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nisme qui s'accompagne souvent du développement des mamelles. Les vraies causes de ces déformations sont la sédentarité et l'immobilité sur des tables de travail souvent trop basses et le défaut d'exercices physiques, surtout des bras.
Ils se distinguent notamment par leurs goûts à choisir des professions et des occupations opposées à leur sexe et leur aptitude à les remplir par la faiblesse de leur constitution et la délicatesse de leurs formes. Ils exécutent de préférence les travaux des femmes : tailleurs, valets de chambre, couturiers, modistes, cuisiniers même ; ce qui explique le célibat du plus grand nombre en n'ayant souvent d'hommes que le nom.
Ce féminisme ne s'appliquait autrefois qu'aux anciens Scythes du Caucase^ les affranchis de Rome au IV® siècle. On en distingue partout actuellement. Tels sont les Skoptzy russes, les Mujerados des villages indiens rencontrés par le docteur Hammond en 1862 dans le nouveau Mexique américain. Ce sont des personnages importants dans leurs cérémonies religieuses, célébrées très secrètement au printemps. Un homme très fort est choisi à cet effet et, après l'avoir masturbé plusieurs fois par jour, on le fait courir presque continuellement à cheval sans selle, suivant l'exemple des Scythes. Par cette surexcitation des organes génitaux et les pertes séminales qui s'ensuivent, leur nutrition s'arrête, ils diminuent et s'affaiblissent, et les désirs et la virilité cessent bientôt. De là le changement de caractère , le désir de revêtir l'habit des femmes et de prendre leurs occu-
pations. Le courage et la virilité disparaissent et les femmes et les enfants passent dès lors sous la direction de ces efféminés.
Dans les deux cas examinés, M. Hammond a constaté que le pénis et les testicules étaient si petits qu'ils étaient réduits en un tissu fibreux chez Tun d'eux. L'impuissance prédominait ainsi parmi ces Indiens. Ils étaient habillés en femmes et en remplissaient les occupations.
Ce changement de sexe est une maladie psychique de l'esprit, d'après Moreau (de Tours) ; elle a été observée exclusivement par des médecins aliénistes comme lui, dit-il, page 95 des Aberrations du sens génésique^ 1880. C'est aussi une impulsion maladive pour M. Hammond plutôt qu'une vésanie et ceux qui ont répondu à sa communication, comme Beard lui-même, voient là une simple monomanie sexuelle. « Ces perversions, dit-il, sont beaucoup plus fréquentes que l'on ne suppose et les médecins ne s'en occupent guère, parce que ces pervertis n'y ont pas recours. Ils sont satisfaits de leur état, comme les mangeurs d'opium, les morphinomanes, les alcooliques. Ils jouissent de leur vie anormale, et, s'ils n'en jouissent pas, ils sont trop honteux pour demander avis, afin de la modifier et la changer. Il y a un grand nombre de ces cas dans la ville de New-York, sans qu'il soit utile de s'en occuper. Le fait suivant en montrera le caractère.
17. — « Un homme me consulta pour son désir constant d'obtenir la jouissance sexuelle par la masturbation dune main étrangère. C'était une idée fixe, une manie continuelle dont il souffrait beaucoup et sa visite était pour
en être débarrassé. Il présentait divers autres symptômes nerveux dont celui-ci était le principal. C'était une combinaison d'infirmités physiques et mentales. Une constitution nerveuse allant jusqu'à la débilité, tendant à faire contracter l'habitude de la masturbation mentale, comme à l'excès et l'abus des jouissances vénériennes, normales et anormales. »
« Des divers modes d'exonération artificielle, l'habitude de la masturbation est certainement la pire. Elle est pratiquée néanmoins par certains hommes durant des années et à tout âge, sans mal apparent ni appréciable. Les nerveux, faibles et impressionnables, en éprouvent seuls des altérations et des troubles manifestes, dès que cette habitude se prolonge avec fréquence et exagération. Ces accidents sont surtout fonctionnels et susceptibles de diminuer et même de guérir par le temps et le traitement en mettant fin à cette passion. »
Cette opinion est aussi la nôtre et c'est pourquoi nous l'avons reproduite comme absolument exacte et vraie. Si tous les pervertis sexuels étaient des fous, comme les aliénistes le prétendent, il faudrait doubler ou tripler, au moins à notre connaissance, les asiles existants pour les interner. Quant aux efféminés en particulier, dont il s'agit ici, il est facile de montrer par des faits que tout en ayant l'allure, les goûts, les idées, la conformation des femmes jusqu'aux seins, ils peuvent remplir leur rôle utile d'hommes dans la société, malgré leur perversité. Celle-ci résulte de leur conformation efféminée et de leur faiblesse nerveuse. Entraînés de bonne heure, instinctivement ouparTexemple, aux penchants génitaux, ils s'y laissent aller sans hésitation, raisonnement ni résistance. La masturbation ou le frottement pré'
matures, parfois des attouchements lascifs avec l'autre sexe, sont d'ordinaire leur pierre d'achoppement. Que ces perversions sexuelles fatales se prolongent par leur puberté, toujours lente, tardive et peu marquée, ils s'en aperçoivent à peine, en raison de leur constitution chétive, faible, molle, strumeuse et persistent ainsi dans leur enfantillage jusqu'à vingt ans et au delà.
Leur système nerveux est si faible et instable, si impressionnable, comme il est déjà dit au début, qu'il se trouble et se perturbe, se paralyse même, à la moindre influence physique ou morale. Le travail intellectuel, une impression sentimentale ou sensorielle, le plus léger trouble physique, suffit aie concentrer, l'absorber exclusivement, à suspendre, arrêter le courant de l'influx nerveux. Le sens génital n'obéit plus dès lors à ses excitants naturels et, soit que l'imagination troublée ne permette pas aux désirs vénériens de se manifester avec la régularité, la force ou l'intensité voulues, l'impuissance en résulte pendant un temps variable, selon la prédominance de la perturbation cérébrale qui la produit et le degré d'affaiblissement, d'affaissement du système nerveux coïncidant.
