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par des modifications des données qui ont deux effets différents :
1° Changer l'équilibre vers lequel tend l’ensemble économique ;
20 Créer par eux-mêmes une perturbation, car ils ne sont généralement pas effectués dans des conditions de lenteur extrême.
PARETO a eu une idée très nette du premier effet, mais il l’a exprimée dans un cas particulier, celui de l’entreprise, et dans le cas très simple d’un équilibre « mécanique » (V,I).
C’est ce qu’il appelle la « poursuite » qui graphiquement donne une courbe connue par les mathématiciens plutôt sous le nom de « courbe du chien ». Un chien se dirige vers son maître qui marche : il doit continuellement changer sa direction. ;
Mais le phénomène économique est beaucoup plus complexe : il est bien mieux rendu par un ballon contenant du gaz à 180 et en équilibre et auquel on donnerait l’énergie nécessaire pour être en équilibre à 190 (ce qui revient à changer les données) (1).
Ce système est caractérisé par les deux éléments suivants :
1° Le seul équilibre possible est celui pour lequel le gaz est à 190;
20 Mais l’état du Système n’est pas l’état d'équilibre pour 190 : le gaz y tendra lentement. Or, la réalité est constituée d’apports successifs et discontinus d’énergie faisant ainsi évoluer l’état des gaz vers des états limites différents. À chaque instant, il sera en fait impossible de
(1) Bien entendu, on suppose que la transformation est adiabatique. Comme toute image, celle-ci n’est pas parfaite et l'exemple montre pourquoi : on ne peut pas dire : «mettons brusquement à 190», car la température elle-même n’est pas définie, pas plus que la pression, alors que les quantités de marchandises sont toujours définies.
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dire que le gaz a exactement une température ou une pression déterminée. Et l’écart avec l’état d'équilibre ne sera défini que par une différence d’entropie.
31) La perturbation - consécutive au déplacement. — ParEeTo a fait également une analyse qui permet de se rendre compte de la manière dont le changement des données apporte une perturbation par elle-même.
Les économistes acceptent en général la notion de l’homo economicus sans restriction.
PARETO, lui, conditionne la logicité des actions humaines à leur répétition (HIT, 1).
C'est non seulement dire qu'aucune action humaine n’est vraiment logique puisque aucune action humaine n’est répétée dans des conditions identiques (notamment de goût) ; mais c’est aussi préciser comment le changement des données par la nouveauté qu’il apporte rend l’action illogique.
Ce n’est pas le seul effet : le changement des données rend en général imparfaits les éléments matériels de la concurrence : connaissance exacte des éléments du marché, possibilité pratique de se substituer à tout autre. Mais PARETO, n'ayant pas plus que WaLraAs, analysé ces éléments de la concurrence parfaite, ne peut évidemment arriver à cette conclusion.
Il a néanmoins la notion de cette perturbation qu'il appelle « effet dynamique » qui résulte du passage d’une position d’équilibre à « une autre » et qu'il distingue soigneusement des « effets statiques d’une position d’équilibre quelconque » (VIII, 37), ce qui veut dire en langage courant que quand on change les données de l’économie, il ne faut pas confondre le nouvel équilibre qui en résulte avec certains aspects des perturbations.
D) Les distorsions de la réalité par rapport au modèle dans le sens du temps
32) L'inertie. — La troisième et dernière approximation est plus difficile à concrétiser. Les deux premières étaient relatives au principe de détermination : c’étaient les deux considérations de dynamique qu’engendre toujours une statique de détermination. Maintenant, au contraire, ik faut nous rappeler qu’on a forcé la réalité pour la faire: entrer dans un modèle statique et lui laisser reprendre ses droits.
Ceux-ci proviennent essentiellement de ce que certains effets ne sont pas instantanés, mais se font sentir avec: un certain retard, avec une certaine inertie.
PARETO a excellemment analysé les mobiles qui pouvaient amener les entrepreneurs à s'organiser d’une manière plutôt que d’une autre. Les données changeant, l’entrepreneur change son programme, mais il ne s’en aperçoit pas tout de suite et ne change pas pour de petites différences. De minimis non curat praetor, pourrait-on dire : d’où la discontinuité très bien indiquée par PARETO de la courbe de poursuite (V, II) dont nous avons déjà parlé, que PARETO indique très bien.
