XXXVI
Cette dangereuse conséquence de la '.nasturbation -t surtout inévitable quand on y met lin aussi subiitiment, d'une manière complète et absolue, sans autre exonération supplémentaire. Le système nerveux en est fatalement troublé, perturbé, chez les jeunes gens affaiblis par une habitude ancienne et fréquente, comme les observations suivantes le démontrent. Une maladie aiguë, d'une certaine durée, peut seule produire un changement aussi subit sans danger. Autrement, mieux vaut y renoncer d'une manière graduelle ou par un coït hygiénique
Les rapports sexuels précoces ou excessifs, surtout quand ils ont été précédés d'onanisme manuel ou de trottement, produisent rapidement le même effet, dans le célibat comme dans le mariage, et avec une préférence marquée chez les libidineux. D'où le danger du mariage en pareil cas. Beard en cite les exemples suivants :
121. — Un ingénieur, marie' depuis dix ans, s'était ivre pendant les deux premières années à des rapports 'njugaux au moins cinq fois par semaine. Des pertes minales involontaires se manifestèrent bientôt et avaient leu trois fois par semaine, avec diminution du plaisir lans le coït normal, lorsqu'il consulta Beard. Il accusait ussi des vertiges de Festomac avec nausées, mouches liantes et affaiblissement de la vue. Une perte séminale
involontaire suivait même le coït parfois, avec bourdonnements d'oreilles ensuite et le sentiment d'un cercle autour de la tête avec sensation de froid en arrière. (Page 135.)
122. — Un Anglais avait pris à quinze ans Thabitude 5e la masturbation, en la renouvelant successivement jusqu'à deux à trois fois en une heure. A dix-huit ans, il commit des excès sexuels. Marié ensuite, il perdit bientôt sa femme. Émigré aux États-Unis, il éprouva pendant deux ans une diminution de sa virilité, avec écoulement prostatique spontané, en folâtrant libidineusement avec les femmes. A trente ans, il fut pris de raideur des membres inférieurs et de douleurs dans le bas de la colonne vertébrale, derrière la tête et le cou, avec un sentiment de pression, chaleur tout le long de la colonne vertébrale ; plante des pieds douloureuse avec le talon comme à nu; gencives sensibles et blanches, pupilles dilatées, dyspepsie nerveuse ; refroidissement des pieds et des mains, surtout en étant préoccupé; diminution du pouvoir de penser; sonneries des oreilles et insomnie, vertiges gastriques et vomissements, avec aversion de la société.
Un voyage en Europe n'amena aucune amélioration; au contraire, les mains enflèrent avec bouffissure de la face étant sur mer. Toute cette collection de symptômes nerveux eut lieu sans spermatorrhée évidente. (Page 183.)
123. — Ingénieur belge de trente-six ans, célibataire très nerveux et impressionnable. Après une jeunesse orageuse, il se plaint, le 8 juin 1891, d'éjaculation précoce dans ses rapports sexuels et de pertes séminales nocturnes dans l'intervalle. En vue d'un prochain mariage, il s'en inquiète, d'autant plus qu'il éprouve de la pesanteur au périnée avec érections moins fréquentes, fermes et durables. Idées noires, tristesse profonde le troublant dans ses travaux ; perte d'appétit, maigreur, diminution des forces, insomnie.
Soumis au traitement topique anal avec douches, bains de siège froids, toniques nervins à l'intérieur avec coït hygiénique et ralentissement des visites fréquentes, intimes
et prolongées à sa fiancée, réi^ime tonique sans excitants, il revint, le 10 août suivant, avec une amélioration sensible dans toutes ses fonctions. Pas de pertes séminales pendant dix jours. Le défaut de coït hygiénique les a fait reparaître en faisant la cour à sa fiancée. Recommandation expresse de continuer rigoureusement la prescription, moins les bains froids et le quinium remplacé par le sucre vanillé à la kola et la coca. ^
Le l^"" septembre, il écrivait : « Amélioration sensible qui me fait partager actuellement votre assurance d'une guérison prochaine. Deux pertes nocturnes seulement dans ces vingt derniers jours et érections de plus en plus fortes dans le coït hebdomadaire avec éjaculation plus tardive et voluptueuse. Des rêves libidineux ont eu lieu sans émission autre que l'écoulement d'un liquide incolore et visqueux après chaque érection spontanée. »
Prescription du mariage, après un séjour d'une quinzaine à la campagne.
124. — Un cas encore plus démonstratif est celui d'un homme de trente-six ans, de nature nerveuse, servant dejboutde six heures du matin à quatre heures du soir. Epris jdès l'âge de quinze ans d'une jeune fillette lui accordant beaucoup de faveurs sans rapports possibles, il se masturba jdeux à trois fois par semaine jusqu'à son service militaire, en gardant ensuite la continence jusqu'à son retour, c'està-dire vingt-trois ans. Il se marie alors et commet des excès sexuels jusqu'à tomber épuisé. Pertes séminales nocturncE jet diurnes consécutives. L'hydrothérapie et une saisoa jthermale le remettent sur pied. Mort de sa femme d'une jaffection de la matrice.
j Avec le veuvage à trente ans, les pertes séminales reviennent, malgré une exonération manuelle hebdoniddaire. Il reste impuissant dans une tentative de coït et 'l'éjnculation a lieu sans érection. Un traitement interne jprolongé avec quinquina, bromure, noix vomique, fer et afTusions froides locales le soulagent sans guérison, car eu faisant la cour à une fille, pour se remarier, il ne pouvait
la voir sans entrer en érection avec perte immédiate. Marié, il a des éjaculations si précoces et insensibles qu'il répète toujours le coït, afin de le rendrepluscomplet.il s'anémie ainsi de nouveau, tout en ayant un bon régime alimentaire, sans alcool ni tabac. Il perd alors la mémoire, au point d'oublier les objets d'épicerie vendus à un même client, s'il n'en prend note au fur et à mesure qu'il les débite ; il oublie le nom des clients et éprouve de la difficulté à calculer. Mais le sommeil est bon, sans rêves.
Une extrême lubricité joue sans doute un rôle dans ce trouble de la fonction séminale, sécrétion et excrétion ; mais la masturbation durant l'adolescence et Tabus du coït ensuite sont évidemment les principales causes de cet affaiblissement avec irritabilité des conduits séminaux. La preuve en est dans la génération même de cet homme. Sur cinq grossesses de ses deux jeunes femmes, il y eut deux fausses couches, et des trois enfants nés à terme et vivants, deux ont bientôt succombé et il ne reste ainsi qu'un enfant survivant. Telle est la conclusion fatale du fonctionnement forcé, exagéré, irrégulier et troublé d'une sécrétion sourde et involontaire comme la sauve et qui ne devrait s'exercer qu'au besoin.
125. — Un orphelin est placé tout jeune au collège où il contracte, dès l'âge de douze ans, l'habitude des pratiques solitaires, en s'y livrant au moins deux fois par semaine et augmentant graduellement jusqu'à seize. Éclairé par la lecture de VOnanisme, il s'en relâche bientôt. A dix-sept ans, il est pris de rêves lubriques avec pollutions involontaires, se répétant plusieurs fois la nuit sans s'éveiller, et suivies, le iour. d'écoulement d'une matière épaisse iïaîich^tin eu iiiant à Is. selle.
La spermatorrhée était évidente dès le commencemenl
ae 1891. Quelques mois de vie libre, de de'bauche après l«s vacances, avaient suffi à cet éphèbe élancé, très nerveux et prompt jusqu'à la brutalité parfois — faisant la noce avec cinq à six camarades, jouissant d'une certaine aisance comme lui et en compagnie de filles qui \ai taillaient des plumes, ne se couchant guère avant minuit pour se lever à dix heures, montant à cheval, vivant bien et buvant sec dans une grande ville de plaisirs du Midi — pour déterminer cet état grave. D'où l'injonction de quitter immédiatement la ville pour la campagne, dans les montagnes voisines, avec régime sobre et fortifiant en famille, repos, promenades hygiéniques sans équitation, traitement topique anal avec noix vomique et strychnine; ce qui fu/ suivi ponctuellement.