On ne fait pas suffisamment attention, en général, à cet état grave chez les jeunes efféminés. 11 est parfois le début insidieux et perfide des aberrations, perversions et dépravations sexuelles dont l'histoire suit. L'anaphrodisio n'est, elle-même, qu'une névrose du sens érotiquo, sinon son absence. On peut en juger par les goûts, les idées pédérastiques se manifestant
lentement, sourdement chez les efféminés, par leur pusillanimité les éloignant de l'autre sexe. Leur échec devient ainsi infaillible quand ils tentent, en tremblant, de s'en approcher. Ils succombent par syncope génitale. C'en est fait dés lors de leur avenir, à moins qu'ils ne rencontrent une amourette favorable pour les exciter, en les rassurant et les mettant à leur aise afin de conserver leur sang-froid, sinon pour en faire mieux leur victime. Autrement, ils se jugent à tort impuissants et inaptes au mariage. Dans leur triste isolement, aggravé souvent par des pertes nocturnes, des remords et des cauchemars accablants, ils sont dominés par des idées sombres, noires; des craintes hypocondriaques s'emparent de leur esprit. Ils perdent l'appétit et le sommeil, maigrissent, pâlissent, s'adonnent à l'alcoolisme, au jeu, au tabac pour se distraire. Leurs goûts bizarres et leurs actes insensés les font taxer de folie, alors qu'ils sont souvent de simples efféminés pervertis dont voici un exemple frappant :
18. — Un officier supérieur de la marine anglaise, âgé de soixante-cinq ans, de taille moyenne, sans barbe et peu de cheveux, m'offre un exemple rare et remarquable de féminisme, le 30 mai 1890, par deux seins apparents, assez développés, avec mamelons érectiles et saillants entourés d'une aréole très marquée. Privé de désirs erotiques jusqu'à dix-neuf ans, il n'a jamais eu l'idée de la masturbation. Une seule chose les a provoqués et développés : des femmes décolletées. A la vue de leur cou, de leur poitrine, il entrait en érection ; mais loin de chercher à satisfaire son désir, il n'a jamais tenté de se trouver seul avec une femme à cet effet, ni éprouvé le moindre
CAUSES GENERALES loi
sentiment de pédérastie. Sa timidité et la crainte de rester en échec par Texiguité de ses organes et surtout Tétroitesse de l'orifice du prépuce en ont été la cause. Le gland se découvre facilement, mais une fois en arrière de la couronne très développée, le pénis est serré par cet anneau, le gland se congestionne, se gonfle et devient douloureux au point de l'obliger à rabattre aussitôt le prépuce. De là une exquise sensibilité du gland et de son enveloppe an moindre attouchement.
Cet homme est ainsi resté absolument vierge de tout rapport sexuel et il lui a suffi, depuis l'âge de vingt ans, de penser aux charmes entrevus chez la femme pour entrer en érection et éjaculer en se touchant les seins et se titillant les mamelons. Il s'est tellement identifié avec la gorge des femmes qu'il porte leurs chemises décolletées, brodées et coulissées avec un ruban bleu, comme il le montre en ouvrant son paletot boutonné. Un faux-col rabattu et très ouvert, fixé à une cravate de soie noire avec une grosse broche, sorte de camée très riche, dissimule son vêtement féminin. Il découvre, en l'enlevant, un cou tout plissé et ridé jusqu'aux seins, comme il aime aie voir chez les femmes. Il se satisfait ainsi lui-même en se regardant dans la glace, sans toucher le pénis. Tout commentaire de cette perversion sexuelle serait superflu, devant la carrière très active et honorable de ce vieux marin.
Ce signe caché du féminisme chez l'homme est peu connu à défaut d'y regarder. On se borne à l'extérieur sans l'examiner, malgré son importance absolument confirmative d'anaphrodisie, ici comme dans l'observation 67, relatée plus loin. A défaut du développement des seins, une aréole très marquée y supplée pour la déceler comme dans le cas suivant :
19. — Du diamètre d'un sou autour d'un petit mamelon d un rouge vif, cette aréole était très bien et uniformément
dessinée des deux côte's d'un rouge jaunâtre foncé, chez un avocat roumain de vingt-sept ans. Fils unique d'une mère veuve, très nerveuse, et élevé sous ses jupons, il avait eu une enfance difficile, maladive. A treize ans, il s'était adonné à la masturbation à l'école, en la continuant seul jusqu'à dix-huit ans assez fréquemment. L'année suivante, il tentait le coït avec une jeune domestique de sa maison et échouait à trois reprises successives, par défaut absolu d'érection, malgré les meilleures conditions d'isolement et de succès. Il n'en fit plus l'essai depuis, par la paralysie de ses organes dans la société des femmes qu'il recherchait beaucoup, en se croyant impuissant, quoique ayant spontanément ensuite des pertes séminales.
De taille moyenne, un peu élancée, il est très pâle, timide et émotionnable. A part la société de ses amis, il s'ennuie et s'attriste et, quoique vivant bien, il n'a pas grand appétit, ne fume pas, dort mal et peu de temps, avec cauchemars. Il est nerveux comme un neurasthénique et éprouve des maux de tête et des douleurs vagues, avec palpitations. Il se plaint surtout d'un catarrhe nasal, correspondant à la gorge et déterminant un hem^ hem hystériforme. De là, l'examen à nu de sa poitrine m'ayant dévoilé le féminisme avec acné du dos et sueurs abondantes des mains.
Ce développement marqué n'est même pas indispensable ; quoique nul, chez un grand efféminé, il était son principal foyer érogène pour le mettre en érection en se couchant tout nu. {Observation 151 desAno^ malles sexuelles.) De même chez beaucoup de masturbateurs et de pédérastes. Ce signe se rencontre aussi chez les anaphrodites, d'après l'observation précédente. Il est donc utile à consulter dans les cas douteux.
Sans parler ici d'autres perversions génitales mieux
connues et sans féminisme apparent, ceux par exemple pour qui la soie ou le blanc sont des aphrodisiaques spécifiques, infaillibles, irrésistibles et indispensables, restons-en aux efféminés pour montrer que les perversions en résultant sont exclusivement du ressort de la tératologie, c'est-à-dire de malformations organiques, comme cette opinion a déjà été soutenue et démontrée dans les Anomalies sexuelles,
20. — Grand et beau garçon blond de vinf];t-sept ans, agriculteur des environs de Paris. Pâle et très efféminé, il est si timide et craintif que la moindre émotion détermine des sueurs générales abondantes. Sœur folle par hystérie. Mère morte de la poitrine. Voici sa relation écrite :
« Jeune, j'ai eu les goûts et les idées d'une femme et je trouvais pi ds d'amusement à jouer avec une poupée qu'avec un cheval ou un fusil, et, seul avec mon père, je donne tous les soins nécessaires au ménage. Livré à la masturbation depuis làge de douze ans, je ne l'ai jamais pratiquée qu'une fois par semaine avec des intermittences d'un, deux et même trois mois pour y retomber ensuite. Ayant eu l'occasion avec mes camarades de me livrer au coït, je n'ai jamais pu arriver à le re'aliser, l'érection manquant complètement, alors qu'en me levant et même la nuit, l'érection est forte et durable. Il m'est arrivé, étant seul à la promenade, de suivre quelquefois un bel homme que je rencontrais, et pendant mes 28 jours, en couchant avec un de mes camarades, il m'a suffi de le voir nu pour entrer en érection.
