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RENAISSANCE MONASTIQUE

chrétienne, consignée dans Carraciolo, le biographe de Paul IV et de saint Gaétan, et relevée par Ranke lui-même, si peu suspect en pareille matière '. « Un an après la mort de Léon X, l'ordre des Camaldules se réforma, les Capucins restaurèrent la vieille discipline de saint François, les Barnabites se vouèrent à l'éducation des pauvres; l'ordre des Théatins fut créé pour suppléer à l'insuffisance du clergé de paroisse : comme les ministres protestants, ils prêchaient aux multitudes sur les places publiques et dans les campagnes. Quelques années plus tard, saint Philippe de Néri créait une congrégation qui devait devenir l'Oratoire ; saint Jean de Dieu naissait pour ainsi dire de la parole apostolique de saint Jean d'Avila ; il faisait vœu de servir Dieu dans les pauvres, les infirmes, et particulièrement dans les aliénés, et créait l'ordre àe^ fata bene fratelli. Ce feu embrasait les femmes elles-mêmes, et la grande sainte Thérèse, comme une protestation contre les attaques trop souvent méritées par les corruptions morales de l'Eglise romaine avant la Réforme, rétablissait les effrayantes austérités des Carmélites. ^ »

Erasme ne prêta aucune atte'ntion à cette renaissance qui cependant commençait sous ses yeux. L'eùt-il aperçue, ses préventions n'y eussent vu c{ue l'extension nouvelle d'un mal ancien. Mais si Erasme doit être compté au nombre des satiricjues les plus violents, souvent les plus injustes, des moines de son temps, il ne laisse pas de respecter le principe lui-même de la vocation monastique, si fortement établi par les paroles de l'Evan-

1. Histoire de lu papauté au seizième siècle, 1. I, p. 147 et suiv.

2. Eugène Forcade. La Réforme et la Révolution. — Revue des Deux Mondes, 1849.

gile '. Par là il se sépare de la Réforme. Il ne veut, à Feiitendre, que maintenir ce droit de contrôle sévère et de libre critique reconnu par saint Paul, exercé par Tertullien, saint Jérôme, saint Cyprien. Il voit en songe saint François lui-même « couvert d'une robe de laine brune, ceint d'une corde rustique et pieds nus; » et le saint le remercie de dénoncer ceux qui déshonorent son nom. Saint François, nous l'avouerons, pourrait bien désavouer son avocat -. La satire d'Erasme n'est pas, comme chez les Pères, une explosion de sainte douleur, le frémissement et le trouble d'un cœur apostolique, la pieuse indignation d'une àme dévouée à l'Eglise. Les fils pieux de Noé cherchent à cacher aux yeux d'une foule moqueuse la faute de leur père; plus semblable à Cham, la satire d'Erasme semble prendre plaisir à découvrir les plaies secrètes, les maux c|ui plus tard faisaient dire à saint François dé Sales écrivant à la mère Angélique : (( Ma fille, voilà des sujets de larmes. Il faut pleurer et prier en secret que Dieu mette la main là où les hommes ne sauraient la mettre ^ » Erasme est étranger à cette prudente et pieuse discrétion ; aussi, quoiqu'il ne prétende pas transformer ses mordantes satires contre les moines en un procès contre l'institution elle-même, il fraie indirectement la route aux luthériens. Dans une pantomime représentée devant Charles-Quint à Augsbourg, lleuchlin paraissait sur la scène portant une ample provision de bois, Erasme construisait le bûcher, et Luther y mettait le feu. Appliquée au rôle satirique d'Erasme

1. V. la |(r(''fare du Commeiitaire d'Haijmofi sur les Psnumes.

2. Eji. 1230. — C'est à propos de en passage que Richard de Deanlieu attiilxic !i Érasme des révélations. V. Critique de CApologie d'Érasme, ch. i«f.

3. Cité par Saiiilo-IJi-uvr. Ilixl <!(' Port-Roi/n/. t. i. p. 221.

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