TRAVAUX SUR LES PÈRES
décerne le titre de « Démosthène chrétien, » et parlant des textes de l'Ecriture que saint Basile mêle à ses discours, il dit ce mot que l'on a plus tard et très-heureusement appliquée Bossuet : « Ce sont des diamants qui y semhlent nés d'eux-mêmes plutôt qu'il ne paraissent cousus sur de la pourpre ^» Erasme n'en donna pas moins une attention très-soutenue à l'édition de saint Jean Chrysostome qui parut en lo30 chez Froben, et pour laquelle il eut Germain de Brice et Simon Giynée comme collaborateurs ".
Malgré le nombre considéraljle de ses trayaux sur les Pères de l'Eglise, et dont la liste détaillée appartient à sa biographie, Erasme a rarement trouyé grâce auprès des éditeurs catholiques duXVP et duXVIP siècle ^ Les moins irritables le renvoient ayec dédain aux lettres humaines. Quelques-uns ont contre lui des paroles yraiment dures. Ainsi le cardinal du Perron : « Erasme, (lit-il, s'est montré en presque toutes ses observations le plus impertinent auteur qui ait jamais^ mis la main sur les^ Pères; » et plus loin, à propos d'un ouvrage qu'Erasme hésite à attribuer à saint Jean Chrysostome : « Qui ne lui crachera au visage^ s'écrie le cardinal, une des plus excellentes pièces de saint Chrysostome, etc. * » Il est certain que dans ses éditions d'auteurs sacrés et profanes, Erasme ne se défend pas d'une certaine pré-
l.Ep. 121:;. —2. Ep. 1150.
3. V. par exemple rOrigèue de Pierre Daniel nuot, l.o68; rédition de saiut Jérôme (Paris, 1643) de Marianus Victorius Martin, etc. — L'ensemble des travaux d'Érasme sur les Pères est bien présenté par M. Durand da Laur au tome ii, cb. v. de son livre : Evnsme précvr^in net initinteur (Je l'esprit moderne.
4. Réplique à In répoji'e du sàrénissime roi de In Grande-Bretagne, par riU. et Rév. cardinal du Perron, arcb. de Sens, p. 662.
cipitation qui rend ses erreurs assez fréquentes. Il s'accuse lui-même d'èlre comme travaillé d'une impatience de publicité, qui redouble à mesure que l'œuvre approche de sa fin, quand de la haute mer, dit-il, il commence à entrevoir le port. Le texte pourrait être mieux étudié, plus sûrement établi. L'engouement d'Erasme pour un manuscrit nouveau lui fait négliger des manuscrits d'une autorité supérieure ; il prononce trop légèrement sur l'authenticité d'un ouvrage par la couleur de son style, et voit un peu partout des gens « qui ont cousu leurs loques à la pourpre de ces grands hommes, et falsifié leur vin avec leur piquette ; » enfin, dans les passages obscurs ou d'une prise difficile, la patience l'abandonne, et il se jette bientôt dans des conjectures ou même des corrections de texte dont la hai-diesse offenserait certainement la critique moderne. Erasme, ce semble, n'avait pas le tempérament du vrai éditeur. Celui-ci, né pour ce rôle secondaire, mais essentiel, reste toujours quelque peu l'homme d'un seul livre ; il finit par se croire le maître du lieu, en tout cas, le plus digne d'en faire les honneurs, et, comme ces serviteurs vieillis dans la maison, il dirait volontiers nous en parlant du grand écrivain et de lui-même. Une pente facile à l'intolérance et à l'irritation, c'est là peut-être le défaut qu'il n'évite pas toujours; mais aussi quelle piété dans le culte ! quelle attention à défendre l'intégrité du texte , cà réunir tout ce qui peut honorer celui dont il s'est constitué le servant fidèle! l-^rasmc le dit lui-même : il n'avait pas des amours exclusives, il n'était pas de ces esprits (|ui se livrent à un seul, s'y attachent et en épuisent l'élude. Ceci accordé, il ne faut pas oublier (pie si la critique a dépassé ces premiers travaux, c'est cil cil |)r(.lil;iiit, cl ,|ii.' les fautes d'Iu-asme, tnq) souvent