« Il y a un an environ, un étudiant m'ayant indiqué une jeune fille absolument sûre, j'allai lavoir et étant parvenu à amener l'érection avec sa main, je réalisai mon premier coil. J'aurais dû continuer à la voir, mais, n'y étant reiciirnô que six mois plus tard, je suis resté absolument en affront toute la nuit, malgré sa complaisance; c'est ainsi
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que me trouvant en érection spontanée à deux reprises, elle est tombée avant l'intromission. Mon caractère excessivement impressionnable, la peur seule de ne pouvoir réussir au souvenir de mes faillites me rendaient impuissant, car baigné de sueur, je sentais le sang affluer au cerveau et me battre les tempes. Si j'étais marié, comme j'en ai le plus vif désir, étant tout à fait rassuré, il me semble que cet état de choses disparaîtrait complètement ».
A l'examen, verge ordinaire, testicules petits et mous. Gland découvert en battant de cloche par exiguïté du prépuce et masturbation. Je prescris des toniques stimulants internes et externes avec un bon régime; de nouvelles visites régulières à la femme de l'étudiant qui lui plaît et la réalisation du mariage le plus tôt possible, dès qu'il sera assuré de sa virilité.
21. — Grand garçon brun de vingt-quatre ans, très efféminé, mince et élancé, l'air nonchalant, employé des postes, à Paris. Adonné depuis Tenfance à la masturbation seul et à deux, il se plaint de douleur à l'anus avec la sensation de petits vers blancs qu'il a aperçus en regardant avec un miroir. L'examen montre en effet de petites végétations, à tête fine et blanchâtre, très déliées à la partie postérieure de l'orifice anal et paraissant résulter d'une déchirure locale, sans trace d'hémorrhoïdes, ni fissure, ni dilatation, ni infundibulum résultant de sodomie passive. N'accusant pas de cause à ces végétations et exempt de toute maladie vénérienne , ce garçon répond à ma demande : s'il n'y a pas eu de rapports contre nature, qu'il va dire toute la vérité. Voulant s'essayer avec les femmes à dixhuit ans, il échoua complètement faute d'érection, à deux reprises successives, malgré toutes les tentatives de part et d'autre. Ses parties sexuelles portent en effet tous les caractères d'une masturbation violente et prolongée : flasques, pendantes et comme flétries, un pénis volumineux et très long, au gland découvert et effilé, repose sur un scrotum encore plus relâché et inégal. A gaucjie, vari-
cocèle considérable se confondant avec les restes d'un testicule à peine appréciable, tandis que très volumineux à droite, il a entraîné le scrotum encore plus bas. Signes manifestes à cet âge d'organes surmene's, quand ils sont au repos.
L'idée de son impuissance le ramena à son habitude de la masturbation à deux et l'entraîna bientôt à la sodomie active avec ceux qui lui demandaient. Il en contracta surtout l'habitude pendant son service militaire, tandis que par dégoût, il ne s'y soumettait pas volontairement. Un camarade, qu'il aimait beaucoup, l'essaya en vain; mais s'étant livré à un autre plus entreprenant, il éprouva une telle douleur qu'il le repoussa brutalement avant l'intromission.
Depuis lors, une cuisson douloureuse locale s'est manifestée, puis des excroissances il y a environ six mois, suite probable d'une déchirure de l'orifice anal où elles se rencontrent, sans qu'aucun autre symptôme ait apparu. Mais ce mal inconnu l'a épouvanté et fait renoncer à la sodomie. S'étant assuré de nouveau qu'il pouvait pratiquer le coït normal, il eut bien de la peine à ne pas se retourner en passant à côté d'hommes qui lui donnaient dans l'œil. Mais il a perdu cette habitude pédérastique depuis deux mois qu'il a une connaissance et se trouve ainsi guéri de sa fatale perversion par le mal qu'il en a éprouvé.
22. — Voici au contraire les symptômes signalés par un Suisse, grand, mince et fluet de vingt-quatre ans, ayant appris très jeune la masturbation à l'école, et l'ayant pratiquée toujours depuis, seul et à deux :
Maux de tète, avec battements violents parfois et grande lassitude le matin en se levant; respiration difficile et battements de cœur. Sueurs nocturnes et à la moindre fatigue.
Amaigrissement et chairs molles, malgré un très bon appétit; diarrhée presque continue, 3 selles par jour avec brûlements d'estomac et démangeaisons dans l'anus.
Érections spontanées le jour. Testicules pendants et douloureux exigeant un suspensoir.
Mémoire courte, mauvaise vue, mais fixant et suivant plutôt les garçons que les filles à la promenade.
Employé de commerce dans le midi de la France depuis deux ans environ pour apprendre la langue, ce jeune homme, malgré son état neurasthénique et son penchant pédérastique, a perdu toutes ses mauvaises habitudes en lui prescrivant un traitement toni-stimulant local et général avec la fréquentation de l'autre sexe. Malheureusement, il a contracté une blennorrhagie dès son troisième coït, dont l'écoulement devint intarissable en raison d'un tempérament lymphatique et surtout l'irritation chronique du fond du canal résultant de la masturbation prolongée, ce qui arrive souvent en pareil cas. Il est actuellement à la tête d'une maison de commerce que lui ont laissée ses parents par leur mort imprévue.
La faiblesse native du système nerveux, chez ces efféminés, les rend timides et irrésolus, esclaves de leurs penchants, bons et mauvais, s'ils ne sont instruits et guidés de bonne heure par des amis, des camarades, ou par la rencontre d'une fille leur faisant des avances et les subjuguant. Aussi, quand le sens génital se fait sentir, se livrent-ils, sans réaction physique ni morale, à tous les périls qui s'offrent et en sont bien plutôt les victimes que les forts, robustes et vigoureux. Leurs désirs vagues, incertains et peu soutenus, les font aller sans réflexion au premier courant qui les entraîne. De là les perversions sexuelles auxquelles ils succombent inconsciemment et les maladies contractées sans le savoir ni le prévoir, par les excès ou les pratiques qui leur sont souvent imposés
23. — Un autre Suisse fait la confession écrite suivante : Enfant, j'aimais de préférence à être avec les petites filles dont j'avais les goûts et les manières; je partageais même leur travail, couture, broderie, etc. Élevé dans l'agricultuie, je ne pus m'y fixer par ma faiblesse native, étant toujours fatipîué en m'y livrant avec mal dans les jambes. Il quitta ainsi sa famille à dix-sept ans, déjà tourmenté de désirs vénériens et cherchant à les satisfaire normalement.
