveau du centre génital, Sommeil léger, interrompu de cauchemars. Éjaculation prématurée dan? les rapports sexuels^ sans volupté normale. Écoulement muqueux par l'excitation erotique avant et après l'acte. Pénis très volumineuj
CAUSES LOCALES 3oT
et flasque, comme hypertrophié, avec éréthisme constant K'sultant de son ancienne habitude. (Beard, observation