Mais le mal était fait. Une bronchite, qu'il avait en partant devint une pneumonie à l'arrivée et, à la douleur légère du testicule droit, succéda une orchite avec vomissement, faisant craindre une péritonite- Il eût peut-être payé de sa vie ce premier écart de jeunesse, s'il n'eût eu de bons soins dans la famille de son oncle et tuteur. Un régime frugal avec quinium avant le repas, vin coupé d'eau d'Orezza pour boisson, beaucoup de lait dans l'intervalle, des promenades et de bonnes nuits, avec tisane de tamarin contre la constipation, ramenèrent la santé.
Effet ou non du traitement, de la fièvre, du repos ou de la diète forcée, les pertes étaient très rares deux mois après. Il revint ainsi à la ville fin juin pour se distraire et prendre des bains de mer. Mais s'apercevant qu'il retombait dans ses anciennes habitudes et ne se trouvant pas ] guéri, il repartit bientôt pour la montagne.
Si l'état était plus satisfaisant que la première fois, écrivait-il, l'estomac est bien fatigué et faible avec embarras au moindre écart de régime, faiblesses et envies de vomir douleurs de ventre, vomissements et diarrhée. Sans avoir leur première gravité, les pertes persistaient, le matin surtout, avec excitation troublant le sommeil. C'était un simple écoulement passif, sans jouissance, d'un liquide
'662 ÉPUISEMEiNT NERVEUX GÉiNlTAL
visqueux et transparent comme la colle. Il y eut ensuite rétention d'urine, suivie d'émission douloureuse, mêlée de sperme et de sang, par saccades avec épreintes anales sans selles. Cet état dura trois jours consécutifs avec intermittences, exacerbations, surexcitation nerveuse et insomnie, malgré Fusage du bromure de potassium.
Un séjour dans les Alpes en septembre calma heureusement la surexcitation nerveuse, ainsi que les pollutions nocturnes, en ramenant le sommeil et l'appétit. Et malgré une nouvelle bronchite, ayant nécessité le séjour au lit et des vésicatoires, ce jeune homme de vingt ans à peine, ayant passé Tannée précédente sans pertes séminales, excepté par la défécation, s'est marié à une jeune fille de son âge et remplissait parfaitement ses fonctions.
Reste Tavenir qu'il serait imprudent de garantir en pareil cas. Même sans tare héréditaire, des névroses locales sont toujours à redouter, comme le priapisme, des troubles de la prostate, de la vessie et même des reins. Exemples :
126. — Célibataire de trente-quatre ans, lymphaticrtnerveux, très impressionnable, comptable en province, atteint depuis six à huit ans de pertes séminales nocturnes par abus de coït plutôt quç de masturbation. Début à quatorze ans, suivi de deux blennorrhagies et d'hématun<» consécutive ayant duré trois jours. Eczéma local disparu par un traitement violent. Des pertes diurnes ont alors lieu par la défécation, l'urination et le simple contact des femmes, sans trace d'érection.
De là impuissance avec idées sombres, lassitude et dégoût. Vertiges jusqu'à perdre connaissance. Digestions laborieuses et constipation, malgré un bon appétit et un sommeil satisfaisant. Urines chargées laissant un dépôt jaunâtre et tapissant en rouge le fond du vase. Excès de tabac.
Jeunesse malheureuse. Épanchementpleurétique, à vin
CAUSES LOCALES 36a
trois ans, durant quatorze mois. Récidive de l'eczéma génératisé à trente-deux ans. D'où l'indication d'un organisme très hypothéqué, exigeant une hygiène sévère et un régime tonique, fortifiant, sans nulle excitation, même du tabac. Injections anales, à garder et absorber la nuit, d'une verrée d'infusion de feuilles de tilleul avec teinture de noix vomique. Résultat inconnu.
127. — Un receveur des contributions indirectes, âgé de quarante-neuf ans, marié depuis quinze ans sans enfants, d'un embonpoint excessif, ayant bon estomac et bon appétit, accuse des sueurs très abondantes au moindre effort, même en dormant, le corps restant froid; sommeil agité et non réparateur, mollesse du corps et des membres. Squammes de la tête et de toutes les parties velues. Cheveux et poils se dessèchent, cassent et tombent sans^ repousser, barbe et sourcils compris, sans grande démangeaison.
Cet état, remontant à une douzaine d'années, est attribué à la masturbation pendant la jeunesse et aux abus sexuels ensuite, sans aucune maladie vénérienne, mais ayant déterminé des pertes séminales et prostatiques qui ont duré de longues années. Les premières ont cessé, il y a deux ans, par les reconstituants : fer Bravais, quinquina, lotions, douches, etc. ; les autres surviennent encore à la moindre excitation, aux pensées voluptueuses suivies d'érections molles et affaiblissantes. Pas de douleurs névralgiques, ni migraines, ni spasmes; mais légers éblouissements passagers de la vue après travail assidu d'écritures .
Considérés par l'auteur comme la « déchéance prématurée de l'organisme, déterminée par ses abus, » ces accidents ont été combattus par le bromure de camphre, les pilules d'hyosciamine amorphe, des lotions et des bains sulfureux avec régime tonique et cessation du café et gloria le soir. Six semaines a|M*ès, il accusait moins de sueurs, plus de repos la
nuit et moins d'échauffement intérieur avec la peau propre, lisse et blanche, sans squammes ni démangeaison ; mais les poils et les cheveux continuaient à se dessécher, se casser et tomber, comme la conséquence de cet épuisement nerveux génital chez un homme de quarante-neuf ans ! Des embrocations toniques locales ont été prescrites pour combattre cette calvitie précoce.
128. — Homme d'âge moyen, refusant de le préciser et de donner son adresse. Atteint de pertes séminales involontaires depuis longtemps, après s'être adonné à la masturbation étant jeune. Livré d'abord à renseignement, il Ta quitté pour Tagriculture.
Débilité physique frappante, aspect hagard, mélancolique, yeux rouges, gonflés, infiltrés, timidité caractéristique, affaiblissement de la mémoire et la concentration des idées, neurasthénie évidente.
11 attribue tous ses troubles nerveux à sa débilité sexuelle et déclare perdre du sperme avec l'urine. L'examen confirme, en effet, la présence de spermatozoaires flottant dans ce liquide. C'est donc un cas de spermatorrhée réelle, le sperme s'échappant sans aucune excitation naturelle ni artificielle. (Beard, observation XV.)
129. — Un garçon de vingt-cinq ans, adonné à la masturbation de 1880 à 1889, en s'y livrant par accès plus ou moins fréquents, dont il donne la liste de seize à vingtquatre ans, s'aperçoit en 1882 d'un varicocèle à gauche en faisant de la gymnastique. Écoulement uréthral ensuite d'un liquide blanchâtre, en allant à la selle, avec spasm» qui a persisté depuis ; urine blanche parfois.
Un charlatan, consulté en 1888, diagnostique une spermatorrhée et le soumet à l'usage de son rob et ses pilule pendant six mois; d'où s'ensuivit une odeur fétide du sperme et une maladie de vessie avec urines troubles et glaires blanchâtres, sédiment rouge jaune, graviers déce-
lant à l'analyse un excès d'acide urique et urates alcalins. Redevenues claires sous l'influence des pilules Rochu, elles sont très abondantes après le repas et presque incolores avec un le'ger spasme de l'organe ensuite, quoique ne fumant ni ne buvant jamais. Père lymphatique, atteint d'une hypertrophie de la prostate à la fin de sa vie.