Placé comme valet de chambre, il eut bientôt une éjaculation spontanée et continua à se toucher, modérément d'abord et graduellement en augmentant, deux et même trois fois par jour jusqu'à vingt ans, toujours en pensant à l'homme pour provoquer l'érection. Il se le représentait grand et surtout' gros, de vingt à trente-cinq ans ; plus jeune, il lui était indifférent. Il n'en avait aimé ni embrassé aucun, lorsqu'il rencontra son idéal qui l'embrassa. Il se sentit gagné par ses caresses et en devint véritablement amoureux.
Pendant son service militaire, il eut un camarade de lit qui s'amusait avec lui, tout en restant insensible à ses attouchements et ses caresses. Il correspondait avec le premier et, à son retour, il alla coucher avec lui sur son invitation. Mais quoique s'embrassant avec passion, aucune érection n'avait lieu, ni la moindre envie ou tentative de sodomie. Il suffit que la proposition lui en fût faite pour s'éloigner par dégoût et cesser de le voir, en le haïssant autant qu'il l'avait aimé. D'où la preuve que la sodomie est bien distincte de la pédérastie.
Resté ainsi pendant longtemps, il perdit l'appétit, digérait mal, tout lui restait sur l'estomac. Ses cheveux tombèrent et il souffrait des jambes. Il trouvait bêtes et stupides les hommes qui lui faisaient des avances. 11 eut ensuite des insomnies terribles, avec cauchemars épouvantables d'hommes et de bêtes, moitié l'un, moitié l'autre, suivis de pertes séminales presque chaque nuit. Affaibli, anémique, il devint triste, sournois et ennuyé, pleurant
comme un enfant, ne se plaisant nulle part, changeant de place sans motif, malgré ses maîtres offrant même d'augmenter son salaire pour le retenir. 11 vint ainsi en Normandie, puis à Paris où il tenta de s'essayer avec une fille publique. Il réussit parfaitement à deux reprises dans la nuit, mais sans volupté. Se sentant de plus en plus faible d'esprit et de corps, il retourna en Suisse, consulta une somnambule, puis un médecin, qui, à l'examen, constata des organes normaux, une forte voix de fausset, lui fit tout avouer et lui ordonna des phosphates, des bains froids et des rapports sexuels.
Le sommeil revint avec les forces et l'esprit plus tran-, quille, moins sombre. Mais il aimait toujours les hommes quoique n'ayant plus que de rares érections. Néanmoins, se conformant à l'ordonnance, il a eu des rapports sexuels c aque semaine, mais sans que l'érection vienne spontanément; il ne réussit qu'à force d'attouchements et sans grand plaisir.
Il a de violentes érections matinales et jamais le soir. S'il embrasse une fille de connaissance, la verge devient bien turgide, mais insuffisamment. Ce n'est plus comme à vingt ans et il voudrait avoir plus d'appétit pour les femmes et de fortes érections pour se marier. Il réprime beaucoup mieux ses désirs masculins et ne fréquente plus que des amis indifférents. Il se plaît et se trouve plus à son aise dans la société des filles qui lui manifestent plus d'amour qu'il n'en éprouve pour elles. Elles le poursuivent, lui font des compliments et lui reprochent sa froideur. Sa moustache est assez forte, mais ses cheveux sont tombés. Plus de pertes nocturnes, ni de rêves, ou, s'il en a rarement, ce sont des femmes qui se présentent à son imaginatioti redevenue normale.
Arrivé à vingt-six ans, il voudrait se marier et n'ose le faire dans cet état. Je le rassure et l'encourage à persévérer dans son intention, en continuant à suivre un traitement tonique et stimulant, local et général.
Cette relation rend évidente l'action nocive de la masturbation, surtout après la puberté, sur la manifestation des perversions gcnésiques et l'influence directe de celles-ci sur un accès de neurasthénie générale avec impuissance, c'est-à-dire l'épuisement nerveux génital. La contre-épreuve de cette interprétation est confirmée par le rétablissement graduel des fonctions normales, après un traitement tonique et l'abandon énergique et résolu des idées et des pratiques pédérastiques.
24. — Un comptable parisien de vingt-trois ans, grand brun, teint jaunâtre sans fraîcheur, timide, voix flûtée, n'a que de rares poils, mal plantés sur la lèvre supérieure; amincie et relevée à gauche, elle simule un bec de lièvre ope'ré et correspond avec un œil plus petit qu'à droite; ce qui Ta fait réformer pour astigmatisme.
Enfance délicate et maladive, douleurs rhumatismales. Envoyé à la campagne apprenti typographe, il s'adonne à la masturbation solitaire de quinze à vingt ans. Une ouvrière plus âgée l'en distrait en lui faisant des avances, à l'exclusion absolue de rapports naturels, crainte d'enfants. Elle l'initie et le façonne ainsi à l'onanisme manuel réciproque debout et l'incite même à la succion au lit. Il résiste par dégoût et afin d'obtenir la suprême faveur qu'il sollicitait.
Ce fut en vain et ce commerce ignoble durait depuis plus d'une année lorsqu'une phlébite de la jambe gauche survient. Le médecin de la famille, ignorant ces relations secrètes, l'attribue à la station debout, cause professionnelle, tandis que la manuélisation en était bien plus probable. Un long repos lui fut dès lors imposé avec ordonnance de changer de métier.
Un camarade, en visite dans ces conditions, lui apprit que sa connaissance venait d'épouser un militaire, retour
duTonkin, auquel elle s'était fiancée avant son départ. Cette nouvelle, durant sa convalescence, trouble et désespère ce jouvenceau. Il devient sombre, taciturne et ne dort plus. Ses organes génitaux étant peu développés, les testicules surtout, il se figure que ses anomalies de la face sont l'indice d'anomalies génitales cachées, occultes, dont sa maîtresse s'est aperçue ; d'où son refus opiniâtre de rapports naturels. Il s'attriste, devient maussade, délaisse ses camarades et leurs jeux, refuse les invitations, perd l'appétit et le sommeil, s'affaiblit avec cette idée fixe qu'il lui manque quelque chose. Il en trouve la preuve, dans son délire, parce qu'en ne s'exonérant plus, il a des pollutions abondantes. Il en est révolté. Poursuivi de rêves lubriques, lui retraçant ses anciennes pratiques libidineuses, il maigrit, digère mal, avec borborigmes et diarrhée et s'apercevant qu'il perd une matière blanchâtre coulant passivement par l'urèthre, comme le pénis pleureur de Beard, il se désespère, perd la tête et convaincu par là qu'il ne pourra jamais se marier, il est bien décidé à en finir.
