GÉNITAL
La neurasthénie générale, précédemment décfité, siège exclusivement, comme on l'a vu, dans le système nerveux, dont le cerveau et la moelle épinière sont les principaux centres. Ils forment ainsi les deux variétés principales de cette maladie par les symptômes primitifs qui en émanent dans la généralité des cas. C'est également en distribuant leurs filets nerveux dans les organes les plus essentiels à la vie : le cœur, l'estomac et les organes de la génération, que trois autres variétés de cette maladie en ont été spécialement distinguées. La fréquence et la gravité des accidents qu'elle produit sur la digestion et la circulation ont montré, en effet, l'importance de cette distmction pour éviter la confusion de cette névrose avec les diverses autres maladies de ces organes.
La troisième, dont il n'a pas encore été parlé, est une variété spéciale, très distincte des précédentes et en différant essentiellement par ses causes et ses
effets. Elle provient constamment d'abus, d'anomalies, d'excès, de maladies ou de perversions fonctionnelles des organes génitaux. Beard, le premier, l'a distinguée, séparée de la neurasthénie générale, en la décrivant dés 1884 sous le nom de sexual neurasthenia ou neurasthénie sexuelle, la considérant comme très fréquente et une des plus importantes de l'épuisement nerveux. D'où le titre ci-dessus, en bon français, d'épuisement nerveux génital, qui fera le sujet particulier de ce livre.
Jusqu'ici, il n'a pas été décrit séparément en France. Les divers auteurs qui ont traité de la neurasthénie dans ces dernières années, n'ayant sans doute pas trouvé à cette forme spéciale une fréquence, une gravité ni un intérêt supérieurs à celles du cœur et de l'estomac pour lui mériter cette distinction. Elles sont souvent réunies sans doute et coïncidentes ; celle-ci peut même succéder parfois à celles-là et aussi les déterminer. Les Généralités^ formant la préface de cette neurasthénie sexuelle, ont précisément pour but d'éclairer préalablement sur ce fait que les diverses causes, effets ou signes qui y sont énumérés, peuvent se présenter simultanément avec ceux de l'épuisement sexuel. Le moindre écart de régime dans la vie génitale, chez les jeunes gens surmenés du cerveau, suffit à faire éclater divers accidents nerveux à la fois. Ils résultent uniformément d'excès naturels ou de continence à des degrés différents, suivant l'âge, la constitution, le tempérament, sinon d'abus artificiels, d'aberrations ou de perversions erotiques.
Cet épuisement mérite mieux que toutes les autres
variétés, à notre avis, une description distincte et séparée. Le sens erotique et Timagination qui incitent les désirs vénériens, procédant du cerveau, leur unique siège, il est toujours le premier et le principal intéressé aux abus et aux excès qu'il provoque. Quels qu'ils soient, ces désirs naturels ou artificiels sont conçus, imaginés par le cerveau, la pensée, leur exécution restant subordonnée à la volonté personnelle et à l'intégrité des organes sexuels.
C'est en agissant sur ceux-ci, en effet, par l'intermédiaire de la moelle épinière jusqu'à sa partie inférieure, où le centre génital et les nerfs de l'appareil sexuel sont placés, que ces organes sont impressionnés, surexcités par le désir et la volonté, au point de leur obéir activement.
Sans que le siège précis de ces deux centres soit encore démontré anatomiquement dans le cerveau ni la moelle, il ressort évidemment des faits. L'hémorrhagie ou le ramollissement du cerveau peut amener la paralysie et la contracture des membres d'un côté ou de l'autre, sans que le fonctionnement sexuel soit lésé. La pulpe nerveuse ou cervelle peut être désorganisée, au point d'entraîner la perte à peu près absolue du mouvement, sans que les organes sexuels subissent aucune atteinte appréciable. Un homme ayant perdu , par suite d'un ramollissement de ce genre, l'usage de l'intelligence, de la parole et des jambes, entrait en érection dès qu'une femme approchait de son lit ou de son fauteuil et faisait tous ses efforts pour attirer son attention et la solliciter à des attouchements lubriques. Un autre malade, de soixante-
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quinze ans, parvenu à la dernière période d'un ramollissement cérébral, mourut assassiné par les complaisances odieuses de la gouvernante préposée à sa garde. (Noiivelle édition de V Impuissance physique et morale^ Paris 1893.)
Au contraire, l'usage abusif de ces organes, par un fonctionnement exagéré et immodéré, ne peut manquer de déterminer leur faiblesse et leur épuisement graduel en se manifestant en bas par l'impuissance sans que les désirs erotiques fassent défaut, tant que le sens génital reste intact. C'est précisément le fait attesté par les plaintes répétées de tous les faibles ou impuissants avant l'âge, après l'abus ou l'excès de leurs organes, en les surexcitant ou en empêchant, arrêtant, réfrénant leurs manifestations naturelles. Les désirs ne manquent pas, disent-ils, sans pouvoir les satisfaire par la paresse des organes n'y répondant plus. Preuve de la distinction de ces deux centres et du danger de les confondre, les exciter, les stimuler l'un pour l'autre.
L'atteinte réciproque, simultanée des deux extrémités opposées de ce grand centre nerveux, moral et physique de l'espèce humaine, entraine ainsi fatalement la perte de l'un et de l'autre à la fois. D'où son extrême gravité.
Cette influence nerveuse, signalée dans tous nos précédents ouvrages, est inséparable des abus, aberrations et dépravations, excès et perversions génésiques. Elle les produit, les entretient et les exagère. Est-ce à dire qu'elle donne lieu uniformément à des effets spéciaux, particuliers, qui en font les signes et
les symptômes d'un élat nerveux et d'une maladie nouvelle : la neurasthénie sexuelle ? Non ; l'affaiblissement, l'épuisement nerveux, tant à la mode aujourd'hui, et dont on fait actuellement en Europe le grand épouvantail de tous les abus et les excès sexuels, n'est que la copie réduite, résumée, synthétisée, venant en ligne directe des États-Unis, du grand tableau auquel ont coopéré, depuis des siècles , les médecins , anciens et modernes , de tous les pays. Une lettre reçue de la Drôme, en écrivant ces lignes, en offre la preuve. C'est un jeune onaniste, retiré du collège pour cause de neurasthénie en préparant son baccalauréat. Ayant lu VOnanisme et reconnaissant tous les accidents qu'il éprouve, il demande que je dévoile son vrai mal à ses parents, afin de pouvoir lui indiquer les moyens de s'en débarrasser.
Des accidents nerveux analogues n'ont-ils pas lieu de même chez tous les jeunes amoureux se livrant à des excès sexuels normaux? L'affaiblissement des nouveaux mariés pendant la lune de miel en est une manifestation évidente. On les voit maigrir, pâlir, perdre leurs couleurs et leurs forces, et accuser divers accidents nerveux multiformes. Ils portent le béguin, dit-on vulgairement à ces signes. Les unions cachées, clandestines en produisent encore de plus marqués par tous les abus anormaux résultant de ces rapports illégitimes pour mieux en assurer le secret. De là le danger et la gravité croissante des aberrations et des perversions génésiques, selon qu'elles troublent et perturbent davantage le système nerveux local et général, d'après l'intensité et la nature de ces abus et
surtout l'âge, la constitution et le tempérament de ceux qui s'y livrent.
Lorsque cet épuisement génital est direct, primitif isolé, on ne peut le confondre avec aucune autre forme de neurasthénie. D'autres abus d'alcoolisme, tabagisme, surmenage de travail, de fatigue, misère, privations, peuvent exister simultanément comme il arrive souvent; d'où l'hésitation sur l'origine du mal, sa cause principale ou déterminante. Le meilleur guide est alors son début. S'il a commencé par la faiblesse génitale, une diminution croissante de la virilité, accidents, échecs ou faillites dans son fonctionnement, la cause principale en est là ; les autres, s'il en existe, sont seulement accessoires.