Quoique assez fortement constitué, ce jeune homme était anémié, nerveux, avec estomac très faible, digestions difficiles et sujet aux migraines, en été principalement ; signes bien évidents de sa neurasthénie sexuelle. Il y a cependant des exceptions, malgré tous ces abus, chez les individus forts et robustes en particulier. Plusieurs se sont montrés réfractaires à ces pertes et accidents neurasthéniques, au moins immédiatement. Exemples :
130. — En vue d'un mariage possible prochainement, un grand garçon, brun, de fort belle apparence, occupant une position officielle en Bourgogne, demande la conduite à tenir en raison de son passé. Il a commencé à se masturber seul de neuf à dix ans, excité surtout par des idées de cruauté, en faisant souffrir des enfants ou les voyant martyriser. Ejaculation précoce, sans aucun accident ni relâche dans ses études.
A seize ans, il juge le frottement plus naturel et l'emploie au besoin ou par habitude jusqu'à vingt, sans pertes ni pollutions spontanées. Il s'essaie enfin aux rapports sexuels dans la prostitution et contracte deux blennorrhagies successives. Dégoûté, il revient au frottement sur ses draps en cas d'insomnie, et ce n'est que fasciné par la vue des femmes qu'il a recours à la prostitution libre ou clandestine, sans avoir eu jamais de maîtresse attitrée.
Malgré son âge et sa force, il s'exonère seulement tous les huit à dix jours et un suintement uréthral indolore se
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montre par intervalle. Un cathe'térisme par le professeur Guyon, pratiqué la veille, n'a rien constaté. Il craint d'augmenter ce suintement en voyant des filles et demande s'il n'est pas préférable de s'exonérer par le frottement pour ne pas s'exposer à refuser le mariage en question. Un consultant célèbre lui a répondu que c'était indifférent, fi'est le contraire, dis-je, les rapports naturels sont toujours préférables, avec une connaissance, sauf à prendre les précautions d'usage et des injections dans l'intervalle.
131. — Un étudiant juif, de vingt-trois ans passés, écrit que, depuis l'âge de dix-sept ans, il a contracté Thabitude de se coucher à plat ventre sur son lit, pour se polluer tous les deux à trois jours, en se masturbant dans la journée, ce qui fait ordinairement deux à trois pollutions chaque jour.
Il avait supporté ces abus sans accident, lorsqu'il s'aperçut récemment d'un chatouillement doux du méat avec sensation d'écoulement. Un fluide moins visqueux que le sperme s'écoule même parfois. Sensibilité émoussée du gland, absolument à nu par l'excision complète du prépuce lors de la circoncision, malgré une verge énorme dans l'érection.
Effrayé par ces découvertes, il cessa immédiatement toute pratique onanistique et se livra à des rapports normaux, tous les quinze jours, sans en ressentir grande volupté. Au moindre contact, un baiser même suffit à provoquer spontanément une abondante éjaculation. Quoique grand et fort, d'une constitution saine et robuste, il fut démoralisé en se croyant atteint dans sa virilité. Des douches froides périnéales et l'usage interne du phosphate de chaux n'ayant pas ramené l'équilibre de ses fonctions génitales, il vint demander avis sur ce qu'il devait faire en un pressant besoin : recourir aux prostituées qui le dégoûtent ou se polluer sur son lit? Ni l'un ni l'autre, répondis-je, travaillez moins tard, nourrissez-vous bien sans aucun excitant, continuez vos douches, ayez une con-
naissance pour vous exonérer au besoin, sans excès, en attendant votre mariage en vue.
Des effets différents, opposés même, résultent ainsi de l'irritation et l'abus naturel ou artificiel des organes génitaux, selon la constitution de ceux qui s'y livrent, dit Beard. Ils restent locaux chez les hommes forts, robustes, vigoureux, et se limitent ordinairement à l'impuissance à divers degrés, parfois jusqu'à la plus grave et opiniâtre, avec congestion de la prostate, absence de désirs et d'érections, éjaculations prématurées, refroidissement des parties, tandis que la constitution, la santé et les forces sont intactes. Il en cite les preuves suivantes à l'appui, sous les n"" 23, 24 et 25 de ses observations.
132. — Un gentleman de trente-sept ans, véritable athlète, très fort et distingué au gymnase, gros sans être très grand, se plaignait de faiblesse sexuelle l'empêchant de se marier. Adonne' à la masturbation à quatorze ans, il y persista longtemps, étant tourmenté par de fréquentes érections, quoique ayant seulement deux pertes mensuelles. Malgré sa parfaite santé, il avait de si fortes palpitations que son prie-Dieu en était ébranlé à l'église. Des calmants et des toniques lui ayant permis de se marier, il vint tout effaré le lendemain annoncer son échec; il n'avait pu consommer son union, La continence lui fut prescrite avec reprise du traitement antérieur. Des symptômes prostatiques y firent ajouter l'emploi de la belladone, du seigle ergoté et la cantharide à faible dose. Peu de jours après, il obtenait un succès satisfaisant.
L'impuissance existant avec une force musculaire
norme est donc un fait intéressant, de même que
i état du cœur ressemblant plus à celui d'une femme
délicate qu'à celui d'un hercule. L'échec du coït peut être ainsi plutôt psychique que physique, comme la preuve éclatante suit :
133. — Un garçon de trento-trois ans, masturbateur de dix-sept à vingt, est pris ensuite de pertes séminales. Elles avaient cesse', lorsqu'il fut atteint de congestion faciale avec dépression mentale telle qu'en se trouvant en com-^ pagnie, il était pris de palpitations et sentait ses jambes fléchir par crainte de la société. Mais sauf ces symptômes généraux, le pouls était bon et Testomac excellent, muscles fermes lui permettant de grands efforts dans son commerce. A l'examen, ni phimosis, ni rétrécissement, malgré une gonorrhée antérieure. Néanmoins, la faiblesse sexuelle était manifeste par des érections sans éjaculation et incapacité d'un coït normal.
Soumis aux applications électriques, locales et générales, avec des sondes métalliques jusqu'à la profondeur du canal de Turèthre prostatique et à l'aide de brosses électriques sur le périnée et la partie inférieure de la colonne vertébrale, aucune trace d'hyperesthésie n'en résulta, ni la moindre difficulté, dans ce traitement local, d'applications d'iodoforme et d'injections de liqueur de bismuth. Son amélioration permit enfin le mariage dont il remplit aussi bien les devoirs qu'il était incapable et insuffisant avec une étrangère, lorsqu'il était en proie aux symptômes d'anthropophobie précités. Il avait même échoué avec une étrangère, en s'essayant peu de temps avant soû mariage.
134. — Un garçon ayant contracté l'habitude de la masturbation dès l'âge de quinze ans, et conservée durant plusieurs années, n'éprouva pas ensuite toute la volupté qu'il attendait des rapports naturels. L'éjaculation était trop rapide et le coït ne pouvait se renouveler qu'à de longs intervalles. Néanmoins, il resta ainsi jusqu'à l'âge de trente-sept ans, et consulta Beard pour cette débihté
génitale. C'était un gentleman très gros et grand, d'une force physique et d'une résistance considérables. L'examen montra le testicule droit très abaissé et irritable, avec douleur à la pression. Prépuce allongé. Conjonctivite, sans autres symptômes nerveux qu'un certain degré d'anthropophobie, c'est-à-dire hypocondrie, isolement, tristesse par crainte de la société. Il avait été traité par les sondes sans succès.
Ni albumine, ni sucre, ni spermatozoafres dans l'urine à l'examen, mais de l'oxalate de chaux et de l'acide urique en abondance.
