‹ Epuisement nerveux génital, causes et remèdesChapitre 5 sur 21 · H2 ÉPUISEMENT NERVEUX GÉNITAL · texte numérisé non relu

H2 ÉPUISEMENT NERVEUX GÉNITAL

nés et fréquentes de ces craintes morbides par la perturbation de l'esprit de ses victimes. Ils craignent surtout de se marier et de la communiquer, malgré Tassurance contraire des plus savants spécialistes. (Obs. 128 à 135.)

En dehors des phobies, sous l'obsession plus ou moins prolongée de ces craintes chimériques et les idées tristes, noires et les frayeurs, les peurs qu'ils €n conçoivent, ces malades sont bientôt énervés. La réaction du système nerveux affaibli, déprimé, sur tous les autres appareils qu'il innerve, ne tarde guère à se montrer par l'altération des voies digestives. C'en est ordinairement le premier effet et l'origine de tous les autres par le défaut de nutrition et d'assimilation. La diarrhée, qui s'ensuit souvent, augmente encore les causes d'affaiblissement. De là l'anémie, la neurasthénie, la faiblesse et autres phénomènes nerveux de la tête, du cœur, l'impuissance qui leur donnent un aspect trompeur. Plusieurs accusent une sécrétion abondante du nez, des deux narires ou d'une seule, que j'ai signalée dans trois cas ; de la sueur des mains, des pertes fréquentes, l'irritabilité de la prostate, etc., etc. Et quand l'air triste, désespéré, le regard fixe, mélancolique, troublé, ils énumèrent tous leurs maux, inquiétudes et souffrances, comment saisir l'origine de tant de symptômes divers dans un fait sans importance ? D'autres ont ridée fixe d'une maladie cachée, confinée dans la profondeur de la tête ou du bassin, les organes génito-urinaires, prostate ou vessie, sinon les flancs. Ce sont donc de véritables hypocondriaques, les plus

difficiles et rebelles à détromper, comme des exemples en seront relatés.

A entendre ces divagations, on peut croire que ces nerveux, craintifs et préoccupés, n'ont pas leur bon sens, qu'ils sont excentriques, mal équilibrés ou toqués. Au contraire, ils ne divaguent que sur l'objet spécial de leurs craintes. Est-ce celle de l'impuissance, du défaut d'érection? cette pensée est alors si dominante qu'elle l'empêche de se produire et la fait même cesser, dès que cette crainte se présente à leur esprit, en distrayant et paralysant le sens erotique du cerveau ! Qu'ils n'y pensent pas, comme dans le sommeil, et cette érection se manifeste spontanément. C'est la meilleure démonstration à leur fournir pour démentir leurs craintes en pareil cas.

Au contraire, la plupart de ces malades, sur tout autre sujet, se montrent très intelligents et parfaitement équilibrés. Ce sont parfois des hommes d'affaires, actifs, judicieux et qui réussissent très bien dans leurs entreprises.

L'alcoolisme serait aussi, d'après Beard, le signe d'un affaiblissement latent du système nerveux génital. Les plus impressionnables, se trouvant efficacement remontés par les liqueurs alcooliques, s'y adonnent progressivement en ignorant la cause de leur faiblesse. Mais l'usage continu et prolongé de l'alcool déprime le système nerveux. Un alcoolique apparent peut ainsi n'être qu'un simple neurasthénique à l'origine, d'autant plus que des troubles gastriques peuvent exister dans les deux cas.

Des consultants, dont on ignore les habitudes et la condition sociale, se présentent en accusant une certaine émotivité avec tremblements, rêves pénibles, engourdissements et fourmillements des extrémités, compliqués de troubles gastriques, éveillant l'idée d'un alcoolique plus ou moins dissimulé. Si à cette demande, le malade répond avec embarras, le médecin ne doit pas s'en tenir à ce diagnostic, dès que le catarrhe pituitaire du matin n'existe pas. Il faut plutôt penser à une neurasthénie antérieure, surtout s'il y a mal de tête ou céphalée et afTaissement de l'esprit. Il est ainsi possible de reconstituer la scène entière de cette maladie précédant l'alcoolisme consécutif; ce poison, en irritant l'estomac, peut même jouer le principal rôle dans l'épuisement nerveux génital.

