‹ ErasmeChapitre 139 sur 247 · Bossnet, Hist. des variations, liv. i · texte numérisé non relu

Bossnet, Hist. des variations, liv. i

2. « Luther, dit Bossuet, a parlé plus doucement dans la visite saxonique, en reconnaissant le libre arbitre dans les choses civiles et morales et pour les choses extérieures de la foi ; mais il ne nie nulle part ce qu'il avait assuré dans son livre du serf arbitre. Luther dit que l'homme pèche volontairement, quoique nécessairement. Le libre arbitre est tellement esclave de Satan ou de Dieu qu'il ne peut pas même commencer un ouvrage tendant an salut sans Dieu et sans la grâce. » Deuxirme avertissement sur la lettre de M. Jurieu.

pas commis de péché mortel ou qu'il en soit affligé comme il convient, le pardon étant indépendant de la pénitence. C'était là la séparation absolue des œuvres et de la foi, conduisant à ce dangereux mysticisme qui substitue à la loi morale une prétendue action immédiate de la grâce. Luther écrivait ces paroles célèbres à Jérôme Weller, qui l'avait consulté sur les tentations dont il était obsédé : « Je voudrais bien trouver quelque bon péché nouveau, pour que Satan apprît à ses dépens que je me moque de tout ce qui est péché, et que je n'en crois pas ma conscience chargée. Quand il soufflera à notre oreille : « Mais tu pèches, tu mérites la mort et l'enfer. — Eh! mon Dieu, oui, je ne le sais que trop. Qu'est-ce que tu veux me dire? — Mais tu seras condamné dans l'autre vie. — Pas vrai. Je connais quelqu'un qui a souffert et satisfait pour moi ; il a'appelle Jésus- Christ, fils de Dieu. Là où il est, là je serai '. » Car la justice du Christ couvre la multitude des péchés, comme une robe sous laquelle on cache un vêtement de dessous plein de souillures.

L'Eglise, elle aussi, reconnaît que l'homme ne peut se sauver sans la grâce, et que la grâce est un don gratuit de Dieu, mérité aux hommes par le sang du Christ, mais sa doctrine constante est que le libre arbitre est seulement diminué de force et non éteint par le péché originel, que la grâce est offerte à tous, qu'elle frappe à la porte de tous les coeurs, qu'elle est une visite de Dieu à laquelle les cœurs peuvent librement s'ouvrir ou se fermer, enfin que nos bonnes actions, qui ne relèvent pas de l'ordre surnaturel, ont encore du prix aux yeux

I. Li'LItrf citi'o ji;ir .M. E. MiumitM- d.iiis un article en réponse à M. de Uriiinsal. V. lo ('orrrspo>ii/fiiit, t. .'{7 de lii inllcilioii.

de Dieu, et qu'elles nous méritent une plus vive sollicitation de la grâce. L'œuvre du salut est une opération de Dieu dans l'homme, en même temps qu'un travail de l'homme en Dieu ^ Comme l'a dit Bossuet dans son grand et simple langage, « Luther donnait tout à Jésus- Christ, mais en ôtant absolument tout à l'homme ; l'Eglise au contraire lui donnait tout, en regardant comme un effet de sa grâce tout ce cjue l'homme a de bien ^ ; » et d'accord avec cette doctrine, qui respecte la liberté de l'homme, sans limiter celle de Dieu, un grand saint contemporain de Luther (saint Ignace) posait ces deux règles admirables de conduite chrétienne, qu'il faut agir comme si la grâce n'existait pas, et se confier dans la grâce, comme si nous ne pouvions rien par nousmêmes. Luther, avant sa rupture, tourmenté du désir d'atteindre à la sainteté par ses propres forces, <( cherchant querelle à Dieu, » comme lui disait un vieux moine de son couvent, scrupuleux par orgueil et non par humilité, n'avait suivi t|ue la première règle : après sa révolte, il se tourna vers la seconde et s'y attacha avec toute l'inflexibilité de son caractère.

« Erasme, dit un protestant, attaque Luther, non comme un servile défenseur de la cour Romaine, comme un aveugle adorateur de tous les préjugés consacrés, non comme un ennemi personnel, mais comme un paisible adversaire des opinions luthériennes, qui proposait ses doutes et ses vues avec la modestie et la dignité du savant et du libre penseur ^ » C'est bien là en effet l'impression que donne la lecture du premier traité d'E-

1. La sixième session du concile de Trente (13 janvier 1547) donne sur ce sujet une complète et admirable exposition doctrinale.

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