C'est ainsi qu'il se présente le 46 novembre 1893. Un examen minutieux ne révélant rien de sérieux que ses idées préconçues, je le rassure en lui montrant leur peu de fondement. 'Il se retire ainsi désabusé et disposé à guérir de cette première épreuve amoureuse par une hygiène morale et reconstituante.
Ces pratiques onanistiques entre les deux sexes, en succédant à la masturbation solitaire surtout, sont des plus préjudiciables chez ces efféminés. L'impressionnabilité maladive de leur système nerveux, unie à leur extrême lubricité, leur salacité même — qui les fait prolonger ces pratiques comme sans danger quant aux maladies et à la génération — les conduit bientôt à un tel affaissement nerveux que toutes les fonctions s'altèrent simultanément et qu'ils tombent dans
une anémie physique et morale dont il est très difficile de les tirer.
25. — Un novice juif de vingt et un ans, blond, pâle et mince, d'apparence absolument féminine pat l'absence de barbe, est dressé, en déjeunant seul avec une institutrice allemande dans leur hôtel commun, à s'embrasser et se toucher réciproquement tous les jours. Il en éprouva bientôt des pollutions spontanées si abondantes, qu'il tomba dans une anémie extrême avec épuisement nerveux le privant de toute érection. Six mois de traitement et le départ de cette fille amenèrent son rétablissement.
11 retomba néanmoins dans sa fatale habitude. J'avais prescrit, afin d'y renoncer sûrement, de faire une connaissance et de s'y tenir. Il essaya avec succès, mais en revenant bientôt à l'onanisme intersexuel, comme précédemment, les mêmes accidents se reproduisirent et il fallut cesser forcément tout rapport et revenir au premier traitement. Une jeune veuve avec enfant, la fille de son hôtesse, s'étant de nouveau prêtée à ses manœuvres lubriques, jusqu'à être... mouillée, il les continua jusqu'à extinction de ses forces par les pollutions en résultant. Enfin, ces alternatives de mieux et de pire, durant quatre ans, l'éclairèrent ou plutôt l'obligèrent, de guerre lasse, à cesser ses lascivetés pour un coït régulier avec une fille galante, lorsqu'il partit en Angleterre à vingt-cinq ans. Il en est revenu à vingt-huit ans, guéri en apparence.
La guérison de cette perversion génitale, comme des autres, est très difficile à obtenir ; l'observation 10 en témoigne. Elle règne en souveraine dans tant de ménages légitimes et faux sans déterminer l'impuissance ! Mais elle produit à la longue un tel affaissement nerveux, avec aberration des sens et des idées, qu'elle entrave la virilité naturelle. Des érections lentes, tar-
(lives avec émissions ou pollutions spontanées, avant même qu'elles soient complètes, en sont la conséquence ordinaire. De là l'onanisme intersexuel en résultant forcément, chez les efféminés en particulier.
26. — Un célibataire de trente ans environ, commis aux écritures, très délicat dans son enfance, troublée de maux de gorge et de fluxions de poitrine, se plaignait de ces accidents génitaux en janvier 1893. Livré dès sept à buit ans à la masturbation solitaire, il continua, sauf quelques intermittences de repos, jusqu'à vingt-six ans, tout en voyageant en Angleterre, puis en Allemagne. C'est actuellement un grand garçon maigre et élancé, rêveur, distrait, capricieux, volontaire, mou et sans énergie. Soumis à un régime sévère, à cause de ses mauvaises digestions, il a senti naître parfois des désirs pédérastiques qu'il chassait difficilement en jetant des regards de convoitise sur de jeunes filles; mais il n'a fait que tardivement des connaissances, son émission précoce le rendant timide avec elles. Depuis vingt mois, il s'est fixé à une jeune femme qu'il aime en la voyant chaque semaine. D'un tempérament assez nerveux et fougueux, elle pratique pour son compte l'onanisme conjointement avec le coït, en raison de son insuffisance personnelle, par une émission très rapide le rendant incapable de lui procurer une jouissance prolongée. Si dans un second coït, après une demi-heure, l'émission est un peu moins précoce, Térection par contre est souvent molle et sans énergie. Comment concilier cet état avec le mariage légitime?
La constitution efféminée, décelée par les désirs pédérastiques, le tempérament lymphatico-nerveux et surtout la masturbation, avec la crainte, la timidité et l'isolement qui en sont la conséquence, déterminent évidemment cette faiblesse génitale. Si la
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dilatation des canaux éjaculateurs ou leur excitabilité morbide est probable, l'érection insuffisante, exigeant même le secours de la main, montre une faiblesse ou un défaut de sensibilité nerveuse locale. Un traitement topique et stimulant général doit donc combattre à la fois ces deux indications.
Cet affaiblissement nerveux génital résulte également des abus vénériens unis à la masturbation, chez les efféminés, en se manifestant avec les mêmes symptômes neurasthéniques.
27. — Garçon de trente ans, de constitution faible, délicate et nerveuse, à Taspect maigre, pâle avec mouvements et parole lents, bien qu'emporté par nature et très nerveux héréditairement. Fonctions digestives lentes, bien lentes, sans grand appétit. Pas de constipation. Grande lassitude de tout le corps, principalement dans les jambes. Impressionnabilité telle que la lecture d'une nouvelle diverse ou une belle page l'émeut si profondément que des larmes s'échappent involontairement. Sommeil bon, sans pollution ni perte séminale.
Abus de la masturbation et du coït jusqu'au service militaire ; abus du coït au régiment. Augmentation de la sensibilité nerveuse par les fatigues endurées. Conservation à peu près complète de la virilité, jusqu'en mai 4891, sauf quelques faillites exceptionnelles. Depuis , impuissance complète, à la suite delà connaissance faite à cette époque d'une jeune veuve dont les baisers, les caresses, provoquaient de grands désirs sans la moindre érection. Elle se manifesta imparfaitement à deux reprises seulement, sans pouvoir accepter le désir sollicité par crainte d'échec. De là, rupture obligée, forcée. Faillites semblables avec des femmes légères, malgré l'intégrité des organes et deb attouchements prolongés depuis un an. Éjaculation normale.
