Hist. des variations, liv. v
3. Histoire de roriç/iiic (!'■ hi d(iiiiniifiii>ie protestante. \. m, p. 112.
rasme sur le libre arbitre. Le raisonnement est juste, bien conduit, mais sans que les articulations y soient mises à nu comme dans la métliode scolastique. Ce n'est plus cette sorte de mécanisme dialectique, sans vie, frappant toujours de même, et parfois dans le vide : on devine l'homme, on entrevoit ce mélange de bonhomie railleuse, de courtoisie maligne, ce désir de ménager son adversaire, moins peut-être pour le désarmer que pour mettre de son côté les avantages du sang-froid et de la modération. Ce jeu et cette tactique suffiraient à retenir le lecteur que la question théologique ellemême laisserait indifférent. D'ailleurs elle n'est encore ici indiquée que légèrement. Erasme définit le libre arbitre : « la force de la volonté humaine grâce à laquelle l'homme peut s'appliquer à ce qui intéresse son salut ou s'en détourner, » et il se borne à diviser en trois groupes ceux qui lui paraissent y porter une atteinte plus ou moins grave. Les uns veulent que l'homme ne puisse vouloir le bien et surtout y persévérer sans une grâce constante ; d'autres déclarent avec saint Augustin que la grâce opère en nous le bien, non par le libre arbitre ni avec le libre arbitre, mais dans le libre ju'bitre même ' ; enfin les derniers et les plus absolus ennemis du libre arbitre sont ceux qui prononcent avec Luther que c'est un mot vide de sens, et que nos actions sont de pure nécessité. Ces divisions générales rapidement tracées, Érasme se tourne vers l'interprétation des textes de
1. Sur la (Idcti'iiio do saint, Augustin, iiivarialilcniput, iiiviMnir par Luther, Ciilviu et Janséniu?, pour appuytM' It'urs opinions, v. au tome III de la Ui/j/iot/if'que critique do Richard Simon los chap. 13, 14, la et 39, où est discutoo la ([ucslion do savoir si saint Augustin a changé la tradition sur cette matière. Cf. Port-Hoijnl de M. Saiuto-Beuve, t. n, p. 135 do l'ancieunc cditiun.
rÉcriture allégués pour et fontre. C'était là, il ne faut pas l'oublier, la position première de la question. Son étude des textes, et surtout du mot de l'Evangile de saint Jean : « Sine me nihil potestis facere ^ », qui était « le trait d'Achille » gardé par Luther pour mettre en fuite ses contradicteurs, est large, impartiale, animée d'un véritable esprit critique, et se résume en ceci, que tous ces passages des Livres saints doivent s'entendre Aupouvoir, que Dieu peut retirer à l'homme, mais non du vouloir, que Dieu ne dispute à l'homme que par les appels de sa grâce. Cette confusion du posse et du velle est en effet l'erreur ordinaire des ennemis de la liberté humaine. Qu'on cherche à l'enlacer dans les liens de la grâce et de la justification, ou à l'étouffer sous la tyrannie des appétits, des passions, des milieux sociaux, il faudra toujours revenir à cette distinction nécessaire. <t La liberté consiste dans la conscience de pouvoir toujours choisir autrement que ne le fait la volonté -. » L'homme qui est lié ne peut marcher, mais il peut vouloir marcher, et cela suffit pour sauver la liberté humaine.
Luther répondit à Erasme par le traité àwSerf Arbitre. Bien qu'il ne cesse d'y traiter Erasme avec mépris, comme un sceptique de l'école de Lucien, f|ui ne s'intéresse nullement aux questions qu'il agite, et aussi comme un ignorant en théologie, il ne laisse pas d'avouer vers la fin c|u'il a vraiment touché le point important et pénétré au cœur de sa doctrine. « Toi, tu ne me fatigues pas de querelles étrangères, de papauté, d'indulgences et autres fadaises pour lesquelles ils m'ont re-