ÉTUDE D'UN ÉCHANGE ISOLÉ
16) Relour discret aux données concrètes. — PaARETo n'abandonne pas seulement la méthode d’échange par larrêt d’un sentier, il abandonne aussi la tentative d’embrasser d’emblée l'équilibre des échanges. Il se rabat sur l'étude d’un seul échange qu'il essaiera de généraliser (1).
Veftet des sentiers du deuxième genre n’est que l’occasion d’injures à l'égard des « économistes littéraires ».
(1) Si l’on s'attache à ce qu'il fait et non à ce qu’il dit.
C’est ce qu'il exprime, en des termes d’ailleurs trompeurs, car 1ls ne s'appliquent qu’à un échange.
« Le problème de l'équilibre général se scinde en trois autres qui consistent :
« 19 À déterminer l’équilibre en ce qui concerne les goûts ;
« 20 À déterminer l’équilibre en ce qui concerne les producteurs (1) ;
«30 À trouver un point commun à ces deux équilibres qui formera un point de l’équilibre général » (III, 90).
Tout ceci semble bien compliqué pour un seul échange. Mais en réalité, l'équilibre en ce qui concerne les goûts, est tout simplement les dispositions à l’enchère des consommateurs dans le cas concret étudié ; et l’équilibre en ce qui concerne le producteur n’est autre que les prétentions de ce dernier.
Aïnsi PARETO revient-il aux seules données expérimentales qu’il n’aurait jamais dû quitter. La complication provenait de ce que PARETO n’avait pas voulu se limiter aux données d’expérience qui sont les dispositions à l’enchère dans un cas particulier, fait scientifique dont on peut parler sans danger, et qui se peut matérialiser dans des chiffres. Mais comme on l’a vu, il a cherché à généraliser et à subjectiver ces données objectives pour représenter les goûts de l'individu « quelles que puissent être les circonstances ». Et pour revenir au cas concret, il suppose un sentier parcouru dans les conditions que nous venons de voir.
Mais même en admettant cette généralisation, il ne faut pas que PARETO affuble du nom d'équilibre, le retour au cas concret en lequel consiste sa détermination de la «ligne des échanges » (III, 97), et de même pour le producteur placé en face d’un échange ce qu'est son profit en
(1) Malgré ce mot « les producteurs » il s’agit d’abord d’un producteur.
oo, 18 ÉQUILIBRE PHYSIQUE, BIOLOGIQUE, ÉCONOMIQUE
fonction de quantités échangées. Le problème est donc tout simplement de trouver un point commun entre les dispositions à l’enchère des deux contractants. PARETO est donc revenu à la méthode classique d’étude de l'échange.
17) Détermination effective du taux d'échange. — La représentation graphique de PAREToO se prête particulièrement à la solution de ce problème. Sur un plan dont les axes de coordonnées sont gradués l’un en quantité de blé, l’autre en quantité de pain, supposons qu’un point représente la quantité de pain (mesurée par son abcisse) que l’un des échangeurs est décidé à troquer contre une quantité de blé (mesurée par son ordonnée).
La disposition à l’enchère de chaque individu est représentée par une courbe et l'échange pourra se faire aux points d'intersection.
Certes, PARETO précise le nombre de points d'’intersection et a introduit des courbes de producteurs plus compliquées que les courbes de consommateurs. Et il signale en outre que divers obstacles matériels ou moraux empêchent parfois les dispositions à l'enchère d’être confrontées.
Mais il ne change en rien le principe de la détermination de la valeur d'échange, qui s'établit aux points communs aux dispositions à l’enchère de deux contractants.
Ce qu'il y a d’original dans sa méthode, c’est qu’au lieu de partir du cas concret des dispositions à l’enchère, il part de données abstraites, des goûts et des obstacles et retrouve les cas concrets par l'étude abstraite d’un échange continu dont on a vu à quel prix on pouvait en faire une application. Autrement dit, il recule l’origine de ses démonstrations. Mais comme il la recule dans le domaine . des sensations, il est obligé de revenir aux choses concrètes dès qu’il veut établir quelque chose de réel.
Mais ce faisant, et c’est là où toute cette étude aboutit, il a changé la signification de l'équilibre en le considérant comme la conclusion d’un échange.
Les « économistes non mathématiciens » avaient imaginé un déroulement de l’échange imaginaire, qui ne comprenait pas des échanges réels puisque l'offre n'était pas égale à la demande, mais un dédoublement de la quantité échangée en « offre » et en « demande » ayant chacune une valeur différente variable suivant le prix. Au prix d'équilibre, ces deux valeurs étaient égales, puisqu'on rentrait dans le réel. La différence entre offre et demande, cause du mouvement virtuel, étant supprimée ce mouvement disparaissait. Tel est l’ « équilibre » de l'offre et de la demande.
En réalité, ce qui est équilibré après l’échange, c'est l'utilité des marchandises possédées par chaque individu, ce que PARETO retrouve d’ailleurs très bien (VI, 34).
Mais par sa conception de la continuité de l'échange, PARETo avait eu une autre notion différente de l’équilibre : celle de l’arrêt de mouvement continu d'échange. Et ce qui est plus grave, il n’y a pas vu un phénomène virtuel, mais réel, ce qu’on ne peut admettre car c’est trop contraire aux faits. En tout cas, il a été obligé de revenir à la théorie classique quand il a voulu. effectivement déterminer la position d'équilibre. Et sa notion originale de l'équilibre s’est révélée stérile dans le cas d’un échange.