« Le sens sexuel ou erotique, selon Beard, est « comme tous les autres : l'évolution d'une sensation « connue et sujette à des variations selon le tempérait ment et la disposition individuelle. L'orgasme du « coït est analogue à la sensation éprouvée en grattant « une violente démangeaison ou prurit. Une vive et <( profonde égratignure ou écorchure en résulte , « comme le coït excessif irrite et affaiblit la constitu- « tion. De là le rapprochement du coït avec le goût « provoquant aussi parfois un orgasme réel. » (Page 66.)
De simples intrigues amoureuses , même platoniques, entre jeunes gens des deux sexes, impressionnables et nerveux, suffisent en persistant à déterminer un effet identique. Préoccunés sans cesse de
l'objet de leur amour, ils en ont le sens erotique du cerveau et l'imagination surexcités le jour et la nuit. En retentissant sur le centre génital, une sorte d'onanisme mental de la moelle épinière en résulte, au point de provoquer, sous Tinfluence de rêves libidineux ou de cauchemars lascifs, la surexcitation des organes génitaux et des pollutions involontaires. Ces pertes sont les plus dangereuses et malfaisantes en se renouvelant fréquemment.
Les lectures ou les conversations erotiques, les vues lubriques, les caresses lascives, produisent le même effet. Le sommeil en est bientôt troublé, le mal de tête, puis l'insomnie y succèdent, des palpitations de cœur surviennent, Tappélit se dérange, faiblit, se trouble et dès lors la neurasthénie s'établit. On en cherche vainement la cause, en combattant tour à tour ces divers accidents, sans pouvoir la découvrir si les malades cachent leur passion ou leurs habitudes secrètes et leurs effets. Il n'y a pas à douter cependant de l'origine génitale de cet épuisement nerveux ; rien n'est plus clair.
L'épuisement sexuel se localise parfois, de même qu'un trouble fonctionnel local suffit à mettre tout le système nerveux en branle, dit Beard, avec cet exemple à l'appui :
5. — Un garçon de quatorze ans commence à se masturber et continue presque tous les jours jusqu'à vingt-sept ans, tout en ayant des rapports sexuels à l'occasion. Ne ressentant aucun accident de ces excès, il se marie bientôt et redouble d'excès sexuels sans faiblesse ni prostration jusqu'à trente-huit à trente-neuf ans. Il n'avait pas encore
quarante ans, que son impuissance Tavait privé absolument de rapports avec sa femme depuis six semaines. Il était atteint d'une irritabilité générale très apparente, malgré son impuissance toute locale, déterminée par les abus commis pendant de si longues années.
Assez fréquemment, cette localisation s'observe sm^ les yeux par une plus grande sensibilité de la vue. A en juger par le fait précédent, c'est particulièrement chez ceux qui l'ont faible ou qui l'ont trop' fatiguée. L'usage des conserves et le repos sont les meilleurs moyens hygiéniques à employer alors, avec cessation de tout excès vénérien. Ils suffisent en général et l'on ne doit recourir à l'oculiste qu'à la condition de lui révéler toute la vérité.
Combien de maladies chroniques, apparentes ou cachées, des organes génito-urinaires, supposées même parfois, d'anomalies ou vices de conformation de ces organes, en troublant ou empêchant leur fonctionnement normal et régulier, perturbent l'esprit et la raison de ceux qui en sont atteints et devienneni également des causes d'épuisement nerveux! La blennorrhée ou goutte militaire, les rétrécissements de Turèthre, les affections de la prostate et des testicules, la syphilis prolongée, récidivante, et même fausse, comme il en existe des cas, agissent spécialement sur le moral de leurs victimes par la crainte de la contagion, les difficultés, la douleur ou les échecs^ sinon l'impuissance qu'ils éprouvent à s'exonérer ou du mal en résultant.
Chez tous les neurasthéniques, dit Beard, je m'enquiers de l'étatdu système génito-urinairc, parce qixa
s"*!! n^est pas Tunique cause de leurs troubles nerveux, il en est au moins une complication très fréquente. J'ajoute que leur traitement même, lorsqu'ils s'adressent à des charlatans, y contribue aussi par les drogues incendiaires, les injections caustiques ^t surtout les cautérisations du canal de l'urèthre et soi-disant de la prostate auxquelles ils sont soumis pour les guérir plus directement et sûrement. Toutes ces opérations charlatanesques, exécutées pour frapper l'esprit faible et troublé de ces malades, ne font qu entretenir de plus en plus leurs idées hypocondriaques et les amener ainsi graduellement à l'impuissance par épuisement nerveux génital.
Il suffit en effet, sans que les organes génitaux soient malades, que leurs fonctions naturelles, altérées, perverties, troublées, ne s'exercent plus normalement et régulièrement, pour que l'esprit et la raison en soient bientôt affectés et en ressentent le plus vif contre-coup. Un véritable choc moral résulte pour ces malades en constatant la diminution de leur virilité, sinon sa perte. L'imagination s'exagère les sensations éprouvées et s'égare en en faisant souvent les plus graves maladies. Toutes les aberrations sexuelles, qu'elles s'exercent de préférence avec plaisir et volupté, par perversion du sens génésique, démoralisation, libertinage ou calcul, finissent, en persistant même sans excès, par affaiblir le sens moral, c'est-à-dire altérer le système nerveux cérébral et déterminer avant l'heure raffaissemcnt génital, sinon l'épuisement nerveux.
C'est encore pis pour ceux qui, étant naturellement
incités à ces perversions sexuelles par atrophie ou déviation du sens erotique, résistent à s'y laisser aller par honte, moralité, pudeur, raison ou religion dont il y a des exemples incontestables. Seuls, isolés, incapables de tout acte sexuel régulier, ils n'ont que le secours de la main ou du frottement pour se délivrer du prurit qui les tourmente, sinon des remèdes pour calmer le centre génital. D'une manière ou de l'autre, le système nerveux est ainsi menacé, sinon épuisé.
Il en est encore de plus malheureux, ce sont les anaphrodites. Parfaitement constitués, sans malformation ni difformité génitale apparente, ayant des érections spontanées et des pertes séminales involontaires, exempts d'onanisme et aimant avec passion l'autre sexe qu'ils ont toujours recherché exclusivement, leurs organes n'en peuvent être impressionnés d'aucune manière normale. L'acte sexuel leur est absolument impossible et inconnu. Essayé dans les meilleures conditions et les plus favorables, la femme étant connue, aimée, estimée, et vivant avec elle comme essai et en vue du mariage, ils ont été incapables de l'exécuter, même avec des excitants, des aphrodisiaques, la cantharide... à dose médicinale, sans danger possible.
Aussi ont-ils l'esprit le plus vivement frappé de leur état. Ils en perdent la tête et en conçoivent le plus grand désespoir pour l'avenir, cette impuissance morale, par l'absence du sens erotique, les empêchant absolument de se marier. Ils sont sans boussole, ne rêvant plus que suicide et mort. Si des trois exemples
observés minutieusement pendant des mois, des années même, chez des garçons de vingt-huit, trentesix et quarante-trois ans, grands et forts, très intelligents, l'un n'eut résisté par ses devoirs de famille et de chrétien et les deux autres par une vie très active d'affaires et d'exercice, cette imperfection cérébrale les eût fait disparaître certainement.
La publication de nos huit ouvrages sur l'Hygiène de la génération et leur diffusion en plusieurs langues dans le monde entier, nous a permis d'observer ces divers exemples en nombre considérable. 230 observations, déjà consignées en détail dans les Anomalies sexuelles, en témoignent, sans compter toutes celles qui sont disséminées dans les autres volumes par les rééditions faites depuis leur apparition. La Sexual Neurasthenia de Beard qui est probablement, dit-il, avec toutes ses complications, la plus importante, m'a ainsi frappé et j'ai compris aussitôt que l'épuisement nerveux génital, loin d'être une forme négligeable de la neurasthénie générale, en était au contraire la principale, non seulement par sa fréquence et sa gravité, mais en déterminant la plupart de toutes les autres, par les abus sexuels ou vénériens. Ils y conduisent si directement par leur action élective sur le cerveau et la moelle épinière, puis le cœur et Pestomac en sont si vite impressionnés ensuite, qu'il n'est pas douteux, malgré le silence des malades à ce sujet, quand ils ne s'adressent pas spécialement au médecin pour s'en accuser, qu'ils n'en soient la source cachée
dans la plupart des cas. Les 43 observations de Beard avec les détails caractéristiques, inédits encore en français, seront reproduites pour en faire la démonstration. En y ajoutant celles qui nous sont personnelles, nous espérons prouver ce fait. Le récit de ces histoires n'est-il pas le meilleur et le plus sûr moyen d'éclairer ceux qui en souffrent et la confondent avec l'impuissance ?