Cette faiblesse était donc locale et non absolue; toutes les autres fonctions s'exécutant parfaitement. Bon appétit et digestion parfaite sans trouble intestinal. Mémoire intacte. Pas de sueurs des mains, ni mal de tête, ni douleurs d'aucune sorte. Continence prescrite pendant qu'il était soumis à l'emploi combiné du seigle ergoté et de la belladone, des acides minéraux, faradisation interne avec des sondes chauffées. En quelques semaines, le résultat fut si satisfaisant que le mariage put avoir lieu.
L'onanisme antérieur, masturbation ou frottement^ ne dviit pas être seul incriminé comme cause des pertes séminales involontaires, ni les excès sexuels ensuite y contribuant aussi activement. L'exubérance du prépuce suffit à les produire, comme la continence prolongée et l'irritabilité du fond du canal. Ces pertes n'existent jamais sans un certain degré d'impuissance. Tout homme en bonne santé, générale et locale, qui en est atteint avec la faculté de se livrer au coït, est aussi menacé de ce premier degré d'impuissance, comme celui qui, frappé d'aspermatisme, n'a pas d'éjaculation. Selon Beard, l'aly-
sence presque complète de ces pertes, durant une abstinence absolue, est aussi une preuve d'impuissance commençante. Ce symptôme accompagne la vraie spermatorrhée et l'impuissance. (Page 167.) Il en signale les exemples suivants.
135. — Un jeune homme, se plaignant simplement d'insomnie, révéla, en Finterrogeant, qu'il avait des pertes involontaires et n'avait pas encore totalement abandonné son ancienne habitude de la masturbation. Son prépuce était si adhérent au gland qu'il restait un très petit espace libre au passage de Furine. De ces différentes causes, quelle était celle de l'insomnie ? Un traitement par l'électricité, divers calmants et un régime tonique, institué pour le savoir, n'ayant amené qu'une amélioration lente, ce fut la démonstration que l'obstacle à l'émission de l'urine en était la principale.
136. — Un garçon de trente ans environ, ayant éprouvé de violentes douleurs dans la partie inférieure de la colonne vertébrale, s'en était trouvé spontanément soulagé en étirant son prépuce dont l'ouverture rétrécie formait un phimosis incomplet. Inégalité par accès des pupilles avec frissons nerveux, accompagnés d'hypocondrie, puis isolement par crainte de la société, incapacité de travail l'empêchant de continuer sa profession qui exige l'emploi du microscope. Examinant son urine avec cet instrument, il fut surpris d'y découvrir des spermatozoaires. Ce pouvait être là une cause de son état chronique d'épuisement nerveux. Soumis à un traitement général et local, tonique et sédatif, il fut en effet amélioré très promptement. Cette spermatorrhée latente par les urines et les selles doit donc être cherchée et traitée en conséquence.
137. — Un homme veuf, d'âge moyen et en parfaite santé, s'aperçut, en se remariant, que sa virilité avait considérablement diminué. L'absence d'atrophie apparente des oueanes fit recourir à l'électricité et bientôt reparut
sa vigueur primitive. C'était un simple affaiblissement fonctionnel produit par des excès ante' rieurs et l'anxiété de ne pas être aussi vigoureux avec sa seconde femme qu'avec la première. Cette interprétation était justifiée par le défaut de signes morbides et une santé parfaite. Quoique fréquent, ce fait n'est pas toujours aussi justement compris.
138. — Un jeune médecin de vingt-cinq ans, marié à vingt-quatre, n'avait eu qu'un seul rapport sexuel auparavant. Mais il avait été enseigné à la masturbation de douze à quatorze ans, et l'avait prolongée jusqu'à dix-huit environ. En la cessant brusquement, des pertes s'ensuivirent comme à l'ordinaire, mais seulement deux à trois fois par semaine, jamais plus.
Marié dans ces conditions, il n'avait pu avoir que trois rapports très incomplets avec sa femme, durant la première année, Téjaculation étant trop rapide et l'érection faisant défaut. Il éprouvait aussi simultanément la crainte de la société, des sueurs des organes génitaux, les bourses surtout. Testicules petits, le gauche principalement. Aucun trouble cérébral ni douleur vertébrale. Il était capable de faire de longues courses à cheval et en voiture pour sa clientèle, et s'y livrait aisément.
Deux à trois pertes hebdomadaires ne sont donc pas sans importance, comme on Tadmet, et le danger du mariage dans ces conditions est évident. Cet homme n'était nullement hypocondriaque et tous les symptômes décrits étaient objectifs. Il suffit d un traitement local et général pour les faire cesser rapidement et il annonçait bientôt que sa femme était enceinte. (Beard, observation XXXIX.)
139. — Un autre médecin, d'âge moyen, veuf depuis sept ans, d'une constitution délicate et d'un tempérament très nerveux, éprouvait depuis lors des douleurs dans le dos et les épaules, avec dépression mentale, insomnie et élancements ataxiques. Il s'émotionnait en compagnie, celle des étrangers surtout, et se trouvait prostré à la moindre fatigue, comme le plus léger trouble mental le perturbait
Vessie très " irritable déterminant re'coulement involontaire de Turine par Timmersion de ses mains dans feau froide ; la moindre excitation provoquait Técoulement d'une goutte urétlirale, weeping pénis. Le canal de l'urèthre était ainsi une source d'irritation réflexe perpétuelle de tout le corps. Des pertes séminales se produisaient à la moindre excitation, depuis son veuvage, comme il en avait éprouvé avant son mariage. L'examen de l'urine montra la présence de nombreux spermatozoaires et cette spermatorrhée était probablement très ancienne. II fallut ainsi recourir à l'emploi de mesures et de précautions spéciales, pour introduire les instruments nécessaires à l'application de l'électrolyse et la faradisation de la portion prostatique de l'urèthre.
De là le grave danger des cautérisations pratiquées au fond du canal et soi-disant sur la prostate, par certains charlatans, pour tarir plus sûrement les écoulements vénériens chroniques, les gouttes militaires persistantes et même les pertes séminales. L'un d'eux, en se prévalant de l'autorité du célèbre professeur Lallemand (de Montpellier), qui a inauguré cette opération contre ces pertes, s'en est fait une spécialité très fructueuse en la proclamant radicale. Plusieurs de ses victimes sont venues m'en exhiber les tristes reliquats. j
140. — L'un était ce bellâtre galantin de quarante ans, cité page 398 des Anomalies sexuelles^ lequel, après deux cautérisations subies dans la jeunesse, était devenu impuissant. Un autre, qui en avait subi sept en dix-huit mois, en était resté mélancolique et hypocondriaque cinq ans après, se plaignant d'une douleur sourde à l'anus, le périnée et la verge. « A la moindre émotion ou contrariété, disait-il, je le sens à la prostate. » L'examen et le
toucher rectal ne décelaient absolument rien. Je finis par le convaincre de ses idées préconçues, hypocondriaques, d'après ses rapports normaux et indolores avec sa jeune femme. Depuis trois ans, il est heureusement plus tranquille en ne se droguant plus.
141. — Le troisième, Bordelais de trente-quatre ans, atteint de pertes séminales consécutives à la masturbation et la continence, après trois cautérisations subies de 1885 à 1891 pour un soi-disant relâchement des canaux éjaculateurs, et suivies d'hémorrhagies, en était devenu absolument neurasthénique en 1892. «Je suis si faible, écrit-il, que ma tête tourne avec de fréquents éblouissements, » lamémoire fait défaut, la vue se trouble, les jambes fléchissent et des gouttes comme du blanc d'œuf, qu'il croit être du liquide prostatique ou du sperme, sortent avec l'urine. Néanmoins, il n'était pas impuissant; mais les rapports sexuels sont si fatigants qu'il en éprouve, deux à trois jours après, une très grande fatigue des jambes et de la verge, avec cuisson dans le canal et le méat dur et bouffi. De là leur extrême rareté.
