LA PRÉDICATION AU XV1« SIÈCLE
bole de l'Evangile ; en second lieu, je vous proposerai une question théologique; en troisième, je raconterai l'histoire de saint Christophore, et je terminerai par une histoire morale empruntée aux Romains. » D'autres cherchaient à frapper les yeux bien plus qu'à toucher les cœurs. Faisaient-ils parler une femme, ils imitaient les inflexions de sa voix, ils balbutiaient comme l'enfant ou le vieillard, ils contrefaisaient jusqu'au geste et au ton de l'ivresse K Un prédicateur, représentant le Christ qui portait sa croix, courbait le dos, et commandait à l'assemblée de crier : Crudfigel cruciflçiel La religion se matérialisait. On ne pouvait nommer le diable sans peindre ses yeux enflammés, ses griffes crochues, ses dents de sanglier. Un moine tirait subitement de sa[robe un crcuifix couvert de sang, qu'il agitait sur l'assemblée. Un autre monte en chaire la corde au cou : il la serre, donne de la stupeur à son regard, tire la langue, et en même temps découvrant sa poitrine qu'il meurtrit de coups, il crie d'une voix étouffée : « Miséricorde^ Seigneur , miséricorde ! » On se laissait aller aux plus étranges imaginations ; on savait dans le détail ce que le Christ descendu aux enfers avait dit ou fait. Beaucoup cherchaient encore dans l'allusion contemporaine ou dans la peinture des ridicules do l'époque un succès facile et bruyant. C'étaient de continuelles sorties contre les plumes, les larges sandales, les longs éperons dont on garnissait les souliers, les corsets en forme de tuyaux comparés « à des chalumeaux dans lesquels soufflait le diable, » les robes à queue qu'à l'exemple des gnindes dames les bourgeoises laissaient traîner et sur lesquidles, disait l'orateur, le diable éUiit à cheval. De tels prédi-