Il n'y a donc pas là syncope génitale accidentelle, i^i «ffet de lubricité', mais affaissement nerveux chez un neurasthénique par abus, excès vénériens et suractivité des organes. Un mois après un traitement reconstituant et stimulant avec kola et ergotine, ce soi-disant impuissant accusait un semblant d'amélioration par des velléités d'érection et un demi-succès à l'essai.
Des exceptions se rencontrent heureusement parmi ces efféminés dont une, utile à signaler, est actuellement en observation chez un très grand garçon, élancé, de 19 ans, presque imberbe, dont l'enfance a été souffreteuse et l'adolescence délicate, faible et maladive. Né avec un prépuce exubérant ne pouvant être relevé par un frein très court, il en résulta de bonne heure des troubles et des souffrances de Turination avec balanite. La section du frein fut ainsi pratiquée de 12 à 13 ans, ce qui fit découvrir une seconde ouverture au-dessus du méat urinaire sur le gland, mais sans communication avec le canal.
Effet ou non de ces malformations douloureuses, il ne s'est jamais masturbé et ayant couronné ses études par le baccalauréat, toute liberté lui fut laissée pendant ses vacances avec le gousset bien garni. Il en profita pour faire une connaissance plus âgée que lui et qu'il pouvait rencontrer tous les jours. Néanmoins il ne s'octroya jamais qu'un rapport hebdomadaire. Malgré cette sagesse rare pendant deux ou trois mois consécutifs, il se déclara un léger suintement trouble du méat avec chatouillement et cuisson, trois à quatre jours après le dernier coït. C'était une simple uréthrite dont le repos et des injections boriquées avec
trois grands bains eurent raison. Ce fait, ainsi venu à ma connaissance, a donc son intérêt. D'où le n<* 28.
La continence prolongée, qu'elle soit volontaire ou forcée, à tout âge entre la puberté et la vieillesse, entraîne aussi la faiblesse génitale comme le fémi-» nisme, surtout chez ceux qui en sont entachés. Il est vrai qu'elle résulte souvent d'une enfance maladive, d'une mauvaise constitution, de timidité native et d'une réclusion obligée au sein de la famille ; conditions entraînant si souvent à leur suite la masturbation isolée ou le frottement, quand cette continence n'est pas entretenue par des goûts ou des tendances pédérastiques.
Elle est insupportable dès l'aube de la puberté pour certains adolescents nerveux. Si des rapports sexuels précoces leur seraient préjudiciables, leur privation absolue devient une cause de neurasthénie dont les exemples sont signalés dMm Anomalies sexuelles, observations 86 à 89. Elle en entraîne d'autres à la masturbation, sinon elle provoque le priapisme. Ces névroses génitales déterminent rapidement des troubles digestifs. Anémie, maigreur et pâleur avec faiblesse s'ensuivent, sinon des pollutions involontaires. D'où tristesse, démoralisation, si ces jeunes gens ne sont rapidement, conduits et entraînés à partager les plaisirs de leur âge pour trouver ce qui leur manque.
La continence n'est applicable qu'aux adultes de dix-huit à vingt ans et même plus tard, selon la constitution et le tem.pérament, les conditions de la vie et les occupations plus ou moins actives du corps et de
l'esprit. A l'état normal, la plupart arrivent à cet âge sans être tourmentés du poids de leur virginité. Des pollutions passagères, avertissement normal de la fonction séminale, ne doivent;, ni ne peuvent être confondues avec les pertes séminales, fréquentes et maladives, provoquées par la masturbation abusive ou des rapports sexuels anticipés, dont les exemples sont relatés aux Causes locales.
Mais il y a des exceptions. Des causes exclusivement morales : entretiens, lectures, représentations libidineuses, en surexcitant le sens erotique du cerveau avant l'âge, peuvent réagir sur les organes sexuels et déterminer une puberté précoce. De là des pertes morbides par la continence forcée à observer en raison de l'âge même. Voici un cas type de ces pertes pouvant déterminer l'anaphrodisie ou l'impuissance.
29. — Un employé de dix-sept ans, bien portant et travaillant huit heures par jour, dans une maison de commerce à Beyrouth {Syne), éprouve, depuis vingt mois, de cinq à sept pollutions mensuelles spontanées, ne le réveillant pas toujours. Elles ont lieu sous l'influence de rêves erotiques. Il ne fume pas, ne boit que du café et ne s'est jamais masturbé. Ses parents, très bien portants, ont une nombreuse famille dans laquelle il vit très régulièrement. Mais, dès l'âge de douze à treize ans, il a l'habitude de lire passionnément beaucoup de romans français ; c'est la seule cause appréciable de son infirmité.
Craignant de se livrer au coït pour sa santé, il a inutilement employé la belladone, le vin de quinquina et les douches, sur le conseil de deux médecins, et des bains de mer pendant l'été. Malgré un bon appétit, il a maigri avec malaise et mal de reins après chaque pollution.
Soumis au traitement topique anal à la noix vomique avec granules d'hyosciamine amorphe contre Tinsomnie, douches et toniques, promenades, exercices, exclusion des romans, il annonçait, un mois après, n'avoir eu que deux pollutions, quoique ne pouvant garder que difficilement lavements et suppositoires la nuit. Mais s'en trouvant bien, il était re'solu à les continuer.
Sauf ces exceptions, l'âge du recrutement est, en général, la limite fixée pour le jeune soldat. Emancipé par là et l'exemple de ses camarades aînés, il profite de sa présence sous les drapeaux et de la liberté en résultant, pour s'assurer de sa virilité. Dans les cas contraires, de mauvais effets peuvent résulter de la continence, d'après les exemples suivants :
30. — Un garçon fermier de vingt-deux ans, fort et bien musclé, jouissant d'un bon appétit et d'un sommeil normal, était atteint de pertes séminales spontanées, sans cause appréciable. De là des douleurs de tête et dans diverses parties du corps, bourdonnements d'oreilles sans surdité ni lésion locale, vertiges, palpitations, défaillances, surtout en se levant, avec crainte de la société. Il avait aussi des troubles d'esprit et de la mémoire. La contradiction de ces accidents nerveux avec une parfaite santé générale, fit examiner les urines et l'on constata, comme Golding-Bird, un excès d'oxalates. Cette oxalurie serait donc une cause de neurasthénie sexuelle suffisant à déterminer des pertes séminales? (Beard, page 139.)
31. — Un étudiant de vingt-deux ans, élevé en province sous les yeux de ses parents dont il est l'unique rejeton, n'a jamais eu aucune liberté pour s'amuser, ni confidence intime avec des camarades, ni la moindre intrigue, malgré une parfaite santé et des organes génitaux très développés. « La crainte qu'en se fâchant, ses amis ne dévoilassent ses idées et ses sentiments, Ta seule retenu. »
Instruit et provoqué pendant son service militaire, il a été absolument dégoûté en voyant ses collègues se vautrer avec de sales prostituées. De retour chez lui, les érections sont devenues si exigeantes, impérieuses qu'il a été entraîné à se masturber nuit et jour en continuant ensuite.