Malgré la précision de ces différents signes et leur valeur ordinaire, ils peuvent être, pris isolément, de fausses apparences de l'épuisement nerveux génital. Tel de ces signes peut être l'avant-coureur, le début ou l'éclosion d'une affection organique locale de la prostate ou de la moelle épinière ne pouvant être découverte, ni signalée par le médecin le plus attentif et éclairé. Il est même de ces maladies cachées, ayant existé plus ou moins longtemps auparavant, susceptibles de produire leurs réminiscences par des manifestations nerveuses analogues, sans que le médecin puisse être rendu responsable de ces méprises.

L'une des plus fréquentes est la confusion de la neurasthénie sexuelle avec l'hystérie. Quoique d'ori-

gine distincte, ces deux affections nerveuses ont de nombreuses analogies, de grandes affinités et même des similitudes, des ressemblances, chez les deux sexes. Elles se rencontrent même alliées parfois, surtout chez la femme. Des garçons efféminés, masturbateurs, pédérastes, hallucinés, en offrent également les signes réunis. Il serait superflu de les signaler, le médecin pouvant seul les distinguer et les reconnaître par un examen attentif et répété. Cette indication suffit pour que le malade le mette en garde contre cette confusion dans le traitement, où cette distinction est capitale, essentielle. Administré indifféremment, il peut rester sans action contre l'une ou l'autre et produire même des effets opposés à ceux que Ton attendait, par suite de cette erreur.

L'abus de la fonction génitale n'est pas l'unique cause de son affaiblissement nerveux, comme ceux qui l'éprouvent peuvent se le figurer, d'après les excès commis. Ce serait une erreur grossière de l'admettre dans la plupart des cas. Il y a, le plus souvent, les abus connexes du tabac, de l'alcool, du théâtre, de la danse, des veilles, de la fatigue du corps ou de l'esprit qui sont l'accompagnement ordinaire des plaisirs de l'amour. Quand des jeunes gens, se voyant pâlir,maigrir, s'affaiblir et perdre leurs forces viriles, s'adressent au médecin pour savoir ce qu'il en est de leurs excès, et parfois de leurs turpitudes, il suffit de

les interroger pour apprendre que l'appétit et le sommeil ont diminué simultanément. Il y a des maux de lête, des palpitations, des bourdonnements d'oreilles, perte des forces, faiblesse des jambes avec crampes et douleurs vagues ici et là.

Le surmenage intellectuel seul a produit à deux reprises cet état, chez un jeune homme se mettant avec ardeur, nuit et jour, à l'étude de ses auteurs favoris. Ce n'était évidemment pas de l'impuissance au sens vrai et organique de ce mot, puisqu'il suffit r ce malade de mettre de côté ses livres et de voyager pour guérir. C'était de la neurasthénie dont l'action se manifestait spécialement sur la virilité par l'intermédiaire du cerveau ou de la moelle. {Impuissance^ page 327 de la nouvelle édition.)

Tous ces phénomènes ressortissant évidemment de la neurasthénie générale, on peut juger dès lors que les excès ou les abus génitaux ne sont pas seuls en cause. Il suffit que ceux de la fonction sexuelle soient prédominants sur les autres pour caractériser l'affaiblissement ou l'épuisement génital. Tant de causes variées peuvent le produire, même dans la continence et des excitations latentes purement subjectives, que ces malades se défendent justement de tout abus ou excès à ce sujet. La chasteté, la privation absolue, en agissant sur le cerveau, peuvent entraîner des accidents analogues. Tous les excès les plus extrêmes et opposés, on appauvrissant l'organisme, déterminent des effets semblables.

Diverses maladies organiques prédisposent également h la neurasthénie génitale. A voir des hommes

forts et robustes physiquement, capables de grandes fatigues et de violents efforts musculaires, en être atteints, il ne faut pas juger que l'anémie n'y prédispose pas. L'épuisement nerveux génital de ceux-là dépend de causes locales, comme de nombreux exemples en témoignent. L'anémie en est une prédisposition manifeste par le défaut de sang n'incitant plus le système nerveux. L'hystérie, le rhumatisme et d'autres maladies y conduisent aussi indirectement en épuisant l'organisme. C'est dans ces conditions que des causes directes et spéciales de l'épuisement nerveux génital survenant, il se produit fatalement.