En les prescrivant plus fréquents et réguliers avec un traitementtoni-sédatif, bains froids, distractions, ce régime, suivi pendant six mois, l'avait si bien amélioré, qu'il était disposé à réaliser un mariage en vue depuis longtemps, malgré la persistance des troubles digestifs et sa profession de voyageur de commerce.
142. — Le dernier subit cette cautérisation à vingt-deux ans, après une première blennorrhagie mal traitée, contre la persistance intarissable de l'écoulement et des pertes séminales très abondantes nuit et jour. Il s'était masturbé presque toutes les nuits, de dix-sept à vingt et un ans, et avait été ajourné pour son service militaire à cause de sa faiblesse constitutionnelle. Envoyé dans le Sud-Oranais, il était réduit à des rapports sexuels frustes avec éjaculation prématurée, sans projection ni volupté, abattement considf'rablc ensuite et suintement uréthral d'un liquide muqueux abondant et épais. Miction douloureuse et malaise
dans les reins, nonchalance, perte d'énergie, de volonté et de décision provoquant son renvoi en France.
Ces mêmes accidents persistaient quatre ans après son retour au Havre, avec faiblesse extrême dans les reins et la colonne vertébrale, après un coït hebdomadaire avec une amie, malgré un bon régime et une hygiène convenable. D'où l'état morose, taciturne et apathique de ce garçon de vingt-sept ans.
Ces résultats contre-indiquent donc formellement l'emploi de cette dangereuse cautérisation, ainsi faite à l'aveuglette, plutôt que de l'encourager pour arrêter, supprimer les écoulements chroniques de rurèthre,les pertes séminales en particulier. D'autant moins que leur cause est reconnue actuellement plutôt nerveuse qu'inflammatoire ou organique, comme on l'admettait lors de l'inauguration il y a un siècle, sous le règne delà doctrine exclusive des phlegmasies de Broussais. C'est absolument le contraire maintenant. L'irritabilité spéciale de la portion prostatique de l'urèthre, décelée par Beard dans de nombreux cas de neurasthénie sexuelle au passage de la sonde, témoigne de son caractère nerveux. Ses cas IX et X en sont le type par la rétraction du pénis et la contraction douloureuse du canal. « Après l'estomac, dit-il, l'urèthre prostatique, c'est-à-dire la partie la plus profonde et cachée du canal, confinant à la prostate et à la vessie, est probablement le centre le plus important d'irritation nerveuse du corps. Son état maladif est à la fois une cause et un efl'et d'affaiblissement nerveux. Une prostate irritable ne peut exister, sans que la santé générale en soit troublée et il n'y a pas d'affaiblissement
nerveux persistant, sans que l'urèthre prostatique s'en ressente. » En intéressant plus ou moins le col, c'està-dire rouverture de la vessie, la cautérisation produirait donc presque fatalement une complication
dangereuse .
En résultant toujours de manœuvres, d'abus ou d'excès des organes génitaux, les douleurs locales dans la neurasthénie sexuelle ou épuisement nerveux génital doivent donc être plutôt nerveuses qu'inflammatoires. Une série d'instillations caustiques diverses, faites sur la muqueuse par le docteur Desnos, contre une prostatite chronique, ont ainsi, après guérison apparente, été suivies d'accidents consécutifs. D'où sa préférence actuelle des lavements et suppositoires par l'anus, comme nous les employons exclusivement depuis longtemps contre les douleurs locales, les érections insuffisantes, les éjaculations prématurées, les pertes séminales, les troubles de la miction et autres accidents résultant de l'affaiblissement et l'épuisement nerveux génital. Dès qu'il n'y a pas d'altérations ni de lésions appréciables, il ne peut s'agir que de troubles nerveux ou névroses locales justiciables de ce mode de traitement topique.
La cautérisation directe, immédiate, de la prostate est si grave, qu'elle peut entraîner la stérilité de rhomme, comme ses maladies. En modifiant le tissu de cette glande, elle altère aussi sa fonction spéciale de fournir un liquide servant à revivifier les animalcules fécondants du sperme, lors de son passage à travers cet organe. Des expériences de Furbringer sur les animaux démontrent que ce fluide manquant,
la vitalité, les mouvements actifs des spermatozoaires en sont atteints, diminués, nuls.
Elle est d'autant plus dangereuse et moins indiquée que l'écoulement du sperme provient parfois d'une autre source. Les vésicules séminales, réservoirs du sperme, le laissent ainsi écouler passivement, lorsqu'elles sont irritées, enflammées, en donnant lieu à une véritable spermatorrhée. Or, l'anus est alors la voie la plus directe pour atteindre le mal et en obtenir la guérison.
Ces cas se distinguent par l'écoulement chronique, depuis des mois, sinon des années, d'un liquide comme gélatineux, purulent ou muqueux, se manifestant en urinant et surtout en allant à la garde-robe. Des spermatozoaires morts s'y rencontrent parfois. Une sensation de plénitude et de malaise de la vessie et du rectum en résulte d'ordinaire, avec diminution de la vigueur sexuelle et des signes neurasthéniques plus ou moins graves, selon l'abondance et l'ancienneté de l'écoulement. Le médecin peut s'assurer du siège et de la nature du mal local par le toucher rectal, dans une certaine position, et par une sorte de massage sur le mal même avec onctions, douches et lavements froids, indiqués au traitement, page 434.
Névroses génitales. — Une complication fréquente des pertes séminales consiste en douleurs vagues, sourdes, exacerbantes ou par accès, disparaissant et revenant sans causes fixes ni appréciables dans les organes génito-urinaires profonds et cachés. Telle est la caractéristique de ces affections nerveuses, diffi-
CAUSES LOCALES S7î
ciles à localiser, analogues à Tirritabilité nerveuse du canal de l'urèthre et de la vessie, constatée par Beard chez les neurasthéniques des deux sexes ; ce qui donne souvent lieu à la diminution de la gravité spécifique de l'urine, notamment chez les jeunes malades, avec excès de phosphates. Les vieux, au contraire, dit-il, ont surtout des troubles digestifs et hépatiques, c'est-à-dire du foie, avec urine chargée de phosphates, urates et oxalates. Des traces d'albumine se rencontrent même communément chez les plus affaiblis et les mélancoliques. On y constate aussi fréquemment des spermatozoaires chez les mariés comme chez les célibataires jeunes ou vieux. (Page 147.) L'incontinence d'urine peut même en résulter dans certains cas, comme nous l'avons constatée chez des masturbateurs en particulier, notamment l'étudiant angloallemand d'Oxford. Il est aussi admissible que les pertes séminales en dépendent parfois.
Malgré l'extrême difficulté de limiter exactement le siège de ces névroses, Peyer (de Zurich) a récemment essayé ce tour de force en les localisant à la prostate. Cette glande reliant entre eux : la fin du canal membraneux de l'urèthre et le col de la vessie avec l'abouchement des canaux éjaculateurs, il a réuni ainsi ces trois organes connexes en un seul. D'où les trois formes variées qu'il assigne à ces névroses prostatiques, selon leur siège et leurs caractères particuliers.
Généralisée à la prostate seule, cette névrose détermine une sensation presque continue d'irritation, augmentant parfois jusqu'à une douleur violente s'ir-
radiant vers la vessie et l'anus. Une sensation de jouissance a lieu souvent par la défécation, avec retentissement dans le creux des mains et la plante des pieds. Sommeil lourd, faiblesse musculaire, congestion de la tète, palpitations et autres accidents neurasthéniques. Les émotions morales pénibles retentissent souvent à la région prostatique avec contraction des bourses et de la verge se rapetissant beaucoup. L'examen anal démontre l'absence absolue d'engorgement et d'aucune lésion organique de la glande.
