V. Hayle, art. Lrinda, rcui. A
3. C'est Bâle cepeniiaiil ipii conserve dans sa bibliotliùque piibli([Me
1545, la ville lui éleva sur la place du marché une statue de bois. « Sébastien Munster, au rapport du chanoine Joly, raconte en sa Cosmographie que Philippe, roi d'Espagne, allant au mois de septembre 15 i5 à Rotterdam, cette statue fut érigée pour honorer sa joyeuse advenue, et qu'on mit à la main d']']rasme un poëme en son honneur pour lui présenter, et qu'ensuite le roi, Marie, reine de Hongrie, et tous les princes qui les accompagnaient, étant échauffés de l'amour qu'ils avaient pour la mémoire d'un si grand personnage, allèrent visiter avec respect la maison et la chambre où il était né '. » Cependant la statue d'Erasme devait avoir, elle aussi, ses jours de faveur et de disgrâce. En 1557, elle avait été remplacée par une statue de pierre, que les Espagnols renversèrent en 1572. Les magistrats firent faire, en 1622, celle de bronze, que l'on voit aujourd'hui, et qui passe pour l'un des meilleurs ouvrages de Henri de Keiser. Erasme est revêtu du costume ecclésiastic[ue et tient de la main droite un livre c[ui semble captiver son attention. La figure est en même temps prudente et railleuse, spirituelle et douce; les saillies du visage et les plis moqueurs des lèvres peuvent un instant faire penser à Voltaire ; mais ce n'est que l'illusion d'une vue rapide : les traits sont amaigris par l'étude plutôt que creusés par l'habitude du sarcasme, et la bienveillance en adoucit l'ironie. En 1672 la populace de Rotterdam, s'étant soulevée, jeta à bas cette statue, sous prétexte qu'on lui rendait des honneurs
le testament d'Érasme écrit de sa propre main, avec sou anneau, son cachet, son couteau et son pinceau. f)u y voit aussi le portrait d'Érasme par Holheiu.
1. Voi/figc (le Iliilldndp. par .M. .Inly, chaiidino di' Paris. ;"i la suite du T'oyc/yc fnit à Mumtrr M'aris, H170, iu-l2, ]). 14GL
196 VIE DÉHASME.
défendus : on délibéra do la fondre. Bàle s'empressa àv. donner à ses correspondants commission de Tacheter à quelque prix que ce fût. Les habitants de Rotterdam comprirent la leçon qui leur était donnée. C'est pour h* voyageur un contraste piquant que de rencontrer aujourd'hui, dans l'activité de cette riche cité, au milieu de la foule cosmopolite qui remplit ses rues, pressée et ardente aux intérêts positifs, ce visage opiniâtrement attaché sur un livre et que le bourdonnement de la ruche ne parvient pas à distraire de ses pensées.
D'ailleurs, l'œuvre magistrale de Henri de Keiser n'est elle-même que la traduction énergique et fidèle du célèbre portrait peint par Holbein ^ Do son côté Boatus Rhenanus a tracé à la plume une esquisse précieuse qui, sans contredire les inductions que l'on peut tirer do la toile d'Holbein, nous remet devant les yeux un Erasme plus jeune, plus souriant, accompagné de cet air de bienvenue qui fait dire à Rhenanus : « Il était vraiment en tout 'Epaatxtoç, c'est-à-dire aimable. » Sa taille est moyenne, mais ne manque ni do proportion ni d'élégance ; son teint pâle révèle la faiblesse de sa santé ; ses cheveux blonds et sa peau blanche témoignent de son origine germani(pio ; la coulovu' perse de ses yeux doniuî à son regard ([uolquo timidité indécise; le visage est gai avec une certaine gra\ il('' lionnêto (|ui convient à un conseiller de l'empire, à un liiéologien, à un prêtre ; les lèvres fortes, mais rieuses et peu serrées, font deviner son penchant à la raillerie.
Il faudra suspendre en face do ros(piisso do Roatus
1. Érnsnif (laii> ses lollri'S moiiUnniio aussi deux poilia ts (lut^ fil, do lui Alljoii Durer : le prcmior à Bruxelles, en 1:»2;) (Ep. 727) ; lo soeond en 11)28 (Ej». Sil.')) ; mais il ne se montre pas satisl'ail de la ressemblance : ' l'ilixit Mie Dureins. sed iiiliii siiiiile. >■
LE POUTliAlT D'IlDLlîKIN. 107
Rhenaiius le portrait d'Holbeiii, plus dur dans sou dessin, et qui est visiblement d'une époque où le travail, la maladie et les luttes de la vie avaient déjà creusé sur le visage d'Erasme des rides précoces. Lavater, qui avait devant lui cinq tètes d'l']rasme, copiées du portrait d'IIolbein, a curieusement étudié cette expressive physionomie, et, dans une page rarement citée, il a donné en ces termes les résultats de son attentive observation : « La figure d'Erasme est l'une de celles que je connaisse dont les traits sont le plus caractérisés. Ouoique ces figures soient difî"érentes, elles ont cependant entre elles cela de commun qu'elles trahissent quelque chose de timide, de craintif et de réservé ; la bouche exprime l'ironie, et le regard la liberté. » Lavater dit ensuite sur les deux portraits les plus semblables : « Tous deux ont la même expression de diversité de pensée.. Nulle part un trait de cette hardiesse qui renverse tout et franchit tous les obstacles. Dans l'œil, la sérénité calme d'un fin observateur replié sur lui-même. Cet œil à moitié fermé, ainsi fendu et de cette profondeur, est certainement l'œil d'un homme prudent et avisé. Le nez est, d'après mes observations, celui d'un homme qui pense finement et sent délicatement. La bouche gracieusement fermée, le menton large et cependant ni plat, ni flasque, ni charnu, la variété des traits de tout le visage s'accordent parfaitement avec le reste et expriment la réflexion jointe à une douce activité. Les plis du front sont d'ailleurs en général peu avantageux dans une figure ; ils sont presque toujours un signe de faiblesse, d'abandon et de laisser-aller; cependant nous apprenons d'api'és ce portrait qu'on b-s trouve aussi chez de gminls p«^rs()niiitges '. »