GÉNÉRALISATION A PLUSIEURS ÉCHANGES
18) Insuffisance de la méthode de Parelo à être généralisée. — Il est bien rare qu’un système économique soit formé de déux individus, et dans ce cas il est vraisemblable que le schéma étudié ne s’appliquerait pas. PARETO dit fort justement : « Deux individus qui auraient à contracter
ensemble seraient probablement guidés par des motifs bien différents de ceux que nous avons supposés. Pour être dans le vrai, nous devons supposer que le couple considéré n’est pas isolé » (III, 110). PARETO propose deux méthodes pour généraliser.
Il essaie d’abord de ramener le mécanisme de plusieurs échanges à celui d’un seul et peut ainsi utiliser son imagerie topographique et sa conception de l'équilibre continu, mais cela ne l’amène pas loin ; alors il abandonne entièrement, mais discrètement, collines et sentiers, et adopte purement et simplement une autre notion de l’équilibre : l’équilibre de détermination de WALRas.
La première méthode consiste à considérer tous les échanges de la collectivité comme un seul échange. L’équilibre général sera alors exactement l’équilibre d’un échange. Mais il reste à voir à quelles hypothèses se ramène une telle simplification.
PARETO est extrêmement discret à ce sujet. Il considère d’abord un ensemble formé d’un certain nombre de producteurs et d’un consommateur, ou d’un certain nombre de consommateurs et d’un producteur (III, 106), puis sans avertissement préalable, un ensemble de producteurs d’un côté et de consommateurs de l’autre (III, 113).
La portée de cette généralisation est donc limitée : elle se ramène à l'étude d’une opposition. PaRETo met les producteurs à sa gauche, les consommateurs à sa droite et les oppose.
Sa valeur est limitée parce qu’un groupe de consommateurs n’est pas un consommateur, un groupe de producteurs n’est pas un producteur.
En premier lieu, on peut se demander si une collectivité de consommateurs peut être représentée abstraitement par un système de lignes d’indifférences, résultant uniquement des courbes d’indifférences des individus qui la composent, comme le prétend Parero (III, 99), et
comme il le démontre très succinctement à l’aide d’un cas particulier (III, 87). Mais cette démonstration suppose que l’échange avec plusieurs consommateurs est assimilable à un échange avec un seul consommateur, ce qui est une autre hypothèse que nous allons rencontrer plus loin.
Mais il nous suffirait sans chercher à savoir ce qui se passe dans l'addition d’échelles préétablies des goûts que nous n'avons pas admises, que l’on puisse obtenir les dispositions à l'enchère des individus en additionnant les dispositions à l'enchère de chaque individu, ce que PARETO affirme sans démonstration (III, 99) mais qui entraîne également une hypothèse de l'assimilation des échanges à un seul échange.
Ce n’est pas par hasard que nous sommes ramenés une seconde fois à ce problème. Les dispositions à l’enchère sont une chose concrète et leur effet ne pourra être additionné que s’il y a une seule enchère. Il ne s’agit donc pas de savoir si des consommateurs peuvent être représentés par leurs goûts comme un seul consommateur, ni même si des producteurs peuvent être représentés par leur désir de profit par un seul producteur ce qui conduirait aux mêmes conclusions, en faisant toutefois l'hypothèse supplémentaire que leur nombre ne modifie pas leur action (III, 88). Mais il s’agit de voir si tous les échanges se comportent bien comme un seul échange. Comme à son accoutumée, PARETO ne souffle mot de ce point principal de la question, mais le suppose implicitement admis, ce qui est magnifiquement camouflé sous son imagerie topographique. « Supposons, dit-il, que ces deux consommateurs ne puissent que parcourir des lignes parallèles » (III, 87), ce qui revient à admettre que les portions successives de marchandises sont échangées à taux constant et le même pour les deux individus. Mais en outre, remplacer plusieurs sentiers par un seul suppose que les transformations successives soient faites en même temps pour chaque portion et en liaison.