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seiir célèbre dont ils veulent entendre les leçons, dune terre hospitalière (|ui ne refuse pas la sécurité à leurs travaux. Tantôt proscrits comme Henri Estienne et Hotmann, tantôt, comme Erasme, cherchant un abri qui les fuit toujours, ils traversent de grands pays, passent d'une ville dans une autre, vont porter d'académie en académie les trésors de leur science, et cependant, malgré les dangers, les fatigues et les maladies qui sont le tribut nécessaire de cette vie aventureuse, ils poursuivent et achèvent d'immenses travaux qui sembleraient plutôt le fruit lentement mûri d'une existence passée dans le calme de l'étude. Telle sera la vie d'Erasme pendant longtemps. Sa correspondance nous le montrera parfois dans la même année à Paris, à Louvain, à Londres, à Oxford et Cambridge. Nulle part il ne cesse un instant d'étudier, d'écrire. En voyage, « assis, cavalier étonné, sur une triste monture aussi étonnée que lui-même, » il compose des vers, comme Henri Estienne, note en courant les réflexions qui s'offrent à son esprit, corrige de mémoire une mauvaise leçon d'un manuscrit, ou lit le De Officiis de (^icéron qui le transporte d'admiration. En pareille compagnie, il peut braver les ennuis de la route, supporter avec philosophi<! la mauvaise odeur des poëh'>>, les exigences des loueurs et des aul>ergistes « cpii partout tendent leurs lilcls aux voyageurs. » Il consent à \(»ii' chemin faisant ses rares pièces d'or se transformer en menue monnaie de faux poids qui sera refusée à l'étape j>rocliaim' '. La sciilr richesse ([uil rouve des yeux, ri dt-feiKh-ait au péril de sa vie ct'sl la caisse (|iii reiderme ses iiiamis-
1. \'. lu rrlalidii ili' >i)ii V(iyii;ir ilc|)iiis Aiiiiriis iiisi|ii'à Paris, r\\. SI. C'i'st une [la^,'.' curii'iisi- \\w\y l'Iii.-lniir ilii tiiii|is.
orits et ses livres. Il vit avec eux comme avec des amis dont il ne peut se séparer même un moment sans inquiétude. Il lui est arrivé une fois qu'un livre prêté ne lui a pas été rendu. « Depuis bien des années, écrit-il avec le plus grand sérieux, je n'ai ressenti pareil chagrin; » et quand, venant à débarquer, il ne retrouve pas sa précieuse malle, il croit éprouver une douleur semblable à celle d'un pèr(^ qui apprendrait la mort de son enfant '. Cette infatigable ardeur de travail est en effet le trait qu'il importe de marquer dès l'abord chez Erasme. Le seul enthousiasme qu'il éprouva durant sa vie ne l'abandonna du moins en aucun temps. Il tombe sérieusement malade à Paris en 1498. Guillaume Cop lui déclare qu'il ne peut espérer de guérir, s'il ne suspend tout travail. Mais autant lui dire : c Avant la fin du quatrième jour, tu seras pendu. » Il a pris son parti. Il appelle de l'arrêt de Guillaume Cop à sainte (Geneviève qui lui rend la santé, sans lui imposer une aussi dure abstinence. Erasme remercia sa bienfaitrice, et cela sans la moindre ironie, par un ex-voto qui n'était cpie le récit en vers de sa miraculeuse guérison. Qu^md on se rappelle avec quelle verve imprudente Erasme a souvent raillé la foi populaire aux reliques, il est piquant de le surprendre ainsi en contradiction avec lui-même. Ce jour-là il ressembla à ces esprits forts qui se glissent dans une église, ([uand le soir tombe, et vont allumer un cierge devant limage de la sainte qu'ils ont raillée à midi ".