Mais par contre, il ne signale pas le double effet de cette inertie qui est de prolonger dans le temps des dispositions de fabrication et de donner à l’équilibre un caractère non seulement discontinu, mais par certains détails, oscillatoire (1). C’est à cet effet de l’imertie que PARETO paraît rattacher les crises auxquelles 1l consacre un chapitre, il est vrai, uniquement descriptif : « Dans ses efforts pour s'adapter à la consommation, la production est tantôt en avant, tantôt en arrière et l’oscillation dans un sens est souvent la cause de l’oscillation en sens opposé » (IX, 77).
(I) Voir pour l’ « inertie » et les oscillations l”’ « équilibre des physiciens ».
Et de même, dans une forme plus poétique que précise : « La crise est un cas particulier de la grande loi du rythme », laquelle domine tous les phénomènes sociaux (IX, 75).
33) La spéculation. — Une autre irrégularité qui provoque une « distorsion » de modèle, ce sont les manœuvres de spéculation sur un marché, dans le but d’obtenir des conditions dans des échanges ultérieurs, ce que PARETO a décrit sous le nom de «type II d’effets des goûts et de la production » (III, 45) et a placé à tort dans la statique, non sans hésitation. Il est à remarquer que la prévoyance sans manœuvre sur le marché n’introduit pas de distorsion, car, comme nous l'avons vu, le choix entre un bien actuel
et un bien futur est une opération instantanée. En ne faisant pas intervenir les services dans le modèle instantané, PARETO a évité l’inertie que l’on crée en considérant le coût de production du capital humain et de même le temps qui s’écoule entre l’appel à une plus grande population et la réalisation de cette augmentation. Il a assez finement analysé ces répercussions (chap. VIT).
*% %k *% V. — CONCLUSION
34) PARETO n’a pas su choisir entre l’étude d’un détail et la vue d'ensemble. « L'économie politique », dit-il à la fin de son Manuel ne s'occupe que des phénomènes généraux et moyens. La météorologie peut nous dire la quantité moyenne de pluie qui tombe annuellement en une localité donnée : elle est et sera toujours incapable de renseigner sur le sort de chaque goutte de pluie individuellement » (VIII, 12).
Cependant PARETO a essayé de commencer l’étude de la météorologie par la mécanique de la goutte d’eau isolée
et de faire la théorie de l'échange, avant de voir en bloc un nuage, c'est-à-dire de parler du prix d’un marché. Il avait raison, pourtant, contre sa théorie. Les images sont toujours dangereuses en économie parce que les problèmes d'échelle y sont faussés pour la personnalité humaine.
Les actions humaines se déroulent en effet tantôt en pleine anarchie — et alors l’économie peut être comparée à la physique des gaz — tantôt «orientées » ou « dirigées » ou même groupées, quand un individu possède le pouvoir de décider pour de nombreux autres — et c’est alors à l’image de la mécanique (1).
Des notions qui seraient à des échelles différentes dans d’autres sciences doivent y être étudiées en même temps.
La dualité des notions de l’équilibre de PARETO n'est pas à lui reprocher. Au contraire, il en aurait parfaitement montré la nécessité, s’il avait été plus franc. Mais il a mis trop de discrétion à dire qu'il prenait une autre notion de l'équilibre quand il entrait dans une autre échelle de phénomènes, de même qu'il en avait trop mis à définir les obstacles du deuxième genre ou le caractère exact de producteur-consommateur. En outre, il donne à ses études une base subjective qui n’est pas dénuée d'intérêt, mais qui est bien la dernière à adopter quand on veut effectuer des calculs précis.
Nous avions dit que WaLras, ayant basé sa théorie sur l'utilité, était un peu un colosse aux pieds d'argile.
