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ses propositions d'offre et de demande. Une telle généra- Jisation souffre des difficultés. D'une part, nous ne possédons pas de théorie générale de l'équilibre dans les hypothèses de la concurrence monopolistique et de la concurrence imparfaite. En outre, les effets des conditionnements font apparaître autour de la décision individuelle des zones d’indétermination que le PT PErroux a décrites dès 1943 au moyen de courbes épaisses (1).

Malgré tous ces perfectionnements, la notion physique de détermination de WaLras reste entière et souffre la même critique : son inaptitude à l’étude d’un mouvement-

C) Les plans individuels et la prévision

Les économistes contemporains ont essayé de s’affranchir de cette difficulté et de trouver un moyen d’étudier le déroulement dans le temps tout en restant dans la logique de l’équilibre de détermination. On aurait pu croire, en particulier, qu’échappe à ces reproches l’analyse, d’ailleurs fort différente, des plans individuels : l’équilibre a bien lieu instantanément, mais entre des biens actuels et des plans, c’est-à-dire des estimations de désirs futurs. L'évolution du système dans le temps sera possible sans rupture d’équilibre si les plans faits par chaque agent économique sont compatibles et concordants. Les conditions d’une évolution équilibrée seraient donc la compatibilité des plans, qu’on ne saurait en particulier assurer que par la prévision parfaite (2).

(1) FrANÇoIs-PERROUX, Cours d'économie politique, t. TITI, 2e édit., p. 222 et 226.

(2) On ne saurait juger en quelques lignes une théorie aussi récente. Il est impossible cependant de ne pas insister sur l’apport réel qu’elle fournit à la notion de l’optimum économique et que Hicxs a signalé.

La notion d’optimum économique est souvent confondue avec celle d'équi- Aibre. En réalité, un équilibre étant déterminé par un comportement individuel æt un état de marché, l’optimum économique est l'équilibre assurant le maxi-

La théorie des plans est encore dans l’enfance, qu'il s'agisse des plans des unités individuelles ou des unités globales. Mais il ne semble pas qu’elle permette un jour de sortir de l'impasse walrassienne : elle ne fait que reculer la difficulté. La prévision parfaite suppose en effet la prévision de tous les éléments des marchés futurs, y compris celui des comportements individuels et, en particulier, la connaissance de toutes les prévisions des autres. On se heurte toujours à l’inaptitude de l'utilité (ou plus généralement du comportement individuel) à constituer une donnée dans le temps.

D) L’appoit du calcul des probabilités

C'est donc bien ce problème qu'il s’agit de résoudre : faute de quoi la logique de l’équilibre walrassienne n’aura pas avancé d’un pas. Tout espoir n’est d’ailleurs pas perdu dans ce sens, car si les réalités humaines ne souffrent pas de détermination ponctuelle et certaine, elles peuvent être affectées d’une valeur probable. Il n’est donc pas impossible de déterminer l’évolution la plus probable du comportement d’un individu, les processus économiques individuels étant assimilables à des jeux, au sens où NEUMANN les a étudiés ; jeux dans lesquels il y a des meneurs, même

mum de satisfaction parmi ceux résultant pour un même comportement des différents états du marché.

En particulier, si le comportement admis est celui d’un homo oeconomicus, M. ALLaISs, prolongeant les travaux des classiques, a montré que dans le cadre d’un équilibre instantané, le marché à prix libre et concurrence parfaite était celui qui assurait l’optimum ou tout au moins un optimum parmi d’autres. C'est d’ailleurs cette considération instantanée qui conduisait ces économistes à une tendance libérale en politique économique.

Mais la théorie des plans laisse entrevoir qu’une prévision parfaite est aussi nécessaire qu’une concurrence parfaite à l'évolution de l’optimum dans ie temps.

Le déplacement optimum de l'équilibre demanderait donc une économie qui garantisse à la fois le libre jeu des prix et la cohérence des plans individuels. Et c’est pourquoi suivant que l’on met l’accent sur la première ou la seconde de ces nécessités, on penche pour un système libéral ou dirig'iste.

involontaires, comme l’a précisé le PFFRANÇoISs-PERRoUXx (1). Les règles de ce jeu sont fonction elles-mêmes du temps, dépendant tant des circonstances matérielles que des réactions psychologiques des partenaires.