D'où l'indication d'en rechercher et scruter avec exactitude et attention tout ce qui peut avoir agi sur le système nerveux local, dès qu'il est affaibli, sidéré, pour en combattre la cause. Les abus physiques n'y contribuent pas seuls, les troubles moraux, les vives émotions, les grandes peines^les profondes tristesses, toutes les passions : envie, haine, jalousie, joies illimitées en peuvent être la cause comme l'amour chez les nerveux. Ils sont les plus exposés à en ressentir les effets par l'analyse de leurs moindres sensations, souvent aggravée en leur attribuant une importance qu'elles n'ont pas,, et qu'ils rapportent à leurs abus ou leurs perversions sexuelles. C'est une aberration consécutive à celle qu'ils ont eue en se livrant à d^s actes qu'ils n'osent souvent avouer, si on ne leur demande explicitement. A ce défaut, les causes principales peuvent rester ignorées et le sont fréquemment.

La dépression morale, par crainte, inquiétude accablante, idées fixes à 'priori et sans fondement ni rai-

son subjective, ont également les plus funestes effets. La syphilophobie ou peur de la vérole, l'idée fixe, la prévention que Ton en est atteint ou de toute autre maladie vénérienne occulte; rétrécissement de l'uréthre, maladie de la prostate, spermatorrhée, goutte militaire, pertes séminales, provoquent aussi l'affaiblissement nerveux en engendrant la mélancolie, l'hypocondrie et la perversion des fonctions nutritives.

La digestion, a dit Brillât-Savarin, est, de toutes les fonctions corporelles, celle qui influe le plus sur le moral. Tout en reconnaissant que le cerveau de celui qui digère mal, d'une manière imparfaite, laborieuse, fonctionne ordinairement à l'unisson, c'est pour avoir fixé exclusivement son attention sur cette fonction que le célèbre gastronome a porté un jugement aussi absolu. Un cerveau affaibli, troublé, préoccupé d'idées tristes, ne permet guère une digestion normale. L'acte de la génération, à l'état morbide, exerce certainement un empire aussi préjudiciable sur l'esprit, la pensée et la raison. Dès que l'homme est atteint dans sa faculté de reproduction, il ne raisonne plus, il divague, en «'exagérant souvent la gravité du mal et devient fou à ce sujet.

Toutes les maladies affectent l'intelligence et la moralité de l'individu ; malade, il n'est jamais le même dans ses pensées et ses sentiments que l'homme en santé. D'où cette remarque du docteur Johnson : tout homme est rascal^ c'est-à-dire canaille, suivant l'exacte traduction de ce dur mot anglais, dès qu'il est malade. C'est la vraie définition, dans son sens flexible et généreux , sans aucune exception pos-

sible ni imaginable. Si elle est exacte de toutes les maladies à diverses périodes, cette interprétation est surtout applicable et appropriée aux affections nerveuses. La neurasthénie est démoralisante en produisant l'irritabilité, TafTaissement et la déraison.

L'esprit de la femme, quand elle est stérile ou n éprouve aucune sensation dans le coït, en est aussi perturbé, mais à un moindre degré.

De ces deux causes, agissant sur le moral et le pervertissant, celle-ci est manifestement plus directe que l'autre. Les troubles digestifs ne sont même souvent que la conséquence des aberrations mentales produites par les abus et les excès vénériens. Au contraire, il n'est pas admissible que ceux-ci soient jamais produits par des troubles de la digestion ; ils les empêchent plutôt en affaiblissant la fonction.

La mélancolie, l'hypocondrie affaiblissent aussi le système nerveux en altérant toutes les fonctions nutritives.

Les premières causes d'épuisement nerveux se résument dans le surmenage partiel ou général des fonctions nerveuses ; les excès intellectuels, les émotions morales, les abus sexuels qui retentissent si vivement sur les centres nerveux : cerveau et moelle épinière, pour les agiter et les troubler. Ces causes ordinaires sont donc de trois ordres : intellectuelles, morales et génitales. Séparées, isolées, elles suffisent à l'amener, mais réunies, elles le produisent infailliblement.