Toutes ces différentes raisons nous ont déterminé à traiter séparément de la neurasthénie sexuelle, à l'exemple du médecin américain. Sans traduire littéralement son livre, c'en sera du moins l'écho en France, où il est inconnu.
Il n'est pas douteux en effet, comme le montre l'observation précédente, que la fonction génitale soit la première à déceler le trouble du système nerveux, de même que le faite de l'arbre montre l'atteinte de s^s racines. C'est aussi un fait bieii avéré que l'altération de cette fonction peut exister isolément sans s'étendre à tout l'organisme. Une impuissance légère et même grave existe souvent sans affecter d'autres fonctions, tandis que les maladies du cerveau ou de l'estomac troublent aussitôt l'économie entière. ^
Voici la cause de cette différence. La fonction de la génération se développant la dernière ne dépend d'aucune autre; ce n'est qu'un bourgeon et non une branche-mère, comme l'estomac et le cerveau. Elle est périodique et susceptible d'une longue inactivité, contrairement à l'activité continue des autres fonctions
ne pouvant s'arrêter sans que tout le corps en souffre et que la vie soit rapidement menacée. Si l'on peut vivre en santé sans penser sérieusement ni reproduire, c'est parce que ces deux fonctions se développent également tard.
Il existe cependant pour chaque individu un degré de cette faiblesse ou débilité génitale qui ne peut être dépassé sans réagir sur tout le corps ou ses principaux organes. L'affaiblissement nerveux génital détermine ainsi des troubles de l'estomac avec constipation ou diarrhée, la congestion du cerveau avec maux de tête, insomnie, frayeurs, impulsions maladives, troubles de la vue, de l'ouïe et de la gorge. Les tempéraments émotifs, impressionnables y sont spécialement prédisposés, contrairement aux individus forts, calmes et de sang-froid. Plus la constitution est forte, énergique, mieux elle résiste aux impulsions nerveuses et plus aussi une maladie locale est susceptible de devenir générale. Les anciennes constitutions typiques étaient plus lentes à s'émouvoir et moins promptes à la réplique que les nouvelles, chez les Américains notamment. Les maladies locales graves étaient ainsi plus fréquentes autrefois, tandis que les affections légères et générales sont plus communes actuellement.
De là l'intérêt scientifique et pratique de cette distinction. Beard explique ainsi la prédominance actuelle des diverses variétés neurasthéniques aux États-Unis ; leur fréquence relative et leurs complications; leurs manifestations en Europe, même en Allemagne. Le corps de l'homme nerveux, impressionnable, est un
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microscome d'actions réflexes et les trois grands centres de l'irritation réflexe étant le cerveau, l'estomac et le système génital, il y a, entre ces trois messagers du bien et du mal, de nombreuses correspondances dans le sommeil comme dans la veille. Ils forment littéralement une véritable trinité : trois en un et un en trois, qui ne peuvent être isolés.
C'est en correspondant avec eux que des sous-centres: la colonne vertébrale, les yeux, les dents, le gland chez l'homme et les ovaires chez la femme, sont notamment si souvent atteints ou impressionnés isolément. Aussi est-il dangereux, dans l'étude des maladies nerveuses, de traiter séparément celles de ces organes, surtout chirurgicalement. On fait ainsi disparaitre un effet, en laissant subsister la cause qui ne tarde guère à se manifester ailleurs.
DISTINCTION AVEC l'iMPUISSANCE
La neurasthénie sexuelle consistant toujours et exclusivement en un trouble primitif, sinon immédiat du système nerveux, et la faiblesse ou débilité génitale en résultant invariablement, le nom d'épuisement nerveux génital nous a paru traduire cet état plus clairement que celui de neurasthénie, trop technique et peu connu. D'autant mieux que la nature exacte des lésions intimes qui le produisent est encore inconnue. Est-ce défaut de nutrition des éléments nerveux ou
défaut d'équilibre entre l'usure et la réparation de ces éléments? Peut-être les deux à la fois.
La neurasthénie n'est pas une maladie nouvelle; son nom seul est nouveau. Les cas de faiblesse génitale, relatés dans \ Impuissance ^ V Onanisme et les Anomalies sexuelles surtout, en sont des exemples. D'où le titre d'Épuisement que nous avons substitué pour le rendre plus compréhensible à tout le monde.
En tout cas, cet épuisement diffère essentiellement de l'Impuissance pouvant résulter de tant d'autres causes apparentes ; il ne saurait être confondu avec elle, quoique pouvant y conduire également. Il se confondrait mieux avec les grandes névroses : l'épilepsie, la chorée, l'hystérie, dont les secousses violentes et les épouvantables convulsions imprimées au système nerveux ont leur retentissement sur le sens erotique du cerveau. L'anaphrodisie surtout en est le type, en supprimant absolument ce sens et en privant ses victimes, heureusement très rares, de ce qu'elles désirent tant. D'où leur état d'affaissement et de tristesse dans leur morne célibat, d'après les exemples relatés dans )es Anomalies sexuelles et la récente édition de V Impuissance, Trois nouveaux cas, observés depuis, seront signalés pour en montrer les différences symptomatiques avec l'épuisement génital.
Ce titre ne pouvait donc être remplacé par celui de Névroses génitales. Si des anomalies fonctionnelles sont souvent la conséquence de celles-ci, leur caractère uniforme de localisation sur les organes génitaux permet toujours de les différencier. Il suffit de lire les observations de Neurasthénie par fraudes aux Anoma-
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lies sexuehesy pour les distinguer de celles par névroses, malgré la ressemblance de leurs effets. De là l'urgence de les connaître pour les différencier et leur appliquer le traitement distinct qui leur convient.
La névrose génitale par faiblesse nerveuse a, seule, une ressemblance frappante avec la neurasthénie sexuelle. Ce n'est pas l'épuisement nerveux génital, c'en est seulement le premier degré par trouble ou affaiblissement. Il n'est pas mieux connu dans son essence que l'épuisement. Haller avait bien reconnu ce fait en proclamant que cet affaiblissement du système nerveux amène l'impuissance et annoncé, prévu, qu'il en est probablement l'une des plus fréquentes causes. A défaut de pouvoir l'expliquer, on le caractérisait en lui attribuant les faillites passagères et les échecs imprévus, répétés, des hommes nerveux et la faiblesse nerveuse des efféminés. Le féminisme était la caractéristique de cette névrose. Roubaud l'expliquait encore au milieu de ce siècle par le défaut d'innervation. Cette raison puérile a été réfutée en montrant que ces impuissants relatifs dans le coït obtenaient une érection complète et durable à volonté par la masturbation, d'après les exemples cités dans l'/mpuissance, page 117.
Cet affaiblissement nerveux essentiel ne doit donc pas être confondu avec celui qui dépend d'affections ■^u de lésions locales ni générales du système nerveux ou de maladies organiques des divers organes, admettre encore, avec les organiciens exclusifs d'il y a un demi-siècle, que tous les symptômes ou effets nerveux dépendent toujours de maladies locales»
comme d'aucuns l'opposent à Tinterprétation actuelle de la neurasthénie, c'est n'avoir rien oublié et surtout rien appris des nouvelles découvertes sur les propriétés inhérentes au système nerveux. C'est méconnaître qu'il manifeste ses troubles isolés, son affaiblissement ou son épuisement idiopathique par des signes spéciaux, sans que les organes où il siège y prennent aucune part. Telle est l'essence môme de la neurasthénie.