La névrose de la portion prostatique du canal de Turèthre, considérée comme une névralgie du col de la vessie, est surtout caractérisée par la sensibilité excessive de cette partie de l'urèthre au passage de la sonde. C'est évidemment les mêmes signes d'irritabilité qui sont précédemment signalés par Beard.
La troisième forme se manifeste habituellement par un spasme du sphincter de la vessie, plus ou moins marqué et durable, rendant les malades incapables d'uriner lorsqu'ils sont pressés, obligés de le faire en public, dans la rue, ou s'en étant abstenus trop longtemps. C'est l'effet d'une irritabilité excessive des parties musculeuses de la prostate. Ce spasme passe souvent à l'état chronique, en rendant la miction lente, difficile, et parfois d'un jet fin et interrompu. Il suffit de n'y pas faire attention et de frotter doucement le canal de l'urèthre pour y remédier.
143. — Un jeune commis d'administration militaire, à Philippeville, exempt d'affections vénériennes, maigre' des ^xcès sexuels, accusait en 1890 des accidents se rapportant à «etteaévrose. Malgré un sommeil assez régulier, il avait tous
les quatre à cinq jours une perte séminale, l'affaiblissant tant que son aptitude au travail en était atténuée, à ce point que tout autre plus pénible lui serait impossible, (lit-il. Bâillements fréquents et constipation intermittente. Urines très chargées depuis trois ans, très mousseuses à rémission et déposant une matière blanchâtre abondante, avec une couche à la surface reflétant toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Frisson lors de l'émission et élancements dans la verge aboutissant au gland. Le sondage étant nécessaire, il a été adressé au major.
Ces névroses sont déterminées par les abus de l'onanisme manuel ou par frottement, les excès vénériens, les blennorrhagies, les fraudes dans le coït, les émotions morales et le refroidissement. Le traitement en est donc subordonné à la cause. Mais l'hygiène particulière à observer, dans tous les cas, est de prévenir la constipation, de régler son régime et sa vie sexuelle. Les grandes fatigues, les longues courses à pied doivent être évitées, ainsi que l'équitation et la bicyclette.
Quand, sans cause bien appréciable, avons-nous dit page 292 des Anomalies sexuelles, Thomme ayant passé la cinquantaine se plaint de faiblesse génitale ou, au contraire, de priapisme, il faut toujours interroger la glande prostate, les excès vénériens, la masturbation et les affections génito-urinaires par l'examen de l'urine dontcestroubles génitaux proviennent fréquemment. En l'absence d'aucune cause de ce genre, il faut examiner s'il n'existe pas des signes de
neurasthénie pour les expliquer, comme dans le cas suivant :
144. — Un homme d'âge moyen, très actif dans sa profession, exempt d'excès sexuels et de tout autre^ fut pris d'accidents singuliers. Les désirs ve'nériens étaient augmentés le jour sans érection, tandis que celle-ci persistait la nuit, sans autre suite qu'une douleur dans les testicules et la vessie. Il ne pouvait alors se livrer au coït sans en éprouver une extrême prostration avec palpitations consécutives. D'où son abstinence habituelle.
Durant ces accès nerveux intermittents et prolongés, cet homme était incapable de sortir et même de quitter le lit; il ne se livrait à ses affaires que par ordre. Et dans cet état d'épuisement, l'excitation sexuelle était malfaisante. 11 ne pouvait remplir ses devoirs conjugaux que dans les intervalles où, jouissant d'un bon appétit, il pouvait sortir et gérer ses affaires. (Beard, observation XXXIV,)
145. — Employé d'âge mûr, célibataire, dont les urines ont été longtemps chargées d'un sédiment briqueté qui a disparu. Le 1^' juillet 1891, il se plaint d'affaiblissement génital, marqué par des érections incomplètes, paresseuses et courtes, avec éjaculation rapide. Douleurs de reins obligeant à rester presque droit, sans pouvoir se baisser. Assis, une sensation vénérienne est ressentie de l'anus à la verge, avec rétraction très marquée des bourses. Tout cela d'une manière intense, surtout en mai et septembre, n'éprouvant que très rarement ces effets le reste de l'année ; au contraire, un coït normal s'exerce alors plusieurs fois par semaine.
Malgré la difficulté d'un diagnostic précis, dans ces consultations par correspondance, le caractère nerveux passager de ces symptômes à certaines époques implique plutôt une neurasthénie sexuelle, selon Beard, qu'une affection rénale ou calculeuse.
Priapisme. — Cette névrose génitale, caractérisée par des érections spontanées, persistantes, durables et sans éjaculation, revenant à heure fixe, sans cause appréciable, est légère ou grave selon les cas. Localisée au centre génital de la moelle lombaire, elle peut être un simple effet de la continence, comme l'observation 31 en est l'exemple. C'est l'exception et, eh pareil cas, le remède est à côté du mal pour ceux qui ne sont pas voués ou forcés à la garder absolument. C'est le contraire quand elle est la conséquence et la suite d'abus de la masturbation. Afin de se débarrasser de leur fatale passion, des masturbateurs s'essayant aux rapports sexuels dans la prostitution, loin d'en être satisfaits, en sont au contraire surexcités par des érections persistantes telles, qu'ils sont obligés de se masturber pour qu'elles tombent. C'est là un vrai priapisme dont les exemples 168 à J72 des Anomalies sexuelles montrent le danger. En voici la confirmation : .
L'ancien séminariste de vîngt-deux anS;, déjà cité page 286, en offre un autre exemple par sa masturbation continue depuis l'âge de neuf ans. Ses désirs vénériens étaient si violents qu'il ne pouvait se coucher sans entrer dans des érections fortes et persistantes, l'empêchant de s'endormir. Effet de sa continence absolue, entretenue par une extrême timidité et ^s scrupules religieux.
« Des érections spontanées et sans issue, tous les matins en me levant et souvent aussi dans le jour, dit un Suisse de vingt-trois ans, adonné à la masturbation à deux depuis l'âge de onze ans, sont si du-
382 EPUISEMEiNT NERVEUX GENITAL
rables et persistantes, malgré les calmants, qu'elles m'affaiblissent beaucoup. »
Des rapports sexuels, normaux et réguliers, sont le meilleur remède à ce priapisme de la jeunesse, quand ces masturbateurs effrénés n'en sont pas incapables, c'est-à-dire impuissants. Des ablutions froides et renouvelées, des onctions calmantes locales, sinon des suppositoires dans l'anus, sont nécessaires contre leur insomnie, les cauchemars et l'affaiblissement nerveux en résultant. Mais les accidents consécutifs du retour d'âge sont encore bien plus redoutables. Exemples : J
146. — Un administrateur en Algérie, né de parents français, accusait à trente-neuf ans des accès de priapisme chaque nuit, combattus inutilement depuis deux ans, malgré l'emploi des bromures de camphre et de potassium, du lupulin, des bains chauds et froids, des douches et des frictions locales sèches et humides sur la moelle lombaire, même avec Thuile de croton, parle docteur G..., ancien médecin des hôpitaux, m'assurant directement n'avoir constaté aucune lésion appréciable. De constitution robuste et solide, mais très nerveux et impressionnable, sans diabète ni maladie de vessie, mais hémorrhoïdaire par l'usage constant du cheval dans ses longues courses, il n'a eu, en 1882, qu'une gastrite qui a duré deux ans et lui a laissé une digestion difficile, sans constipation. Il ne peut donc attribuer ces accès qu'à la masturbation, de quatorze à vingt ans, et aux excès sexuels, naturels et artificiels, où sa nature ardente le poussait incessamment. Marié ensuite, il a eu trois enfants bien portants et n'a jamais éprouvé de faiblesse génitale que depuis son priapisme. Ses forces en sont tellement épuisées, qu'à son âge, il est presque complètement impuissant. C'est à peine s'il peut, tous le» quinze jours, satisfaire imparfaitement ses désirs, l'éjacu-
lation étant presque nulle, quoique n'ayant pas de pertes séminales ; état d'autant plus pénible que sa femme, encore jeune, souffre de cette situation.