Les deux premières : intellectuelles et morales, sont donc d'ordre purement général et peuvent

atteindre l'individu sans qu'il s'en doute. Il y est soumis souvent malgré lui, par la misèare notamment, et forcé d'autres fois par le devoir pour échapper à celleci. Il n'est donc pas toujours responsable de ces causes générales, placées en dehors de sa volonté. Il les subit fatalement, même sans qu'il y ait de sa faute : les accidents et les blessures dans les ateliers et les mines, par exemple, comme une foule d'autres causes professionnelles. Ce qu'il en est dit dans la première partie et ce qui précède suffit à faire apprécier ces causes générales, sans qu'il y ait lieu de s'en occuper davantage ici.

De même des empoisonnements latents et spécifiques, produits, soit par l'usage abusif, immodéré de l'alcool, le café et le tabac, soit par l'emploi prolongé de remèdes toxiques : arsenic, belladone, bromures, iodures, mercure, morphine, soit aussi en se livrant sans précaution aux professions dangereuses par le gaz, les vapeurs et les poisons qui s'en dégagent, comme l'oxyde et le sulfure de carbone, le plomb qui sont absorbés. Toutes ces intoxications sont surtout redoutables en agissant spécialement sur les organes génitaux, comme cela est indiqué en détail dans l'Impuissance, pages 228 à 277 de la nouvelle édition. C'est en réagissant sur le système nerveux central et en raffaiblissant, le perturbant, qu'elles déterminent aussi la neurasthénie sexuelle, d'autant plus grave que le système nerveux en est lésé, altéré parfois dans sa texture. C'est pourquoi nous les signalons.

Mais il en est d'autres aussi générales, accidentelles, innées ou constitutionnelles, professionnelles

même, indépendantes de la volonté. En prédisposant à l'affaissement nerveux , leur connaissance est essentielle pour mettre en garde ceux qui en sont ainsi menacés contre les causes locales et générales qui y conduisent le plus fatalement.

Les excès sexuels, portés jusqu'à l'impuissance, suffisent, en retour, à produire tous les symptômes de la neurasthénie générale : hypocondrie profonde, digestions laborieuses et imparfaites, flatuosités, acidités, diarrhée et constipation alternatives, coliques douloureuses et périodiques, frayeurs sans cause, pusillanimité extrême, dégoût de la vie, tentatives de suicide, d'après l'exemple rapporté par Pinel, page 2^6 de Y Impuissance, nouvelle édition. Preuve de l'étroite réaction de ces causes Tune sur l'autre.

Ces causes génitales, d'ordre absolument local, s'exerci;nt exclusivement sur les organes sexuels. Leur fonctionnement anormal, irrégulier, peut tenir sans doute à des causes étrangères, c'est-à-dire indirectes, comme les lectures erotiques, la vue d'actes ou d'images obscènes, une anomalie du cerveau, un coup porté sur la tête ou la colonne vertébrale, mais en correspondant toujours et directement à ces organes. La plupart de leurs anomalies et leurs perversions fonctionnelles viennent ainsi du cerveau et c'est pourquoi elles énervent tant l'individu. L'accès d'épilepsie et l'affaissement nerveux, survenant après l'acte normal même, sont les preuves évidentes, la démonstration de son action puissante surle système nerveux cérébro-spinal tout entier. Il s'agit donc de signaler ces causes générales en première ligne, avec les

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exemples qui suivent à l'appui, pour les rendre plus démonstratives .

Les plus directes et évidentes sont Tincontinence des organes génitaux, soit par un fonctionnement normal, régulier, soit par un exercice anormal et contre nature; la continence absolue, qui en est le contraire, Topposé et la négation, affaiblit aussi directement les organes génitaux. Mais en agissant parfois primitivement, l'action de ces causes locales est toujours proportionnelle à l'irritabilité du sujet frappé et sa faiblesse native. Ce point essentiel ne doit jamais être méconnu. Les mêmes excès commis par un individu fort et résistant et un autre faible, nerveux et impressionnable, celui-ci en sera affaibli, énervé, perturbé, tandis que le premier n'en sera nullement influencé. Juger de l'un par l'autre serait une source d'erreur. De là les affirmations et les négations contradictoires sur le résultat d'un fait identique, en ne tenant pas compte de la question préjudicielle du tempérament et de la constitution.

