‹ ErasmeChapitre 109 sur 247 · UU VIK UEUAS.ME · texte numérisé non relu

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avons marié des couvents de moines à des couvents de nonnes. Nous avons levé des armées de moines poulies faire marcher contre les Turcs. Nous en avons envoyé des colonies dans les îles nouvelles. Nous changions en un mot la face du monde. Mais ces sénatusconsultes n'étaient pas écrits sur des tables d'airain , mais, comme on dit, sur le vin, et, les verres enlevés, personne ne se souvenait de ce que chacun avait dit '.» Ce petit tableau, esquissé avec verve et gaieté, n'a-t-il pas un caractère de vérité intime ? C'est bien là, il nous semble, Erasme surpris dans sa plus naturelle expression, quand le soir, la porte et les volets soigneusement fermés, entouré d'amis sûrs, au feu pétillant d'un bois qu'il ne ménage pas, il laisse librement courir son esprit et ses paroles, se livrant sans réserve, et rachetant comme par une légère ivresse qu'il se donne à lui-même le maintien un peu défiant qu'il a gardé pendant le jour. Ceux mêmes qui l'avaient trahi, après avoir été ses amis, gardaient encore une place dans sa mémoire, et il nous apprend qu'il pria pour Ilutten, après sa mort ".

Ses ouvrages attestent d'ailleurs assez chez lui la chaleur comme la persévérance de*ce sentiment. Il se plaît à rapporter à ses amis l'honneur des meilleures inspirations de son esprit. Aussi, malgré tous les adversaires dont les haines obstinées ont tenu tant de place dans l'histoire de sa vie, malgré l'attitude incertaine, embarrassée, qu'il garda en dehors des partis, Erasme ne se ]»résente piis à nous isolé et chagrin. Auloiirib' lui vient se grouper ce jM'Iil ii(>iiil)re do vrais amis, donllesnoms

1. Spo/if/ifi ar/r. llnUfiinm. — Uiillliapiir lliiluiiricr disait : « Libi-ro loqnitiir Krasiniiri, sed an^'usLe snibit. » 1. Ciihil.

se lisent presque à chaque page de ses ouvrages, esprits curieux et délicats qui personnitient le mouvement delà Renaissance. Nous aimerons à le replacer dans l'histoire à côté de Thomas Morus, deFisher, de Froben, de Pirckeimer, de Vives, de Beatus Rhenanus, de Budé même, malgré (juelques nuages passagers. Le patron ofhciel de ce groupe distingué sera, si l'on veut, Warliam, l'archevêque de Cantorbéry. Erasme lui-même semble l'indiquer par le soin vraiment touchant qu'il a pris de sa mémoire, tant il aime à répéter que s'il a valu quelque chose, c'est à lui surtout qu'il le doit. « Si un tel Mécène, écrit-il dans une note du Nouveau Testament^ s'était présenté à moi dans mes premières années, j'aurais pu faire quelque progrès dans les bonnes lettres. Mais je suis né dans un siècle malheureux. La barbarie régnait en souveraine, surtout chez mes concitoyens. C'était un crime de toucher aux bonnes lettres dans un pays qui honorait moins les Muses que Cérès et Bacchus. Que pouvais-je faire, moi qui étais né avec un médiocre génie ? Le célèbre Henri de Bergen, évêque de Cambrai, mon premier Mécène, me fut ravi par la mort. Les affaires publiques et le tumulte des guerres me disputèrent Guillaume Mountjoy, bien qu'à vrai dire je lui aie manqué plus qu'il ne me manqua à moi-même. Ce fut par lui qu'il m'arriva l'heureuse fortune de connaître l'archevêque de Cantorbéry ; mais mon âge était déjà avancé, j'approchais de ma quarantième année. Et cependant, excité par sa bienveillance, je repris pour l'étude jeunesse et vigueur, et je lui dus ce que ne m'avait donné ni la nature ni ma patrie '. »

I. Sur. T'\/ii///., |i. :{o:i. — Cf. l'Ecc/csiaatv, la dédicace du Nuuvcuu TcnUniiciil. à Li'iin X, etc.

Malgré cet accent sincère et ce ton plein de dignité, qui n'est pas rare chez Erasme, il fut souvent accusé d'avoir été le flatteur des princes. Ce reproche est injuste, et pour défendre Érasme, nous n'avons même pas besoin d'invoquer le vers du plus fin des courtisans :

Priricipibus placuisse viris non iiltima laus est.

C'est se montrer, en effet, bien sévère pour certains hommages officiels qui sont comme la redevance obligée des lettres envers le pouvoir qui les protège. Ces louanges sont-elles autre chose qu'une monnaie courante et banale dont le taux de convention ne saurait tromper personne ? Érasme ne demanda jamais à la faveur des grands cpe de pouvoir échapper à ces préoccupations de vie matérielle qui sont une servitude pour l'esprit. Voltaire en 1733 écrivait à Thiriot : « Me voici dans une cour sans être courtisan. J'espère vivre comme les souris d'une maison, qui ne laissent pas de vivre gaiement sans jamais connaître le maître ni la famille'.» Érasme, lui. était plus déliant que Voltaire, et il disait avec esprit que les gens de lettres étaient comme les tapisseries de Flandre à grands personnages qui ne font leur effet que lorsqu'elles sont vues de loin. Tant de fois sollicité par les rois et les princes, il se dérobait à leurs avances avec autant de politesse que de réelle fermeté, et ainsi, sans compromettre ni sa dignité ni ses intérêts, il gardait sa lilxMlé et ses pensions. Ce n'est pas d'ailleurs qu'il ne sût mêler à ses éloges de généreux avis. Constùlhu- de l'Empire, il ne félicitait pas l'empereur d'Allemagne de ses vi»l(»ires sur la France; il n'eût pas, inêinc Allfiiiainl. (•('•Icltr»'' Kosbacli.

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