DE LA THÉOLOGIE SCOLASTIQUE
pas prendre parti dans la lutte des nominaux et des réalistes. Car le nominalisme, qu'il s'en rendît compte ou non, en réduisant les universaux à de purs noms, en allant jusqu'à ne plus reconnaître aucun fondement aux notions de genre et d'espèce, ruinait le dogme chrétien, « Si tout genre n"est qu'un mot, il s'ensuit qu'il n'y a de réalité que dans les individus ; alors beaucoup d'unités peuvent paraître de simples abstractions, entre autres, l'Unité par excellence, l'Unité qui fait le fond de la Très-Sainte-ïrinité : il n'y a plus de réel que les trois personnes, et la Trinité elle-même n'est qu'une unité nominale, un simple signe représentant le rapport des trois ' . » Ainsi, sur le point le plus grave que la scolastique ait débattu, la philosophie et la théologie se retrouvaient nécessairement en présence ; et encore la théologie était fondée à se croire investie d'un privilège de surveillance et de suzeraineté qui lui donnait le droit et le devoir de ramener dans le cercle du dogme la philosophie, toujours portée à des écarts involontaires ou réfléchis.
Une autre cause tendait encore à effacer la limite si incertaine déjà qui séparait laphilosophie de la théologie. Quand la théologie, en effet, eut définitivement adopté la méthode aristotélicienne dans l'enseignement et la défense des vérités de la foi, elle ne prit pas seulement à Aristote la forme extérieure de ses procédés logiques, elle subit l'influence plus ou moins profonde de ses idées philosophiques elles-mêmes. Sans doute en principe les théologiens n'abandonnaient pas la célèbre proposition empruntée à Isaïe : « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas ^ ; » mais la plupart d'entre
1. Histoire (le In pfdloxopliie, |iar M. (lousiii. IX<' li^i^oa.