Certes, l'apport probabiliste, en théorie économique, est encore bien petit. Après la première étape des travaux de Masse, il a été amorcé par voN NEUMANN, au sujet duquel M. G. Th. GuiLBAUD distingue deux tendances :

a) L'équivalence asymptotique entre le hasard et la ruse (two persons game) qui permettra peut-être de faire une place à l’aléatoire en théorie économique ;

b) Une théorie logique du contrat et du combat sociaux, où l’aléatoire ne joue pas le rôle essentiel ; cette théorie est le point de rencontre possible entre les travaux de MorGENSTERN et du PT FRANÇoIS-PERROUX.

La plupart des commentateurs de von NEUMANN ont surtout insisté sur l'apport que son étude procurait à la statique. Mais il n’est pas interdit d’espérer y voir dans l'avenir une solution au problème de la compatibilité des plans et, par cette voie, une approche possible de la dynamique.

If. — LES PROMESSES DE L’ANALOGIE BIOLOGIQUE

A) Les précurseurs

Il est intéressant de noter que les travaux de von NEu- MANN sont tout à fait analogues à ceux des savants qui s'efforcent de franchir le seuil séparant l’échelle des phénomènes physiques et l’échelle des phénomènes biologiques. Ainsi, en économie, l’analogie physique n’aura donné sa mesure qu’en devenant biologique.

(1) Economie appliquée, n° ?, « Esquisse d’une théorie de l’économie dominante. »

Mais la notion biologique de l’équilibre économique n’est pas plus récente que la notion physique ; au contraire, c'est par une vue d’ensemble des phénomènes de la production, de la consommation et des échanges assez proche d’une analyse ou tout au moins d’une terminologie biologique que notre discipline acquit avec QUESNAY, un médecin, droit de cité dans l’étude scientifique. Comment se fait-il donc que cette manière de voir ait été abandonnée pendant plus d’un siècle ? Le PT Leontier l'explique ainsi :

« Il y a cent cinquante ans, quand QUESNAY publia pour la première fois son fameux schéma, ses contemporams et disciples l’acclamèrent comme la plus grande découverte depuis les lois de Newron. L'idée de l’interdépendance générale parmi les diverses parties du système économique est devenue actuellement la véritable fondation de l'analyse économique. Cependant, quand on en vient aux applications pratiques de cet outil théorique, les économistes doivent se reporter tout comme QUESNAY à des exemples numériques fictifs ! Quel serait l’état actuel de la théorie et de la politique du commerce international si, au lieu de balances réelles du commerce extérieur, les économistes avaient eu à baser l’analyse sur des données hypothétiques augmentées de quelques rares infrastructures statistiques (1) ? »

C’est le manque de moyens d'observation à l'échelle de l'ensemble qui a amené les économistes à s'occuper des questions de détail en elles-mêmes. Pour employer les termes actuels, la micro-économie ne pouvait se prêter facilement à des analogies venant de la biologie : cette dernière a pour caractéristique de saisir d'emblée un individu, dont les divers organes forment un tout. Tout récemment, au contraire, le physique s’étudiait par raisonnement sur des parties infinitésimales dont on

(1) W. Leontier, The structure of American economy.

sommait les actions ; elle n’est devenue biologique qu’en abordant l’atome, |’ « insécable ». Au cours d’une émission radiodifusée opposant physiciens et biologistes pour lemploi dans leur science du calcul des probabilités, le prince DE BRoGLIE fit le point en citant ce mot d’un physicien anglais : une vaclie est, pour un biologiste, à l’échelon atomique. En économie, il y a deux échelons. atomiques : l'individu et le marché qui, souvent, s'étend aux frontières nationales et internationales.

Il faut donc à la fois étudier Féconomie comme un ensemble d'individus « atomiques » et comme un seul atome ; si la première approche est physique, la dernière est essentiellement biologique.