La faiblesse nerveuse déterminant la neurasthénie sexuelle est donc localisée au fonctionnement affaibli, troublé, perturbé du système nerveux. Elle en fut le premier degré et en forme le début. Si ce nom de neurasthénie ne lui a pas été donné dans Vlmpuissanccy c'est parce qu'il était encore inconnu, ignoré lors de sa publication. Un avantage en résultera en montrant des causes physiques spéciales et l'usage d'agents particuliers pouvant contribuer à la déterminer, sans avoir été explicitement signalés jusqu'ici. Beard, son inventeur, ne les signale même qu'en passant sans s'y appesantir. Des causes matérielles d'impuissance physique peuvent ainsi produire simultanément la neurasthénie sexuelle, comme on le verra à ce mot.
Sans être l'impuissance, l'épuisement nerveux en est souvent la cause. Il est une des formes qui la produit, comme une addition aux altérations nerveuses en particulier.
Tandis qu'il s'agit là de lésions tangibles et visibles des nerfs, souvent incurables, leur affaiblissement, leur épuisement résulte exclusivement de leur défaut
OU d'une altération imperceptible de leur fonctionnement, soit dans la circulation du fluide nerveux, soit dans un abaissement de la vitalité de sa pulpe. Ces lésions inappréciables, microscopiques, ne peuvent être admises que théoriquement ou par supposition, d'après le trouble ou l'altération des autres fonctions, celles du cerveau et de la moelle épinière en particulier, c'est-à-dire l'altération des sens et les autres symptômes nerveux qui caractérisent la neurasthénie, comme on le verra à Faiblesse nerveuse.
L'épuisement nerveux génital n'a de commun avec l'épuisement physique que d'être produit également par l'excès des plaisirs de l'amour et l'abus de l'onanisme sous ses différentes formes. Mais avec cette différence que l'épuisement neurasthénique est semblable à l'affaissement qui résulte passagèrement d'abus ou d'excès vénériens, tandis que celui de l'impuissance est absolu, durable et souvent définitif. Le défaut ou la perte d'érection est surtout le caractère évident et manifeste de celle-ci, tandis qu'elle peut encore persister avec celui-là. Des altérations, des lésions physiques ou des maladies apparentes accompagnent en général l'impuissance ; elle leur est suborionnée et ne disparait que par leur guérison. Au contraire, un fonctionnement irrégulier des principaux actes vitaux : digestion, assimilation, circulation, respiration, exercice, travail du corps ou de l'esprit, suffit à produire l'affaissement nerveux génital jusqu'à son épuisement. Quelles qu'en soient les causes, générales ou locales, il peut se rétablir à l'insu même des malades, par leur disparition. L'impuissance, en un
mot, est une maladie organique; Tépuisement nerveux, un simple trouble fonctionnel. Tout défaut, abaissement ou diminution de virilité, sans lésion appréciable, doit ainsi faire penser à l'affaiblissement nerveux et rechercher le trouble moral ou physique susceptible de le produire.
Cette différence capitale montre l'importance de cette distinction, afin de ne pas établir de confusion entre cet ouvrage et le précédent. L'impuissance morale seule, par les troubles ou perversions mentales qui la produisent, peut se confondre et se confond souvent avec l'épuisement nerveux. Ils sont même inséparables dans certains cas : la syncope génitale par exemple et l'extase amoureuse dont les exemples figurent à ce mot. Sa production et sa disparition instantanées montrent que le système nerveux n'est ni affaibli ni épuisé, il ne subit alors qu'un simple choc, émanant du sens erotique du cerveau. L'impuissance morale forme ainsi l'intermédiaire entre l'impuissance physique et l'épuisement nerveux génital.
Cet affaiblissement nerveux se manifeste surtout chez les jeunes enfants, dès qu'ils se livrent à la masturbation. Ils s'étiolent, maigrissent, pâlissent, deviennent engourdis, stupides, dès qu'ils en ont l'habitude. Il suffit que la fonction génitale soit artificiellement excitée avant l'âge, pour que le corps dépérisse aussitôt.
Une surexcitabilité génitale spontanée existe chez les enfants nerveux. Elle se décèle en grimpant à l'arbre dans les campagnes, comme en faisant de la gymnastique dans les villes avec la corde raide entre
les jambes. La sensation sexuelle qu'ils en éprouvent les fait revenir à cet acte de préférence comme un jeu et devient une source de masturbation spontanée. De là aussi le frottement de leurs cuisses à Técole et ailleurs sous la table. La révélation faite de ce mode d'onanisme et ses conséquences aux Anomalies sexuelles, page 329, nous dispense d'y revenir, sinon pour montrer, d'après l'observation 229 de cet ouvrage, que quand cette habitude n'est pas réprimée à l'origine, elle peut conduire jusqu'à la sodomie et au célibat qu'elle entraîne.
L'équitation et surtout la bicyclette du jour sont aussi dangereuses par la même raison chez les adolescents. De là ma recommandation, page 231 de YOnanisme. d'interroger avec soin le système nerveux des enfants avant de les soumettre à ces amusements ou de les leur faire partager. L'observation XIII de Beard offre la preuve que ces mauvaises habitudes sont universelles,
6. — Un homme d'environ quarante ans, bien élevé et actif dans sa profession, avait contracté l'habitude à sept ans de grimper aux arbres parla sensation sexuelle, agréable et parfois pénible, qu'il en éprouvait, tellement qu'il ia perdit en ne pouvant plus s'y livrer. A quatorze ans, il se masturbe et des pertes séminales s'ensuivirent bientôt comme d'ordinaire. Il en était presque troublé chaque nuit pendant ses études, par une sorte d'onanisme mental à l'aide de rêves erotiques.
Ces pollutions disparurent après son mariage, mais pour revenir bientôt en sautant et en montant un cheval dur. Lors de sa consultation, il tremblait des mains et en suait, malgré le refroidissement des mains et des pieds
surtout en jouant au whist. Pénis difforme, rentré, avec rougeur du me'at et émissions spontanées, en voyageant à cheval comme sa profession l'exigeait, de même que par le travail et l'excitation mentale. Coït normal plus affaiblissant que les pertes spontanées. Moral déprimé, irritabilité, bourdonnements d'oreilles, mémoire infidèle et faiblesse de contrôle mental. Il avait la fièvre des foins et était devenu si impressionnable que le thé était un poison pour lui.
L'excitabilité infantile dans ce cas, indépendante de toute mauvaise habitude, était héréditaire. Un garçon fort, robuste et bien portant, n'en aurait pas été troublé. Sa passion vint de sa faiblesse, sa débilité, analogue à celle que produit la dyspepsie nerveuse et Vactivité anormale de l'esprit chez ceux qui sont sur le chemin de la folie.
Le dangereux effet de monter à cheval est un traitement routinier constamment recommandé à ces malades, comme aujourd'hui la bicyclette, alors qu'il est souvent une cause excitante et toute mécanique de pertes séminales et de neurasthénie sexuelle. Le malade reconnut en effet qu'en montant à cheval, il serrait ses cuisses fortement contre Tanimal, ce qui déterminait une sensation de la région génitale.
La neurasthénie en général et l'épuisement nerveux génital en particulier constituent une prédisposition réelle à l'alcoolisme, d'après Beard. Des gens qui n'avaient auparavant aucune idée d'intempérance, s'adonnent ainsi aux liqueurs fortes par le bien-être, le plaisir et le soulagement qu'ils éprouvent de ces excitants. Les nerveux et débilités en sont surtout menacés. Les soubresauts survenant en s'endormant,
considérés comme une nouvelle forme larvée d'épilepsie, sont simplement des symptômes neurasthéniques quand le cerveau ou la partie supérieure de la moelle sont atteints. De même des secousses ou contractions musculaires soulevant le corps du lit. Il en donne l'exemple suivant :
7. — Un homme fort et vigoureux, présentant ces accidents avec faiblesse de contrôle mental, voix aiguë, flùtée, et de fre'quents besoins d'uriner, eut ainsi pendant deux mois d'été, juillet et août, un véritable accès d'ébriété qui le rendait passionné du whiskey. Il a guéri de cet accè» comme dans plusieurs cas analogues.
