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ÉTAT MORAL DE LA SOCIÉTÉ

ciété à la fin du quinzième siècle. L'humanité était arrivée à une heure de crise redoutable . Les- grandes institutions qui avaient fait la force du passé n'avaient plus que l'apparence de la vie. La chevalerie, en France, ne devait pas se relever du désastre d'Azincourt ; en Allemagne, elle s'était réfugiée dans les châteaux des bords du Rhin. Elle inquiétait le commerce, entravait le libre échange des produits du sol, et tentait de continuer contre la puissance royale une lutte inégale et sans grandeur. La vie monastique, cpii, pendant le moyen âge, avait été la sauvegarde de tant d'àmes libres et fières, languissait énervée dans la mollesse et l'ignorance. La scolasticj[ue n'avait presque retenu que sa langue barbare et la vaine subtilité de ses formules. Il y avait alors une sorte d'interrègne plein de confusion et de désordre entre le moyen âge qui achevait de mourir et les temps modernes. La société manquait d'équilibre ; la guerre était partout, au sein des peuples qui luttaient pour conquérir l'ordre intérieur, comme entre les peuples qui, dans une vue confuse d'une nationalité mal définie, cherchaient à se séparer en groupes plus distincts, réunis par la communauté des intérêts. Mais au milieu de tous ces efforts multiples qui s'embarrassaient bien plus qu'ils ne se prêtaient un mutuel appui, dans cette agitation violente où se débattaient avant tout des intérêts humains et temporels, deux choses fortement liées l'une à l'autre au moyen âge s'afî"aiblissaient de plus en plus, la foi et la morale. Si, même au moyen âge, la foi acceptée par tous avait été impuissante souvent à défendre la morale, que pouvait devenir la morale, le jour où la foi allait décroître dans les âmes ? La société, habituée à faire de la foi la seule mesure de la morale, alliiit être livrée â loulcs les ardeurs de ses pas-

sions impétueuses, sans autre frein que l'impuissance d'aller plus loin, sans autre maître que la leçon sévère, mais lente, de ses propres déceptions.

Il y eut donc, par suite de cette défaillance de la foi, au quinzième et au seizième siècle, un redoublement de débauche, de perfidie et de cruauté. Pendant que la passion de l'antiquité s'emparait des esprits, on put croire que la conscience humaine était de son côté menacée par un retour offensif du paganisme. Ce qui surtout hâta les progrès de la corruption morale, ce fut l'exemple donné par l'Italie. Là en effet les vertus chrétiennes semblaient avoir péri, sans que leur perte fût du moins compensée par la vertu maîtresse de l'antiquité, le patriotisme. La religion elle-même se prêtait aux plus étranges accommodements. Le chanoine Pulci commençait par des chants d'église son poëme licencieux du Morgante maggiore. Les assassins de Galéas Sforza allaient à la cathédrale de Milan réciter pour le succès de leur crime les prières contenues dans le rituel de saint Ambroise ^ Pendant que le bas peuple s'amasse autour de pauvres enfants conduits par des bateleurs, et qui par des grimaces et des contorsions provoquent son rire -, les membres du sacré-collége, le pape lui-même a ses parasites et ses bouffons. Les peuples perdent de plus en plus le respect que le souverain pontife avait inspiré au moyen âge, et les rois, qui sans cesse rencontraient le pape mêlé aux jeux de la politique humaine, s'accoutument à ne plus voir en lui qu'un prince séculier, à dédaigner ses faveurs spirituelles comme à mépriser ses menaces.

\. Znllor. Italie oA R/'naissnnc(>, p. 120. 2. V. Vadatîn d'Értisine Mc/itœus catulux.

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