Un célibataire de cinquante-quatre ans, sur le
point de se marier avec une demoiselle de trente-trois, demandait en 1891 quelques excitants pour ne pas rester en affront. Un essai tenté récemment, pour s'assurer de sa virilité, était resté infructueux. Très ardent dans sa jeunesse, il avait contracté une blennorrhagie suivie d'orchite à vingt ans et commis ensuite de grands excès pendant longtemps, avec une maîtresse quittée depuis six ans, pour garder une continence absolue.
Érection lente, incomplète et très courte, même au contact. Les lavements stimulants n'étaient pas gardés et, à défaut de douches, un liiiiment phosphore et cantharidé fut prescrit localement avec poudre stimulante à Tintérieur. Deux mois après son mariage, ce prétendu impuissant m'annonçait avoir rempli presque quotidiennement son service, à sa grande surprise, et sollicitait une nouvelle consultation pour avoir un enfant.
Ce n'était donc là qu'une faiblesse génitale causée par la continence prolongée à la suite d'excès. Châtiment fréquent, habituel des libertins voulant s'assagir sur le tard, afin de conserver plus sûrement les restes de leur virilité. Ils la perdent, au contraire, en cessant tout à coup et complètement leurs vieilles habitudes. Mieux vaut les continuer de plus en plus modérément.
Précédée ou non d'onanisme, d'abus ou d'excès intersexuels, de fraudes, cette continence, en se prolongeant ensuite, produit en général jla faiblesse ou le trouble du centre génital de la moelle épinière. D( s exemples en seront signalés aux Causes locales, ^e pouvant d'ailleurs être observée qu'au prix de révolt< s et de soulèvements spontanés, involontaires des organes génitaux, par le priapisme en résultant, le même effet consécutif est fatal.
ne ÉPUISEMENT NERVEUX GÉNITAL
Cette continence joue parfois le principal rôle, à l'exclusion absolue de toute trace apparente de neurasthénie. Les désirs erotiques font alors défaut pour inciter le centre génital, comme dans le cas suivant : j
39. — Un célibataire de quarante-quatre ans, bel homme brun, d'une apparence distinguée, de santé luxuriante, grand et fort avec léger embonpoint, se présente ie 31 juillet 1893 pour savoir s'il peut se marier, étant absolument vierge de tout rapport sexuel. Deux ans auparavant, il était passé pour le même sujet en mon absence •et, habitant la province, il n'avait pu revenir plus tôt !
Il s'est masturbé de treize à dix-huit ans. Il essaya une ■seule fois de la prostitution, sans érection possible, et dégoûté, il résolut dès lors de s'en passer. Livré de bonne heure au travail de cabinet, il ne goûta guère de la danse, des jeux, des réunions, ni des plaisirs de la jeunesse. Quoique très excité par la vue des femmes, il résolut, en cessant la masturbation, de ne jamais chercher à séduire une fille. Il s'adonna assidûment à un travail acharné pour se faire une position, s'astreignant à passer ainsi des nuits à son bureau et gardant une continence absolue.
Il eut d'abord des pertes séminales spontanées. Les voyages en chemin de fer suffisaient à les provoquer... surtout en compagnie. Dès vingt-sept ans, les érections spontanées diminuèrent, puis s'amollirent graduellement jusqu'à n'en plus avoir maintenant.
Ayant acquis une très belle situation, il a pensé à se marier seulement dans ces dernières années. Des avances lui ont été faites par une riche veuve et, malgré des entrevues intimes, il n'a pas éprouvé d'excitation à les pousser plus loin; tout en alléguant comme cause des dangers, des inconvénients pour... sa position à aller jusqu'au bout. Il semble douter de lui-même et de ses forces en sollicitant un aphrodisiaque pour une occasion favorable.
CAUSES GÉNÉRALES Ml
N'était-ce pas aussi un simple effet de la continence absolue jusqu'à l'âge de trente ans, l'impuissance supposée de ce grand et fort garçon brun, un peu lourd, épais, à l'aspect apathique, froid et calme, vivant isolé et sédentaire dans le Nord avec ses parents dont il était Tunique rejeton? Après deux échecs, de cinq à six ans d'intervalle, il croyait ne pas devoir se marier, ayant échoué la veille. D'après ses antécédents et sa bonne apparence, je le rassurai sur sa virilité et le renvoyai passer la nuit avec sa connaissance de la veille. Il réussit si bien qu'il renouvela l'acte dans les meilleures conditions et partit le lendemain pour conclure son mariage. (Obs. 159 des Anomalies sexuelles.)
