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à Dieu de m'appeler à mou tour? » Par sou testament, daté du 12 février 1336, il dounait sa bibliothèque au Polonais Jean de Laski, sous la condition qu'il paierait à son héritier deux cents florins ; il distrilmait à ses amis des legs et des souvenirs ; enfin l'argent qu'il laissait (et qui fut évalué à 7 000 ducats, sans compter une riche collection d'ol^jets précieux) devait être divisé en trois parts : l'une était donnée aux vieillards et aux malades, la seconde destinée à établir cpielques filles pauvres, la troisième réservée à aider dans leurs études des jeunes gens qui auraient fait concevoir des espérances de talent. La dernière lettre que nous rencontrons dans la correspondance d'Erasme porte la date du 28 juin 1336 '. Il y exprime le regret de n'être pas revenu dans le Brabant. Malgré les amitiés fidèles qu'il avait retrouvées à Bàle, il eût préféré, dit-il, finir sa vie autre part, à cause des divisions religieuses dont le spectacle l'attristait.
Les détails de la mort d'Érasme nous ont été transmis par les deux hommes qui l'assistèrent dans ses derniers jours, Beatus Rhenanus et Boniface Amerbach. Tout y est simple, sans affectation. Il se rencontra cependant des ennemis qui propagèrent le bruit qu'Erasme, n'ayant plus aucun intérêt humain à ménager, avait donné le dernier mot de sa conduite et voulu mourir en sceptique. Quelle preuve apportaient-ils? Erasme, quelques jours avant sa mort, avait dit à ses amis, qu'il voyait pleurer auprès de lui : « Vraiment vos larmes me feraient soupçonner que vous ne croyc^z pas à la résurrcM-lion des morts! » Et ce mot, qui nous parait à nous-même un affectueux reproche inspiré par une amitié délicate,
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suffit pour donner cours à une légende analogue à celle qui se formera plus tard, mais avec plus de vraisemblance, autour du lit de mort de Rabelais! Ce qui est vrai, c'est qu'Erasme blâmait les trop vives expressions d'une douleur qui ne lui paraissait convenir ni à des cbrétiens ni à des philosophes. Ainsi, quand il voyait réunis à ses côtés Amerltach, Froben et Nicolas Episcopius, il leur demandait en plaisantant s'ils venaient consoler Job, où étaient alors leurs vêtements déchirés et la cendre sur leurs tètes. Il est vrai encore qu'il reçut avec bonté plusieurs de ses anciens ennemis, entre autres Pellican et Henri Bullinger, le successeur de Zwingie '. Mais il faut toute la subtilité de la haine pour interpréter avec malveillance ces traits simples et touchants. Cet accueil fait à d'anciens adversaires ne peut-il être aussi bien l'effort d'une àme chrétienne qui veut déposer avant la mort tous les souvenirs amers amassés pendant la vie? Il est encore un détail dans la mort d'Erasme relevé, selon nous, avec trop d'insistance : c'est qu'il ne parait pas, d'après le récit de Rhenanus etd'Amerbach, avoir demandé les derniers secours de la religion catholique. Mais Erasme, il faut le remarquer, s'éteignait dans une ville où l'exercice du culte catiiolique était interdit, et que le clergé avait (piittée. Ne peut-on supposer (jue dans cette situation, craignant peut-être de voir ses dernières heures troublées par d'indiscrètes obsessions, il ait préféré mourir entouré d'amis fidèles et recueillis, se confiant dans la tonte-puissante miséricorde du Christ? Rhenaïuis en elfet assure qn'il ne cessa de
1. Pollican avait visilé Érasiiif dans la ]ii'oiiiiùrn iiioitii'' di! juin l.'i.ifi. I.;i ilcriiir-rc fiilrcvuc irErasmo avcr lîmiT o\ (laiiitmi avail eu lien au mois (le IV'vi'ici' 1(11 i\f mars <lc l:i mriiii> nmiri'. V. ('on-, (/rs rrf'., \. IV, I». 80.
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manifoster des sentiments d'entière résignation, qu'il répétait souvent : « Je ne désire pas vivre plus longtemps, s'il plait au Christ. » Il garda jusqu'à la fin la fermeté de son esprit et la netteté de sa raison. Dans son agonie, on l'entendait encore murmurer en latin : « 0 Jesu, fdi Dei, miserere mei! Misericordiam Domini et judicium cantabn ; » et en allemand :« Liever God! » Il expira dans la nuit du il au 12 juillet 1536 '.
Erasme mourait triste, mais sans regrets. Ses derniers regards ne rencontraient rien qui put le reposer de tous les spectacles qui l'avaient pendant sa longue vie affligé ou irrité. La confusion, la guerre, la haine étaient partout. L'annonce d'un prochain concile œcuménique n'avait éveillé chez lui ni espérance ni illusion. Il prédisait que les décrets de l'assemblée seraient de parti pris repoussés par les réformés % et, cette année même, les résolutions arrêtées dans le conventicule de Wittemberg, présidé par Luther, donnaient raison à ses pressentiments. Il avait vu les anabaptistes reprendre les armes, et combattre cette fois avec une organisation plus puissante, un esprit plus systématique qu'à l'époque de la guerre des paysans : malgré la prise de Munster (juin 1535), il ne croyait pas que le schisme fût vaincu, qu'il eût été dispersé aux vents avec les cendres de Jean de Leyde et de Knipper Doling ^ La rivalité de Charles- Ouint et de François P' continuait à troubler l'Europe :
1. f'.t'. sur la iiioi'l d'Érasme la lettre de Bouiface Anierbaeh. du 4 avril 1537, à Audré Alciat, pi^ofesseur à Pavie. Corr. des réf., t. IV. — Ou trouvera daus les Bulletins de l'Acad. roy. des sciences et belles- lettres de Bruxelles (t. XI, l^» partie, anuée 1842) uue notice de M. de Ram sur le séjour d'Érasme à Râle, et les derniers moments de cet homme célèbre (p. 462-475) L'auteur cite trois documents inédits qui ont trait à la mort d'Érasme, mais ne révèlent aucun fait nouveau.