L'épuisement nerveux génital est le plus souvent précédé d'abus de l'enfance ou de la jeunesse ; c'est en les aggravant par des excès sexuels après la puberté qu'il se manifeste de vingt-cinq à cinquante ans comme la neurasthénie, c'est-à-dire à l'âge de la pleine virilité masculine. Dans la majorité des cas, il est annoncé généralement par des vices de conformation ou de fonction : échecs ou faillites, érections capricieuses, lentes et tardives, pertes séminales, éjaculations précoces ; anomalies ordinairement produites par la faiblesse ou débilité génitale, période préliminaire de l'épuisement : l'affaiblissement nerveux.
Deux périodes se distinguent ainsi d'ordinaire dans la neurasthénie sexuelle. La première : faiblesse ou débilité génitale, n'existe pas toujours isolément; au contraire, elle est souvent l'effet ou une simple coïncidence avec une neurasthénie générale, c'est-à-dire
affaiblissement analogue du cerveau, de la moelle épinière ou des organes digestifs avec leurs symptômes particuliers. D'où la nécessité de la séparer et la différencier de l'épuisement, mais auquel elle peut conduire.
La prédominance des troubles génitaux dans ce cas est toujours d'un mauvais augure. Elle indique souvent une surexcitabilité nerveuse maladive, conduisant aux abus et aux excès qui la produisent et aboutissent fatalement à la spermatorrhée et l'impuissance; ce qui assombrit notablement le pronostic d'une neurasthénie ordinaire.
Chez la femme, l'existence de lésions génitales peut être également, au début, une cause de préoccupations morales ou de désagréments physiques qui entretiennent l'affaiblissement nerveux et en retardent la guérison. Il se manifeste par des troubles, des dérangements de la menstruation. L'absence des règles a lieu dans les cas graves, avec mélancolie, et cette rétention du sang est même profitable parfois. C'est le contraire d'autres fois, son écoulement abondant et même hémorrhagique, surtout chez les anémiques, peut entretenir un état indéfini d'épuisement par ces pertes mensuelles de tout le sang gagné dans Tintervalle. Les irrégularités dans l'apparition du sang sont aussi très communes.
En général, les femmes souffrent plus que les hommes du mal de tête, des névralgies et des complications hystériques. Leurs maladies particulières peuvent être causes ou effets de neurasthénie et les symptômes de ces dérangements fonctionnels doivent
toujours être étudiés, observés avec soin, comme une
expression probable d'une neurasthénie générale.
Chez la plupart des femmes alitées, Beard a constaté les symptômes d'une neurasthénie générale ou locale avec convulsions hystériques, cris et rires involontaires, boule hystérique, débilité morale, urines abondantes et autres signes exclusifs de l'hystérie. Il en admet ainsi deux variétés : physique et morale.
La première résulte de causes physiques locales ou générales, troubles ou désordres sexuels, ordinairement chez des femmes anémiques ou nerveuses. C'est une maladie de débilité. Au contraire, des causes psychiques, agissant sur des personnes émotives et superstitieuses, fortes et sanguines, déterminent surtout l'hystérie morale. Mais elles sont parfois réunies avec leurs traits caractéristiques, la neurasthénie 'étant la plus large porte ouverte à l'hystérie.
Toute règle étant susceptible d'exception, il est nécessaire de montrer immédiatement que celle-ci n'est pas absolue. L'exemple cité des deux jeunes amants, employant tous les artifices et les précautions pour tromper la nature et cacher leur inconduite, en est la preuve. [Onanisme^ page 478.) Au lieu de la femme, ce fut l'homme, employé de vingt-cinq ans, nerveux, atteint auparavant de pollutions spontanées, sans idées erotiques, qui fut atteint de nei*rasthénie. Le mal augmentait, malgré tous les remèdes employés, lorsque obligé de cesser son travail il suffit qu'il se
mariât, sur Tavis du médecin connaissant la vérité pour se rétablir aussitôt.
Exemple frappant de l'influence prépondérante des abus, fraudes et excès sexuels, sur la production de l'épuisement nerveux génital, pour servir d'introduction à tous ceux qui suivront.
L'épuisement nerveux génital existe ordinairement seul ou du moins sa prédominance ne fait distinguer les autres accidents neurasthéniques coïncidents qu'à la suite. Tous les excès et les abus retentissent si exclusivement sur la fonction sexuelle pour l'affaiblir^ l'épuiser, la ruiner prématurément, que le qualificatif génital s'impose pour le distinguer, comme on le fait pour le cerveau, le cœur, l'estomac. Si l'impuissance n'existe pas ostensiblement chez la femme, en pareil cas, la douleur et les accidents nerveux qu'elle éprouve localement dans son rôle passif équivalent presque à l'absence de cette fonction. C'est là toute la différence ; les organes et la fonction sont à peu près également incapables d'accomplir leur office.
L'avantage de cette distinction est d'appeler l'attention des intéressés dès que la tonicité nerveuse diminue et s'affaisse, c'est une indication de cesser immédiatement les rapports sexuels normaux ou artificiels et surtout les fraudes.
Chez beaucoup de personnes nerveuses, les rapports sexuels normaux sont un poison comme l'alcool, le tabaC;, le chloral, l'opium, la belladone ou leurs alcaloïdes, dit Beard. Elles semblent manquer de forces! pour s'y livrer, tandis qu'elles sont souvent capables d'exécuter de grands travaux physiques et de rem-
plir diverses fonctions exigeant beaucoup d'activité et de responsabilité. La faiblesse ou débilité de ces personnes impressionnables paraît limitée à cette fonction spéciale, en leur laissant assez de forces pour remplir les autres avec utilité sinon avec bonheur. Il est à noter, en outre, que ce ne sont pas des vieux ni des incapables, mais des jeunes ou d'âge moyen variant de vingt à quarante-cinq ou cinquante ans; ces décades dorées et argentées, durant lesquelles le pouvoir reproducteur est à son apogée, comme le cerveau et les muscles pour l'exécution rapide de leurs meilleurs travaux. [Page 1 53.)
De là l'action malfaisante du coït normal chez certains hommes comme un effet neurasthénique attribué aux troubles du nerf grand sympathique et dont Beard cite le cas suivant.
8. — Célibataire de quarante-six ans , sujet à des maux de tête habituels depuis plusieurs années. Leur disparition était suivie de douleurs à l'occiput et au cou avec vertiges, douleurs d'estomac et coliques, surtout à gauche ; frissons, même dans l'eau chaude, et contractures musculaires. Spermatozoaires nombreux dans l'urine avec pus abondant. Il ne pouvait se livrer au coït, sans que tous ces symptômes n'augmentassent dès le troisième jour.
Si rare et étonnant qu'il paraisse, ce fait, d'après l'auteur, est assez fréquent aux États-Unis et n'est peu connu des médecins que par la discrétion des malades, n'en comprenant pas toute l'importance. Il mérite une grande attention, comme la présence des spermatozoaires dans l'urine. Il a lieu chez les mariés et les célibataires, jeunes et vieux, même dans le lit
conjugal. Que le coït soit pratiqué une ou deux fois par mois ou tous les trois mois seulement, il n'est pas plus malfaisant, sans procurer jamais aucun bien. La souffrance ne survient pas immédiatement après ni dans la nuit même; au contraire, ces malades dorment mieux parfois. C'est du second au troisième jour seulement que survient Tavalanche des symptômes suivants : Augmentation des craintes morbides avec maux de tête et insomnie, douleurs, battements, palpitations ou démangeaisons au périnée et autour des parties génitales, sensibilité de l'urèthre, urination fréquente et rare, constipation. Langue parfois chargée, indigestion, irritation des yeux rendant la lecture pénible.
Cet accident génital correspond aussi avec la neurasthénie générale et doit • être classé et étudié avec les craintes morbides, Tinsomnie, la dyspepsie, l'asthénopie nerveuse, le bourdonnement des oreilles, la sueur des mains et du scrotum pendant, pénis rentré, testicules sensibles, douleurs lombaires, contractures musculaires des extrémités avec refroidissement des mains et des pieds, frissons, dépression mentale. C'est, en un mot, l'expression d'une banqu»?route nerveuse, ni plus ni moins. (Page 146.)
