‹ ErasmeChapitre 108 sur 247 · Citi'; par .Millier. Lchcii i/c-s Er/isj/ius, p · texte numérisé non relu

Citi'; par .Millier. Lchcii i/c-s Er/isj/ius, p

Tout en faisant nos réserves sur des conclusions auxquelles l'esprit systématiijue de Lavater donne peutêtre trop de rigueur, le portrait physique d'Erasme fait déjà pressentir assez son portrait moral ; et bien qu'un éminent critique nous avertisse du danger de l'entreprise, on aimerait à en essayer un rapide dessin, avant de quitter l'homme pour l'écrivain.

Ce qu'il faut craindre avant tout, c'est de chercher à donner au caractère d'Erasme une unité qu'il u'a pas. Il serait ambitieux de dire qu'il dépasse toutes les formules ; mais il y échappe. On ne doit ni efï'acer ni adoucir les contradictions qui sont peut-être l'embarras du peintre, mais aussi la vérité de la peinture. Le spectacle de sa vie ; en effet, nous l'a montré presque en même temps hardi dans ses paroles, timide dans sa conduite ; prompt à se livrer et tout à coup circonspect, avouant (( qu'il n'a pas le désir de défendre la vérité au péril de sa vie ; » habile à déconcerter par des retraites rapides ; tour à tour exhalant des plaintes que nous croyons sincères sur cette paix qu'il aime et c|ui le fuit toujours, et, comme s'il ne pouvait la supporter longtemps sans impatience, la sacrifiant à plaisir par de subits retours ojBFensifs etdes satires agressives qu'il ne sait retenir; en usant avec la foi plus librement ({u'il ne convient à un catholiqu(^, et tout ensemble protestant de sa soumission absolue envers le dogme et l'Eglise ; disputant à la Réforme les armes qu'il lui a données ; critiquant avec irrévérence et amertume la cour romaine et les rois, plein de respect et de déférence dans ses rapports avec les grands.

Où cherdier la cause (h> ces contradictions qui seraient moins saillanh's, si elles ('laieiil plus calculées? sans (|(Mile dans les eoiidilions el le milieu on n.Kjnii et

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vécut Erasme. Tout, en effet, sembla se réunir pour le froisser et comme le blesser, physiquement et moralement. Né timide et maladif, sous un climat trop rude pour sa constitution df'dicate et toujours frissonnante, privé de ses parents dès ses premières années, dépouillé de son patrimoine, jeté par ruse et par violence dans le genre de vie le plus contraire à ses goûts, et forcé de porter jusqu'à la fin le poids de cette concession arrachée à sa jeunesse, il avait assez souffert de la société pour en garder quelque ressentiment amer ; mais il en avait encore trop besoin pour ne pas apprendre à la ménager, et même à acheter au prix de certains sacrifices la sécurité de sa vie et la lil>erté de son travail. De là dans son caractère ces oppositions qui se combattent, ces écarts suivis de repentirs, ces- entraînements d'indépendance bientôt corrigés et amortis par un air de prudence soumise.

Mais s'il est dans le caractère d'Erasme certaines parties qui semblent comme légèrement atteintes par le contact des hommes et des choses, il en est d'autres qui méritent bien de retenir notre sympathie. Nous le croirons quand il nous dira : « Personne n'a plus aimé Famitié, personne n'y est resté plus fidèle que moi '. » C'est déjà le mot de Montesquieu : « amoureux de l'amitié. » Elle fut après l'étude sa passion la plus vraie. Aussi avouait-il que, trompé bien des fois, il ne laissait pas malgré tout de revenir à cette confiance absolue dont plusieurs abusèrent par légèreté ou méchanceté. " Que de fois, écrivait-il un jour, nous avons, pendant le repas, donné ri'.mpire au pape Jules, et la couroniu* pontificale à l'empereur Maximilien ! Ensuite nous

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