LA PREDICATION AU XVI« SIÈCLE
ne pas consulter pour l'histoire do la chaire chrétienne au seizième siècle, s'est visiblement ressenti de la fatigue où se trouvait Erasme, quand il l'acheva péniblement quelques mois avant sa mort. Il y a des longueurs et de fréquentes répétitions : c'est un vaste répertoire de faits curieux et de judicieux conseils, plutôt qu'une œuvre bien composée et qui laisse à l'esprit une impression d'unité, en le ramenant vers un petit nombre d'idées générales.
L'ouvrage est divisé en quatre livres. Le premier traite de la dignité du prédicateur évangélique et des vertus qui lui sont nécessaires. Dans le second et le troisième, Erasme trace un plan complet de rhétorique chrétienne. Le quatrième enfin n'est guère qu'un index des sentences et des passages de TEcriture auxquels le prédicateur doit demander ses principales inspirations.
Nous ne pourrions considérer l'ouvrage d'Erasme dans son ensemble sans sortir des limites du sujet qui nous occupe. Erasme n'est pas seulement ici l'adversaire de la théologie scolastique, et le procès qu'il fait à la prédication est avant tout un procès moral. Dans un temps où trop souvent l'on entrait dans les ordres pour devenir comte ou duc, recevoir de gros revenus, marcher entouré d'une brillante escorte de cavaliers, entasser abbayes et évèchés, en donnant pour raison l'ardeur d'une charité qui voulait se dévouer à un plus grand nombre ; à une époque où l'on voyait aussi certains prêtres se faire les parasites des grands, présenter tète nue l'eau aux convives, servir tout le temps du repas, une serviette jetée sur les épaules, dresser pour leurs maîtres des faucons ou des chiens de chasse, que pouvait être l'éloipu'uce chrétienne, (piand la dignité
apostolique, où elle doit prendre sa source, était ainsi profanée et flétrie?
Mais si la théologie scolastique ne semblait pas directement en cause, elle ne pouvait non plus se dérober à tout reproche. Rien, il faut l'avouer, n'était plus stérile que son enseignement pour faire naître ou développer l'éloquence. Ce qui fait le prédicateur, c'est avant tout la science du cœur humain. La scolastique ne la connaissait pas. L'observation morale, l'analyse de nos passions, l'art de pénétrer les mobiles de nos actions et de poursuivre dans ses détours les ruses de la vanité et de l'égoïsme, tout cela tenait peu de place dans la théologie scolastique, où la logique régnait exclusivement. Que pouvait-elle d'ailleurs pour cette autre partie de l'éloquence, si approfondie par les anciens, l'expression de la pensée ? Aussi qu'arrivait-il le plus souvent? Le prédicateur, obligé pour retenir les fidèles et s'en faire écouter de laisser au bas de la chaire les subtilités spéculatives de lécole, abaissait volontairement la parole chrélienne à des trivialités qui blessaient le goût et quelquefois la morale. Sur ce point et malgré ses préventions qui peuvent inspirer quelque défiance, Erasme est un témoin à consulter.
Ainsi, au commencement du seizième siècle, par un mélange incohérent et ])izarre, la prédication portail tout à la fois l'empreinte de la scolastique, à laquelle elle n'avait])U entièrement échap[)(;r, et de l'antiquité païenne, dont elhi s'était é[)rise : ajoutez ce goût de rexccntricpie, cette tradition de familiarité réaliste qu'elh^ tenait des orateurs populaires du moyen àg(\ La division d'un sermon du temps donne une assez juste idée de ce singulier mélange d'éléments si contraires. « En premier lien, disait un pri'dic aleiir, je nous exposerai une para-