Ces détails étaient nécessaires pour faire connaître et distinguer cet effet de l'épuisement génital et sa signification. D'autant plus que des exemples analogues nous paraissent inconnus en Europe. Des personnes se disent bien peu portées à l'acte sexuel par
96 ÉPUISEMENT iNERVEUX GÉNITAL
faiblesse génitale, en être fatiguées, mais non malades ensuite, à moins que les organes s'y refusent. Jamais aucun homme ne s'est plaint à nous d'en éprouver un ensemble d'accidents aussi dangereux et remarquables.
Mais il en est qui ont peur du coït sans le connaître et qui n'osent pas s'y essayer par cette seule crainte. Certaines difformités légères n'y pouvant mettre obstacle la font naître, sinon la préoccupation de ne pas réussir, comme dans beaucoup de cas. Les pertes séminales, de mauvaises habitudes y contribuent aussi, avec le défaut d'érection. Le plus souvent, il s'y joint, chez ces névropathes, une aberration de l'esprit, sinon du sens erotique même, comme on le verra aux. Aberrations.
C'est le contraire des femmes dont Beard ne parfe* pas distinctement. Sans que la faiblesse sexuelle s& présente comme chez son conjoint, au même degré et pour des raisons différentes, beaucoup manifestent une répugnance marquée pour cet acte, à cause des souffrances qui s'ensuivent. On observe alors des règles profuses en fréquence ou en abondance ; raisons suffisantes pour expliquer cette frigidité et le malaise consécutif à l'acte sexuel. La cause est donc toute^ différente.
En tout cas, il est également essentiel de ne pas faire renaître le mal à plaisir, en observant la eonti- «aience et en le traitant d'une manière distincte^
L'affaiblissement, le trouble ou l'épui -cément nerveux génital commence parfois à se manifester pai des accidents nerveux d'autres parties du corps. Ceux de la neurasthénie générale précédemmont exposés peuvent ainsi exister avant ceux-ci. Tous les principaux appareils et organes en sont menacés, mais quelques-uns y sont particulièrement exposés ; l'estomac entre autres. Il n'y a donc pas de raison de passer en revue toute la pathologie comme Belliol, dans son volumineux in-8° d'environ 1,000 pages, pour montrer l'épuisement nerveux des organes génitaux. Il suffira
d'en retracer les principaux signes pour le recon-
naître.
Il en est un tout d'abord qui saute à première vue de tout médecin expérimenté observant des malades qui ont mené une vie très dissipée en ce qui concerne spécialement les plaisirs de l'amour. Beard les divise en deux classes distinctes : ceux qui ont une maladie locale, organique et ceux qui souffrent de troubles nerveux généraux seulement. Les premiers sont généralement forts et sanguins et les seconds plutôt faibles, impressionnables et surtout nerveux. D'où il suit que les mêmes excès fonctionnels, quels qu'ils soient, produiront des affections organiques et locales chez les uns en rapport avec leur constitution, tandis qu'elles seront générales, nerveuses chez les autres. Il serait donc facile de distinguer celles-ci de celles-là.
Mais ces diiïérences extérieures ne sont pas aussi accentuées à tout âge. Les plaisirs, les fatigues, les luttes de la jeunesse et les affections, les tares héréditaires changent, modifient et transforment l'apparence des personnes. L'enfance et l'adolescence offrent des garants plus sûrs à cet égard. Une surexcitabilité anormale dans l'enfance, indépendante de toute mauvaise habitude, vient d'une sensibilité héréditaire. Un gars très fort, gros, rubicond et plein de santé, ne sera jamais troublé comme le premier, en grimpant aux arbres, de la sensation voluptueuse découverte par le simple frottement des organes génitaux.
Les faits relatés à l'onanisme par frottement en témoignent. Cet excès de passion ne vient pas de la force, mais de la faiblesse, la débilité organique; c'est l'analogue de la dyspepsie nerveuse et l'activité anormale de l'esprit chez ceux enclins à la folie et qui la côtoient.
Le même signe se produit chez ces nerveux lymphatiques lorsqu'ils montent à cheval ou sur bicyclette par mode ou coutume, sinon comme moyen hygiénique. Une fluxion à demeure s'établit au siège cor respondant aux organes génitaux qui peut les porter à l'onanisme ou à des rapports sexuels anticipés.
Les anomalies fonctionnelles des organes génitourinaires sont en effet les premiers symptômes locaux de la neurasthénie sexuelle primitive et idiopathique. Quand elle est précédée d'autres accidents nerveu^ d'organes éloignés, elle est secondaire et souvent symptomatique de ces accidents.
Les troubles génitaux chez Thomme ont une importance considérable par l'affaiblissement en résultant et les préoccupations morales qu'ils font naître. Au début, il existe une hyperexcitabilité marquée du centre génital, une sorte de priapisme permettant descoïts fréquents et répétés. Cette vigueur passagère, inconstante, n'est que le prélude de la diminution do la puissance génitale qu'elle prépare comme dans la. congestion, l'hypérémie de la moelle précédant son ramollissement. En effet, au bout d'un temps variable, les érections deviennent rares, incomplètes, l'éjaculation se produit avec rapidité, presque au moment de l'intromission. D'autres fois, l'acte sexuel ne peut s'accomplir, l'érection est inefficace et ne persiste pas le temps voulu Enfin, la nuit est marquée par despertes séminales; une véritable spermatorrhée peut même survenir, cause de fatigue pour l'organisme et de désespoir pour le malade.
Ces accidents, indiquant l'action malfaisante du coït normal, sont encore plus graves en coïncidant avec la. neurasthénie générale. L'épuisement nerveux génital n'est évidemment pas le principal, puisque le coït est possible et s'exerce même parfois normalement. Son retentissement seul sur toutes les autres fonctionsamène le désarroi général. Il est donc moins grave que l'impuissance totale.
9. ^ Beard en a observé l'exemple suivant chez un manufacturier, marie', ayant joui d'une parfaite santé jusqu'à trente ans. A trente-cinq ans, il se plaignait de bourdonnements et de sifflements presque constants dans les deux oreilles, sommeil impartait. Il avait cessé de fumer
WBllDTh: )
sans résultat, mais il en était moins troublé après le repos du dimanrli ^ Depuis trois ans, sa copulation était imparfaite et qu( hpies pertes séminales s'ensuivirent, même à côté de sa lensyne. Il avait eu une goutte militaire ou prostatorrhée. Boiuses très relâchées comme signe de masturbation antérif tire. (Page 149.)
Ces bruit^ des oreilles, survenant sans cause appréciable à r-'s iinen, sont analogues, d'après l'auteur, à rirritabililé de la prostate, des seins, de la colonne vertébrale, du cerveau, des dents, des yeux, de l'estomac qui coïncide souvent avec ces bruits.
Une extrême sensibilité nerveuse du canal de Vurèthre en est un autre signe, selon Beard. Elle se distingue de la douleur produite par l'inflammation en contractions internes s'étendant profondément avec écoulement involontaire de gouttes d'urine après la miction. Le pénis est froid et souvent très rétracté, rentré par l'évacuation du sang de Torganc.Le simple passage do la sonde, môme enduite de calmants, est si sensible que la douleur persiste encore le lendemain, malgré l'usage des bains de siège. Ils augmentent plutôt la souffrance comme tous les autres moyens usités.
L'irritabilité excessive de la prostate est un symptôme analogue. L'introduction du doigt dans le fondement suffit à constater la sensibilité de cette glande en pressant dessus avec son extrémité. Rarement sensible, il en résulte une douleur aiguë si violente parfois qu'elle donne la sensation pénible d'une plaie, quoique sans être engorgée ni augmentée de volume.
SIGNES m
La partie profonde du canal de l'urèthre, correspondant à cette glande, est seule associée à cette sensibilité exquise. De là la faiblesse du jet de l'urine, bavant et s'écoulant par gouttes, avec besoins fréquents et répétés, surtout à la suite d'abus ou d'excès vénériens.
