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LA RÉFORME .lUGEE PAR ERASME. 283
nous verrons ce que sera le vingtième successeur de Zwingle, d'Œcolampade et de Capiton. » Et il ajoute avec un air d'étonnement : « Ces hommes qui ne cherchent dans le monde c[ue la gloire du Christ, sollicités par tant de travaux et de soucis, ne peuvent cependant vivre sans femme '. » Le double reproche qu'Erasme fait à la Réforme revient sans cesse sous sa plume, celui d'avoir étouffé les études et éteint le vrai sentiment religieux. <( Les études sont mortes partout où règne le luthéranisme. Oui peut comparer l'Académie de Wittemberg à celles de Louvain et de Paris ? » « Je ne suis jamais entré dans leurs temples, écrit-il en 1530 à Gérard Noviomagus ; mais j'en ai vu revenir du prêche, le visage plein de menaces et de colère, comme si le mauvais esprit avait soufflé sur eux... Ceux que j'avais connus auparavant purs, pleins de candeur, étrangers au mensonge, dès qu'ils s'étaient attachés à la secte, je les voyais parler de femmes, jouer, rejeter la prière, devenir avares, violents, vindicatifs, jaloux, présomptueux, méchants comme des vipères : en un mot, ce n'étaient plus des hommes. » Vraiment, si Erasme a pondu l'œuf de la Réforme, il l'a bien brisé dans la suite.
La Réforme ne resta pas longtemps dans les limites de la spéculation dogmatique. On n'ébranle pas impunément la base sur lacjuelle repose la société depuis quinze siècles. La question devint politique, quand les princes s'en mêlèrent, et sociale, quand le peuple luimême se leva. « Les luthériens, écrit Erasme, voient accourir à eux beaucoup de seigneurs, surtout de la petite noblesse, qui convoitent les richesses des ecclésias-
1. Erftsmi responsio nd epistol.fiito/oyctic. incerto auctore proditam, etc.
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tiques; et ainsi il y aura peut-être des princes qui tourneront à leur avantage ces malheurs publics, comme d'autres grossissent leur patrimoine grâce aux naufrages et aux incendies '. •> On sait que Mélanchthon n'a pas parlé en des termes moins sévères de ces seigneurs que Hutten au contraire cherchait à soulever par ses pamphlets. Mécontents des progrès du pouvoir impérial, repoussés même des armées depuis l'institution des lansquenets et des reîtres, la plupart ne virent en effet dans la Réforme que l'occasion de ressaisir leur indépendance, ou du moins d'arracher quelques dépouilles aux domaines ecclésiastiques dont les richesses irritaient leurs convoitises ■. Mais ce qui épouvanta Erasme bien plus encore, ce fut la subite apparition sur la scène de ce personnage si nouveau pour lui, le paysan. Lui, Ihomme du petit nombre et des délicats, disposé à ne recevoir dans la cité que ceux qui parlaient la langue de Rome, quand il vit cet envahissement du domaine religieux par une foule dont il n'entendait même pas le rude langage, crut vraiment assister à un universel bouleversement, à un retour do l'antique barbarie. 11 accusa hautement Luther d'avoir déchaîné un torrent qu'il était impuissant à arrêter. N'était-ce pas Luther qui avait proposé de dépouiller les monastères, et de former un fisc commun avec les revenus de leurs biens? Les anabaptistes n'avaient-ils pas le droit d<^ dire à Luther (|ue Icmu' doctrine n'était ([xw rap[)licarK)ii de ses principes, el qu<' si bi toi seub' jiisliHë, le; ba|)tême cpii [)récè(le la foi n'a aucune ci'licacité? Luther les r(q)oussait aujourd'hui : il (îxcitait les [)rinces contre (>ux avtH- dos paroles plus sanglantes encore (pie celb's (h> Home contre h's