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eux, les mystiques exceptés , étaient trop dominés par les habitudes de leur esprit, formé et nourri à l'école d'Aristote, pour ne pas incliner sans cesse vers une sorte de théologie rationnelle qui' n'était plus la pure théologie, sans être encore la tliéodicée. C'était là cette alliance profane que blâmait si sévèrement Mélanchthon, quand il disait « qu'il voulait avant tout purger la théologie de ce grossier mélange des Ethiques d'Aristote et de l'Évangile, où l'on ne saurait dire qui était Dieu, Aristote ou Jésus. »
On comprend ainsi pourquoi la philosophie et la théologie scolastique ne pouvaient avoir au moyen âge des destinées vraiment distinctes, pourquoi le temps de leur grandeur et celui de leur décadence devaient présenter les mêmes caractères. Il faut ajouter que, le grand siècle de la scolastique une fois passé, quand le nominalisme triomphant d'Occam eut réduit la philosophie à une sorte de grammaire de la pensée humaine, la théologie entra la première dans une voie de dépérissement et de décomposition. La théologie chrétienne en effet, qui avait des affinités bien plus réelles avec le platonisme, ne s'était pas asservie à la discipline d'Aristote sans contrarier sur plusieurs points sa nature. Si à cette sévère école elle avait gagné en précision et en rigueur logique; si, par la finesse de l'analyse, la sûreté des déductions, la puissance de la synthèse, elle avait créé d'admirables monuments; elle avait trop souvent dédaigné ce qui est aussi une partie importante de l'apologétique chrétienne, l'éloquence, (|ui toudie, «jui émeut, et qui attendrit la raison [)Our la préparer à la foi. Au.ssi, dans le quatorzième et le quinzième siècle, quand s'accusa plus vivement ce qui de tout temps avait été le vice de la méthode scolastique, c'est-à-dire
l'abus des formes de la science dans un ordre de spéculations qui diffère de la science par des caractères essentiels, la théologie eut une décadence plus rapide. Les grands travaux des théologiens du treizième siècle s'abrègent alors en des résumés desséchants, ou se surchargent de commentaires qui écrasent la mémoire, sans profit pour Tesprit. L'abus des formes abstraites amène une terminologie singulière, d'un aspect barbare, qui élève entre la science sacrée et le peuple une trop haute barrière pour que celui-ci soit seulement tenté de la franchir, et l'hérésie trouvera ainsi des âmes sans défense contre ses sophismes. Condamnée à l'exercice exclusif de la logique, impuissante à rechercher les harmonies supérieures de la foi dans l'observation directe de l'homme et de Dieu, la théologie paraissait ne plus tourner que dans un même cercle qui allait toujours se rétrécissant, et, livrée aux curiosités spéculatives et raflinées, elle « languissait autour des questions et des combats de mots ^ » Il faudra la secousse de la Réforme et la vue d'un danger immédiat pour ramener la théologie à une plus juste appréciation de l'état des esprits et de ses propres devoirs, et c'est en élargissant la méthode scolastiquc, sans rien abandonner de ses avantages, c|u'au seizième et au dix-septième siècle les Cajétan, les Soto, les Suarez, lesArriaga, les Isambert. rendront à la théologie catholique sa vie et son activité.
Ce fut précisément à cette époque de décadence de la théologie et do la philosophie scolastique que reparut le génie de l'antiquité, exilé de Constantinoplo, recueilli par l'Italie et de là transmis à l'Europe. Le contraste