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LES DIFFÉRENTS NIVEAUX D’INFLATION

1. Une application intéressante des analogies physiques et biologiques se trouve dans l'approche de l'étude de l'inflation. L'inflation apparaît généralement comme un phénomène complexe, doué de multiples aspects particuliers : déséquilibre budgétaire, augmentation de la circulation (ce qui correspond au sens étymologique), hausse du niveau des prix et des salaires, avilissement du taux de change. Certains économistes ne s’attachent qu’à un de ces aspects ; d’autres, avec une pensée moins succincte, considèrent bien qu’il s’agit là d’un phénomène d’ensemble, mais, intéressés plus particulièrement par un des aspects de l'inflation, veulent y voir l’origine des autres manifestations. C’est ainsi que le déséquilibre budgétaire est souvent considéré comme la cause de tout mouvement infiationniste.

Plus scientifique, un troisième groupe d’économistes se contente .de décrire, dans les expériences monétaires connues, les différents problèmes et montrent qu’à certains moments, un indice précédait les autres dans les mouvements de hausse. C’est en particulier la position de M. Fourastié dans son étude de l'inflation allemande de 1923.

Allant plus loin dans l’analyse, d’autres pensent que cette suite représente une constante de l’économie, et sans en chercher une analyse détaillée, prétendent voir dans cette succession immuable une loi économique. Ils espèrent trouver une mesure de la dégradation des systèmes monétaires dans l’observation des différents stades atteints. C’est ainsi qu'on à jugé que l'inflation était « galopante » en France en décembre 1947, parce que les prix étaient en tête du mouvement et ceci malgré que l'indice des prix soit resté constant de novembre à décembre. En réalité, de telles comparaisons négligent les différences entre les diverses expériences monétaires : l’absence de contrôle des changes en Allemagne, en 1923, suffit à invalider tous les enseignements que l’on pourrait tirer sans analyse suffisante des phénomènes qui ont eu lieu alors.

Cependant, il est hors de doute que l'inflation est un phénomène

unique, présentant des manifestations extérieures multiples. Com-

ment la définir ? Nous proposons l'analyse suivante, basée sur la conception de l'équilibre économique.

2. L'équilibre d’un système monétaire est comparable à celui d’un organisme : il est unique, mais présente divers équilibres partiels ayant chacun leurs caractéristiques. Ces équilibres partiels sont des positions moyennes autour desquelles les phénomènes réels oscillent plus ou moins, comme s'ils étaient munis d’un mécanisme de rappel. Si le niveau des prix, par exemple, vient à monter, sans que les autres données de l’économie bougent, il sera au bout d’un certain temps, amené à redescendre.

Les manuels d'économie classique étudient ces mécanismes de rappel ; une synthèse malheureuse en est la formule quantitative de la monnaie et l'équilibre des changes.

Cependant, il n’est pas prouvé qu’un système économique donné possède ces mécanismes de rappel. Seule l'expérience le montre. Au xix£ siècle, il semblait bien que l’ensemble des échanges était équilibré et que la série complète de ces mécanismes existait : l'économie mondiale était alors semblable à un organisme vivant pour lequel il existe un type normal de vie équilibré. Actuellement, au contraire, il ne semble pas que les modalités actuelles des échanges internationaux puissent amener à un équilibre. Leur sys- Lème est inviable : un équilibre général n’est peut-être pas possible.

3. Passons maintenant à une caractéristique essentielle de ces équilibres partiels : leur processus est, en gros, réversible comme celui d’un pendule. Si les prix ont monté, ils redescendront et tout reviendra dans l’ordre comme s’il n’y avait rien eu. Ils ne mettent pas en jeu de mouvement inflationniste.

Supposons donc que nous graduions l’état inflationniste,

comme la température, en degrés. A un état déterminé, par.

exemple celui qui existait en 1900, que nous appellerons 300, les prix pouvaient monter et le taux de change s’avilir, il n’y avait pas inflation parce que le mécanisme de rappel agissait d’une manière parfaitement réversible : la hausse des prix était réelle, mais comportait en elle tout le potentiel de retour à l'équilibre, de même que le mouvement d'un pendule l’écarte bien de la position

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