La neurasthénie sexuelle diffère de la neurasthénie générale en ce que la cause première et principale vient d'abus naturels ou artificiels de la fonction génésique. La masturbation si commune est ainsi placée •en tête des causes locales avec ses conséquences. Elles sont souvent les seules appréciables dans l'épuisement nerveux génital. Les accidents nerveux du €ûté de la tête, l'estomac ou le cœur, sont souvent consécutifs ou passent inaperçus chez les hommes forts et vigoureux. C'est seulement lorsque les pertes séminales ou la spermatorrhée en résultant ont affaibli

et troublé toutes les fonctions que les malades s'en plaignent. Il arrive même que les victimes des aberrations, dépravations ou perversions génésiques, retenues parla raison qu'elles conservent et une santé physique assez parfaite, évitent de se plaindre de ne pouvoir plus satisfaire leur passion à leur gré. Leur moral seul est atteint, perverti ou troublé.

Il ne faut donc pas s'y tromper. Si des blessures, lésions, déformations ou maladies existent parfois sur les organes génitaux par l'abus qui en a été fait, elles ne sont jamais les causes directes de l'affaiblissement ni l'épuisement nerveux génital. Ces marques appréciables et apparentes sont simplement les témoins accusateurs des excès commis. Elles peuvent déterminer l'impuissance ; mais c'est toujours par la pensée déréglée, l'imagination surexcitée, pervertie, la luxure, le priapisme qui a présidé à ces excès, qu'en surexcitant et troublant le cerveau, tout le système nerveux en a été secondairement atteint et affaibli.

La relation suivante, par ses détails et une observation minutieuse et prolongée, permettra de bien faire saisir ces différences.

10. — Garçon de trente-quatre ans et demi, très myope, de taille et de poids ordinaires, blond, légèrement coloré, quoique lymphatique, très nerveux et impressionnable. Il habite Je midi de la France, où il remplit à la campagne une fonction administrative de l'État. Sans être impuissant, il se plaint de faiblesse génitale par une érection lente et difficile, qui Ta empêché de se marier jusqu'ici.

Issu de cousins germains, il a été très e'prouvc par des crises nerveuses jusqu'à trois ans, dit la mère, et chétif

durant toute son enfance. Sans avoir jamais été malade, i! a souffert jusqu'à vingt ans de coliques vermineuses dont il éprouve encore intercurremment les suites.

A dix- huit ans seulement, il a connu les signes de la puberté, en observant une continence rigoureuse jusqu'à vingt-cinq ans, tout en habitant en liberté de grandes villes. Il a pu résister à la tentation par crainte d'accidents, et n'eut des rapports sexuels, sans grande volupté, que de vingt-cinq à trente ans, à des intervalles très éloignés. Il attribue cette froideur aux pertes séminales qu'il éprouvait depuis l'âge de vingt ans. Des ablutions froides, le fer et le quinquina avec la continence les ayant fait disparaître, il se croyait guéri et pensait sérieusement à se marier,: lorsque ces pertes reparurent. Il essaya dès lors du coït pour les remplacer, mais il resta en échec et s'adonna ensuite, dans le feu de l'agitation de ses insomnies, à la masturbation cinq à six fois seulement, ce qu'il n'avait jamais fait auparavant.

Néanmoins, il en éprouva aussitôt de la douleur dans la colonne vertébrale et une grande lassitude dans les jambes., Le médecin, consulté à ce sujet, constata même des palpi-' tations nerveuses avec douleurs sur les côtés de la poitrine.' Ces nouveaux accidents nerveux disparurent par un traite-, ment approprié, bien qu'une émotion morale ou une peine vive les fassent reparaître momentanément, indiquant son' excessive impressionnabilité nerveuse.

Mais les pertes séminales persistaient, malgré l'usage de la quassine, l'iodure de fer, le quinquina, et la faiblesse génitale était toujours la même. Afin de concilier ces deux antagonistes, il fut soumis au bromure de potassium avec des aspersions froides. Environ un an après, il essaya sa virilité dans les meilleures conditions, avec une ancienne connaissance aimée, et réussit parfaitement; mais en répétant l'expérience un mois ensuite, l'érection fit défaut, malgré plusieurs attouchements ; procédé très nocif en épuisant ces nerveux, sans résultat.

