Utilisa, consuîtntio de bello Turcarum, etc
3. El. de la Folie. — Cf. Ranke, Hist. de la papnutii ou seiziiniie siècle, t. I, p. 03 : « Comme les possesseurs des bénélices ne songeaient qu'à trouver des administrateurs au meilleur marché possible, ils rencontraient surtout les moines mendiants très-acconuuodnnts. Ils occupaient Vies évêcliés sous le titre do suffragauts, et les paroisses connue vi caircs. »
Bien plus que le clergé séculier, les ordres religieux sont l'objectif principal de la satire d'Érasme. Pendant plusieurs siècles, les moines avaient mérité par leurs services le respect et la reconnaissance universelle de la chrétienté. Ils avaient défriché le sol, fondé des villes, sauvé les lettres humaines, secouru la pauvreté en la gardant pour eux-mêmes, fait enlin do la prière une sorte d'institution publique qui désarmait la colère de Dieu. Mais à partir surtout du quatorzième siècle, les signes d'une triste décadence s'étaient partout manifestés. Les cloîtres célèbres, comme celui de Lérins, n'envoyaient- plus à travers l'Europe ces docteurs, ces évêques, qui en avaient justifié et étendu la renommée. La règle de saint Benoît était relâchée. Trop souvent le cloître, au lieu d'être l'école de la vertu et de la science, n'était plus que le refuge de la mollesse, la garantie d'une oisiveté respectée, ou le foyer d'intrigues temporelles ^ Les revenus des monastères, qu'un concile avait nommés « le patrimoine des pauvres, » servaient à entretenir le luxe et la paresse des moines, ou se détournaient en partie, grâce à l'abus de la commende, sur de riches ecclésia'stiques ou laïques, ainsi intéressés à fermer les yeux sur des excès dont ils partageaient les profits. La conscience chrétienne fut blessée par de tels spectacles. Tantôt, comme chez le Dante, elle éclata en des paroles indignées, tantôt elle se vengea par de mordantes satires, devenues bientôt un thème inépuisable offert à la gaieté populaire. C'est
1. « Les cartes de visite, pièces officielles reprcseutant les conseils donués lors d'iiue visite faite daus un couvent par un supérieur, sont les pièces justificatives des dialogues d'Érasme, de telle page de Hahelais, ou de l'apologie pour Hérodote. » Sainte-Beuve, Histoire de l'urt- Royal, t. r.
justice, après tout. Comme la vie monastique est le plus noble effort que Thomme puisse tenter pour atteindre à la perfection morale, on comprend qu'elle devienne le scandale des peuples, quand elle cesse d'en être l'édification. Le mépris qui s'attache à celui qui trahit sa mission librement embrassée est encore un hommage rendu à la mission elle-même.
Erasme fut doublement de son temps, comme Rabelais, en détestant les moines et en manquant de le devenir. Sa verve satirique s'inspirait ainsi tout ensemble du spectacle de la déchéance monastique et du danger qu'il avait lui-même couru. Pour ruiner ce pouvoir détesté, nous le voyons prendre tous les tons de la satire, poursuivre les moines sans relâche, leur attribuer souvent sans justice tous les maux dont souffrait la chrétienté. Erasme semble croire qu'on ne peut espérer de paix dans lEgiise ni de progrès dans les bonnes lettres avant d'avoir renversé le royaume de la mohierie ; car les moines forment un royaume, un empire qui opprime de tout son poids la république chrétienne. « Il y eut jadis un royaume des Assyriens, des Mèdes, des Grecs, des Romains ; un Dieu veuL-il aujourd'hui qu'il y ait un royaume de moines et de fous * ? » Cet empire est composé de tribus différentes qui se déchirent entre elles et ne montrent d'union que pour opprimer les chrétiens : « Nous entendons les moines crier çà et là : Le Christ est ici, et cependant ils ne s'accordent pas ensemble. Les Observations disent : Le Christ n'est pas chez les Récollets et les Conventuels, il est ici. Les Jacobites crient : Le Christ est ici, il n'est pas chez les Augustins. A leur tour les Bénédictins : Le Christ est ici, il n'est