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prits V )) Il est plus juste de dire que la question du libre arbitre appartient réellement à tous les temps, et ne fait seulement, selon l'esprit dominant de l'époque, que se présenter tantôt sous sa forme philosophique, tantôt sous sa forme théologique. Mais que le problème s'agite entre philosophes, qui se renferment dans l'ordre purement naturel, ou entre théologiens, qui le transportent dans l'ordre surnaturel et de la grâce, ce changement de position dans la question influe assez peu sur le fond luimême, et, sous des formules différentes, on se retrouve toujours en face des mêmes objections, et aussi des mêmes solutions radicalement contraires. Le problème théologique est posé même avant saint Augustin et Pelage, il s'agite au sein du judaïsme entre les pharisiens, qui soutiennent la prédestination, et les saducéens, qui affirment le libre arbitre. Les controverses sur la grâce, qui recommencent au quatrième siècle, se poursuivent au neuvième, avec le moine Gotteschalk, condamné par le concile de Quiercy, et ne cessent pas durant tout le cours du moyen âge ^ Et ce qu'il faut relever, c'est que la doctrine qui affaiblit davantage les mérites de l'homme est justement celle qui plaît aux sectes séparées, sans doute parce qu'en exaltant la gratuité de la grâce divine elles échappent d'autant mieux à l'autorité visible de l'Eglise.
La doctrine de Luther prend son point de départ dans l'afhrmalion et l'interprétation exagérée des deux dogmes fondamentaux, le péché originel et la rédemption par le divin Médiateur. Le péché originel, dit Lu-