Un autre médecin consulté prescrivit l'arsenic conjoin-

tement avec l'hydrothérapie et le chlorhydro-phosphate de chaux. A la myopie s'ajoutèrent bientôt des troubles de la vue, des mouches, que le malade attribua à l'excès de travail et e'trangers à son état neurasthénique, alorsi qu'ils en étaient une simple conséquence. Heureusement, ils disparurent bientôt, sans que la virilité s'améliorât ; deux nouveaux essais, avec d'autres femmes, restèrent infructueux comme le dernier. Il se rendit alors dans un établissement thermal où il prit trente douches froides^ avec usage du chlorhydro-phosphate de chaux et du phosphure de zinc simultanément.

Une année de ce traitement stimulant amena des érections nocturnes fréquentes et même diurnes par des attouchements libidineux, auxquels ce garçon a toujours été très enclin en les pratiquant fréquemment avec les femmes complaisantes. Mais en allant de nouveau s'essayer avec son ancienne connaissance, il échoua piteusement, de même que six mois après, malgré la continuation de ce traitement. Il n'avait ainsi obtenu aucune amélioration dans sa fonction génitale, après plus de deux années consécutives employées à la rétablir, comme il s'en convainquit avant de quitter la ville où il venait de le terminer, en entrant dans une maison publique... distinguée.

Désespéré d'avoir perdu tant de temps et dépensé tant d'argent, il constatait cependant l'heureuse influence qu'il en éprouvait sur sa santé générale. Il se portait bien, avec un appétit excellent, et n'avait plus de pertes séminales que tous les vingt jours. C'est ainsi, après quatre années de souffrances morales cruelles, qu'il me demandait avis sur son état à la fin de 1891, d'après les renseignements précités et en ajoutant : « que depuis six ans, il voyait très souvent une jeune fille honnête qui ne lui était pas indifférente et engagée avec un autre. Mais que les caresses qu'il lui avait volées, et quelques privautés prises, lui produisaient des sensations très agréables, alors que les autre* filles ou femmes qu'il avait occasion de voir ne lui faisaient aucun effet. »

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Cette révélation me parut être le mot de l'énigme, rr autant plus que depuis la cessation de son traitement et malgré un très bon régime, « il souffrait de douleurs insupportables dans la partie supérieure et moyenne de la colonne vertébrale qu'il avait souvent ressenties après des attouchements suivis d'érection. »

La faiblesse génitale ici était donc plus morale que physique, en procédant manifestement plus de la perturbation du sens erotique cérébral que du centre génital de la moelle épinière. Les désirs amoureux de cet érotomane impressionnable et irrésolu, entretenus par une passion secrète et toute platonique, en surexcitant son imagination et sa lubricité, déterminaient normalement, par l'impression du centre génital, des érections spontanées, diurnes et nocturnes. Dès qu'il s'essayait, au contraire, il ne pensait qu'à l'objet de sa passion muette et, ne la trouvant pas, l'érection ne pouvait se produire ou tombait; d'où ses échecs et ses faillites. Il s'agissait donc de le désabuser sur sa fausse impuissance et de lui indiquer les moyens de s'en convaincre. Conseiller à cet érotomane, comme on l'avait fait, « de s'en tenir au plaisir des yeux, en attendant le reste, » est un leurre. Il reconnaissait lui-même avoir trop longtemps usé des caresses, attouchements et baisers, sans avoir jamais satisfait ses désirs.

Voici ma prescription :

1^ Délaisser, fuir ou s'éloigner absolument de l'objet de son amour platonique et s'occuper activement de le remplacer par un autre plus accessible à satisfaire son cœur et ses sens ;

2° Exciter le centre génital par des injections stimulantes dans l'anus en les gardant pendant la nuit;

3° Et l'occasion favorable de s'essayer étant venue, prendre d'avance quelques dragées d'ergotine pour assurer le succès, sinon l'élixir cantharidé et safrané de Garus.