Cette irritabilité s'étend même à la peau correspondant aux organes sexuels. Les bourses et les testicules deviennent presque douloureux au toucher, comme celle des ovaires chez la femme. Les seins y participent aussi et il est probable que cette irritabilité nerveuse locale est le secret que certains garçons efféminés trouvent dans l'excitation manuelle de leurs petits mamelons par la femme pour rendre leurs érections plus rapides et complètes. Les pédérastes énervés recherchent spécialement ce mode d'excitation erotique entre eux, d'après l'exemple 151 des Anomalies sexuelles.
L'incontinence d'urine^ sinon le besoin fréquent et pressant d'uriner, se rencontre chez beaucoup de neurasthéniques par excès sexuels, comme un effet direct et consécutif, d'après les observations 86 et 118 des Anomalies sexuelles. Rendues en double ou triple quantité de la dose ordinaire, ces urines blanches, aqueuses, au lieu de leur couleur jaunâtre ordinaire, résultent souvent de palpitations nerveuses du cœur produites par la même cause à la suite d'abus ou d'excès vénériens. C'est un sérieux avertissement, pour la femme surtout, de ne pas récidiver.
Une urine très acide s'observe aussi avec diminution des produits excrémentitiels ordinaires, remplacés par ceux d'une oxydation incomplète. Des oxalatcs, phosphates et autres corps étrangers ont aussi la même signilication. Des flocons spermatiques, et même des spermatozoaires, s'y rencontrent parfois chez des mariés comme chez des célibataires jeunes et vieux. En coïncidant avec des pertes séminales et la spermatorrhée surtout, ces signes méritent la plus sérieuse attention. Tôt ou tard, si l'on n'y prend soin, d'autres fonctions : digestion, pouvoir de réflexion, faiblesse musculaire, de l'intestin et surtout de l'érection, ne manquent pas de se manifester. Cette dernière se révèle surtout par la tentative infructueuse du coït après une longue abstinence.
Les névroses génitales se manifestent spécialement sur les organes sexuels par des altérations fonctionnelles sans douleur. Telles sont les érections involontaires, persistantes et durables, constituant le priapisme et devenant du satyriasis quand elles sont continuelles au point d'empêcher le sommeil. Ces perversions ou troubles du système nerveux paraissent provenir du centre génital de la moelle inférieure de la colonne vertébrale ; mais le sens erotique du cerveau peut aussi contribuer à les produire, sans aucune altération ni lésion physique appréciable, même au microscope. De simples abus ou excès fonctionnels en sont les causes ordinaires. De là leur apparition après des habitudes vicieuses, une grande contention d'esprit, dos impressions physiques ou
morales persistantes, dont la cessation les fait disparaître également, sans laisser aucune trace apparente.
Klles se distinj^uent très facilement dès lors avec les maladies toujours douloureuses, les névralgies notamment, résultant de l'irritation, rinflammation ou la lésion des nerfs. Aucune confusion n'est donc possible avec les névroses 'ni méprise entre leurs caractères différents.
Une réserve est pourtant à faire quant à la rachialgie et aux douleurs variées qu'elle produit (voir page 47). Après le cerveau, la moelle épiniére renfermée dansla colonne vertébrale joue certainement le plus grand rôle dans ralfaiblissoment et l'épuisement nerveux génital. Tous les abus vénériens et les excès sexuels, d(^ quelque nature qu'ils soient, retentissent directement sur ce gros cordon nerveux et ses enveloppes. Les articulations de la colonne osseuse y participent môme souvent du haut en bas, de la tête au coccyx, ainsi que la peau qui la recouvre. De là une gêne, des sensations pénibles, fixes ou vagues, dans un point quelconque de sa longueur et s'irradiant sur les côtés. Les malades traduisent généralement ces sensations, par la douleur qu'ils éprouvent à l'intérieur et à l'extérieur dans le dos, entre les épaules, au niveau des reins et même plus bas.
Ces douleurs nerveuses, dont le caractère essentiel est d'être variables, changeantes d'intensité, de siège et de durée d'un jour à l'autre et du soir au matin, ne doivent donc pas être confondues avec les douleurs fixes et aggravantes d'une maladie locale ne variant pas de place.
iU ÉPUISEMENT NERVEUX GÉNITAL
La plupart des signes précités de l'épuisement nerveux des organes génitaux proviennent ainsi de la moelle épinière par les nerfs qu'elle leur fournit, de même que ceux qui vont suivre. La coccydinie entre autres en fournit l'exemple le plus frappant. C'est une sensation douloureuse localisée à la terminaison de la colonne vertébrale et gênant beaucoup les malades pour s'asseoir. Il semble, dit Beard, que leur colonne vertébrale soit trop longue par l'extrême sensibilité de son extrémité. Celte névrose atteint plutôt les femmes que les hommes, au moins en Amérique. Les femmes galantes, de New-York en particulier, se plaignent surtout de cette hypersensibilité spinale et même de douleurs de l'épine dorsale ; ce qui dépend probablement de certaines particularités de leurs débauches.
Des douleurs temporaires dans les jambes peuvent simuler, dans certains cas, l'ataxie locomotrice et même l'atrophie musculaire par des contractions très pénibles. Elles sont parfois si intenses que les malades comparent leurs souffrances à la sensation d'une corde serrant leurs articulations. Le président Garfield, ayant reçu un coup de feu dans les reins, comparait ces douleurs à celles des griffes du tigre, tigers claws ; preuve que la moelle épinière était atteinte, comme l'autopsie le confirma.
Ce signe peut ainsi faire croire à la menace de ces terribles maladies de la moelle, les faire annoncer par erreur, alors qu'elles sont l'effet passager de l'épuisement génital. On en trouve la preuve quand ces ma-
îades, en montant à cheval ou en bicyclette, en allant en voiture ou en chemin de fer, sont pris de douleur au périnée, sinon de pollution involontaire par l'irritation mécanique en résultant sur la prostate ou les canaux éjaculateurs. L'exaspération consécutive de îeurs douleurs est la confirmation qu'il s'agit de simples névroses résultant de l'épuisement sexuel.
La surexcitahilité génésique, qui s'empare à certaines périodes et sans cause appréciable de ceux qui se livrent habituellement aux excès sexuels ou à des abus contre nature, est aussi une névrose et un signe précurseur d'affaiblissement génital. Qu'elle se manifeste sous forme de turgescence ou d'érections persistantes, priapisme, satyriasis ou nymphomanie, c'est toujours une névrose plus ou moins accentuée et indolore. Les masturbateurs et les frotteurs ont ainsi de véritables accès les entraînant à leur insu à multiplier leurs pratiques, sans être maîtres de leurs mouvements, jusqu'à extinction des forces. Les pédérastes et les sodomistes n'en sont pas exempts, malgré l'accord nécessaire de deux volontés, non plus que les deux sexes dans leurs orgies et leurs saturnales. Les pollutions, la spermatorrhée et l'impuissance succèdent à ces accès par épuisement nerveux. Alors le mal redouble, comme en témoignent les confidences, les lettres ou mémoires de ces malheureux. Confirmation éclatante que la surexcitabilité génésique qui a provoqué tous ces excès et ces accidents consécutifs est purement d'origine nerveuse. Il ne faut donc pas la confondre avec le prurit ou démangeaison génitale
produite par une maladie locale, apparente ou cachée, superficielle ou profonde, que la douleur suffît à déceler.
Les signes émanant du cerveau sont en général beaucoup moins directs et localisés que ceux produits par la moelle épinière, tandis que ceux-ci, en affectant tout spécialement les organes sexuels, réagissent très puissamment sur l'esprit, l'imagination et la pensée. Si la plupart des neurasthéniques sont tristes et découragés par la faiblesse de leur système nerveux et tous les accidents et les troubles en résultant, cet état d'esprit est bien plus marqué dès que leurs organes génitaux sont atteints. Leur? fonctions préoccupent si profondément les deux sexes, dès qu'elles sont troublées, dérangées, affaiblies ou surexcitées, que leur imagination en est aussitôt frappée, perturbée. Leur découragement est si profond et leur tristesse si sombre, que d'aucuns semblent devoir tomber dans l'hypocondrie. D'autres sont hantés d'idées noires, persécutés du désir de la mort, parfois même de monomanie suicide. Il en est qui délaissent leurs travaux, quittent leur profession, abandonnent leur famille. Toutes les catastrophes sont à redouter alors, surtout chez ceux qui sont frappés d'une influence héréditaire.
