‹ ErasmeChapitre 125 sur 247 · NOUVEAU TESTAMENT GREC-LATIN · texte numérisé non relu

NOUVEAU TESTAMENT GREC-LATIN

solécismes et locutions vicieuses « qui ne peuvent en aucune manière honorer Dieu. »

Mais Erasme ne veut pas compromettre sa cause en la poussant à l'extrême. Quoiqu'il tienne avec fermeté pour la liberté que chacun a de traduire et de commenter l'Écriture, il ne laisse pas de protester de son respect pour la Vulgatc^ et de déclarer qu'il n'a aucun désir de voir son texte remplacer celui que l'Eglise avait consacré. Il ne se donne que pour un érudit curieux de réunir les diverses leçons qu'il /i rencontrées dans de vieux manuscrits. «Je m'acquitte, dit-il plusieurs fois, des devoirs d'un scoliaste; c[ue le lecteur juge. » Il n'est qu'un grammairien, si l'on veut, qui à l'occasion donne un tour plus classic[ue à une phrase embarrassée, corrige une expression douteuse; traduit 't^o-^oc, par sermo au lieu <le verbimi, ce qui ne peut blesser la plus sévère orthodoxie. S'il a mis des notes au bas des pages, où il parle un peu de tout, son dessein n'est pas d'inquiéter la foi; il ne veut que proposer avec simplicité ses doutes, pour qu'ils soient éclaircis par de plus savants que lui, et par son exemple il invite les théologiens à quitter les vaines querelles de mots pour entrer dans cette large voie de la philosophie chrétienne.

On ne saurait, il faut l'avouer, se présenter d'un air plus modeste, et il ne paraît pas que des hommes aussi sérieusement catholiques que M(jrus et Fishcr aient interprété autrement les déclarations d'Erasme. Léon X, de son côté, lui envoyait deux brefs de félicitations '■ et le recommandait vivement à Henri VIII,

1. V. la lettre de Léon X (Ep. Erasmi, 80) à propos de la seconde édition du Nouveau Testament. L'éloge est sans réserve. On y lit par exemple : « La première édition ipii paraissait si parfaite nous fait conjecturer ce que doit être la seconih;, de ([uelle utilité elle sera à tous

comme im fils soumis de l'Eglise. Cependant il est difficile de s'en tenir à cette première impression, et une lecture plus suivie nous fera bientôt comprendre les susceptibilités et les défiances que cet ouvrage éveilla chez les âmes chrétiennes.

Il est difficile en effet de s'y tromper : l'exégèse d'Erasme n'est pas autre chose qu'un retour à cette méthode pélasgienne, dont plus tard Bacon et Bayle surtout feront un si grand usage, « cette méthode, dit Sainte-Beuve avec un vrai bonheur d'expression, d'attaque et de sape, qui va son train sous air d'érudition, » et que Jansénius définissait si bien, en disant « qu'elle consistait h produire les difficultés contre la foi sous forme de questions, et à insérer ce qui était soulevé là-dessus. ' » Pour les procédés d'érudition taquine, les questions indiscrètes, les pointes hardies couvertes par de prudentes restrictions et d'habiles retraites, le Nouveau Testament d'Erasme fait déjà penser au Dictiomiaire philosophique de Bayle ^ Comme Bayle, Erasme prendra tous les tons, se fera catholique contre les protestants, protestant contre les catholiques, plaidera pour Arius, qu'il condamnera ensuite : à tout instant il sortira de l'arche, comme la colombe; mais en se ménageant une fenêtre pour y rentrer. Sans rechercher trop curieusement des intentions

ceux qui s'appliqueut à la théologie, et quel bien elle procurera à l'or thodoxie. » Aussi le conseil suprême de Flnquisitiou on Espngue, obligé d'approuver la lecture de la version d'Erasme, le lit en ces termes : » Version autorisée d'Érasme, auteur coudnmué. »

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