Son séjour à Paris, comme étudiant depuis trois mois, Ta excité de plus en plus ; mais il n'ose s'essayer par la crainte que l'excès de volume de la verge ne soit un obstacle à la copulation. L'examen peut justifier ses craintes d'après l'érection spontanée qui se manifeste ; mais n'ayant guère le danger de tomber sur une pucelle au quartier latin, je lui conseille de remplacer au plus tôt sa mauvaise habitude par des rapports normaux. Quoique parfaitement équilibré et bien portant, sa timidité extrême et ses craintes, résultant de la claustration de ses parents, ont bien pu le retenir à franchir le Rubicon.
De là le danger d'une éducation casanière. Sous l'influence de la continence, sans l'expansion des jeux, des exercices du corps, même des danses, elle provoque, quoi qu'en disent les professeurs de morale, des accidents analogues à la neurasthénie. En voici, comme preuve, la démonstration comparative venant d'Amérique même.
32. — Un étudiant de Boston, âgé de vingt-trois ans, grand et élancé, de passage à Paris le 31 mai 1889, fait le récit suivant: De constitution très nerveuse héritée de mes parents, mon enfance a été très délicate avec une grande précocité d'esprit et de corps. A douze ans, j'avais des pertes séminales en dormant, et, à quatorze ans, j'avais atteint ma taille actuelle. Aveu pénible : j'ai contracté des penchants pédérastiques à l'école, sans avoir jamais cherché à les satisfaire.
Santé assez bonne de douze à vingt ans, malgré la persistance des pertes séminales deux à trois fois par mois^
A la suite d'un travail excessif et nocturne, nécessite' par des examens, il fut pris d'accès de palpitations nerveuses du cœur si intenses, qu'il dut garder le lit pendant trois mois. Des désordres nerveux persistants l'obligèrent à cesser ses études et de partir en Europe avec ses parents sur le conseil des médecins. Il voyagea ainsi en Autriche, Suisse et Allemagne, et augmenta de 6 kilos en quatre mois, tout en continuant à souffrir de névralgies cérébrales et d'irritation spinale avec légers désordres d'estomac et, en dernier lieu, de douleurs dans le dos et les jambes. Forces intactes, permettant un exercice considérable du corps sans fatigue. Pas d'insomnie , ni mélancolie, ni aucune maladie organique appréciable.
Continence absolue : ni rapports sexuels, ni pratiques onanistiques, malgré de vifs désirs vénériens. En voici les raisons. Éducation sévère, stricte vie domestique, sans occasion de sortir le soir, mo&urs locales rigides, dégoût de la prostitution libre sans surveillance ni répression; mais surtout crainte et danger des maladies, infiniment plus graves qu'en Europe, d'après l'exemple de l'ami le plus intime de l'Université, ayant été victime pendant deux ans d'un rhumatisme blennorrhagique. Ses conséquences ont été l'augmentation graduelle des pertes séminales spontanées. De trois par mois, elles se sont élevées jusqu'à deux et trois par semaine et même une tous les deux jours, tandis que les érections, fortes et fréquentes dans l'enfance, devenaient faibles et irrégulières, au point de n'avoir eu ni érection, ni émission dans la quinzaine qui a précédé son arrivée.
Dès sa venue à Paris, les érections sont devenues si fortes et persistantes tout à coup, qu'une éjaculation abondante s'ensuivit spontanément avant de s'endormir, ce qu'il n'avait jamais éprouvé. Le lendemain, il était réveillé par un priapisme très violent, presque intolérable, durant deux heures. C'est ce qui l'amenait à demander conseil, pous le coup d'une surexcitation nerveuse générale avec besoin de se soulager et jsensation du sperme prêt à être ^jaculé.
no ÉPUISEMENT NERVEUX GÉNITAL
— Est-ce le résultat de ma continence forcée ?
— Certainement, eu égard à l'état impressionnable de votre système nerveux.
— La masturbation serait-elle dangereuse, en pareil €as ?
— C'est à craindre, surtout avec vos douleurs actuelles dans les jambes et le dos, revenues par l'irritation croissante du centre génital de la moelle lombaire, produite et entretenue par votre priapisme, résultant de votre continence.
Des calmants généraux et locaux, prescrits avec un •coït hygiénique, ont eu un succès immédiat ; mais rejoint aussitôt par l'arrivée de ses parents continuant leur voyage, ce jeune homme a échappé à mon observation. Toutefois , la cause et les effets sont trop évidents ici pour douter de leur corrélation. La claustration, la solitude et la continence ont bien déterminé les accidents neurasthéniques du cerveau et de la moelle épinière, comme le bon effet des voyages en est la preuve. Des rapports sexuels hygiéniques en «ont, en pareil cas, le complément nécessaire, obligé, pour éviter de tels accidents.
Il est vrai que des accidents analogues surviennent aussi par des excès sexuels dans la jeunesse. Cette fonction devenant plus exigeante à mesure que l'on en abuse davantage, par le prurit et la surexcitation des organes, elle diminue aussi et devient paresseuse dans le cas contraire, opposé. L'affaissement génital s'observe ainsi dans le célibat, par l'abandon d'une maîtresse, ou dans le veuvage, à mesure qu'il se prolonge. C'est l'unique raison valable du célibat reli- ^ieuK pour observer cette continence, guand elle
CAUSES GÉNÉRALES Ht
n'amène pas des accidents nerveux et le trouble de la santé générale. Les plus convaincus de Taction de la grâce, dès qu'ils ont pu résister aux premiers aiguillons de la chair par une vie sobre, et vaincre leurs désirs par une étude opiniâtre, s'habituent bientôt, par la sincérité de leurs croyances et la rigidité de leur vie, surtout dans la solitude et le silence du cloître, à n'en plus être tourmentés. L'affaissement génital ne peut donc être attribué ici qu'à la continence observée \
Plusieurs cas relatés dans cet ouvrage et notamment au Célibat prolongé des Anomalies sexuelles, page 387, justifient cette interprétation. D'autres, observés depuis, s'y appliquant spécialement, en sont la démonstration topique, comme dans le suivant :
33. — Un garçon de la campagne, fort et robuste, se masturbe avec excès pendant ses études primaires. A seize ans, il s'engage dans un institut religieux d'enseignement. Il souffre d'abord de pertes séminales ; puis le testicule gauche fond, s'atrophie, sous l'influence d'un varicocèle qui persiste à la place de la glande. L'absence de désirs vénériens lui fait prononcer ses vœux de chasteté. C'était alors un grand et robuste gaillard brun, mieux fait pour une grande dépense de forces physiques aux travaux de la campagne où il était né, que renfermé dans une école et soumis à la règle d'un institut religieux.
