‹ ErasmeChapitre 106 sur 247 · Ep. 128G · texte numérisé non relu

Ep. 128G

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ÉPlTAPflES SUR ÉRASME. 193

d'Erasme K Ces pièces si fréquentes au seizième siècle et appelées tombeaux n'étaient guère qu'un exercice d'école. Elles méritent à peine d'être rapidement parcourues. Tous à peu près, dans leur paganisme poétique, reprochent aux Parques leur cruauté, ou encore félicitent Erasme d'avoir échangé contre les délices des Champs-Elysées les misères de sa vie mortelle. L'un d'eux donne une médiocre idée de son goût et de sa sensibilité en prolongeant de singulières antithèses :

Vivit mortuus; audit, aurium cxpers, Cernit non oculis quibus solebat Munduni cerncrc sordibus repletum,...

L'éloge qui revient aussi le plus fréquemment, c'est qu'Erasme a chassé les barbares de la république des lettres. Les plus hardis risipient la métaphore des écuries d'Augias :

Augiacum niagno sta])ulum siidore repurgas.

L'admiration souvent maladroite de ces panégyristes transfigure si bien Erasme qu'elle le défigure. L'un fait briller sur son front la majesté d'un héros, et il veut que Virgile ait dit d'Erasme et non d'Enée :

Os humerosqup I)eo similis...

La mort d'Érasme n'avait pas cependant imposé silence à toutes les haines. Le jour même de ses funérailles, un ennemi avait écrit ces mots sur la porte <le l'Eglise : « Animam Erasrin (I/'ris tnanihus crucîari ; »

\. Cl(''nient Mnrot, alor? à Lymi. fil niir^^i sur Érni^mo uni' ('])ila]ili(\ V. t. III. ji. 2(14 (lo Irilit,,!.' ITitl.

d'autres composèrent des épitaplies satiriques, et Ton colporta ce méchant distique :

Hic jacet Erasmus qui qiioudam bonus erat mus ; Rodere qui solitus, roditur a vermibus '.

Cependant, en 1541, l'Académie de Bàle voulut faire justice des attac|ues portées contre Erasme et prendre le patronage officiel de sa mémoire. Il s'agissait particulièrement de répondre à un pamphlet signé du nom de PInlalethes, sous lec|uel Bayle n'est pas éloigné de deviner Ilortensio Lando ^ L'auteur, dans cette satire déguisée, prétendait défendre Erasme contre ses eriti({ues; mais il avait soin de se laisser convaincre sur chaque point par son interlocuteur. Jean Herold fut chargé de venger Erasme, et dans une assemblée solennelle de l'Académie, le 5 août 1541, en présence de Rodolphe Frey, Fridolin Reyff, Henri Rhyener et Boniface Amerbach, il déclama contre ce PJnlaletlies qu'il appelle naturellement Philopseudes. Mais il n'y a rien à recueillir de cette singulière et emphatique apologie, dans laquelle Erasme est mis lui-même en scène, racontant d'un air de simplicité par trop naïve sa vie toujours édifiante.

Rotterdam, de son côté, ne voulut pas, en abandonnant à Bàle le soin exclusif de veiller sur la mémoire d'Erasme, paraître dédaigner ses propres droits ou les laisser atteindre par une sorte de prescription ■'. En

\. Ouaud on dciiiancliiil. à riiiitrur. l'ai-mitt» M/'iiago, (|iii d'ailleurs uo le noiiane jtas, ijourquoi il avait tait brève la iireuiière syllabe de rermifjits : « C'est, répouilait-il, que dans le inviiiier vers j'ai fait lonjiue la première syllabe de bonus. » Mnniujinnd. I. III. p. :î7l.

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