‹ ErasmeChapitre 126 sur 247 · Port-Royal, t. ii. ]>. 11:2 do raiii'iiMiiu' éililiun · texte numérisé non relu

Port-Royal, t. ii. ]>. 11:2 do raiii'iiMiiu' éililiun

2. Ou pourrait aussi nolci' des Irails curieux de resseud)lauce entre Érasme et Eessiu". Le livre des UrlinhilUations (Retlungcn) de Lessing a bien, comme lo Nounntin Testament d'I'^rasme, ce caracirre d'une criti- (]ue souvent audacieuse qui se déguise sons des foriucs modestos cl j«rud(uit('s.

dont Érasme après tout n"a peut-être pas lui-même le dernier mot, on ne peut nier que l'on ne se trouve ainsi en présence d'un monument singulier, qui déroute la critique. On ne sait trop si Ton a affaire à un ami ou à un subtil adversaire, qui n'attaque pas en face, mais promène çà et là comme une pointe fine et aiguë, qu'il n'ose encore enfoncer davantage, mais qui, sans paraître à nu, blesse déjà.

Ce n'est plus seulement ici la scolastique qui est attaquée, bien qu'elle ne cesse à l'occasion d'être l'objet des plus vives critiques, jusqu'à être accusée de n'être qu'un art de théâtre, et d'avoir excité dans le monde par ses vaines querelles plus de tumultes que l'hérésie d'Arius. La foi elle-même est inquiétée, menacée dans ses plus intimes parties, dans ses droits les plus légitimes. De Maistre a dit ce mot paradoxal : <( La superstition est un ouvrage avancé de la religion qu'il ne faut pas détruire, car il n'est pas bon que l'on puisse venir sans obstacle jusqu'au pied du mur. » La superstition est la plus fragile des défenses; mais ce qui est vrai, c'est qu'il est d'autres ouvrages avancés, que le fidèle ne doit pas renverser, sous peine de frayer la route aux ennemis. Telles sont, par exemple, les cérémonies et les ratiques. Or, relever avec insistance, comme le fait Érasme, l'élément humain qui s'y mêle, affaiblir l'autorité de ceux qui ont juridiction dans l'ordre spirituel, se refuser à voir la pensée supérieure qui justifie telle cérémonie du culte, telle pratique disciplinaire, et n'en saisir que le côté extérieur pour en faire le sujet de ses railleries, c'est troubler et refroidir la piété, apprendre aux âmes à se défier, insinuer à la raison, toujours prompte à recevoir les paroles qui la fiattent, qu'elle est après tout le seul juge de sa foi.

Il y aurait de Fintérèt à suivre sur quelques points cette méthode, ou. si Ton veut, cette tactique d'Erasme. Ainsi il aimera, sorte de Montaigne théologien, à surprendre en faute les plus grands docteurs, à découvrir chez saint Irénée des traces d'hérésie, à rappeler que dans le dialogue contre les lucifériens saint Jérôme enseigne que le baptême ne peut être donné sans l'eucharistie : ici il insinuera que saint Pierre voulait relever la foi mosaïque ; là il doutera cjne la prépondérance du pape fût reconnue au temps de saint Jérôme ; et s'il s'incline devant l'autorité du concile, c'est à la seule condition quil réunisse les caractères, difficiles à établir, d'une assemblée œcuménique, préparant ainsi à son insu l'argument capital des luthériens contre la légitimité du concile de Trente.

On pourrait répéter d'Erasme ce qu'on a dit avec esprit de Bayle. Il ne pénètre pas dans le sanctuaire du dogme, mais il va jusqu'au mur, il tourne autour, il en mesure la hauteur, il plante les échelles par où le rationalisme pénétrera dans la citadelle. QueLpiefois il semble donner la main à la Réforme ; plus souvent il semblerait la tendre par-dessus deux siècles à l'école philosophique de Voltaire ; mais là il redouble de prudence, il pose la question, la laisse parfois sans réponse et finit invariablement par déclarer qu'il ne se sépare sur aucun point de l'enseignement de l'Eglise. Le mariage est-il un sacrement? On pourrait en douter, répondra Erasme. Pierre Lombard lui-même et d'aulres théologiens l'ont nié; mais l'Eglise a prononcé, il se soumet, et Lee le calomnie, quand il l'accuse d'enlever au mariage son caractère sacramentaire. (( Il ne suflit pas à sa haine d'ameuter contre moi des hordes de théologiens et de moiiu's, il me lance à la tête les maris et

les femmes '. » Pourquoi l'Eglise ne donnerait-elle pas certaines dispenses pour le divorce - ? Il existe dans l'Evangile un texte formel que nul ne peut efi'acer. Mais le pape Célestin avait cependant autorisé le divorce et il fut censuré pour cela par Innocent III. Les avis peuvent donc être partagés. Erasme cependant s'en rapportera à la sagesse de l'Eglise elle-même. La confession auriculaire était-elle instituée avant Grégoire? On pourrait en douter, puisque saint Chrysostome, dans sa quarante et unième homélie^ dit que les péchés doivent être effacés par nos prières et nos aumônes, et qu'il ne fait pas mention de la confession. Elle n'avait lieu autrefois que pour des fautes graves et publiques : peut-être n'est-elle qu'une extension des consultations privées données par les évêques aux fidèles. Elle est devenue d'ailleurs aux mains des moines une arme de tyrannie, un moyen de troubler les consciences et de capter les héritages; mais Érasme se gardera bien de demander qu'elle soit supprimée ou rendue volontaire. Que faut-il penser du péché contre le Saint-Esprit, dont il est parlé dans saint Mathieu? Prétendre interpréter ce passage, c'est se perdre dans un lal>yrinthe, aussi bien que vouloir expliquer pourquoi le Fils ne sait pas le jour du jugement dernier, que le Père connaît seul. Et cela dit, Erasme passe avec prudence.

Nous verrons encore Erasme, jusque sur la question fondamentale du christianisme, la divinité du Christ, jeter des doutes et comme des nuages dans lesquels il se dérobe lui-même. Il est même difficile, malgré ses

1. Erasmi responsio nd annotationem cxiii Ed.Lei advcrsus aimoUdiones Erasmi in Acta apostolorum.

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