Ni douleurs, ni élancements dans les membres inférieurs. Érections indolores cessant aussitôt par Fessai du coït, en s'asseyant sur le lit comme en se levant. Le scrotum flasque et les testicules pendants reprennent aussitôt l'état normal par l'ablution. Des bains locaux de vin chaud aromatisé sont restés sans effet.
Prescription : piqûres de feu sur les côtés de la colonne vertébrale lombaire ; granules d'un demi-milligramme de hyosciamine amorphe à prendre en se couchant, pour entretenir le sommeil, avec suppositoires à la cocaïne; poudre de valériane en cachets ; pilules de valérianate de quinine ; douches en pluie sur la tête matin et soir. Suspendre l'usage du cheval. Dormir le jour et passer la nuit dans un fauteuil ou un hamac. Onctions de l'anus avec huile camphrée et onguent populéum.
Ce traitement, continué de novembre à la fin de décembre 1889, n'a produit aucune amélioration sur le priapisme; les hémorrhoïdes ont seules été très modifiées favorablement. Le priapisme avec impuissance persistait encore au commencement d'octobre 1893, quand ce malade s'est présenté dans un état de santé apparente ; il n'y avait plus à constater qu'une névrose locale intermittente, contre laquelle j'ai prescrit le chlorhydrate de quinine.
147. — Un autre priapisme moins accentué s'est offert avec une neurasthénie sexuelle hypocondriaque des plus graves, chez un Belge de quarante-huit ans, venu pour me consulter en avril 1892. Après des abus de masturbation au collège, surtout de seize à dix-huit ans, des excès de coït, produits par la surexcitation de l'appareil nerveux génital^ s'ensuivirent comme chez le premier. Des pertes séminales, en résultèrent de même à trente-cinq ans, sous forme , de spermatorrhée, qui ont cessé par l'usage prolongé des ' toniques.
Croyant pouvoir se marier, cet homme énervé n'eut que
des érections imparfaites et, un an après, la spermatorrhée reprit son cours. Il s'adressa alors à divers charlatans d'après leurs annonces. Après avoir subi la fameuse cautérisation de la prostate par le même, sans plus de succès que dans les quatre cas signalés page 372, il fut soumis à Tusage de divers remèdes internes, prétendus infaillibles^ qui lui détraquèrent Testomac. L'hydrothérapie prolongée à Bruxelles et les anti-nerveux restèrent sans autre résulta^ que leurs mauvais effets sur les voies digestives. L'atoni( de l'estomac, jusque-là assez bon, fit abandonner ces divers traitements pour se borner aux toniques avec l'usage des eaux de Spa. M\
Mais les pertes séminales, qui n'avaient pas cessé, redoublèrent avec érections priapiques croissantes. Celles-ci diminuèrent à mesure que les autres augmentaient, au point de se produire sans érections. Puis ces dernières reprirent le dessus et deux ans après, aussitôt endormi, il était tourmenté et réveillé par des érections persistantes et renouvelées chaque nuit, avec une ou deux pertes seulement par semaine, parfois avec élancements inquiétants dans le dos. Constipation rebelle, digestions lentes, quoique fumant peu et ne buvant pas. C'est dans cet état qu'il était allé se soumettre au traitement empirique du curé allemand Kneipp, à Wôrishofen, où il fît un séjour de deux mois sans aucun soulagement. Une saison aux eaux de Néris, la Bourboule ou Royat eût assurément mieux réussi contre son état nerveux.
Le priapisme étant le symptôme dominant, en réveillant le malade toutes les deux heures plusieurs fois chaque nuit, je prescris de petits lavements tièdes au baume tranquille camphré en se couchant, à garder pendant la nuit, et le même topique sur la verge. Coït régulier hebdomadaire. Badigeonnages iodés au bas de la colonne vertébrale.
Trois semaines après, il accusait une seule perte involontaire, quoique le coït n'empêchât pas l'érection de se produire, même quelques heures apr^O/^^ausée par Virrita-
lion de la moelle. Alternatives de constipation et de diarrhée, urination troublée seulement après une forte érection prolongée, élancements au pied droit, passagers et rares.
Convaincu d'être menacé d'ataxie par ces douleurs et celles du dos, il se présente, le 9 mai, pâle, amaigri, l'œil fixe et hagard, épouvanté. Il s'exagère son état, idées noires et craintes hypocondriaques, ses insomnies lui perturbant de plus en plus l'esprit. J'insiste sur le même traitement, avec usage des dragées au bromure de camphre et un granule d'hyosciamine amorphe en se couchant, lotions cutanées comme dérivatives. Exercice, promenades, distractions, jeux et lectures agréables et intéressantes avec régime tonique sans nul excitant.
Je crois avoir rendu service à cet homme, comme à plusieurs autres capables d'entendre la vérité, en lui faisant comprendre qu'il s'abusait sur l'extrême gravité de son état, en étant le jouet d'idées fausses et de préventions, comme il avait été la victime des charlatans. La cessation presque complète de ses pertes par de simples remèdes et la reprise de la vie conjugale prouvaient que c'était une simple névrose ; d'où la démonstration qu'il en était de même du priapisme devant disparaître également par les moyens indiqués; au besoin, quelques doses faibles d'antipyrine et l'usage du valérianate d'ammoniaque. En le rassurant et le calmant ainsi, il semble être guéri, n'ayant plus entendu parler de lui.
Beaucoup de ces malades, sans être hypocondriaques ni neurasthéniques, peuvent croire, à certains signes, à des maladies de la prostate ou de la vessie. Une légère irritation mécanique produite par l'équitation ou la bicyclette, sinon des voyages en voiture
dure ou en chemin de fer, suffit, en retentissant sur le siège, périnée ou prostate, à déterminer de la douleur locale ou une pollution involontaire et les rendre ainsi plus souffrants. Des médecins peuvent même en être dupes et annoncer de bonne foi avoir prévenu ou guéri de graves maladies organiques par un sim-^ pie traitement neurasthénique.
Beard admet qu'une irritation locale de la moelle| inférieure est la principale cause de ces divers accidents. La paternité est bien capable de cette indulgence, mais à moins de dire irritabilité nerveuse au lieu d'irritation organique, cette interprétation n'est pas admissible.
La constipation est surtout à surveiller, en pareil cas, d'autant plus que les neurasthéniques s'en plaignent moins d'ordinaire que du dévoiement. Une défécation difficile, laborieuse, ébranle tout le système nerveux. Elle détermine surtout, chez les gens faibles et débiles, un affaiblissement allant parfois jusqu'à la syncope. C'est en dégageant, libérant souvent l'anus, par des lavements glycérines, qu'on évitera son encombrement. Dans l'épuisement nerveux génital surtout, où la pression des matières durcies peut irriter l'urèthre prostatique chez l'homme ou la matrice chez la femme, des accidents sérieux sont à prévoir sur les pertes séminales^ la prostatorrhée et les autres troubles génitaux.
Aucun moyen spécifique ni remède infaillible n'existent contre l'affaiblissement ou l'épuisement nerveux génital, sauf la suppression de la cause qui les a provoqués, déterminés au début et les entretient. Il ne suffit même pas de l'annihiler, dés qu'elle a altéré l'ensemble du système nerveux et que divers organes sont atteints : cœur, estomac, virilité. D'autant moins que cette cause principale, ordinairement localisée dans l'appareil génital, est souvent aggravée par des tares constitutionnelles, signalées aux Causes générales^ ou entretenue par un état psychopathique du cerveau, dont la généralité des malades n'ont pas conscience.