De nombreux continents sont dans le même cas et dès qu'ils sont énervés, efféminés, tristes, pâles et faibles, ils se confondent avec les anaphrodites. On les dirait privés du sens erotique, vénérien. Ils n'ont pas le sentiment de l'amour. La continence prolongée, chez les hommes dans ces conditions physiques, entraine ainsi l'anaphrodisie, comme nous l'avons dit.
Tel encore ce célibataire de trente-huit ans, vivant seul avec sa mère, dont il est l'unique soutien, s'apercevant de la diminution rapide de sa virilité depuis plusieurs années, attribuée à des abus prématurés. Il est délicat et son estomac paresseux empêche tout extra. La moindre fatigue le fait transpirer. Ses urines mousseuses ne contiennent ni albumine ni sucre. Dans ces mauvaises conditions neurasthéniques, la continence ne pouvait qu'augmenter l'affaiblissement génital. [Idem^ p. 403.)
Une continence aussi absolue et prolongée, surtout après la masturbation, ne permet jamais le mariage sans s'essayer préalablement. L'incertitude, la paresse, la lenteur des érections, ne trompent pas ceux qui s'y connaissent par une longue expérience. Le chagrin et les perturbations de la viduité ou veuvage suffisent parfois à produire une telle faiblesse génitale, chez des hommes encore jeunes, qu'ils hésitent à se remarier.
40. — Négociant de quarante-cinq ans, marié à vingtsept, sans excès de jeunesse, veuf depuis deux ans avec enfant en bonne santé. Fort, grand et bien portant, sauf des accès de goutte, il a depuis vingt ans un embonpoint croissant par ses occupations sédentaires. Nerveux et irritable, il a éprouvé quelques échecs ou faillites et la moindre contrariété le prive de sommeil. La crainte a souvent paralysé l'érection, même, à la fm de son mariage. Il est resté continent depuis son veuvage, sauf quelques douceSy au besoin, et depuis quelques semaines il constate une atonie complète de la verge, avec d'autant plus d'effroi qu'il est sur le point de contracter une nouvelle union. Malgré la diminution graduelle de la dose d'alcool dans son café et celle du tabac, il n'y a pas d'amélioration, sa crainte est de plus en plus vive et le désespère. Il lui semble que la verge a diminué. N'ayant plus le bienêtre dont il jouissait, il mange fort peu, sans appétit ni goût.
Cette faiblesse génitale était manifestement due au tempérament nerveux et très impressionnable du consultant, à son changement de vie et d'habitudes, à la tristesse et le chagrin, la suspension fonctionnelle et l'absence de désirs en résultant. Je le rassurai, en lui indiquant les observations relatées dans les Anomalies sexuelles pour reprendre courage, en lui prescrivant quelques apéritifs, des toniques sti-
raulants, des douches, de Texercice et des distractions, avec Tusage de quelques diablotins, non du Codex, mais magistraux.
Un mois après, il annonçait un mieux sensible et des velléite's d'érections spontanées auprès de sa fiancée. Mais son mariage venait d'être avancé et se rappelant ses craintes d'autrefois avec toute nouvelle femme et ses échecs sous cette influence, il sollicitait un aphrodisiaque pour assurer sa prise de possession ; le reste irait tout seul ensuite. Quelques dragées d'ergotine et 60 grammes d'élixir de Garus légèrement cantharidé suffirent à le rendre victorieux, à en juger par son silence.
Agir sur le moral est l'indication principale dans ces cas, dès qu'il n'y a pas d'impuissance physique ou si elle n'est qu'apparente, comme dans le cas suivant.
41. — Voyageur de commerce, trente-cinq ans, veuf depuis deux ans et sur le point de se remarier, attribuant la faiblesse de ses érections au refroidissement du gland, même dans la plus forte érection — donc, il en avait encore — avec pertes séminales nocturnes rares et presque insensibles.
Au toucher, la verge flaccide n'offrait ni duretés, ni douleur pouvant empêcher l'afflux du sang; la succion n'avait eu lieu que par accident. Cette mollesse dn gland n'a paru qu'après son veuvage, une abstention forcée ayant eu lieu pendant la maladie assez longue de sa femme. Le chagrin causé par sa mort et celle de son enfant l'a considérablement perturbé et troublé profondément. Il n'y a pas d'autre cause appréciable que l'affaissement de son système nerveux et le trouble de son esprit.
Des bains locaux excitants du gland et des frictions génitaies avec l'huile phosphorée ont suffi à rétablir ses fonctions et dissiper ses préventions mal fondées.