PARETO n’est pas un géant. C'est cependant un grand bonhomme. Comme son maître. il a des pieds d'argile. Mais
(1) C’est à propos des crises que PARETO est encore le plus près de cette notion : « Le complexus économique est composé de molécules qui sont en vibrations continuelles.. Ces mouvements peuvent se faire en sens divers, et dans ce cas ils se compensent en partie... Mais de temps en temps, il arrive que ces mouvements de complexus économique se font presque tous dans le même sens » et c’est la crise (IX, 73). Mais la coordination des mouvements des complexus économiques est de tous les jours et aussi fréquente que leur désordre élémentaire. Il n’y à jamais ni désordre absolu, ni de coordination absolue. Les phénomènes réels sont entre les deux.
il a mis de belles bottes de cuir pour les cacher, c’est-à-dire qu'il a revêtu d’un appareil mathématique la mesure des sensations (1) et il injurie le camarade littéraire qui n’a que des molletières éculées.
(1) De ce fait, PARETO, a laissé MARSHALL, puis toute l’école de langue anglaise, s'engager sur la voie, contraire à l'esprit scientifique, de l'utilité quantitative. Et ceci, malgré qu’il eût apporté les éléments pour bâtir sur l'expérience une théorie de l’équilibre.
Les courbes d’indifférence étant données, ou pouvant être données par l'expérience, on ne saurait reprocher aux analystes mathématiciens de considérer pour un individu une fonction U (x, y) où x et y sont les quantités de deux biens échangés l’un contre l’autre. On doit même leur reconnaître le droit d’appeler cette fonction utilité. On peut même admettre que, tout le long d’une ‘courbe d’indifférence, la fonction U (x, y) ait une même expression qualitative. Enfin, les données expérimentales permettent de classer ces différentes expressions qualitatives dans un ordre déterminé U;, U,, … U,.
Mais c’est tout. La série des U,, U,, … U,, n’est qu’une série de classement -qui permet de ranger sans ambiguïté un certain nombre d'éléments, mais ne donne aucun droit de considérer les expressions qualitatives U comme des quantités. Les fonctions U (x, y) ne peuvent être suivies du signe — que pour exprimer une même qualité pour deux valeurs différentes de x et y : U (x, y) = U (z', y’). C’est d’ailleurs un emploi abusif du signe — qui a contribué à troubler les esprits. Ces fonctions ne peuvent être en aucun eas ajoutées ou multipliées, ou même égalées autrement qu'entre elles. En un mot, ce ne sont pas des quantités. Telle est la limitation impérative qu’un minimum de logique impose à la nature de Ja fonction d'utilité.
Si nous considérons maintenant deux individus, disposant de deux biens, le premier en des quantités æ, y, et le second en des quantités æ’, y’, on peut de même représenter leur fonction d'utilité par U (x, y) et V (x’, y’). Mais il faut se rappeler que ces expressions ne péuvent signifier que la possibilité de deux classements différents, l’un pour les U, l’autre pour les V.
La faute logique de certains économétriciens est de considérer une fonction de U et de V : F (U, V) comme si U et V étaient des grandeurs susceptibles de valeurs quantitatives. On a toujours le droit d'écrire un tel symbole, et même de l'appeler fonction d'utilité, mais il faut se rappeler que son emploi doit être strictement réduit à une classification des expressions F, et encore seulement pour des couples ou des séries d'expressions de U et V dans lesquelles une seule de ces deux expressions est changée. On ne peut même pas classer F (U, V)et F (U' V').
Mais il est tellement tentant d'oublier cette infirmité de la fonction F (U, V) et de se livrer sur elle au traitement habituel des fonctions de grandeurs quantitatives !
Le seul moyen correct de baser sur l'expérience un appareil déductif est de relier directement la fonction d'utilité pour plusieurs personnes aux quantités æ, y, æ', y’, etc., de biens possédés par plusieurs individus sous la forme ZL(æ,y,2',y'). La fonction Z est de même nature que les fonctions U et V, et, dans les limites d'opérationnalité que nous avons déterminées pour ces dernières, peut servir de base valable à des déduetions et à l'emploi d'un appareil mathématique. Il ne semble pas que cette voie ait été jusqu'ici largement exploitée.
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