Le mal de lêLc ou céphalée, signe prédominant de la neurasthénie, ne parait pas avoir la même importance dans l'épuisement génital. Beard le cite dans
ses observations, sans s'y appesantir d'une manière spéciale. S'il est commun que les malades accusent du mal de tête avec étourdissements, pesanteurs, vertiges, ce n'est qu'incidemment après leurs excès. Ils insistent bien plus sur leur faiblesse génitale, le défaut d'érection, les pertes séminales, la sensibilité ou la pesanteur douloureuse des testicules et autres accidents analogues. Une seule fois, un frotteur se livrant chaque nuit à cette funeste habitude, insistait sur un serrement froid derrière la tête qu'il éprouvait immédiatement après et qui l'empêchait de s'endormir. (Voy. Frottement.)
Les masturbateurs passionnels sont plus exposés à ressentir en s'éveillant le matin, après un sommeil lourd, traversé de cauchemars et de sursauts, un mal de tête frontal, la véritable céphalée serrant le front. Mais elle est surtout associée aux troubles digestifs dans l'épuisement nerveux génital. Il en est rendu d'autant plus grave et difficilement curable que l'insomnie s'y joint. Elle entretient l'excitation génitale et s'oppose à la réparation nerveuse.
Vinsomnie produite parla congestion du cerveau et la surexcitation nerveuse résultant des excès génitaux est ainsi l'un des plus fréquents signes de l'épuisement nerveux. Sa gravité se mesure par sa continuité, sa durée. D'autant plus qu'elle coïncide souvent avec des battements forts, rapides, précipités et inégaux du cœur; palpitations nerveuses qui causent souvent une émission plus abondante d'urine incolore comme l'eau. Ces palpitations à la suite d'excès
OU de perversions sexuelles suffisent même parfois à entretenir cette insomnie.
Le rêve sexuel^ erotique ou lubrique, avec excitations génésiques et aboutissant a la pollution, a lieu, spécialement dans Tépuisement nerveux génital. Il est doublement fatigant et malfaisant, en raison de pertes séminales dont il s'accompagne, comme on le verra à ce mot par de nombreux exemples .
La fatigue du matin, conséquence de tous les signes précédents par le défaut de repos et de réparation des forces, est le symptôme capital et prédominant de la neurasthénie sexuelle. Elle coïncide souvent avec une urine très acide et altérée.
Les troubles de la vue ou son affaiblissement avant 1 âge, coïncidant avec des excès vénériens, sont aussi un avertissement direct de la congestion cérébrale,, comme le mal de tête et les bruits, bourdonnements, et sifflements des oreilles. La paresse de rintelligence et la difficulté inusitée des travaux de l'esprit, la pensée ou l'imagination, sont des signes que le cerveau a été atteint par l'excès des sacrifices à Vénus .
hdi phobie, état d'anxiété de la pensée, est le signe le plus direct du cerveau dans l'épuisement génital. Beard en rapporte de nombreux exemples caractérisés par des craintes diverses, frayeurs ou peurs maladives, distinguées par divers adjectifs. La peur des foules, la crainte de la société s'appelle anthropophobie,
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comme le contraire, monophohicj désigne la frayeur de la solitude et de l'isolement. De même de la frayeur angoissante des espaces, des distances ou de certains endroits : église, théâtre, ponts, imprimerie, etc. La peur des maladies et la frayeur du tonnerre et surtout des éclairs sont analogues. Que toutes ces phobies puissent se rencontrer chez des nerveux, surtout héréditaires, durant un accès, une période de neurasthénie sexuelle, il n'y a rien d'étonnant, mais sans que Ton puisse en faire un signe distinctif de celle-ci. Le plus souvent même, elles sont si étranges, déraisonnables et peu fondées qu'elles sont attribuées à une affection mentale, un trouble de Tesprit ou paraissent en dépendre.
Loin d'attribuer ces craintes ou frayeurs maladives à la neurasthénie et d'admettre qu'elles en dépendent directement et exclusivement, les auteurs français les considèrent comme des névroses distinctes, spéciales, n'ayant que des rapports accidentels avec elle. Au lieu d'en être un signe, elles en seraient une complication aggravante. Elles constituent des affections nerveuses existant séparément et proviennent spécialement du cerveau, comme le docteur G. Gélineau vient de l'établir dans un livre nouveau. Si, en se confondant avec la neurasthénie parfois, elles disparaissent simultanément, c'est que leur essej.^e nerveuse les rend souvent justiciables d'un traitement identique.
L'hypocondrie ou spleen des Anglais , qui est la crainte sans fondement d'une maladie quelconque, et
qui fait dire après examen qu'elle n'a d'autre siège que dans l'imagination, est beaucoup plus fréquente dans la neurasthénie sexuelle. Beard, en la qualifiant ainsi, la sépare de ses phobies, et prétend qu'elles sont bien plus réelles et positives que celle-ci et méritent ainsi, plus d'attention. On ne saurait cependant méconnaître qu'elle constitue, dans certains cas, un état nerveux nullement imaginaire comme on le dit. Au contraire, elle est une affection très réelle et des plus douloureuses, après les pertes séminales dont elle est une complication habituelle, surtout chez ceux qui ont subi la soi-disant cautérisation de la prostate. Elle se manifeste par un souci minutieux de la santé, de l'état des fonctions, de leurs moindres troubles ou désordres ; d'où leur dégoût de la vie pouvant aller parfois jusqu'au suicide. L'éminent chirurgien anglais, sir J. Paget, qui a si bien étudié l'hypocondrie sexuelle dans son pays, la considère aussi comme très sérieuse. (Voy. Onanisme, page 30Ô.)
Les symptômes précédents se présentent surtout dans l'affaissement ou l'épuisement sexuel, parce que les accidents génitaux réagissent le plus vivement sur le moral ; plus même que la neurasthénie gastrique qui s'y joint ordinairement. La peur morbide d'être impuissant est si commune et répandue chez tant d'hommes, jeunes et vieux, pour avoir subi un affront, échec ou faillite dans un mauvais moment, qu'ils en sont effrayés, préoccupés nuit et jour, avec de véritables crises d'anxiété, défaillance et tremblement. Dans la crainte folle d'éprouver le même accident, malgré des érections spontanées, nocturnes ou diur-
SIGNES lit
nés, ils n'osent plus s'exposer à être bafoués, même avec les prostituées. Il en est aussi qui n'osent plus s'essayer avec leurs propres femmes par crainte d'échouer et d'être méprisés. (Observ. 144.) D'où leur continence prolongée et des pertes séminales involontaires en résultant; ce qui aggrave de plus en plus leur état physique et moral.
Ces cas se rencontrent particulièrement chez ceux qui ont commis des abus ou des excès vénériens antérieurs. Les masturbateurs, les frotteurs, les fraudeurs et toutes les lubricités y prédisposent en troublant leur cerveau. De même des anomalies sexuelles apparentes : péniennes ou testiculaires. La plus insignifiante, par défaut de propreté ou de soin, est souvent l'objet de terreurs folles. Telle est la balanite par la démangeaison ou la douleur en résultant ; une simple rougeur, bouton ou érosion, suffisent à plonger dans l'inquiétude les plus simples, naïfs ou timides. Les affections vénériennes, surtout prolongées, récidivées, et les opérations pratiquées dans le canal de l'urèthre, cautérisation du canal ou de la prostate, par des charlatans pour tarir certains écoulements suspects, ont la plus dangereuse influence à cet égard, d'après trois exemples relatés sous les numéros 140, 141 et 14^2.
La gouttelette de mucus produite par des érections matinales, vue le matin en s'examinant, met même l'esprit en déroute chez quelques-uns, en étant prise pour la goutte militaire. (Obs. 125 et 126 des Anomalies.)
La syphilis spécialement et ses diverses complications, tardives surtout, sont des causes très commu-