LE LIBRE EXAMEN
profondeurs K » son bon sens, finement railleur, sait fort bien embarrasser Luther, en le plaçant en face de cette double proposition, qu'il lui demande de concilier : « Luther affirme qu'il n'y a rien d'obscur dans les Écritures, et Luther soutient que jusqu'à lui personne ne les a entendues. »
Erasme, d'ailleurs, pour montrer que le principe du libre examen livrait l'Ecriture aux profanations du premier illuminé venu, opposait à Luther les divisions qui éclataient déjà autour de lui, et les révoltes qu'il était impuissant à réprimer. Ainsi, dès le point de départ, on peut dire qu'Erasme n'appartient déjà plus à la Réforme, puisqu'il condamne nettement le principe qui deviendra l'àme même du protestantisme, et aussi la cause persistante de son morcellement indéfini et de sa visible tendance à se perdre dans le pur rationalisme.
Si le principe du libre examen ne parvient pas à entraîner Erasme, malgré une conformité réelle avec ses secrètes préférences, on peut prévoir les vives répugnances que soulèvera chez lui la doctrine de la justification par la foi.
Ranke, dominé par ses préjugés contre l'Eglise romaine, nous paraît assigner une cause absolument fausse au grand mouvement des esprits qui se fait au seizième siècle autour de la question du libre arbitre. « On pourrait dire, écrit-il, que c'est par opposition contre les tendances temporelles de l'institution ecclésiastique, qui avait presque emtièrement perdu la relation immédiate de l'homme à Dieu, qu'il est arrivé qu'une question aussi transcendante concernant le mystère profond de cette relation devînt l'occupation générale des cs-