‹ ErasmeChapitre 124 sur 247 · TRADUCTIONS DES LIVUES SAINTS · texte numérisé non relu

TRADUCTIONS DES LIVUES SAINTS

relevées avec une amère sévérité, étaient bien compensées par les réels services qu'il rendait aux lettres sacrées.

n serait moins facile sans doute de dissiper les trop justes défiances de l'esprit chrétien, cp'Érasme, il faut l'avouer, semble prendre plaisir à inquiéter, à effrayer même dans ses commentaires et ses notes. Mais ce sera dans l'édition gréco-latine du Nouveau Testament que nous étudierons mieux encore le caractère de l'exégèse d'Erasme. L'insistance de tous ses adversaires à porter leurs attaques de ce côté nous avertirait au besoin de l'importance de cet ouvrage.

L'entreprise même d'Erasme devait déjà soulever de violentes réclamations. Les scolastiques, préjugeant la décision du concile de Trente, ne reconnaissaient que le texte de la Vulgate, généralement attribué à saint Jérôme. Ils condamnaient d'avance toute autre version qui s'écartait de celle-là, même sur des points sans gravité. Ils prévoyaient que si le texte sacré venait à être librement débattu par les savants, si ensuite il était traduit en langue vulgaire, l'unité de la doctrine ne tarderait pas à en souffrir. De là cette opposition opiniâtre tout à la fois contre la renaissance des études grecques, dont la plus prochaine conséquence était l'examen de la Vulf/ate rapprochée des éditions grecques, et contre les traductions des livres sacrés en langue latine ou vulgaire '\ Cette

1 .Frédério Furiiis, né dans le royaume de Valence, eut sur cette question mi'me à Louvain "une controverse curieuse avec un docteur de cette Université, Jean de Bononia, Sicilien, depuis chapelain de Charles- Quint. Il a rendu compte de cette controverse dans l'ouvrage intitulé : BononUi, sive de lihris sacris in vernacnlam lingunni co7iverte?i'lis lihri duo (Bâle, lo5G). Le premier livre contient les arguments de Bononia ; le second, les siens propres.

crainte n'était pas toute chimérique. La Réforme, la révolte des paysans, et plus tard en France les guerres de religion montrèrent assez ce que peut devenir la parole du Christ, livrée à l'interprétation individuelle et aux passions de la multitude. Mais les scolastiques se faisaient tort par leurs exagérations, et irritaient par un air d'autorité tyrannique. On comprend qu'un esprit aussi indépendant que celui d'Erasme dût se refuser à leur reconnaître le droit de parler pour l'Eglise, et il en donnait la raison. (( Autrefois, écrivait-il, le grandprètre seul entrait dans le saint des saints. Mais quand à la mort du Christ le voile du temple se fut déchiré, tous eurent accès jusqu'à la personne même du Christ, qui est vraiment le saint des saints et le sanctilicatcur de tous '. » C'était dire aux scolastiques qu'ils n'avaient pas le droit de cacher au peuple, sous les voiles d'une langue savante, la doctrine du Christ. Érasme sait les dangers que l'on redoute; mais « l'aheille, répond-il, ne se défend pas d'approcher des fleurs, parce que l'araignée vient aussi y sucer ses poisons -. » Aussi encourage-t-il les traductions en langue vulgaire qui en effet se multiplient rapidement dans la première moitié du XVP siècle, et, ne pouvant lui-même entrer dans cette voie, il vient proposer à l'Europe savante une version qu'il dit plus fidèle que la Vidgate, qu'il a corrigée sur l(!s plus anciennes éditions grecques et débarrassée des

1. s. MnlJi. jirrfacG. — Sur les éditions dont Érasme s'est servi pour la Iraducliou du Nouv. Test., v. la HihUoth. Grxc, de Fabricias (12 V. in 4" Hamb., 1791-181)9). 1. iv. •. vu.

2. De mAmc Descartes : u Semblalilcs aux abeilles et aux araignées qui travaillent sur les fleurs, les lecteurs, suivant la diversité de leur génie, ne cueillent sur les livres, les uns que le miel et les autres que le venin. » Lclt. cxviii.

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