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CROISADES ET PÈLERINAGES

pour seule patrie, comme au moyen âge. Erasme est de son temps ; il ne veut plus être dupe de ces enthousiasmes irréfléchis; il ne voit plus dans ces contrefaçons des croisades, qu'on essaie encore de temps en temps, que des expédients financiers.

C'est avec ce même esprit de raillerie dénigrante qu'Erasme parlera d'une autre forme de la piété du moyen âge, les pèlerinages. Déjà, il est vrai, l'auteur de Y Imitation de Jésus-Christ avait avoué que les pèlerins ne portaient pas toujours l'édification là où ils allaient la chercher à grands frais '. Aussi ces « ocieux et inutiles voyages » étaient facilement devenus un lieu commun de satire populaire. Erasme, à son tour, ne se prive pas du plaisir de la médisance. Les pèlerins des Colloques^ qui partent pour accomplir des vœux souvent formés après boire, reviennent mal vêtus, pâles, misérables, ne rapportant de leurs voyages que l'occasion de mentir à leur aise dans les banquets et les compagnies. Mais surtout Erasme aimera à opposer au coureur de pèlerinages , couvert de coquilles de toutes les couleurs , d'images en étain et en plomb, de chapelets d'œufs de serpent, l'homme sage qui dehieure à la maison et surveille sa famille ^

La satire d'Erasme devient plus amère quand des coutumes et des pratiques elle passe auxpersonnes. Ce n'est pas cependant le clergé séculier qui soulève ordinairement ses plus vives colères. Il le traite plutôt avec irrévérence et dédain. Il représente le haut clergé d'Allemagne comme paresseux et ignorant, ne prêchant que

1. Au douzième siècle, en AUeniacriie, les Minneringer exercent aussi contre les pèlerinages leur esprit frondeur. V. Heinrich, Hint. 'la la litt. allem., t. i, p. 103.

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