‹ ErasmeChapitre 159 sur 247 · fbid · texte numérisé non relu

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tombeau, et des prêtres vendent le droit de sépulture sur une terre qui ne leur appartient pas ' ! »

Lespeuples se sont ainsi habitués à tout réduire en tarif, à compter avec Dieu et les saints comme avec des créanciers qui n'ont plus d'action à exercer, la dette une fois payée. La lettre de la loi s'est substituée à l'esprit. On se croirait coupable d'un sacrilég;e, si l'on approchait de FEucharistie après avoir avalé une goutte d'eau, et l'on se rend sans crainte à la table sainte, la haine dans le cœur. On ne ferait pas cuire du pain un dimanche, mais on va s'enivrer ce jour-là dans les faubougs de la ville. On néglige Dieu et en même temps on se familiarise avec la Yierge et les saints, jusqu'à leur adresser des demandes « qu'un honnête homme rougirait même d'entendre. » Liliusvit en Italie un ex-voto où le malade disait « qu'en proie à une lièvre dangereuse, il n'avait fondé aucun espoir sur le médecin, peu sur Dieu, et qu'il n'avait dû sa guérison qu'à la Vierge Marie. »

Cet esprit d'opposition laïque s'accuse vivement encore chez Erasme quand il vient à parler des croisades. Le temps n'est plus où le trouvère désignait au mépris des dames le chevalier peu pressé de partir. Erasme personnifie bien plutôt ce bon sens positif, ennemi des aventures, qui déjà au treizième siècle se dégageait de la Dispute du croisé et du décroisé de Rutebœuf, et qui avait au seizième pénétré dans toutes les classes de la société. Lorsque le pape Pie II s'embarquait mourant à Ancone, « pour prier Dieu à genoux sur la poupe élevée du navire de donner la victoire à son peuple, » il faisait un anachronisme. Ces nobles paroles ne pouvaient plus avoir d'écho dans des âmes qui n'avaient plus l'Eglise

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