Les désirs erotiques ne manquent pas d'assaillir cette riche nature. Non satisfaits et réprimés par la prière, ils vont graduellement en s'accentuant, si impérieux qu'ils deviennent un tourment continu insupportable. Il prie et
' Cél'^bat et Célibataires ; caractères, dangers et hygiène chez les deux sexes ; un vol. in-12 de 542 pages, Paris, même librairie, 1881, 3« édition.
«spère toujours en vain qu'ils vont disparaître et ce n'est qu'à quarante ans passés que, n'y pouvant plus tenir, il demande et obtient de résigner ses vœux et rentre dans la vie civile pour se livrer à l'enseignement.
Il se marie aussitôt avec une veuve et, après une lune de miel de six mois à peine, il sent ses forces faiblir et venait, un an après, avec sa femme, demander conseil pour son affaiblissement sexuel. Les érections étaient faibles, incertaines, lentes, rares. Le système nerveux local était si affaibli, émoussé, qu'il ne répondait plus aux caresses, ni •aux désirs persistants. Effet des rudes assauts qu'il avait subis de vingt-deux à quarante ans passés.
34. — D'autres phénomènes nerveux existaient également, comme effet de sa continence absolue, chez un religieux de trente ans environ, remplissant l'office de boulanger, dans un ordre bien connu d'Algérie. Il se plaignait en 1893 de ne pouvoir avaler une bouchée sans boire aussitôt, sinon, il était oppressé et étouffait. Malgré un pressant besoin d'wriner en se levant, l'urine ne s'écoulait qu'en bavant avec douleur vive et cuisante au bas-ventre ; lorsqu'il croyait avoir fini, l'urine s'écoulait en petit jet continu sans effort. Effet d'une contracture manifeste du canal résultant de l'érection causée par sa continence. Le directeur ayant refusé d'appeler le médecin pour le soulager, en disant qu'il fallait souffrir pour le ciel, ce religieux parlait de rentrer en France pour se faire soigner.
35. — Un homme de trente-deux ans, fort et robuste, obligé de quitter son pays et sa famille à la suite de troubles politiques, vivait réfugié en France depuis quatre ans d'une manière retirée, lorsqu'il fut atteint de gastralgie, maux de tête, constipation et oppression. Attristé, il se croyait malade de la poitrine, malgré sa mine florissante. Un examen médical attentif et scrupuleux n'ayant révélé aucune lésion organique, la constipation fut combattue comme la cause des troubles digestifs. Mais ces accidents disparus bientôt, le malade persistait à se
plaindre de douleurs de tête, d'oppression et sa tristesse augmentait.
Les occupations ni l'e'tat de fortune du malade ne pouvant lui permettre de simuler un e'tat maladif, le médecin le jugea nerveux et le questionnant sur Texercice de ses fonctions génitales, il apprit que, depuis son émigration, il avait gardé une continence presque absolue. Préoccupé de sa position et de ses travaux, il n'avait eu que de rares pollutions nocturnes et ne pensait guère aux rapports sexuels. L'examen microscopique des dernières gouttes, d'urine, recueillies durant plusieurs jours de suite après la défécation, montra des zoospermes en abondance, d'une conformation normale et leurs dimensions naturelles L'exercice régulier des fonctions sexuelles fut dès lors prescrit comme le remède indiqué, sans le secours d'aucune médication. La guérison s'est effectuée en quelques semaines, à partir du moment où le fonctionnement régulier des organes sexuels avait eu lieu, alors que l'usage de tout évacuant avait été suspendu. (Mandl, Union médicale^ page 439, 1863.)
36. — Des accidents nerveux analogues sont résultés de la continence absolue d'un garçon campagnard de trente ans, t« n'ayant jamais osé faire de rapprochement sexuel, malgré de fréquentes et énergiques érections, déterminant des rêves erotiques pendant le sommeil avec écoulement voluptueux amenant le réveil, » écrit-il le 17 janvier 1893. A dix ans, le gland se découvrit et le prépuce est tenu constamment en arrière depuis. Testicules un peu durs, gros comme une noix ordinaire.
Depuis la puberté, il est anémique, sans énergie, figure pâle, toux sèche, fatigue constante, même après le repos. Sueurs par le travail et la marche, suivies de refroidissement. Nourriture presque entièrement végétale, sans viande autre que du lard; jamais de vin, ni alcool, ni café. Dix heures de séjour au lit et parfois davantage sans maladie. Peu d'appétit et repas irréguliers.
D'après Texemple de tant de jeunes paysans n'ayant pas d'autre nourriture et qui n'en sont pas moins de solides travailleurs et de vigoureux lurons, les accidents ci-dessus ne peuvent se rapporter qu'à la continence observée. Elle ne manifeste pas toujours uniformément ses effets sous cette fopme sans doute ; ils varient selon la constitution et le tempérament. Un Narbonnais de trente-cinq ans écrivait dans les mêmes termes en 1891, « n'avoir' jamais osé s'approcher d'une femme y) ^ sans offrir aucun accident neurasthénique; mais il était frappé d'aberration génésique, ce qui est toujours un symptôme nerveux. La faiblesse génitale est encore rendue plus flagrante et positive dans les cas suivants :
37. — Un garçon de douze ans, très nerveux, contracte l'habitude de la masturbation à l'école en la continuant jusqu'à quinze, sans grands excès, mais avec intermittences de repos et d'abus. Il devient alors J'amant d'une femme veuve en vivant six mois avec elle. Devenue enceinte, elle fuit à l'étranger à cause de sa famille.
Durant cette absence de trois ans, il n'eut aucun rapport sexuel et sauf quelques rares pollutions spontanées ou... provoquées, il observa une continence absolue. Il était à peine relevé d'un accès de rhumatisme articulaire aigu, très violent, lorsqu'il apprit le retour de son ancienne maîtresse mariée. Les premières relations se renouèrent, mais, à son grand étonnement, malgré ses vingt ans et l'ardeur de leurs désirs réciproques, l'acte. ne pouvait plus s'accomplir normalement : l'érection était lente, paresseuse, incomplète, quoique leurs rapports fussent forcément irréguliers et éloignés. De là sa demande à laquelle je n'ai pas répondu.