Six semaines après l'emploi de ce traitement suivi incomplètement par les difficultés et les embarras d'un célibataire campagnard, il m'annonçait avoir réussi et même gagné une légère uréthrite par ses imprudences. Il est si difficile de contenir ces nerveux dans les limites nécessaires ! Timides et inésolus, ils ne savent ce qu'ils veulent, manquent les occasions imprévues, soudaines, les plus favorables, par crainte d'échouer, et recherchent les plus faciles où*ils en sont surtout menacés. C'est ainsi que ce garçon, rassuré sur sa virilité et cherchant un mariage convenable pour l'entretenir et la conserver, est encore célibataire après deux années de tâtonnements.

Ces exemples sont très fréquents de constitutions nervoso-lymphatiques, s'affaissant dès les premiers abus ou excès vénériens, surtout quand elles ne sont pas soutenues par de bonnes conditions hygiéniques d'aération, d'exercice, d'alimentation et de travail. De là tant de garçons anémiques, hystériques, neurasthéniques, affaiblis ou impuissants dès la première jeunesse. Dans leur isolement et avec leurs craintes, leur timidité, beaucoup contractent de mauvaises habitudes génitales et aggravent ainsi leur état moral et physique. Ne voyant que celui-ci, le médecin les traite exclusivement par les ferrugineux, les toniques

et stimulants, sans s'inquiéter du moral, ni des causes secrètes qui les ont réduits à cette extrémité, ni des moyens d'y remédier.

Un second exemple, parmi tant d'autres, ne sera pas de trop pour justifier le précédent.

11. — Un commis voyageur de vingt-quatre ans, lymphatique, livré à la masturbation de treize à quinze ans, sans trop d'excès, s'aperçut bientôt qu'il n'entrait plus aussi facilement en érection. Il cessa imme'diatement et évita les femmes, pensant que cette continence suffirait à le guérir. Des pertes séminales en furent au contraire la conséquence, comme d'ordinaire. Il eut recours au coït rare pour y mettre fin. Mais, à dix-sept ans, il constate que sa faiblesse naturelle augmentait.

Son service militaire ne change rien à cet état. Un médecin, consulté à son retour, prescrit des pilules ferrugineuses en abondance, sans effet sur l'inertie des organes génitaux. Un autre, de la même ville, ordonne le phosphure de zinc et des douches sans plus d'effet. La verge est généralement molle et pendante, sauf qu'elle entre spontanément en érection une à deux fois par semaine, quinze à vingt minutes après être couché, avec ou sans rêves lubriques, le réveillant toujours et suivie d'abondantes éjaculations. Il est ainsi devenu triste, rêveur, avec des idées de suicide. 11 est sobre, ne boit du vin qu'à ses repas et du café quatre à cinq fois par jour, sans alcool ni tabac.

Ce n'était donc pas de Timpuissance, mais de l'affaissement nerveux avec perturbation morale. Je le rassure et après le traitement topique anal avec distractions, prescrit le 14 juin, il annonçait le 31 juillet suivant avoir des érections plus fortes et fréquentes lui ayant permis de renouveler le coït avec une femme privée et une intromission normale trois fois en une

seule nuit. L'excès en tout est la règle constante chez les neurasthéniques.

Il est indispensable sans doute de tenir compte de la constitution de ces érotomanes pour la relever, la restaurer, l'exciter au besoin par un bon régime tonique et stimulant; mais il faut surtout examiner leur système nerveux et scruter leur état moral, d'après la perversion de leurs idées, leurs craintes, leur timidité enchaînant, annihilant leur imagination et leur sens erotique qui paralysent leurs organes au moment psychologique. D'où leur faiblesse génitale et non l'impuissance qu'ils invoquent par erreur. Il faut leur montrer qu elle ne saurait exister avec des érections et des pollutions actives, les réveillant dans leur sommeil; c'est-à-dire lorsque leur cerveau, débarrassé de ces idées tristes, ces préoccupations craintives de la veille, livre leur imagination à des rêves erotiques ou lubriques produisant leur effet ordinaire. C'est la meilleure démonstration à donner à ces infortunés : que leur prétendue impuissance ne dépend pas de leurs organes, mais de leurs pensées erronées, leurs préoccupations et leurs craintes folles, au lieu de se laisser aller, sans réflexion ni réticence, au plaisir et à la volupté résultant de l'union des deux sexes, quand on s'y livre sans faux apprêts et en toute liberté. S'ils restent froids et ne ressentent pas cette chaleur communicative résultant normalement de ce contact, c'est parce que leurs pensées, étrangères à ce qu'ils font, les préoccupent et empêchent l'afflux du sang dans l'organe copulateur. De là le secret de leurs échecs et leurs faillites répétées.