MARSHALL avait eu cette intuition, et il vaut la peinede citer un extrait de la préface de la 4€ édition de ses Principes :

« L'emploi fréquent de la phrase équilibre de la demande el de l'offre dans les livres V et VI a fait croire à certains lecteurs que les problèmes économiques sont traités dans cet ouvrage d’après la méthode de la mécanique. Il est vrai que leur analogie avec la mécanique est bien plus simple: que celles qu’elles offrent avec la biologie, aussi rendentelles plus de services aux premiers échelons de l’analyse économique. Mais l'introduction historique et les discussions que contient le livre sur l’objet et la méthode de notre science ont eu principalement pour but d’insister sur le caractère essentiellement organique des grands problèmes dont nous cherchons à nous approcher. »

L'auteur des Principes a donc senti que les raisonnements micro-économiques le menaient à des analogies physiques ; mais les données expérimentales même les plus sommaires lui manquaient pour penser en biologiste, quel qu’en fût son désir.

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B) Le raisonnement sur les quantités globales

L'analyse biologique a présidé en économie à diverses recherches parmi lesquelles on retiendra : le raisonnement par quantité globale, les diverses figurations du circuit, l'approche structurelle de l’équilibre général en économie et enfin les croissances équilibrées.

Depuis MARSHALL, les méthodes statistiques ont permis de donner à l’économiste les éléments nécessaires à une vue d'ensemble de l’économie. Il eût pu sembler que les calculs des quantités globales permissent aux succésseurs de MarsHALL d’affronter de plein pied l’économie dans toute sa complexité et de pouvoir utiliser plus facilement les analogies biologiques.

Malheureusement tout s’est passé comme si l’on avait voulu transposer purement et simplement la notion élémentaire de l'équilibre à l’étude de l’ensemble économique. En particulier, on a considéré trop souvent un équilibre des quantités globales sans voir que le phénomène en question n’avait aucun rapport avec le mécanisme de l’équilibre d’un marché.

La première manifestation de cette confusion entre équilibre et ajustement (1) est le raisonnement global sur la production et la consommalion qui doivent s’équilibrer par | «ajustement des stocks ». Nous avons vu plus haut comment les conceptions de l'équilibre n'étaient pas les mêmes chez MARSHALL et chez WaALRas.

Mais la différence est aussi dans le mécanisme logique de l'équilibre. Plus exactement MARsHALL adopte suecessivement deux notions différentes de l'équilibre. Pour l'étude de l'offre et de la demande normales, c’est-à-dire d’un équilibre que les forces économiques tendent à créer

(1) Le terme « ajustement » est du P' FRANçÇçois-PERROUXx dans l’article cité plus loin.

à la longue (1), il emploie le même appareil que pour l’équilibre temporaire de l'offre et de la demande sur un marché instantané. Toutefois, les grandeurs mises en rapport sont différentes : dans le cas d’un marché, MaRsHALL suit Wazras et utilise des concepts reposant sur la possibilité de l’expérience-choix : à tel prix, n personnes vendraient p objets et n' personnes en vendraient p'. D'où la possibilité d'exprimer ces expériences éventuelles en courbes (ou fonctions) où les quantités offertes sont fonction du prix.

Dans le cas de la production courante, MARSHALL se base sur l’étude globale de la production et de la consommation sur une grande période de temps et sur la possibilité expérimentale de vérifier qu’un prix donné entraîne à long terme une consommation donnée. Alors il exprime de même les quantités en fonction des prix. La relation signifie encore qu’à tel prix s’établirait telle consommation ou telle production.

© Mais le mécanisme même de cet établissement est différent. Dans le cas d’un marché, il est basé sur la notion de « clearing the market » c’est-à-dire sur une nécessité logique d'identité : il faut qu’il y ait autant de choses vendues que de choses achetées. Au contraire, dans le cas de la production et de la consommation globales, il est basé sur l'attitude des acheteurs et des vendeurs en face du mouvement des stocks. Il ne s’agit plus de nécessité logique et rigoureuse : la précision du mécanisme est à l’échelle de la précision du concept : c’est en réalité un ajustement aléatoire.

S'il n'y a plus de nécessité rigoureuse, mais seulement tendance à l'égalité entre la production et la consommation, le niveau commun de l’une et de l’autre n'est plus délerminé : c’est la confusion des deux logiques qui a conduit à donner

(1) MarsxaLe, Principes, Liv. V, chap. III, t. II, p. 38.

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