Plusieurs organes sont ainsi souvent atteints, quand le mal génital se déclare et, dans le trouble général ou local des fonctions du cœur, l'estomac, le cerveau, les reins, la vessie ou tout autre, les malades sont enclins à attribuer leur faiblesse sexuelle à des causes accessoires ou tributaires du mal local. Moyen souvent inconscient de ne pas s'avouer ni reconnaître les abus.
les excès vénériens commis. Comment confier à son médecin ordinaire tant de mauvais penchants, de fautes passées, pour une faiblesse de la vue, des battements de cœur ou de mauvaises digestions ? On n'en parle pas et, s'il y a des troubles génitaux coïncidents, on les passe sous silence, en les attribuant à ces accidents de la vue, du cœur ou de l'estomac, à l'anémie et la faiblesse en résultant. Le médecin peut ainsi errer et erre souvent, en ignorant la source spéciale d'où proviennent ces divers troubles. Exemple ce pédéraste anglais, voyageant pour rétablir sa santé délabrée. Consultant un oculiste, en Suisse, sur les troubles de sa vue, il ne lui dit rien de son état mental ni de son éloignement de la femme. Aucune lésion locale n'apparaissant, les accidents furent attribués à l'anémie avec traitement en conséquence et surtout Vabstention des plaisirs sexuels dont le malade était vierge. C'était un continent par respectability ^ comme il me l'a avoué ensuite, et la principale cause de son état neurasthénique. [Observ. 22 i des Anomalies sexuelles.)
L'observation 94 précitée le démontre avec plus de précision encore, en s'appliquant à la masturbation solitaire, cachée au médecin ordinaire et non découverte ni même soupçonnée par celui-ci. La neurasthénie évidente avait été parfaitement diagnostiquée, mais sans en chercher la cause. En me la révélant spontanément ensuite, comme je l'ai découverte en maints autres cas par mes interrogations, elle put être qualifiée très positivement de sexuelle dont le remède infaillible était une grande réserve dans les rapports conjugaux.
HYGIENE ET TRAlTEMEiNT 389
D'où l'utilité, la nécessité et l'urgence même, pour le malade comme pour le médecin, d'éclairer la question des fonctions sexuelles dans tout cas d'anémie, d'anesthésie évidente ou de faiblesse inexplicable. C'est le plus souvent faute d'être interrogés sérieusement à ce sujet que les malades persistent dans leur mutisme à dévoiler leur secret, comme dans l'observation 93. Tout en formant ce projet d'avance, ils ne manqueraient pas d'entrer dans la voie des aveux les plus pénibles et sincères, s'ils y étaient pressentis, provoqués habilement et mis à leur aise, comme ils le font oralement ou par correspondance ensuite, à ceux qu'ils savent s'être occupés spécialement de ce qui les inquiète. Étant les plus intéressés à discerner et découvrir la principale cause de leurs souffrances, ils doivent toujours la chercher dans l'étroite limite de l'appareil génital, où les maladies nerveuses prennent si communément naissance par l'excès, le défaut ou l'abus d'exercice donné à leurs fonctions naturelles. Ils ne manqueront donc jamais d'y être attentifs et d'en signaler jusqu'aux moindres troubles comme essentiels pour le succès de leur guérison.
Ces lignes sont dictées par le cas suivant, actuelle- '. ïient en observation.
' 148. — Garçon de trente-trois ans qu'une chute fait*» y dans son enfance a. réduit à Timmobilité et l'isolement presque jusqu'à vingt ans, par des complications consécutives qui ont déterminé des difformités apparentes. Fils unique, et privé ainsi des exercices, des jeux, des plaisirs. des relations, des réunions et de la société de la jeunessVi il s'est livré à l'onanisme manuel et par frottement, comm«
dans les observations 168 et 193 des Anomalies sexuelles j mais toujours modérément. Des pertes séminales involontaires n'en sont pas moins résultées. Soumis ensuite à un travail sédentaire continu, durant douze à quatorze heures par jour, dimanches et fêtes, timide et presque honteux de ses difformités, il a persisté dans son isolement et son habitude jusqu'à trente et un ans, privé d'aucun rapport sexuel, malgré un bon appétit et une nourriture équivalente sans alcool ni tabac, un excellent sommeil, une vie réglée de célibataire, sans aucun exercice ni amusement,
11 ressentit alors une excitation nerveuse du cœur sans palpitations, surtout après son meilleur repas de midi, avec accélération vive des battements sans douleur; mais une gêne locale en marchant vite, la moindre course et en montant l'escalier. Il ne peut se coucher à gauche sans les éprouver. Une chaleur fébrile se manifeste avec transpiration de la paume des mains, légers tremblements, sensibilité aux changements de température et sensation spéciale des yeux, à la suite d'un travail de bureau plus prolongé, avec chassie des paupières au réveil ; fatigue enfin dans la colonne vertébrale et le bas des reins, son endroit sensible.
A la lecture de VOnanisme, il comprend que ces accidents peuvent en être la conséquence et cesse aussitôt. Sous l'influence du besoin, il essaie même des rapports sexuels avec succès; mais les prostituées le dégoûtent. Il aime la femme et s'y sent attiré sans oser lui parler. Son inquiétude augmentant, il s'adresse successivement à deux médecins, en se plaignant des symptômes ci-dessus et taisant ce qu'il soupçonne en être la cause. Par ce temps de neurasthénie à la mode, elle est immédiatement diagnostiquée, en ne trouvant ni souffles, ni bruits au cœur, ni lésion, ni maladie organique. La spartéïne est indiquée comme calmant avec le bromure de potassium et dexto^ niques, sans rien demander des fonctions sexuelles.
Plus d'une année de ce traitement n'ayant amené aucune sédation appréciable des battements cardiaques, il
«st devenu de plus en plus impressionnable, nerveux et inquiet. 11 m'adresse alors le détail de Texposé ci-dessus, en quatre pages in-folio petit texte, dans de très bons termes, pour ne pas avoir à me le de'crire en face ni en oublier aucun en se pre'sentant quelques jours plus tard. Sa constitution ni sa santé, d'une apparence luxuriante, n'en paraissaient altérées. Mais les battements du cœur sont devenus si forts, rapides, tumultueux, que sa vie en est tourmentée, empoisonnée. Je les constate tels, en effet, sans autre cause appréciable que l'effet nerveux de Texamen. Je le rassure, en lui exprimant l'idée que sa continence absolue, anormale — les pollutions spontanées étant presque disparues — sa vie retirée, son travail cérébral prolongé, sans exercice musculaire, sans distraction ni communication, même en famille, son célibat en un mot, pourrait bien être l'agent principal, surtout après ses abus prolongés antérieurs.
— La pensée du mariage dans ma situation est impossible, objecte-t-il.
— Vous pouvez du moins vous exonérer régulièrement avec une connaissance, puisque vous avez éprouvé plaisir €t soulagement en vous essayant à deux reprises. Ces rapports sexuels sont ainsi prescrits comme moyen principal, en ajoutant quelques granules de digitaline, l'usage de la kola granulée et le quinium. alternativement, avec douches, l'exercice au grand air et distractions, pour faire trêve à l'idée fixe d'une maladie de cœur.
Trois mois après, il avait pris ponctuellement les médicaments prescrits et, par surcroît, le bromure de potassium €t la spartéïne ordonnés auparavant; mais l'exercice et les distractions avaient été négligés comme impossibles, ainsi que le moyen principal, employé une seule fois. Aussi l'état du cœur était le même, sauf l'augmentation des forces, et il demandait l'adresse d'un spécialiste qui constata également la nature nerveuse de ces battements, «ans aucune lésion appréciable.