Quelle que soit la cause, générale ou locale, qui ait affaibli le système nerveux génital, les blessures, chutes, coups ou contusions, survenant accidentellement dans ces conditions, compliquent et aggravent le plus souvent la situation. Une impuissance complète et absolue peut en résulter. Charcot a constaté ce fait chez les hystériques et Beard chez des neurasthéniques; tous deux en ont relaté des observations concluantes. Aux États-Unis, où les accidents de chemins de fer et autres sont si fréquents, l'impuissance sexuelle— loss ofpower — est invoquée en première ligne, quand le cerveau ou la colonne vertébrale ont été plus ou moins lésés, intéressés. Il suffît que ces blessés soient des nerveux affaiblis, anémiés ou épuisés, au moment de Taccident pour que femmes et hommes en éprouvent une augmentation de leurs troubles ordinaires, ceux des fonctions génitales en particulier, en raison des relations étroites du système nerveux central avec les organes qui y président.

Dans l'impossibilité de vérifier l'intensité et la réalité de ces lésions sexuelles, des dommages-intérêts considérables ont été accordés à tort aux plaignants, suivant le docteur Hogdes : J 8,000 dollars — 90,000 francs — à un prétendu impuissant, convaincu de bâtardise ensuite ; 50,000 francs à un autre garçon qui, marié après, devint bientôt père; 27,500 francs à l'un des blessés de l'accident de Wallaston pour cause d'impuissance absolue. Elle peut exister en

effet immédiatement et durer un certain temps. Mais les lésions qui l'ont déterminée peuvent aussi disparaître et mettre fm à l'impuissance, comme ces faits le démontrent. D'où l'indication , en pareil cas , d'attendre au moins un certain temps, soit un an ou deux, avant de statuer sur ce fait spécial de la plainte ou de la blessure, quand il n'y a pas d'autres signes positifs, après un examen contradictoire et éclairé.

L'âge critique détermine aussi l'épuisement nerveux, surtout chez les femmes nerveuses, surmenées par un travail pénible et n'ayant qu'une nourriture insuffisante. Dès que les règles cessent ou sont irrégulières, avec ou sans hémorrhagies, elles deviennent incapables de travail et d'efforts avec maux de téte^ insomnie, troubles digestifs, palpitations, bouffées de chaleur de la face, survenant par accès, et suivis de refroidissement, frissons simulant la fièvre. L'appétit devient bizarre avec digestions laborieuses : gaz y renvois, ballonnement du ventre, constipation. De là l'anémie, pâleur et maigreur, éblouissements, essoufflement. Le moral se détraque et ces malades peuvent se croire atteintes de maladies du cœur, de l'estomac, des reins, selon les accidents prédominants. En réalité , c'est de la neurasthénie à traiter activement par un régime tonique, avec thé et café, vie au grand air et exercice modéré. Une occupation intelkctuelle sans fatigue est favorable, ainsi que les bains. Écarter toute préoccupation et inquiétude, et favoriser ainsi, comme essentiel, un sommeil prolongé. La guérison est dès lors assurée, s'il ne s'y joint aucune maladie organique.

Afin de rendre ces causes plus appréciables, noua allons les détailler, en les divisant en trois ordres distincts selon leur mode d'action, avec les faits à l'appui pour en faire mieux saisir les différences :

Générales, procédant de tout l'organisme ; Psychopathiques^ venant du cerveau; Locales, siégeant dans les organes génitaux.

Cette division, selon leur siège, n'exclutpas l'affinité et une étroite solidarité de ces causes, confondues souvent entre elles ; les plus locales : masturbation, frottement, pertes séminales étant souvent produites par l'aberration des idées, sinon une altération ou anomalie constitutionnelle.

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