‹ ErasmeChapitre 158 sur 247 · SATIRE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

SATIRE RELIGIEUSE

double les jubilés pour doubler les profits, on les triple même sous Alexandre YI. On dilapide le trésor des grâces spirituelles, et cette monnaie ainsi prodiguée n'a plus cours. Les fidèles connaissent le tarif complet des indulgences pour le rachat de toutes leurs fautes, depuis les plus légères jusqu'à l'homicide. Pour de l'argent vous avez (( des indulgences plus que plénières; » et (( le purgatoire court risque de ne plus avoir d'habitants ' ; » car il y a des beaux pères^ comme celui dont parlera Henri Estienne, qui ont l'oreille assez fine pour entendre le cri joyeux de l'àme délivrée du purgatoire, au moment où la pièce de monnaie tombe dans le bassin. Le Saint-Esprit, <( le distributeur de tous les dons, » ne fait plus que mendier -. Les exemples de la cour romaine portent leurs fruits, et partout, dit Erasme, le clergé ne veut pas seulement vivre, mais s'enrichir de l'autel. « Quelles tragédies ne soulèvent-ils pas pour leurs dîmes? On ne peut recevoir le baptême, c'est-à-dire devenir chrétien, sans payer. Voilà sous quels beaux auspices vous passez les portes de l'Eglise ! Si vous ne les payez pas, ils ne béniront pas votre mariage; ils n'écoutent pas les confessions sans se faire payer. Il faut les payer pour dire la messe. Ils ne chantent, ne prient, ne bénissent pas gratis. Chez des chrétiens, on ne peut enterrer les morts sans avoir acheté d'un prêtre un coin de terre. Si vous y mettez le prix, il vous sera permis de pourrir dans l'église tout près du grand autel ; donnez moins, vous serez détrompé en plein air en compagnie des vilains. Ce l)arbare et païen Ilébron offre à son hôte Abraham, qu'il ne connaît pas, le don gratuit d'un

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